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Mais qu’ont-ils fait de grave ces deux jeunes Martiniquais, Yann De Lépine et sa sœur Roselyne, pour mériter un tel acharnement de la justice pour les obliger à fermer leur petite entreprise « Au bout du Monde », qu'ils ont créé à Ducos ? Un voisin, Jean-Michel Hayot, qui évoque une gène occasionnée par le bruit de soirées organisées dans le restaurant, a décidé que leur activité devait cesser. La justice est allée dans le même sens, ils sont condamnés à arrêter leur activité. 

 

 

 

Yann et Roselyne De Lépine ont construit une jolie maison de type colonial sur le terrain de leurs parents où, avec leur oncle agriculteur, ils ont planté les fruits et légumes qu’ils utilisent pour la restauration. Mais de même que certains voisins et beaucoup de Martiniquais, békés et autres, ils n’ont pas fait de demande de permis de construire, ce qui pour la justice constitue un délit. Mais en cas de régularisation le justiciable est dispensé de peine. « Ce qui se fait habituellement, régulièrement » a expliqué l’avocat des deux jeunes entrepreneurs, Maître Dominique Nicolas, au public venu en nombre.

En effet la défunte juge, Sabine Maillard, faisant preuve d’humanité vis-à-vis de ces deux jeunes, leur a accordé un délai de 10 jours pour régulariser leur situation, ce qu’ils ont fait. Et fait rare à souligner, ils ont fourni toutes les preuves dans le dossier de presse remis aux journalistes présents lors de leur conférence de presse.

Le permis de construire a été délivré par le maire, mais le voisin Jean-Michel Hayot ne veut pas voir « Au Bout du Monde. » Et il va jusqu’au bout de sa puissance acquise depuis la plantation d’avant 1848, et renforcée par nos agenouillements inscrits dans notre inconscient collectif. En tout cas pour celles et ceux qui refusent de suivre l’exemple de nos ancêtres « marrons. »

Jean-Michel Hayot a écrit au maire de la commune, Charles-André Mencé, pour lui demander d’annuler le permis de construire du restaurant. Bien entendu le maire n’a pas suivi cette étonnante injonction, comme il n’a pas cédé devant les nombreuses manifestations de l’association écologiste ASAUPAMAR et des citoyens indignés qui ne pouvaient accepter de voir pousser du béton dans la mangrove de Génipa, où le groupe Hayot a pu construire son immense centre commercial. 

Le Préfet de Martinique qui n’a pas eu la même vigilance dans l’affaire des millions de détournements de fonds du CEREGMIA a fait le choix de répondre aux attentes des voisins du « Bout du Monde » en contestant le permis de construire de cette petite entreprise, devant le Tribunal Administratif.

La justice, malgré la régularisation du permis de construire, a décidé contrairement aux habitudes de poursuivre (dans un délai à faire pâlir d’envie la plupart des justiciables), et de condamner ces deux jeunes qui n’ont pas choisi d’aller pointer à Pôle emploi ni vendre de la drogue ou en consommer. Ce qui semble déranger moins dans ce département français entièrement à part. S’étonnant de la rapidité avec laquelle cette affaire arrive devant le tribunal, Maître Nicolas a rappelé que dans certains dossiers il faut attendre 6 mois.

Le frère et la soeur ont créé 9 emplois dans leur pays où le chômage des jeunes atteint les 60%.  Pourtant ils font l’objet d’un acharnement étonnant, sinon inquiétant de la justice. Faute pour le Tribunal Correctionnel de les condamner à détruire sous astreinte leur lieu de travail, sa décision tombant après que le permis ait été accordé, elle les a frappés d’une décision exécutoire de fermeture du restaurant. 

Quand on apprend que des pressions ont été exercées par l’Etat pour que le maire annule le permis de construire, faute de quoi son PLU (Plan Local d’Urbanisme) pourrait ne pas être validé, on ne s'étonne même pas. Pour information, c’est le Préfet qui assure le contrôle de légalité en vérifiant que le document approuvé n’est pas entaché d’illégalité tant sur la forme que sur le fond.

Le collectif constitué pour aider Yann De Lépine et sa sœur Roselyne à maintenir leur activité sur leur lieu de travail et qui envisage une action de solidarité dès le 2 juin, n’a pas manqué de souligner que dans cette affaire qui retient l’attention des plus hautes autorités, une des voisines, Dominique Hayot, est la Présidente de la chambre sociale de la Cour d’Appel de Fort-de-France.

Maître Nicolas a expliqué en quoi consiste le rôle de ce magistrat dans les affaires sociales :

« C’est à dire que dans toutes les affaires qui opposent un salarié et un patron vous avez, au plus haut niveau,une personne qui peut faire pencher la balance dans un sens, ou dans l’autre et c’est Madame Dominique Hayot. »

Il ne s’agit pas dans ce dossier d’une affaire sociale et le nom ou le lien de parenté d’une personne avec une des parties, ne peut l’empêcher d’occuper un tel poste et de rendre des décisions justes. Mais la suspicion plane au dessus de cette affaire concernant une si petite entreprise et les avocats envisagent, sans illusions, de demander la délocalisation de la prochaine audience prévue en juin prochain.

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »                                                                                                                  

Dans la colonie on peut jouer avec les mots de Jean de La Fontaine, parce que l’histoire dans ce domaine semble bien bégayer. Ici on peut dire : selon que vous serez Blanc ou Noir, les jugements de cour vous rendront délinquants ou intouchables.

J’entends les indignations à sens unique, j’entend crier racisme anti-Blanc dans ce pays où les mauvaises mœurs coloniales continuent à s’appliquer, toujours au service des mêmes intérêts, toujours contre ceux qui n’ont pas choisi de s’agenouiller, de se gribouiller en Oncle Tom.

J’entends ces racistes venus de France qui osent chez nous traiter nos musiciens de singes. Ou d’autres qui sans peur, insultent sur nos plages où ils promènent leurs chiens malgré l'interdiction en vigueur, décrètent leur animal plus propres que nos femmes.

Oui les faits parlent, la justice en Martinique s’applique encore trop souvent comme en colonie.

Les Français de France n’ont pas confiance dans leur justice, dans la colonie le taux d’insatisfaction n’est pas calculé.

En février 2014, un sondage BVA pour « Le Parisien Dimanche » annonçait que trois quarts des Français (75%) estimaient que la justice en France fonctionne mal et plus de la moitié (59%), avaient une mauvaise opinion de la ministre de la Justice Christiane Taubira.

Est-il nécessaire de rappeler que la ministre en question est Noire, ce qui pour beaucoup de Français était insupportable. On se souvient encore des torrents de propos racistes qui se sont déversés sur les réseaux sociaux et même dans une certaine presse. Christiane Taubira fut traitée de singe, et le journal « Minute » n’hésita pas à titrer en Une : « Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane. »

Mais au delà du racisme connu de la « Métropole », les citoyens français ont vraiment mal à leur justice. Le pouvoir exécutif nomme les magistrats, ce n’est pas pour qu’ils aillent prendre des décisions contraires aux intérêts du pouvoir et de ses soutiens.

D’ailleurs est-il étonnant que seuls les élus empêtrés dans des affaires, peuvent affirmer, souriant devant les caméras de télévision : « J’ai  confiance en la justice de mon pays. »

Difficile d’en dire autant quand on est par exemple un salarié d’Air-France, qui un jour, emporté par l’inquiétude du chômage qu’annoncent des plans sociaux, déchire la chemise d’un responsable de son entreprise !

Difficile d’en dire autant quand dans la colonie on s’appelle Ti-Sonson de derrière morne.

D'autres ont parlé du poids de l'histoire

La promotion 1997 de l'Ecole Nationale de la Magistrature avait décidé d'honorer la mémoire de Paul Didier en choisissant son patronyme comme nom de baptême. Paul Didier fut le seul et unique magistrat ayant refusé de prêter serment au Maréchal Pétain pendant l'Occupation.

Pierre Lyon-Caen fondateur et premier Secrétaire général du Syndicat de la magistrature déclarait il y a bien longtemps :

« L’opinion publique a une piètre idée de la justice… Comment pourrait-il en aller autrement puisque la justice n’a jamais su se dégager du régime en place et s’est toujours compromise avec lui, couvrant ses turpitudes ou ses crimes (…) La justice a été vichyssoise non seulement en 42 mais jusqu’en août 1944 elle n’a évité ni les abus commis à la libération, ni ceux plus récemment consécutifs à l’indépendance de l’Algérie même si, individuellement, quelques magistrats ont su, parfois héroïquement, faire leur devoir. [1]»

Il faut le reconnaître, quelques magistrats en Martinique comme en France, font leur devoir. Pour avoir couvert pendant une vingtaine d’année, dans le presse écrite et à la télévision, les affaires judiciaires, l’auteur de cet article peut en témoigner. Mais sous nos cocotiers, c’est essentiellement dans l’intérêt du pouvoir en place dans la Métropole et de ses affidés, que la balance de la justice se fait légère.

Qui veut la mort du « Bout du Monde »

Comment comprendre cet acharnement contre ces deux jeunes Martiniquais qui ont créé leur entreprise dans ce pays où on aime tellement, avec mépris, nous traiter d’assistés ?

Est-ce que le bruit occasionné par les soirées organisées dans ce restaurant, se situant à un kilomètre de leurs villas, peut justifier cette pulsion de mort sociale de cette famille Hayot ?

Le bruit, même s'il faut en convenir, envahit trop nos espaces de vie, n’est-il pas trop souvent un prétexte pour asseoir une supériorité illusoire ou un rejet non dit ?

Certaines grandes familles békés, habituées aux immenses espaces de l’habitation, ne supportent-elles pas l’évolution de la société martiniquaise qui permet à un plus grand nombre de chivé grenen, de construire non loin de leurs hectares de jardins ou plantations ?

Pourtant on pourrait penser que bénéficiant du silence de la soumission inconsciente face à la pwofitasion, à l’accaparement des terres, à la conception inadaptée aux évolutions sociales dans les entreprises (déjà avant la loi socialiste-Medef El Khomri), certains accepteraient même à contre cœur, les bruits de la fête à se taire.

La réconciliation n’est pas pour demain malgré les simagrées des tantes et oncles Tom, que rappelle une fois de plus ce joli moi de Mai pendant lequel nous rendons hommages à nos ancêtres esclaves, qui ont brisé leurs chaînes.

Lisa DAVID

 




[1] In « L’entrée du Syndicat de la Magistrature dans le champ juridique en 1968 « - Anne Devillé.

 

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