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“Je veux voir flotter dans les airs le drapeau rouge jaune vert…” Ce bad tune en tête, je me suis rendu, avec mes real potos, au concert reggae de Yaniss Odua à l’Atrium. Ça tombe bien, vu que j’avais envie de voir cet enfant du pays Madda qui promote le consciousness, pas le putain de slackness des entertainers swag, autotunés, qui casse les couilles, tournant en boucle sur la FM. Et franchement, je n’ai pas regretté. Ce rasta man a déchiré. Mafia. Danjéré menm. 

Bref, tou sa pa sa, ba-mwen an fèy pour écrire un billet sur cet événement qui restera à jamais ancré dans l’esprit des “privilégiés” qui ont pu y assister. Run hits, selecta !


    

                     

Pour les aliens qui débarquent, il est utile de les informer que Yaniss Odua fait partie du Hall of Fame du reggae dancehall local. Avec MC Janik, Daddy Mory, Skanky, Straïka, Guy-Al MC, Pleen Pyromane, Baron Black, Majesty, Matinda, Queen Levi Kulcha, ABM, Docteur Charly, il a posé les fondations de la scène reggae martiniquaise. Les petits frères Kalash, Sael, Lieutenant, Paille, Valley, Djama Keita, Factor Will et Scenario l’ont ensuite boosté à leur façon. D’autres, de la new school, se succèdent avec plus ou moins de talent, de sérieux et de crédibilité dans le message livré.


Longtime que ce frère qui se produit en Europe et en Afrique ne s’était pas produit en Martinique, 15 ans plus précisément. Wow! On comprend mieux pourquoi la salle Aimé Césaire était back full. Pris d’assaut, le spot était composé d’un nombre appréciable de dreadlocks, de barbes, de jolis afro nappy, de vanilles curly et de boules à zéro. Look casual ou t-shirt avec le conquering lion, whatever, y’avait un tchô de monde.

Sa Majesté Impériale Haile Selassie à l’honneur, également le thème du retour à l’Afrique cher à Marcus Garvey, well, Yaniss Odua a offert un special delivery, se présentant en serviteur de The Almighty, à “give thanks”, la main sur le coeur, à la fin de chaque morceau. Jah Rastafari !

Une odeur persistante, mix up de ganja weed, de shit et de skunk flottait dans la salle. Si si. Yah man! Des volutes de fumées planaient, de quoi se sentir légèrement pété même sans avoir tiré deux taffes de spliff. Admirable de présence scénique, Yaniss Odua a littéralement scotché l’assistance. Passant du style singjay à toaster, fast style à bubbling, lovers à yardie. Backé par le Artikal Band, musicos au top, il a enchainé les morceaux. Tantôt raggamuffin, tantôt roots n’ kulcha, il a invité quelques camarades cités plus haut à le rejoindre sur scène pour lâcher un maximum de vibes positives.

“Pull up pull up!… Fayaaaa!!!… Lighta!” c’est ce qu’on entendait dans le public lors de ce concert génial de maitrise. Dans ce show qui fera date, l’artiste a dépeint de manière fulgurante les codes d’une touche reggae musicale insulaire combinée à une réalité sociale déplorable. Turban bobo dread comme coiffe, il s’est montré militant, soldat sur le riddim. Chose qui n’est pas passée inaperçue.

                                                               

Mais il conviendrait d’aborder un sujet plus qu’important, en faisant un constat sur l’état de la scène reggae martiniquaise actuelle. Dans la Babylone musicale, les home studios tentent de pondre des tubes à la chaîne. Or, peu d’élus trouvent un semblant de notoriété. Et s’il est question de chaines, ce sont bien celles que portent autour du cou les p’tits bourgeois de fils à maman qui s’la jouent ghetto youths. Fake pour certains, wannabe thugs – chien lari quoi – qui sortent des single bancals comme une chaise à trois pieds, soundbwoy ti doudou qui n’ont aucune street credibility aux yeux de ceux à qui on n’la fait pas.

D’autre part, la violence et la corruption gangrènent le pays. Une partie de la jeunesse, réfractaire à l’autorité, se propulse directement dans le monde de la racaille et des coups à la petite semaine avec en fond sonore les gunshots. Les mamies et les papys s’en inquiètent. Ce tableau un peu flippant, Yaniss Odua le met en chansons avec une justesse appréciée de ses nombreux fans qui le big up.

Mais ce qui fait la force du boug c’est sa réactivité avec les outils de diffusion 2.0. que sont Youtube et Soundcloud, sa page Facebook utilisée comme support de com’ dans laquelle il partage ses posts. Rigoureux, Yaniss Odua apporte un soin tout particulier à la qualité de l’image et de l’audio en s’entourant de personnes qui font le taf. Bref, mussueu se comporte en pro.


Diplômé de l’école des sounds systems, il se démerde, débwouya dans un establishment souvent censeur où TV et radio formatent l’oreille d’une jeunesse qui trouve une soupape en dansant et en se bourrant allègrement la gueule les week-ends. Mais bien souvent ça part en vrille. Le Peace & Love étant piétiné et résultat, rares sont les sound systems qui tournent encore en Martinique. Le posse South Clash essaie de faire revivre ces teufs underground forts prisées dans les années fin ‘80 début ‘90. Si fumer la sensi fait certains zouaves voir des éléphants roses (sic), tout n’est pas rose dans l’industrie musicale reggae locale. Une réalité qu’il est nécessaire d’exposer.

Un big boss s’attaque, virulent, aux nouveaux arrivants dans le marché. De jeunes artistes arrivent avec dans leur clé USB leurs tueries en mp3 320 kbps se voient proposer un contrat et un cachet d’artiste de base. Certains, rude bwoyz en âme, commencent par refuser, considérant que cela relève de la pure escroquerie. Le producteur peu scrupuleux leur rit alors au nez et les laissent partir avec leurs tracks sous le bras, en sachant que grâce à un simple coup de téléphone il pourra bloquer tous les circuits de diffusion des titres, aussi bons soient-ils. Détèr sur le mouvement, ces graines de star tenteront leur chance d’effrontés mais reviendront la queue entre les jambes pour signer en bas de la page, et finalement décrocher leur tube. Aussi crue soit-elle, voici la réalité. Yaniss Odua a semble t-il échappé à ce piège.

Hey, breddaz and sistaz, le talent au pays, c’est pas c’qui manque. Yaniss Odua reprezent. Imprimez bien ça dans votre tête. Mes pix et short vidéos du show sur mon iPhone 5S, à l’aide des apps aux effets vintage Hipstamatic et iSupr8, sont uploadés dans le cloud. Je les conserverai précieusement. Avec ce concert mémorable à l’Atrium, le gars de La Dillon Massive peut être considéré maintenant comme un ambassadeur de la Martinique. Pa lafèt. Comme quoi avec sincérité, assiduité, petits coups de pouce du destin, un artiste bôkaÿ de talent est capable de booster le reggae made in Martinique et le mettre au high level. Une chose est sûre c’est que Yaniss n’a plus rien de little. Maintenant c’est un grand. RASpect.

Franck Vasko 

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