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Société

Les hommes politiques qui sont prêts à casser l'Université des Antilles, avant sa naissance, pour se débarrasser de Corinne Mencé-Caster, l'insoumise Présidente de l'UAG, obtiennent l'effet inverse. De plus en plus de Martiniquais veulent la défendre.

Un comité de soutien très actif, avec à sa tête Mme Suzy Sorel, existait déjà. Mardi, la presse était invitée à une conférence de presse de présentation du tout nouveau Comité Citoyen, créé à l’initiative de Mme Chantal Beaucelin. Une première rencontre où se sont pressés de nombreux citoyens de la société civile.

« Je suis allée au salon du lycéen, nous avons travaillé aussi à la journée portes ouvertes, nous avons tout fait pour que les lycéens viennent à l’Université. Quelques semaines avant les inscriptions,  excusez l’expression, le ministère fout la merde et fait que les jeunes Martiniquais partiront s’inscrire dans d’autres Universités. Or nous avons besoin de garder cette jeunesse pour montrer que cette Université n’accueille pas que des gens qui ne peuvent pas partir. »

Cet étudiant exprime le ressenti de nombreux jeunes qui voient dans le comportement des politiques, beaucoup de mépris pour celles et ceux qui, boursiers, n’ont d’autres choix que rester étudier au pays. Et on peut s’interroger avec eux.

                                                       

Le témoignage de cet étudiant n’est pas le seul à avoir été entendu à la conférence de presse organisée le mardi 25 juin, par un Comité Citoyen qui s’est donné pour première mission, de défendre l’Université et sa Présidente Corinne Mencé Caster. Une femme coupable de courage pour avoir fait ce que ses prédécesseurs n’ont pas fait : saisir la justice, après les révélations faites depuis des années par la Cour des Comptes, sur d’importants détournements de fonds publics au CEREGMIA (Centre d'Etude et de Recherche en Economie, Gestion, Modélisation et Informatique Appliquée). Suite aux investigations du SRPJ,  une instruction est ouverte pour les motifs de violation des règles sur les marchés publics – favoritisme – escroquerie en bande organisée au préjudice de l’Union Européenne

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La justice semble avancer au pas de sénateur. Avec seulement quatre enquêteurs à la brigade financière du SRPJ où s’empilent de gros dossiers, les conditions sont-elles réunies pour que le juge d’instruction dans un délai raisonnable, réunisse les preuves à charge et à décharge permettant d’envoyer devant les tribunaux compétents, les voyous en col blanc ? Entre les engagements politiques pris pour une justice plus efficace et les moyens humains mis pour y arriver, il y a un fossé où peuvent finir silencieusement, bien des affaires dérangeantes.

                                                      

Il y a quelques jours, le Bâtonnier Félix Chauleau, s’est inquiété des lenteurs de la justice dans le dossier CEREGMIA, pour lequel l’information judiciaire a été ouverte depuis le 7 avril dernier.  Dans son communiqué le bâtonnier écrit :

« Chaque Martiniquais, indépendamment de ses opinions politiques, religieuses ou autre,  ne peut accepter l’idée qu’aucune diligence connue n’ai été faite par le Magistrat Instructeur.

Ce qui est en cause ici c’est le crédit de la Justice à la Martinique. On sait que notre histoire est riche en faits détestables impliquant une justice alors odieuse. La Cour de Cassation a, du reste, contribué à la sanctionner quelques années avant l’abolition de l’esclavage.

Suite à l’ouverture d’une information visant des infractions graves réputées commises dans le cadre de notre Université, nous sommes particulièrement rigoureux dans l’appréciation de l’avancement de l’indispensable enquête pénale. »

                                                     

Les maux de la Justice, réveillés régulièrement dans les départements français d’outre-mer, ne sont pas prêts de cicatriser et la suspicion n’est jamais loin. Dans l’affaire du CEREGMIA et des pressions politiques associées qui pèsent sur l’avenir de l’Université, l’ombre de l’enterrement politico-judiciaire se glisse partout dans le pays.

L’annonce de la création d’un Comité Citoyen et de sa conférence de presse a attiré de nombreux citoyens de la société civile. Venus de l’Université, il n’y avait pas que des enseignants et des étudiants, les personnels administratif et technique ont tenu à être là.  Les tentatives politiques de casser l’Université pour déchouker Madame Mencé Caster et sauver le soldat CEREGMIA ne trompent personne.

                                                      

La présidente du Comité, Chantal Beaucelin, l’a exprimé en une phrase : « Continuité des mandats = continuité des poursuites = respect de la démocratie. » Dans la salle, la détermination de celles et ceux, jeunes et moins jeunes, qui sont venus dire leur indignation, leur solidarité et la volonté d’agir pour une Université propre et d’excellence, s’est exprimée  sans détour. Il n’est pas inutile de constater que dans cette assistance, les femmes étaient majoritaires.

                                                     

Les attaques contre la Présidente de l’Université, marquées d’une violence sexiste et surtout sa résistance, son refus de baisser la tête et de continuer à se battre pour une Université de qualité pour notre jeunesse, entraînent dans son sillage de plus en plus de Martiniquais.

Des organisations syndicales ont publié un communiqué pour marquer elles aussi leur solidarité. Jocelyn Lamon, secrétaire général de la CGTM/FSM a rappelé le combat des lycéens de sa génération pour obtenir une Université en Martinique. À une époque où tous les Martiniquais n’avaient d’autres choix que partir étudier à Bordeaux en priorité ou Toulouse..etc.  Un souvenir pour dire que « ça a été une conquête » et pas question de revenir en arrière,  ce combat doit continuer. Le syndicaliste a dit son admiration pour la Présidente qui pour lui,  mène à son niveau le même combat, celui d’offrir à nos jeunes la possibilité d’étudier chez eux dans un « lieu de formation de l’élite par excellence ». Et si le secrétaire général de la CGTM/FSM a regretté que toutes les organisations syndicales ne se soient pas senties concernées par la défense de l’Université, pour lui, il n’y a pas à tergiverser, il s’agit de l’avenir de la Martinique. Et si on dit, quand le bâtiment ne va pas, rien ne va, pour lui  « quand l’Université ne va pas, péyi-a tchou pou tèt » !

                                                      

Pendant que Victorin Lurel, comptant sur l’appui du Gouvernement qu’il a servi, fait son chantage au divorce entre les pôles de Martinique et de Guadeloupe, devant constituer l’Université des Antilles, les étudiants expriment leur inquiétude. Le Président de la Région Guadeloupe et celui de Martinique, Serge Letchimy veulent à tout prix se débarrasser de Corinne Mencé-Caster, qui n’accepte pas d’aller faire la coutume à ces messieurs. La lettre qu’elle a adressée le 19 juin à Victorin Lurel, démontrant une fois de plus son insoumission, a énervé l’ancien ministre pour qui elle est définitivement persona non grata.

                                                        

Cet acharnement mis pour empêcher  la Présidente de l’Université de mener à bien le projet de l’Université des Antilles est insupportable pour le syndicaliste qui dit son admiration pour « cette femme de caractère et conclut :  « Au moment où on parle de parité, au moment où on parle de droit de la femme, au moment où on dit que les femmes doivent rayonner davantage dans la vie économique, culturelle, sociale et politique du pays, on assiste à un véritable lynchage d’une femme martiniquaise, d’une femme méritante, une femme djok, une femme douboutt. C’est une femme   à grenn. » Tonnerre d’applaudissements dans la salle.

                                                         

Jocelyn Lamon a précisé que la moralité, la gestion des fonds public, intéressent aussi les syndicats, confrontés aux difficultés qu’elles entrainent pour les entreprises et pour les salariés qui en paient les conséquences.

                                                                          

Et question conséquence, une étudiante doctorante a dit toute sa détresse : « L’université qu’on a bâtit pendant plusieurs décennies, je l’ai trouvée sur ma route dans les années 2000. Je la trouve cette année éclatée, au moment où je décide d’entreprendre une thèse de doctorat. Je dois suspendre mon travail de recherche pour me battre, avec d’autres, pour que cette Université puisse délivrer, ce que j’ai entrepris  de commencer, un diplôme légalisé dans de bonnes conditions. J’avais encore confiance jusque là  pour avoir un diplôme de l’UAG, avoir un doctorat de l’UAG. Maintenant je ne sais pas quel doctorat j’aurai, de quelle université ? Il y a un rapport de force que je ne comprends pas, il y a des propos tenus sur les antennes que je ne comprends pas, que les étudiants ne comprennent pas. C’est du charabia pour le citoyen lambda. Je veux inviter tous les citoyens, les parents, les jeunes, à agir. J’invite tous ceux qui pensent qu’on ne peut pas avoir un pays sans Université, sans une élite, sans un lieu qui les forme, un lieu qui forme les consciences, à se mobiliser, à se battre. Nous payons des impôts, nous faisons confiance à nos élus, nous les choisissons. Je ne comprends pas qu’un élu ne prenne pas position, pour ce qui relève de la justice ».

A l’issue de la conférence de presse,  le Comité de Soutien s’est rendu à la Préfecture où une délégation de 5 personnes a été reçue par Mr Ben Taleb, sous-préfet pour la cohésion sociale. Elles ont demandé que l’Etat respecte sa parole pour la formation de l’Université des Antilles.

 

La lettre de Corinne Mencé-Caster au Président de la Région Guadeloupe, Victorin Lurel

                                                                      

 

                                                                 

 

 

 

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