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Quel esprit mauvais hante le Campus Caraïbéen des Arts pour qu’en séance plénière du Conseil Régional,  les mots qui ne sont pas dits,  provoquent des transes dans l’hémicycle ?  Le 1er avril, des étudiants et personnels du Campus se sont invités à la plénière pour dénoncer le climat de harcèlement moral qui règne depuis des années dans leur établissement et déplorer « dé malè ki rivé ».

Si ce n’était l’épais vitrage du bâtiment,  les passants de la rue Gaston Deferre auraient pu entendre les vociférations de Camille Chauvet, président par intérim du Campus des Arts, après le retrait annoncé pour 6 mois, en janvier dernier,  de la Présidente, Yvette Galot.  Une colère provoquée par l’opposant Daniel Marie-Sainte qui, après l’intervention des représentants des étudiants et des personnels du Campus,  indiquait dans sa prise de parole :

« La rumeur  publique, mais je n’ose pas reprendre cela, nous a appris, en tout cas nous avons  été informés qu’il y a un cadre qui est allé jusqu’à une certaine extrémité. Quel est  le lien qu’il y a entre cette situation ? Je n’en sais rien. Il y a un lien, il y a des  coïncidences et c’est dramatique cela. Donc c’est pourquoi je dis que la situation est tragique. »  

Le brusque décès du Directeur des Ressources Humaines a effet soulevé beaucoup de questions et un lourd silence pèse. C’est que depuis des années, le climat se détériore dans cet établissement où étudient des jeunes de Guadeloupe, Guyane et Martinique.

A entendre les discours de bonne gestion qu’avalent les électeurs qui parfois ont besoin de rêve, on peut s’étonner d’entendre le Président de Région, Serge Letchimy,  affirmer « Je vais être extrêmement clair et je souhaite que ce que je vais dire soit entendu par tout un chacun, parce que la situation est effectivement extrêmement grave.  Et je  pèse mes mots en disant extrêmement grave.  Ce qui nous a obligés, à la Région – et j’ai pris le pouls un  peu partout, quelles que soient les tendances politiques – à prendre des décisions. Et je veux qu’elles soient respectées et appliquées. La première chose c’est que nous avons, dès qu’on a senti les dérives du Campus, demandé à ce qu’il y ait un audit qui soit réalisé. L’audit a été réalisé pendant toute l’année dernière et nous avons eu la conclusion de l’audit, qui nous a fait un  bilan assez catastrophique sur la gouvernance, la gestion et l’exploitation du  Campus. »

A travers les mots, s’entend le silence qui règne autour du mal être de ce Campus. Et étonnement le consensus est recherché quand la majorité actuelle qui nous avait habitué à entendre, que les précédents décideurs majoritaires à la Région, n’avaient rien fait de bien,  changent de ton. On écoute étonné cette affirmation du Président de Région, Serge Letchimy: « Césaire Aimé a créé le SERMAC dès les années 1970, qui a profité à tout le  monde et tous les Présidents qui m’ont précédé ont toujours soutenu l’IRAV qui  était focalisé notamment en matière d’arts plastiques ».

Alors c’est dit, Alfred Marie-Jeanne désigné régulièrement par la nouvelle majorité, mauvais gestionnaire, a toujours soutenu l’IRAV (Institut Régional d’Art Visuel). Sous sa présidence, le Campus a aussi connu des mécontentements en son sein, mais sans « dé malè ki rivé ».  En 2008, le directeur et plasticien Ernest Breleur,  décidait d’entamer une grève de la faim pour obtenir le départ du président du conseil d’administration de l’époque, Michel Michalon. Après une rapide rencontre avec le Président de Région, Alfred Marie-Jeanne, il a mis fin à son mouvement. Mais Patrick Chamoiseau avait déjà pris la plume pour dénoncer la crise et écorcher au passage l’élu du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) :

« La présence d’une école de l’Art dans un pays qui cherche à se construire est essentielle. Les lieux de l’Art sont ceux de la liberté, de la créativité libre, de l’audace conceptuelle, de l’insurrection des imaginaires. Ce sont donc des lieux de résistances — de celles qui dépassent les impossibles d’un réel et qui fournissent à notre futur sa plus sûre origine. Ce sont les lieux de la beauté, donc du renouvellement constant par lequel les hommes et les cultures fondent leur vision du monde et les projections qu‘ils peuvent y déployer. Ces lieux sont essentiels à la prise en main de ce que nous voulons ou que nous saurons être. Dans une politique culturelle, les lieux de l’Art, et singulièrement celui de l’école, sont de l’ordre du vital.

C’est pourquoi on ne saurait l’abandonner à l‘appétit d’un potentat dérisoire, dont la seule perspective est de s’assurer un pré-carré, voire un petit joujou, et d’invalider non seulement tout projet pédagogique mais la présence de celui ou de celle qui saurait le mettre en œuvre, à savoir d’un directeur, responsable devant le Conseil d’Administration, mais disposant d’une pleine autonomie de gestion et de mise en oeuvre. »

 

Daniel Robin                  Yvette Galot

Les sièges éjectables des directeurs

En 2009, après 14 mois de vacance, le poste de directeur a été attribué à Benjamin Brou, maître de conférences des universités en arts plastiques et sciences de l'art. Arrivé de l'IUFM de l'Université d'Artois, le nouveau directeur est rapidement contesté par les équipes pédagogiques et le conseil d'administration.

Nouvelle tempête fin 2010 sous la majorité actuelle du Conseil Régional,  qui commande un audit. Les conclusions soulignent l’échec du directeur, qui pourtant avait suscité beaucoup d’espoir,  à mettre en place un projet d'établissement.  Ernest Breleur dénonce « le refus de Benjamin Brou ne pas tenir compte de l'identité caribéenne. » Un autre professeur parle de « vision exclusivement tournée vers l'Europe » (FA. 05.11.2010).

Le Campus Caraïbéen des Arts ne souffre t-il pas d’abord de la vision tournée vers le nombril des intérêts politiques,  qui ne laissent aucune place à  « l’insurrection des imaginaires » ? Patrick Chamoiseau qui est aujourd’hui au service de la majorité actuelle,  qui le paie pour être le penseur du développement du pays, devrait au nom de cette mission nous apporter une réponse. 

Le directeur actuel Etienne Jean-Baptiste, a dénoncé des faux en écriture publiques qui seraient commis par la présidente. Déjà éjecté, il sera éjecté, Serge Letchimy s’y est engagé.  « La présence du Directeur Général n’est pas compatible avec le fonctionnement de cette institution. Donc il faut assumer les responsabilités.  Madame GALOT l’a suspendu. Je veux le document, que je n’ai pas jusqu’à  présent. Je n’ai pas ce document. Si Monsieur le Directeur est suspendu, il doit être suspendu et il ne doit pas être dans cette instance, à diriger une instance où il est suspendu. Et il faut faire appliquer le droit. S’il n’est pas suspendu, il le sera. »

On s’interroge, y a t-il un pilote à bord ?  Daniel Marie-Sainte n’a pas manqué de souligner cette situation loufoque :  « …En même temps, nous  entendons et cela vient d’être répété par la collègue GALOT, qu’elle estime  qu’elle est encore la Présidente. Tellement que, si j’ai bien compris (ça je l’ai  appris ce matin), que ce n’est que le 27 mars qu’elle a déposé une lettre de  démission au Préfet. Donc ce n’est plus au Président de la Région, maintenant  c’est au Préfet. Alors la question c’est de savoir quelle est la bonne autorité  destinée à recevoir cette démission ? La question est : Qui a fait d’elle la  Présidente ? Il me semble que c’est le Conseil d’Administration qui l’a élue.  Même si les textes prévoient qu’elle doit être validée par le Président du Conseil  Régional.

Alors la question : la collègue GALOT est-elle démissionnaire ? Ou était t-elle démissionnaire au moment où vous nous avez adressé un rapport en  Commission Permanente pour nous dire que vous aviez pris acte de sa démission  ? Etait t-elle démissionnaire ? Qui est actuellement le Président ou la Présidente de Conseil d’Administration ? On parle de vice Président qui assure l’intérim, etc.  Donc vous voyez là, même à l’intérieur de chez nous, donc à l’intérieur de votre  groupe, il y a un flou. Evidemment, un flou à la tête d’une organisation – « le  poisson pourri par la tête » dit le poète chinois – fait que tout le reste du corps,  corps enseignant et étudiants, se trouve dans une situation confuse et qui  entraîne malheureusement, des désespoirs, une situation de malaise. »

L’espoir n’est pas encore au rendez-vous

Les étudiants et personnels ont encore des raisons de s’inquiéter quand dans son intervention, le Président de Région, a bien fait comprendre que la situation financière du Campus est fragile :

« J’ai toujours indiqué à ceux qui managent l’IRAV et le Campus d’être dans la progression, d’être progressifs,  pour mesurer l’importance des dépenses par rapport aux capacités financières et  budgétaires. Je l’ai dit, écrit, rappelé verbalement, par écrit, par tout modèl de  bagay. Et ce qui a été noté tout à l’heure par la personne qui s’est exprimée en  disant qu’au départ ce qui était chiffré c’était 11 à 12 millions d’euros, cela  voudrait dire qu’on demanderait à la Région de passer de 2 à 12 millions d’euros.  Ce qui est impossible. Je ne vois pas comment on passe de 2 à 12 millions d’euros.  Cela c’est la masse financière. Parce que nous avons la responsabilité collective,  pour les outils extérieurs, de maîtriser les dépenses.

Nous avons, aujourd’hui, un outil dont la responsabilité nous engage, pas  uniquement sur des problèmes de gouvernance et de management, mais sur  l’avenir d’une jeunesse qui nous fait confiance et qui rentre dans un cursus pour avoir des diplômes à la fin, avec une formation de qualité. C’est très important de  pouvoir assurer à la fin cette délivrance correcte de diplômes.

Nous avons donc la responsabilité aussi de leur sécurité personnelle et d’une  pédagogie qui soit cohérente et claire. C’est pour cela qu’après la fin de l’audit, nous avons arrêté plusieurs décisions. La première décision, c’est stabiliser la  situation financière qui était déjà très dégradée. On a trouvé une solution, et je le  dis, temporaire, d’injecter par le FSE (Fonds Social Européen)  5 millions d’euros, dans le projet qui a été  présenté par la Présidente. Cette décision a été prise et votée ici. Ce qui nous permettra de tenir un peu de temps. »

Et pendant ce temps les électeurs qui légitimement attendent, que l’argent public soit géré avec rigueur, doivent se contenter de sous-entendus, d’accusation de faux en écriture,  de rumeur de pacte de silence de frères et sœurs trois points.

Au Campus Caraïbéen les étudiants perdent le Nord. On aurait aimé entendre un cri,  quand « dé malè ka rivé ». Entendre un cri pour cette jeunesse qui veut se former dans un établissement où la situation chaotique ne cesse d’alimenter la chronique. Daniel Robin vient d’être nommé Président du Conseil d’Administration, pompier et exorciste. Les pressions et les paroles anbbafèy ne sauront arrêter la vérité qui doit éclater pour que s’installe enfin un climat serein propice à la réussite.  Pour que dans « l’insurrection des imaginaires » des étudiants,  n’apparaisse pas le fantôme du Campus qui tel celui du « Fantôme de l’Opéra », exigerait une loge pour s’installer et continuer à hanter les lieux.

extrait_du_pv_de_la_seance_pleniere_du_1er_avril_2014_-_copie.pdf

 

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