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Contre l’installation d’une usine polluante en Martinique, une soixantaine de personnes, militants de l’Assaupamar et autres citoyens ont tenté, ce mercredi 24 août sur le port de Fort-de-France, d’empêcher pacifiquement la sortie du convoi transportant du matériel vers la future usine polluante Albioma Gallion II à Trinité. En réponse à la légitime inquiétude des Martiniquais, qui ont déjà été empoisonnés par le chlordécone pulvérisé pendant des années au dessus des champs de banane, le Préfet a choisi d’envoyer gendarmes et policiers, en grand nombre, pour les charger violemment, avant de les nasser dans un coin du port.

Mercredi le convoi Albioma a pu quitter le Port à l’heure prévue. Parmi les manifestants les femmes étaient nombreuses et les force de l'ordre avaient la tache facile. Elles ont été bousculées violemment, trainées, lancées par terre sans ménagement. Un jeune martiniquais a bien failli finir comme Adama Traoré, ce jeune Noir de 24 ans dont la mort après une interpellation de la police, a déclenché des échauffourées dans le Val-d’Oise.

 

Dans l’obscurité du Port, trois gendarmes se sont jetés sur le jeune manifestant, le maintenant au sol avec des gestes qui peuvent entraîner la mort et qui font débat après des asphyxies récentes de personnes interpellées. Alors que les militaires l’immobilise, leur chef ordonne : « lui, ce serait bien qu’on l’interpelle ! »  

 

Il est allongé  au sol, un gendarme lui serre les jambes, un autre a un genou appuyé sur son ventre. Il ne résiste pas. Ils sont quatre autour de lui, pourquoi le retournent t-ils ? 

Je vois qu’un autre va lui poser le genou sur le cou. Je m’insurge, criant qu’il ne faut pas le tuer comme Adama Traoré. Deux des gendarmes qui l’immobilisent lèvent la tête et me regardent.

Je sais à cet instant qu’ils vont me bousculer un peu plus, d’autant que dès le début de la soirée j’ai été prise en photo par un policier en civil, qui l’a fait ostensiblement. Désignée dérangeante pour qui ? Je suis fliquée, je-m’en-fiche.

Devrais-je avoir des relations privilégiées avec le pouvoir politique et avec les dirigeants de la  police pour être autorisée à filmer tranquillement ?  Devrais-je me taire ? Non. Etre journaliste ce n’est pas rester sans réaction quand un homme est à terre et qu’il subit des violences. Ça s'appelle lâcheté et plus diplomatiquement, non assistance à personne en danger.

La mode de la nasse, très utilisée par la police pendant les manifestations parisiennes contre la loi El Khomri, expérimentée en Martinique contre les manifestants pacifiques

Les gendarmes poussaient au hasard des manifestants vers un coin du port utilisé comme nasse. Le jeune homme a voulu s’éloigner rapidement vers la sortie pour éviter d’être parmi les « nassés. » D’ailleurs de nombreux manifestants sont restés à l’extérieur de cet encerclement sans être inquiétés. Ils regardaient outrés et protestaient contre cette mise en cage ouverte de leurs camarades.

C’est à ce moment, il est un plus de 22 heures, que j'interroge les encagés : leur a t-on donné une explication justifiant leur mise à l’écart ?  Intervient alors le chef qui ordonnait d’interpeller le jeune homme immobilisé au sol. Il avance vers moi, menaçant. Je luis rappelle une fois de plus que je suis journaliste, que je suis en train de faire mon travail. Il me bouscule et me dit : « Vous me gênez, vous excitez tout le monde, arrêtez !  Il ordonne à ses hommes de me faire entrer dans la nasse. Deux d’entre eux me prennent par les bras et me poussent sans ménagement dans la nasse. Une femme de plus violentée, le bonheur est dans le port ! Des voix s’élèvent parmi les manifestants pour s’indigner de cette volonté de m'empêcher de filmer. Mais ce chef gendarme a décidé d’utiliser le pouvoir de son uniforme, n’ayant pas supporté que je m’indigne devant le sort réservé à ce jeune homme malmené au sol.

Des interpellations pouvant entraîner la mort

Personne n’a pu venir au secours du médecin de Schloelcher dans cette nuit de mars 2015  quand il était interpellé par des gendarmes dans des conditions troublantes. Il n’a jamais repris conscience depuis son interpellation et il en est mort quelques semaines plus tard, à l’hôpital de la Meynard. L’affaire est entre les mains d’un juge d’instruction et a récemment fait l’objet d’un articles dans les colonnes du « Canard Enchaîné » (9/08/ 2016).

Sous un titre sans équivoque, « Mort au plaqué plié », la journaliste Dominique Simonnot écrit que « l’affaire ressemble furieusement à celle d’Adama Traoré, mort après un plaquage ventral » pratiqué par des policiers, qui ont déclaré :

« Il a commencé à nous dire qu’il avait du mal à respirer. On se trouvait à trois dessus pour le maîtriser. »

 

 

 

« Le Canard Enchaîné » rappelle que :

« Depuis des années l’Acat, une association de chrétiens contre la torture, ou Amnesty International, entre autres, dénoncent, rapports scientifiques à l’appui, des pratiques qui « peuvent entraîner la suffocation et ont déjà provoqués plusieurs décès en France. Au point que la Suisse et la Belgique y ont même renoncé.»

Et la journaliste interroge : « Et, en France, jusqu’à combien de morts ? »

La répression contre les opposants au projet Albioma Galion II a fait augmenter la mobilisation

Ce déploiement de force disproportionné, pour permettre au convoi de l’entreprise privée Albioma de prendre la route et les images des violences largement diffusées sur les réseaux sociaux, ont choqué de nombreux Martiniquais. Résultat, jeudi soir les manifestants étaient plus nombreux et surtout, plus déterminés. Tout le long du parcours que devait emprunter le convoi d’Albioma à partir de 22heures, des barrages ont été érigés, des feux allumés. 

Ce n’est que vers deux heures du matin que sous haute protection, les camions ont quitté le Port de Fort-de-France, ralentis par les nombreux obstacles où pompiers, policiers et gendarmes ont du intervenir. A coup de grenades lacrymogène ou de flash-ball lancés contre les manifestants, la route du convoi de l’empoisonnement annoncé a été dégagée. Les opposants promettent de continuer leur mobilisation jusqu’à ce que le projet polluant Albioma Galion II soit abandonné, au profit d’une structure propre, qui ne menace pas la santé des Martiniquais.

L’article concernant ce projet Albioma Gallion II : La Transition Energétique à la Martinique : Une catastrophe annoncée | Free Pawol

Lisa David

 

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