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Il n’y aura pas d’interventions chirurgicales dans les hôpitaux publics à Fort-de-France ce lundi 24 février. Seules les urgences seront assurées. Tous les personnels des blocs opératoires de l’hôpital Pierre Zobda-Quitman et de la MFME (Maison de la Femme de la Mère et  de l’Enfant)  exerceront leur droit de retrait.  Une décision prise face à des conditions de travail catastrophiques qui mettent en danger la vie des patients. Les professionnels de santé ont adressé un courrier aux directeurs du CHUM et à l’ARS pour dire que ça suffit.

Douze inondations dans le bloc opératoires en 2013 et ça continue. Qu'on se rassure, les malades sur les tables d'opération, n'ont pas eu besoin de tuba.  À chaque coulée d'eau qui provient de l'étage au dessus, à cause de la vétusté, tout s'arrête. Les salles d'intervention sont fermées et l'activité suspendue. Les malades reconduits dans leur chambre vont attendre. Les responsables du service technique de l'hôpital Pierre Zobda Quitman n'ont pas, jusqu'à ce jour,  trouvé la solution pour mettre le paquebot  à sec. 

Le Centre Hospitalier de la Meynard, tel le Titanic, semble s'approcher chaque jour un peu plus de l'iceberg qui le fera couler . Faute de trouver un capitaine voulant le sauver,  la révolte gronde à bord.

Entre envie de révolte et désespoir, les personnels hospitaliers continuent à assurer les soins aux malades. Les infirmiers panseurs n'en peuvent plus de devoir chercher chaque jour le matériel de base pour les soins. Exemple,  trouver un bistouri électrique ou un moteur permettant de réaliser une intervention  orthopédique, un exploit depuis au moins trois mois.  Quand le bistouri est là, il faut trouver une table pour allonger le patient. Comment faire quand des fournisseurs refusent de livrer, en attente de paiements pendant plusieurs mois ?

Au début du mois de mars 2012, déjà le SMH (Syndicat des Médecins Hospitaliers), constatant  les risques pour la sécurité des patients, provoqués par le manque de personnel,  de matériel et à un environnement générateur de risques infectieux,  s'adressait à la population.  Face à l'inaction de la direction de l'hôpital et de l'ARS, le syndicat avait choisi de rompre le silence et interpellait :  « Pour vous dire nos inquiétudes pour demain si rien n’est fait aujourd’hui. Depuis trop longtemps, les équipes de soignants se battent quotidiennement pour assurer des soins de qualité au sein de nos hôpitaux, sans moyens dignes et maintenus. Aujourd’hui cette communauté souffre à vos côtés et doute de l’avenir des soins en Martinique… »

Les praticiens hospitaliers avaient fait remonter auprès des responsables de la Santé, leurs difficultés à garantir dans ces conditions, la sécurité des patients. Ils précisaient dans leur lettre ouverte que « Les médecins se mobilisent aujourd’hui pour que l’hôpital en Martinique vive, pour un avenir serein des soins en Martinique. Ils ont fait remonter aux directions, tutelles, acteurs de la Santé en Martinique, leurs doléances pour que la sécurité et la qualité soient au centre des préoccupations et que des décisions fortes pour l’avenir de l’hôpital soient prises. »

Deux ans plus tard, ces praticiens refusent que leur cri d'alarme de 2012,  soit perçu comme un râle d'agonie, par les responsables de la Santé. Responsables de qui ? de quoi ? on se le demande.

Ils veulent dire qu'un malade a besoin de soins, qu’on ne peut se contenter de lui mettre un peu de poudre le matin,  pour lui donner bonne mine. Parce que côté maquillage, les responsables politiques, administratifs et représentants de l’Etat, savent faire. Les murs extérieurs de l'hôpital ont été repeints, les blocs ont été rénovés, « mis aux normes » dit-on,  mais les infiltrations d'eau continuent. Ces histoires d’eau qui emportent toutes les réserves, délient les langues. Il ne reste pas grand monde à vouloir encore garder le silence complice et laisser croire que les patients martiniquais sont en sécurité dans leur hôpital.

Les personnels des deux hôpitaux ont des raisons d’arrêter de travailler à compter de ce lundi. Dans leur lettre, ils signalent encore : « inondations à répétition,  instabilité électrique, instabilité de la qualité de l'air. Des dysfonctionnement  qui sont également d'ordre matériel : « respirateurs non révisés, scialytiques en panne non remplacés, matériel incomplet ou rouillé dans les boites chirurgicales ... » Et d'ordre humain :  personnel insuffisant au bloc des urgences, problèmes  à la stérilisation, amplitudes horaires en 9 ou 10 heures toujours en attente malgré nos demandes réitérées... »

Les patients sont en danger de silence

La liste des difficultés rencontrées par les soignants, dans leur mission annonce tous les dangers.  Extrait :

« Nous avons dû gérer de multiples épisodes d'arrêt des climatisations avec des condensations majeures dans les salles, suite à des coupures EDF parce que les groupes n'ont pas pris le relai,  avec des interventions lourdes notamment en chirurgie cardiaque qui se sont retrouvées dans des salles privées d'électricité. La qualité de l'air est d'une instabilité permanente qui entraîne une augmentation majeure des infections du site opératoire avec des cas dramatiques.  Les malades sont endormis avec des respirateurs dont la maintenance n'est pas assurée.... La liste n'est pas exhaustive. Tout ceci n'est plus tolérable et les réponses apportées inexistantes. L'ensemble de ces dysfonctionnements graves nous oblige à exercer dans des conditions à la fois dangereuses et indignes pour nos patients et pour tout le personnel soignant des 2 structures. La sécurité des patients et de ceux qui les soignent n'est plus assurée. Nous refusons désormais de continuer dans ces conditions, et de cautionner un fonctionnement en dehors de toutes les recommandations pour la sécurité du patient. Nous demandons donc une rencontre urgente avec les responsables du CHUM et les responsables de l'ARS pour préciser une fois de plus les problèmes multiples sans la résolution desquels nous ne reprendrons pas une activité opératoire normale. Devant l'inefficacité de la gestion de ces problèmes non médicaux, nous demandons également un contrôle indépendant de tous les points à l'origine de ces dysfonctionnements, avec un pilotage extérieur des solutions à apporter. Nous continuerons cependant à assurer notre mission auprès des patients de Martinique concernant  la prise en charge des urgences et les consultations. » 

La situation est grave, alarmante et ne souffre plus d’aucun silence.  Derrière les mots exprimés par les personnels qui se mettent en droit de retrait à partir de ce lundi,  les maux qui ne sont pas dits hurlent au secours !

En ce début de carnaval, les personnels des blocs opératoires prennent leur responsabilité. Ils ne veulent plus être les jouets sombres au carnaval des politiques, qui en cette veille d’élections nous promettent encore de meilleurs costumes de camouflage, de notre réalité.

L’hôpital public martiniquais devient ou est déjà un danger pour les patients qui viennent s’y faire soigner. Comment savoir et se taire, sans être demain accusé par les patients de complicité de mise en danger de la vie d’autrui ?  On ne peut que saluer le courage de ces lanceurs d’alerte qui font savoir qu’il y a UHP, Urgence pour l’Hôpital Public.

 

 

 

 

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