Parce que nous avons besoin d'une presse libre

Caraïbes

Quitter mon petit havre samaritain pour la « ville capitale » un soir de semaine, pluvieux de surcroit, ça n'est pas très fréquent et pour motiver un tel périple il me faut, au moins, la perspective de partager un bon gueuleton bien arrosé avec quelques potes ! Pour cette fois, c'est différent. J'ai lu, au hasard de mes errances sur la toile, que la Bibliothèque Schoelcher accueillait dans ses respectables murs, Alex Ursulet pour une rencontre autour de son dernier livre « L'indéfendable. Comment défendre un salaud sans en être un soi-même ? ». Rencontre à l'invitation d'Alfred Marie-Jeanne, Président de la Collectivité Territoriale de la Martinique.

Je n'ai pas encore lu l'ouvrage mais qu'importe, j'attends un peu de ce moment qu'il m'encourage à l'acquérir ou à m'en détourner. Et puis, l'auteur est aussi un homme qui force, chez moi, sinon le respect, au moins l'admiration. Alex Ursulet, faut-il vous le présenter ? Avocat martiniquais dont la réputation n'est plus à faire, ayant à son actif la défense des non moins célèbres Guy George et Carlos (non, pas celui aux chemises à cocotiers, l'autre, le terroriste), entre autres. Il est aussi remarquable par son aisance et sa qualité oratoires, des armes efficaces qui lui permettent d'exceller dans son art. Pour terminer de brosser ce rapide portrait, il porte beau. De ces types qui ne laissent indifférents aucun des deux sexes et affolent certainement le troisième.

A mon arrivée dans la salle, quelques chaises sont encore inoccupées. Au cours de la soirée, elles finiront par toutes être prises. Au fond, une grande table derrière laquelle sont assis : au centre, l'auteur, à sa droite, le bâtonnier maître Raphaël Constant, et à sa gauche, l'écrivain et universitaire Raphaël Confiant (pour ceux qui font la confusion entre les deux Raphaël, la soirée s'annonce exténuante !).

Quelques mots de bienvenue sont prononcés par Louis Boutrin, représentant le Président de la CTM. C'est à Raphaël Confiant que Alex Ursulet confie d'abord la parole.

L'écrivain nous convie dans son discours, à une réflexion sur le roman, la biographie, l'autobiographie (ce qu'est le livre de Ursulet), le traitement de la vérité dans l'un ou l'autre de ces exercices, la permanence de l'identité d'un individu au cours de son existence et nous expose sa vision de l'avocat en général. Il se montre élogieux quand il évoque la carrière de maitre Ursulet, dit l'avoir rencontré il y a environ un an et demi et avoir été agréablement surpris par l'homme, simple et vrai. Il le félicitera quant à son écriture qu'il trouve captivante : un livre que l'on n'arrive pas à lâcher une fois que l'on s'y est plongé. Il saluera aussi son courage pour avoir clairement évoqué le poids de la Franc-maçonnerie dans la justice.

Puis vient le tour de Raphaël Constant de s'exprimer. Le ton est différent. Moins généreux en congratulations concernant le livre. On le sent attaché au sens des mots et à leur valeur. Il ne se privera pas de démonter certains points comme la dédicace, au début du livre : « Aux damnés de la terre ». (Un ange passe, lisant le livre de Fanon.) « Je me suis amusé, j'ai fait une petite liste des personnages que tu mentionnes dans ton livre et des damnés de la terre, je n'en ai trouvé aucun, sauf peut-être un », dit-il, mi amusé, mi moqueur.

Il s'offusque qu’Alex Ursulet use du mot « salaud » à l'égard de ses clients et lui reproche de se poser, en quelque sorte, en juge. L’auteur écoute, sourit et prend des notes. Raphaël Constant poursuit et s'attaque au titre « L'indéfendable ». Pour lui, il est inconcevable de penser un accusé, indéfendable. « Tout le monde est défendable ! » Quelques précisions et remarques plus tard sur d'autres points, il finira par ce qui constitue, selon lui, la colonne vertébrale du livre : cette énorme blessure qu'a été le procès de Guy George pour l’avocat Ursulet.

Ce livre est un cri pour dire la douleur de l'avocat martiniquais suite à ce procès à rebondissements, à la façon dont la presse de l'époque à traité l'affaire et Ursulet. Après la chaleur de Raphaël Confiant, l'intervention de maître Constant laisse planer un certain froid. On attend donc avec impatience et délectation anticipée, la prise de parole d'Alex Ursulet.

Ce dernier se lève, alors que ses prédécesseurs étaient restés assis, règle patiemment la hauteur de son micro et s'exprime. Avec un sourire qui ne le quittera pas, sauf quand il évoquera certaines de ses affaires criminelles, il s'applique avec malice à répondre à Constant, l'appelant à se souvenir de leurs années au lycée, puis plus tard, étudiants, quand, déjà, son confrère avait le goût de la contradiction, de la critique. Mais il ne s'y attarde pas trop longtemps, il ne semble ni surpris ni ébranlé par les critiques de son ami, puisqu'ils le sont aussi, des amis. L'heure est à la séduction. Donner envie à ceux de son auditoire qui comme moi, ne l'auraient pas encore fait, d'aller le lire. Il raconte : son enfance, son père, ses débuts de jeune avocat, sa rencontre et sa collaboration avec Vergès, « la justice en pays dominé », etc.

Il répondra à quelques questions du public, aura cette phrase à propos des francs-maçons dans la justice : « Le poids de l'occulte, il faut en parler ! » mais n'en dira pas plus, de même qu'il refusera d'évoquer l'affaire dans laquelle le président de la CTM est son client.

J'ai repris la route vers Sainte-Marie. J'ai toujours envie de le lire, ce livre.

W.A.

 

Aidez Freepawol

pour une presse libre

Dans la même rubrique...

Il y a des annonces comme ça, qui vous éclaire une journée.

Jean Bernabé, dans son dernier ouvrage, La dérive identitariste, récuse le terme « identité » et ses dérivés quand ils sont appliqués aux peuples car l’immuabilité de ces derniers est une

On entend souvent accuser l'équipe au pouvoir à la Région, de ne servir que ses partisans, ses amis et de ne pas accepter l'opposition.

Pages

1 2 3 4 5 »

Articles récents

La circulation sera modifiée à Fort-de-France à l'occasion de la venue du Président de la République, Emmanuel Macron, le jeudi 27 septembre.

Organisations syndicales (CGTM, CSTM, CDMT, UNSA, USAP, CFTC), retraités, associations écologistes et autres, se sont regroupés pour dire « Nou bon épi sa » !  Ils appe

Après une longue période d’absence sur le grand écran du cinéma, Spike Lee, cinéaste engagé depuis toujours, réapparait dans un film très nourri pour dénoncer le racisme américain dans ses codes, s

La CTM communique des numéros de téléphone pour que les citoyens qui constatent des dégradations provoquées par la tempête Isaac sur les routes départementales et nationales, les signalent afin de

A l’initiative du Député Jean-Philippe Nilor les parlementaires de Martinique écrivent au Président de la République, Emmanuel Macron, pour déplorer ce qu’ils qualifient d’acharnement administratif

Pages

1 2 3 4 5 »