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Le Vendredi 9 septembre, le président du Conseil Exécutif de la Collectivité Territoriale de Martinique, Alfred Marie-Jeanne, invitait à une conférence de presse pour faire le point, sur divers dossiers dont le TCSP qui alimente les journaux papier, télévisés, en ligne, ainsi que les réseaux sociaux. Les élus ont répondu à toutes les questions que les journalistes voulaient bien poser pour tenter de comprendre qui a caché les clés, qui s’avèrent encombrantes, du TCSP. En examinant les documents concernant ce TCSP, difficile de ne pas trouver les responsables de cet interminable transport, attendu et payé par les Martiniquais. Les faits sont là, les dirigeants de l’Ex-Conseil Régional et ceux de la CACEM nous racontent des bobards. 

Le TCSP a occupé  plus de la moitié du temps de cette rencontre avec la presse. Il est vrai que les membres de l’ancienne majorité à la tête de l’ex-Conseil Régional, qui avaient maintes fois annoncé le démarrage des Bus pour la fin de l’année 2015, multiplient les déclarations pour rendre la nouvelle CTM, responsable du non démarrage de ce transport tant attendu par les Martiniquais.

Entre les tribunes des uns et des autres dans la presse, pour se défendre d’être responsables du non démarrage des bus du TCSP, les accusations et dénégations se succèdent depuis l’élection à la tête de la Collectivité Territoriale de Martinique du groupe « Gran Sanblé Pou Ba Péyi-a An Chans ».

L’alliance de la Droite et du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais), qui a permis à cette liste de gagner les élections de décembre 2015,  a surpris et sonné le groupe « Ensemble pour une Martinique Nouvelle » (EPMN composé d’hommes et de femmes de Droite et de Gauche) qui dirigeait l’ex Conseil Régional. Les attaques entre nouveaux venus et élus perdants ne sont donc pas étonnantes dans ce monde politique qui parle de paix mais qui ne sait pas utiliser les mots, les comportements, les décisions qui la permettent.

Dès le début de la conférence de presse nous avons interrogé les élus du Conseil Exécutif pour savoir qui détient les clefs du TCSP, puisque Johnny Ajjar, ancien vice-président de la CACEM et nouveau Secrétaire général du PPM (Parti Progressiste Martiniquais), venait de  déclarer sur les ondes de Martinique 1ère,  dans l’émission « Saw ka di » de Maurice Violton : « Nous n'avons pas les clés de la maison », jouant l’innocent désespéré, ignorant des faits dont il a été pourtant un des acteurs, dans ses multiples fonctions d’élus. http://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/tcsp-nous-n-avons-pas-les-cles-de-la-maison-declare-johnny-hajjar-394769.html

Dans ce dossier TCSP, devenu un Tralala de Canulars Sans Pause débités par ces gens que nous élisons,  nous journalistes avons pour mission de fouiller, prendre le temps des recherches approfondies pour, en toute indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques ou économiques, tenter d’établir les faits. 

Dans une lettre adressée au Président de l’Exécutif de la CTM le 2 mai 2016, que nous avons publiée,  le président de la CACEM, Athanase Jeanne-Rose, écrit :

 « Suivant le principe de répartition utilisé lors de l’élaboration du projet, notamment au sein du SMTCSP, je vous propose que la CTM puisse participer à hauteur des deux tiers, et la CACEM à hauteur d’un tiers. Les premières estimations du déficit  d’exploitation ont été établies à hauteur de 6,1 M€ /an. Ces résultats seront précisés après les résultats de la marche à blanc. »

Nous avons interrogé les conseillers de la CTM sur cette affirmation. Daniel Marie-Sainte qui a plusieurs fois indiqué que c’est le Syndicat Mixte du TCSP (SMTCSP) qui est le maître d’ouvrage juridiquement, a répondu que l’équipe qui est aux affaires à la CTM depuis décembre 2015, n’a trouvé « aucun engagement financier voté par l’ancienne Région pour donner de l’argent à la CACEM ».

Citant « de mémoire » des dates, il a ajouté que les journalistes qui suivaient les plénières de l’ex-région peuvent se souvenir de celle d’octobre 2015. 

Si aucun engagement n’a été trouvé par la nouvelle équipe, nous avons pu vérifier que de l’argent a bien été demandé par la CACEM à l’ex-Région, qui a répondu favorablement, même si la somme versée ne correspondait pas à celle attendue :

Par lettre du 6 février 2015, le président de la CACEM , Athanase Jeanne-Rose a formulé une « demande de financement exceptionnel pour la mise en exploitation du TCSP.»

Il y explique que la décision du Conseil communautaire du 23 décembre 2014 « qui a délibéré favorablement pour intégrer l’exploitation du TCSP par voie d’avenant au contrat de délégation de service public du transport urbain sur son territoire, a un double impact financier sur le budget de la CACEM.

« Le premier est le coût des investissements nécessaires à la mise en exploitation effective du TCSP en 2015 pour un montant estimé par nos assistants à maîtrise d’ouvrage à 6 585 552 € HT au minimum se décomposant de la manière suivante :

         La billettique sans contact et les Distributeurs Automatiques de Titres : 1 339 717 € HT ;

         Le système d’Aide à l’Exploitation SAE et le Système d’Information Voyageurs SIV : 551 394 €  HT

         La vidéo-surveillance embarquée et des stations du TCSP : 2 042 441 € HT ;

         Les équipements et matériels du Centre de Maintenance des BHNS : 1 970 498 € HT ;

         Les infrastructures complémentaires des pôles d’échange de Mahaut, Carrère, et de la Pointe Simon : 701 502 € HT ;

         Les travaux d’aménagement de l’interconnexion Bus/TCSP au niveau des échangeurs dont le coût n’est à ce jour pas chiffré.

Le comité de Pilotage de l’exploitation du TCSP du 15 septembre a acté le principe d’une participation financière égalitaire des collectivités Régionale, Départementale et Communautaire aux surcoûts liés aux investissements non supportés par le contrat de PPP. Cette répartition représente un montant de 2 195 184 € par collectivité. »

 

Il est important de noter ce paragraphe de la lettre que nous avons choisi de souligner, puisqu’il rappelle les promesses sans cesse répétées par l’équipe dirigeante de l’ex-Région : Un démarrage de ce TCSP en 2015, donc avant l’élection de la CTM. Pourtant les membres de l'ancienne majorité régionale, qui ont fait des choix pendant leur mandature de 2010 à 2015, sont incapables d'assumer. Lisons la suite de la lettre du président de la CACEM : 

Le deuxième impact budgétaire pour la CACEM est le financement des coûts supplémentaires liés à la mise en œuvre des essais du réseau TCSP (marche et blanc) et du lancement de l’exploitation en 2015. L’évaluation de ce coût est de l’ordre de 2 400 000 € HT en 2015 et à environ 4 600 000 € à compter de 2016, première année pleine d’exploitation du TCSP.

La lettre (parmi les documents à consulter en fin d’article dans « Bwèt zouti ») se termine  ainsi :

« En conséquence, la somme nécessaire pour boucler le financement du lancement de l’exploitation du TCSP en 2015 est de 4 600 000 €, montant qui ne représente que 8% du coût du transport organisé de passager sur le territoire du centre.

Compte tenu des éléments qui précèdent, la CACEM sollicite du Conseil Régional une subvention exceptionnelle de 4 600 000 € pour les financements des investissements et du lancement de l’exploitation du TCSP en 2015.»

 

L’ex-Région ne verse pas la totalité de la somme demandée

Dans son rapport aux Conseillers régionaux, en vue de la plénière qui devra décider, le président de la collectivité, Serge Letchimy, qui explique le contexte de la demande, ne propose au vote des élus qu’une somme bien inférieure à celle demandée :

« CONTEXTE DE LA DEMANDE 


Par suite de l’intégration de l’exploitation du TCSP par voie d’avenant au contrat de délégation de service public du transport urbain sur son territoire, décidée par le Conseil Communautaire de la CACEM en date du 23 décembre 2014, le budget de la CACEM déjà contraint par la réduction des dotations de l’Etat et de la diminution des ressources financières du Transport, ne lui permet pas de supporter les dépenses afférentes à la mise en exploitation du TCSP…. 


Nous proposons donc d’attribuer à la CACEM une subvention d’un montant de 1.174.968 € pour les dépenses d’investissement nécessaires à l’exploitation du TCSP.  

Subvention exceptionnelle concernant les dépenses nécessaires au lancement de l’exploitation pour les opérations de marche à blanc préalables.
Il est proposé d’attribuer à la CACEM 50% de la subvention demandée, soit la somme de 935 725 €.

DEPENSE ET FINANCEMENT
Le montant de ces subventions s’élevant à la somme de 2 110 693 €, sera imputé sur le chapitre 908 – 842 du budget du Conseil Régional.

CONCLUSION

Il est demandé à l’Assemblée Plénière de bien vouloir :

AUTORISER le Président de la Région Martinique à accorder à la CACEM, une subvention de 
1.174.968 € au titre des dépenses d’investissement nécessaires à l’exploitation du TCSP ; 
           

AUTORISER le Président de la Région Martinique à accorder à la CACEM, une subvention de 935 725 € au titre des dépenses nécessaires au lancement de l’exploitation du TCSP pour l’année 2015. 

L’avis de la commission des affaires financières et du budget sera remis en séance. »


 

La réponse de l’assemblée plénière par délibération (document en intégralité à consulter ) :

« Vu le code général des collectivités territoriales et notamment ses articles L 4111-1 à L 4341-1 et L 4431-1 à L 4435-1,

Vu les délibérations n°13-2412-1 du 19 décembre 2013 et 14-1043-2 du 1er juillet 2014 relatives au budget régional de l’exercice 2014,

Vu les courriers référencés DL/FV/JMG/MYTB/GL/106010 et DL/FV/JMG/MYTB/GL/106013 de la Communauté d’agglomération du centre de la Martinique au Conseil Régional en date du 13 Octobre 2015,

Vu l’avis de la Commission des affaires financières et du budget en date du 26 novembre 2015 , Sur le rapport de Monsieur Fred LORDINOT

ADOPTE LA DELIBERATION DONT LA TENEUR SUIT :

   Article 1 : Une subvention d’un montant de un million cent soixante-quatorze mille neuf cents soixante-huit euros (1.174.968 €) est alloué à la Communauté d’agglomération du centre de la Martinique (CACEM) au titre des dépenses d’investissement nécessaires à l’exploitation du TCSP ;

   Article 2 : Une subvention d’un montant de un million quatre cent quatre-vingt-dix-sept mille cent soixante euros (1 497 160 €) est alloué à la Communauté d’agglomération du centre de la Martinique (CACEM) au titre des dépenses nécessaires au lancement de l’exploitation du TCSP pour l’année 2015;

   Article 5 : Il s’agit d’une subvention en autorisation de programme avec l’échéancier suivant en termes de crédit de paiement :

2016 : Versement de l’intégralité des deux subventions, soit un montant de 2 672 128 €.

   Article 4 : Cette somme sera imputée au chapitre 908 - 842 du budget régional.

   Article 5: Mandat est donné au Président du Conseil régional pour signer tous les actes et documents nécessaires à l’exécution de la présente délibération.

Ainsi délibéré et adopté par le Conseil Régional. »

 

Accusations, dénégations, des bobards pleuvent pour aveugler la population

En réponse à une tribune du Conseiller exécutif Daniel Marie-Sainte parue le 29 juillet dernier, le nouveau secrétaire général du PPM, Johnny Ajjar, a bénéficié de larges colonnes dans le quotidien France-Antilles (Vendredi 19 août 2016) ayant pour titre « Qui a intérêt à ce que le TCSP ne démarre pas.»

 

Répondant donc au Conseiller exécutif de la nouvelle CTM, Johnny Ajjar qui était jusqu’au 1er septembre vice-président de la  CACEM, affirme :

« Sur la question du Partenariat Public Privé (PPP) attribué à CARAIBUS :

Il faut le rappeler - mais vous le savez car vous étiez conseiller régional assidu de la mandature Letchimy et vous omettez encore de le dire - l'enjeu ainsi que l'urgence étaient de réaliser en 5 ans ce chantier qui était resté à l'arrêt depuis 10 ans.

En effet, il fallait à tout prix éviter que la Région Martinique, aujourd'hui la CTM, n'ait à rembourser plus de 80 millions d'euros de fonds européens si le chantier n'était pas terminé au 31 décembre 2015, date butoir fixée par l'Europe.

Aussi, pour garantir la complète réalisation de ce chantier dans les temps il a fallu le découper en 2 parties car la Région seule ne pouvait pas tout faire de manière réaliste en 5 ans.

Un appel d'offre sous la forme d'un PPP (NDLR : Partenariat Public Privé) a donc été lancé par le SMTCSP et attribué à CARAIBUS. Il devait, dans les délais, construire : le Centre Technique de Transport (CTT), c'est-à-dire le centre de maintenance des Bus à Haut Niveau de Service (BHNS), toutes les stations d'arrêt, les 2 pôles d'échanges de Mahault et de Carrère. Il devait aussi s'occuper des Bus à Haut Niveau de Service (BHNS), qui sont des bus à fabriquer spécialement pour la Martinique. 

La Région devait elle, réaliser la partie des infrastructures restantes c'est-à-dire les travaux concernant les différents ponts de l'autoroute (Galléria, Californie, Châteauboeuf), la Lézarde, l'Aéroport et les voies urbaines de Sainte-Thérèse et Ernest Deproge.

Pourquoi était-ce au SMTCSP de passer ce PPP ?

Vous omettez encore de le dire mais vous le savez également car le SMTCSP a été constitué sous votre mandature régionale. Son objet unique est la réalisation du TCSP.

Il est donc compétent au sujet de la construction des infrastructures. (...)

 

Rappelant que toutes les délibérations passent au contrôle de la légalité,  il ajoute :

« Vous dites ensuite : Deux mois avant les élections de la CTM, le président du SMTCSP a transféré les installations du TCSP à la CACEM » : c'est faux!

Aucun transfert d'infrastructures n'a été réalisé vers la CACEM et vous le savez également car vous êtes également un conseiller communautaire assidu. Les infrastructures du TCSP doivent être transférées à l'autorité compétente, c'est-à-dire au SMTCSP.

La CACEM n'est ni compétente ni propriétaire des infrastructures! La CACEM est l'Autorité Organisatrice des Transports (AOT). Elle intervient donc au niveau de l'organisation et du fonctionnement du Transport. Elle détermine l'exploitant du réseau TCSP. Elle doit donc respecter le code des marchés publics. »

 

On aura noté que l’ancien vice-président de la CACEM dit bien que l’appel d’offre a été lancé par le SMTCSP, preuve que c’est bien ce Syndicat Mixte qui est le maître d’ouvrage du TCSP.

Ce que dit le rapport de la Chambre régionale des comptes sur la gestion de la CACEM, concernant le TCSP et le PPP. Extrait :

En parcourant le rapport définitif de la Chambre régionale des comptes du 2 Octobre 2015 qui s’est penché sur la gestion de la CACEM, pour la période concernant les exercices 2009 et suivants, il est écrit concernant le TCSP :

 

« Le projet a pour ambition de fournir un service de haute qualité et de réorganiser le transport collectif autour de deux lignes reliant le Lamentin et la commune de Fort-de-France, l’une de 9,2 kilomètres, reliant la Pointe Simon et la place Mahault, l’autre de 13,8 kilomètres, reliant la Pointe Simon et Carrère. L’objectif est d’atteindre une fréquentation de 38 400 trajets par jour, dont un tiers issus du report modal de la voiture particulière vers le transport collectif.

Une gouvernance complexe et peu collaborative du projet

Les acteurs du syndicat mixte et, notamment, la collectivité régionale souhaitent sa mise en service avant fin 2015 pour éviter notamment le « dégagement d’office » de fonds européens engagés dans le projet.

Le coût en investissement du projet a fortement augmenté, passant de 246 M€ d’estimation en 2006 à 394 M€ en 2014, notamment en raison d’aménagement de voirie sous gestion de la région Martinique.

Le projet impacte plusieurs acteurs. La région pilote le projet et a obtenu avec la loi n°2013-1029 du 15 novembre portant diverses dispositions relatives à l’outre-mer, notamment son article 37, et en application de l'article 73 de la Constitution, une habilitation à adapter et fixer des règles spécifiques en matière de transports intérieurs de passagers et de marchandises terrestres et maritimes. Cette habilitation est destinée à permettre, notamment, la création et la mise en œuvre de l'autorité organisatrice de transports unique et du périmètre unique de transports, l’adaptation des conditions d'exercice de la profession de transporteur, la mise en place d'instruments de régulation, notamment contractuels, dans le domaine des transports de personnes et de marchandises, la définition des conditions de financement du transport public, notamment par l'adaptation du versement transport, la définition de mesures spécifiques en matière de coordination entre les collectivités territoriales et leurs groupements, les gestionnaires de voirie et du domaine public et l'autorité organisatrice de transports unique.

La région a engagé également d’importants travaux de voirie et d’aménagements dont elle est responsable, travaux qu’elle réalise sous maîtrise d’ouvrage publique. En outre, elle garantit les prêts contractés par les parties au partenariat public-privé, mode choisi pour la construction de l’équipement.

Jusqu’à la création de l’autorité unique de transport, le syndicat mixte du transport collectif en site propre (SMTCSP) était l’autorité organisatrice du transport dédiée au TCSP. La création juridique de l’autorité unique de transport n’a cependant pas supprimé le SMTCSP qui assure la réalisation du TCSP jusqu’à la mise en place opérationnelle de l’autorité organisatrice unique du transport.

La région, le département et la CACEM contribuaient chacun pour un tiers au budget du syndicat. La participation de la CACEM a été en 2013 de 372 000 €, en augmentation de 28 % par rapport à 2012.

Le SMTCSP a conclu fin 2013 un contrat de partenariat avec la société CARAIBUS, filiale de Vinci Concessions, d’une durée de 22 ans, pour, d’une part, le financement, la conception, la construction des ouvrages (stations, pôles d’échanges, centre de maintenance) et la maintenance, le gros entretien et le renouvellement de l’ensemble de ces ouvrages et équipements et, d’autre part, le financement, la conception et la fabrication des Bus à Haut Niveau de Service et de leurs systèmes embarqués.

Le projet représente un investissement total de 98,6 M€, composé d’un apport du SMTCSP de 18,4 M€, d’un montant de fonds propres de 5,6 M€ et d’un financement de 74,6 M€ via l’Agence Française de Développement et la Direction des Fonds d'Epargne… » 

 

A quoi sert vraiment le Partenariat Public Privé ?

Johnny Ajjar évoque le PPP signé avec la filiale de la multinationale Vinci, comme une solution presque de sauvetage. Sauvetage pour qui ?  Ce PPP va coûter une fortune aux contribuables martiniquais.

La Chambre régionale des comptes précise dans son rapport que « le financement, la conception et la fabrication des Bus à Haut Niveau de Service et de leurs systèmes embarqués. » est prévu dans le contrat signé avec la multinationale Vinci.

Comment expliquer alors que dans son courrier adressé à la Région le 6 février 2015 pour une « Demande de financement exceptionnel pour la mise en exploitation du TCSP »,  le  Président de la CACEM, Athanase Jeanne-Rose, prévoit un montant minimum de plus de 6 millions d’euros (6 585 552 €)  pour des travaux qui doivent être effectués par la société CARAIBUS, filiale de Vinci Concessions, qui a obtenu le marché du Partenariat Public Privé. 

Pourquoi la CACEM, avec l’argent de la Région doit-elle financer le SAEIV (Systèmes d'Aide à l'Exploitation et à l'Information Voyageurs) ? Cela voudrait dire que Vinci, chargé du « financement, la conception et la fabrication des Bus à Haut Niveau de Service » a livré des bus désossés au Syndicat Mixte du TCSP ?

Les Systèmes d'Aide à l'Exploitation et à l'Information Voyageurs (SAEIV), sont prévus dans la conception à l’intérieur et à l’extérieur de tous les bus ou tramway de France, sur les réseaux tel que celui qui sera opérationnel en Martinique.

Il assure la liaison entre l'exploitation et le réseau, le SAE permet d'améliorer la gestion et la régularité des bus. Il possède plusieurs interfaces : 

Une pour le gestionnaire de ligne (exploitation)

Une le conducteur

            Une pour les usagers (aux arrêts et dans le bus).

L’information du conducteur et des passagers est ainsi assurée dans et hors du bus.

C'est bien la société Vinci qui doit financer ces SAEIV, comme il est indiqué dans le rapport de la Chambre régionale des comptes.

Il est aussi indiqué que le contrat PPP remporté par Vinci et qui va nous coûter la peau de la tête pendant 22 ans,  prévoit : le financement, la conception, la construction des ouvrages (stations, pôles d’échanges, centre de maintenance) et la maintenance, le gros entretien et le renouvellement de l’ensemble de ces ouvrages et équipements.

 

Cerise sur le gâteau, voici ce qu’indique Vinci sur son site :

« La Société CARAIBUS, filiale de VINCI Concessions, vient de signer avec le Syndicat Mixte du Transport Collectif en Site Propre (SMTCSP) de la Martinique, le contrat de partenariat, d’une durée de 22 ans, portant sur :

-      le financement, la conception, la construction des ouvrages, dont les stations, les pôles d’échanges de Mahault, de Carrère, le centre de maintenance ainsi que la maintenance, le gros entretien renouvellement de l’ensemble de ces ouvrages et équipements;        

-      le financement, la conception et la fabrication des Bus à Haut Niveau de Service et de leurs systèmes embarqués.

Le projet d’un investissement total de 98,6 millions d’euros, qui se compose d’un apport du SMTCSP de 18,4 millions d’euros, d’un montant de fonds propres d’environ 5,6 millions d’euros et d’un financement de 74,6 millions d’euros qui sera assuré à la mise en service par l’Agence Française de Développement et la Direction des Fonds d'Epargne à hauteur de 50 % chacune.

La société CARAIBUS sera rémunérée au titre de la réalisation de ses prestations sous forme de redevances.

La conception et la réalisation du Transport Collectif en Site Propre (TCSP) d’une durée de 23 mois seront réalisées par EUROVIA et VINCI Construction, via leurs entreprises respectives CARAIB Moter et SOGEA Martinique. Les Bus à Haut Niveau de Service de 24 mètres seront quant à eux conçus et réalisés par la société Van Hool.

Les missions d’entretien et de maintenance seront confiées à la société CARAIBUS Maintenance, filiale de VINCI Concessions. »

 

Athanase Jeanne Rose ne conteste pas les termes du contrat, indiqués par la Chambre régionale des comptes

Il faudrait que la CACEM explique aux contribuables martiniquais pourquoi il demande plus d’un Million d’euros (1 970 498 € HT) à la Région pour « les équipements et matériels du Centre de Maintenance des BHNS ».

Ce paragraphe concernant le  contrat PPP n’est pas contesté par Athanase Jeanne Rose dans sa réponse du 31 août, à la Chambre Régionale des comptes. Concernant le transport urbain, il écrit :

« Par ailleurs, concernant l’amélioration de la gestion du transport urbain, j’ai noté avec intérêt toutes vos observations et pris en compte vos recommandations. La CACEM travaille actuellement à la rédaction d’avenant au contrat DSP afin de préciser les modalités d’intégration et de l’exploitation du TCSP. Vos différentes observations seront intégrées à la réflexion en cours. »
 

Peut-on encore croire que c’est l’équipe qui dirige actuellement les affaires à la CTM, mise en place en Janvier 2016, qui est responsable de l’arrêt prolongé des bus du TCSP ? Le dire et le laisser croire relève du mensonge, de la manipulation, de l’irresponsabilité.

A freepawol, nous avons essayé de comprendre en consultant les écrits de la CACEM, ceux de l’ex-Conseil Régional et les rapports de la Chambre régionale des comptes. Nous avons lu et écouté les affirmations du Conseil Exécutif de la CTM et du secrétaire général du PPM, ex vice-président de la CACEM. 

Nous avons entendu Johnny Ajjar affirmer dans l’émission de Maurice Violton sur Radio Martinique 1ère que la CTM est propriétaire du TCSP, que les bus ne démarrent pas faute de feux.

 « La CTM est propriétaire des feux dans les carrefours. La CTM ne sait pas utiliser les feux et les faire fonctionner, donc il demande à la Ville de le faire. Mais la ville ne peut  pas le faire si les feux dont la CTM est propriétaire, ne sont pas conformes, il faut les mettre en conformité. »

Donc n’y aurait donc en Martinique aucun ingénieur ou technicien, aucune entreprise capable de faire fonctionner des feux ? Quand on sait que c’est Daniel Marie-Sainte, alors ingénieur à la Ville de Fort-de-France, qui a été responsable de l’installation des premiers feux tricolores de la capitale, on mesure l’ignorance du dit responsable politique du PPM. 

Un mensonge éhonté puisque depuis le 11 juin 2016, le Conseiller exécutif de la CTM a adressé un courrier au maire de la Ville de Fort-de-France concernant les ouvrages de Signalisation Lumineuse Tricolore :

« Les travaux d’aménagement de la ligne de bus à haut niveau de service du Transport en commun en Site Propre réalisé sur le territoire de la ville de FORT-DE-FRANCE ont nécessité la réalisation de nouveaux ouvrages de Signalisation Lumineuse tricolore mais aussi des adaptations des équipements de la ville.

Ces travaux sont aujourd’hui terminés et sont en phase de réception avec les entreprises concernées.

Afin d’assurer une Gestion optimale de la circulation des BHNS et de la circulation générale, je souhaite la rétrocession rapide des ouvrages de la signalisation Lumineuse Tricolore sur Fort-de-France à la ville.

Cette rétrocession interviendra suivant les terme de la convention de mise à disposition temporaire de  la ville de Fort-de-France des Ouvrages de Signalisation Lumineuse réalisés dans le cadre des travaux d’aménagement de la ligne de bus à haut niveau de service du Transport en Commun en site propre.

Cette rétrocession inclura bien évidemment :

         Le transfert de la garantie de parfait achèvement sur les ouvrages réalisés au profit de la ville de Fort-de-France,

         Le transfert à la ville de Fort-de-France d’un stock d’ouvrages de Signalisation Lumineuse Tricolore (Cf listes ci-jointe).

Dès réception de votre accord sur cette proposition, je demanderai à mes services de se mettre en contact avec les votres pour mettre en œuvre cette rétrocession dans les meilleurs délais.» 

 

La vérité des faits est aussi apportée par le Directeur des services techniques de la Ville de Fort-de-France, Charles Dorail. Interrogé le vendredi 9 septembre par la journaliste Dominique Legros, le directeur des services techniques, pour qui la collaboration avec la CTM concernant ces feux tricolores se passe sans difficultés,  confirme ce qu’avait déjà dit Daniel Marie-Sainte lors de la conférence de presse, le même jour :

C’est à la Ville que reviendra de mettre en place l’ingénierie permettant de faire fonctionner les feux.  Aujourd’hui les techniciens de la CTM sont en train donc de réceptionner les feux sur le territoire de la ville de Fort-de-France. Ces feux seront donc à postériori remis à la Ville, qui les mettra en service à ce moment là. »

La journaliste précise dans son commentaire : « En réalité, les deux instances aujourd’hui en charge du TCSP sont le Syndicat Mixte, maître d’ouvrage et la CACEM, exploitant. Aucune d’elles n’a souhaité s’exprimer devant dans notre caméra. »

Un mauvais vent arrive de Trénelle et secoue les cocotiers à Clairière

Mais le reportage de la journaliste, diffusé à 19 heures, a mis le feu aux mensonges des membres de l’ancienne majorité en responsabilité à l’ex-Région, assis aujourd’hui sur les bancs de l’opposition à la CTM. Ils étaient démasqués.

Le soir même un vent mauvais venant de Trénelle a soufflé sur la station de Clairière, secouant les cocotiers où les cocos secs paniquaient, craignant une chute violente.

Le lendemain samedi, celles et ceux qui ne voulaient pas parler au micro de Télé Cocotier, organisaient une conférence de presse dans l’urgence. Freepawol n’a pas été pas invité, comme nous ne le sommes jamais aux points de presse de la Préfecture ou de l’ARS. Ne nous demandez pas pourquoi !

En lisant l’unique quotidien, France-Antilles (Lundi 12 septembre 2016), nous avons pu savoir qui avait précisément invité la presse et ce qui s’est dit lors de cette rencontre, à l’invitation de la Cacem, la Ville de Fort-de-France, le syndicat mixte du TCSP, et la SPL (société publique locale en charge principalement de la maintenance du TCSP) :

« Il faut sortir de ce jeu politicien, des querelles politiciennes, dans l'intérêt supérieur des Martiniquais. Nous ne sommes pas dans une posture de blocage », insiste Didier Laguerre.

Faut-il s’étonner de la réflexion de raison du maire de Fort-de-France, qui a forcément pu constater que le  nez de son Secrétaire Général de Parti s’allongeait alors, tel celui de Pinocchio, quand il mentait sur les ondes de Martinique 1ère, le mardi 6 septembre ?

On ne peut qu’étouffer un éclat de rire en lisant ce qu’ajoute Johnny Ajjar après les sages paroles du maire de la Ville : « Nous devons travailler ensemble et nous faisons le pas », renchérit Johnny Hajjar.

Mais puisque le sujet est sérieux, oublions les jeux de clown. On retiendra la déclaration des acteurs du TCSP, rapportée par le quotidien :

« Dans une déclaration solennelle, ils ont notamment pris acte du fait qu'il « subsiste des divergences de vue entre les élus », mais ajoutent que les difficultés identifiées peuvent faire l'objet « d'un règlement concerté ».

A retenir aussi :

« Quatre élus, Athanase Jeanne-Rose (président de la Cacem), Simon Morin (président du syndicat mixte), Didier Laguerre (maire de Fort-de-France) et Johnny Hajjar (président de la SPL) invitent solennellement les présidents du Conseil exécutif et de l'Assemblée de Martinique, ainsi que tous les élus et services publics concernés, à la tenue de séances de travail pour permettre la mise en oeuvre dans les meilleurs délais de ce projet d'envergure. »

 

Les faits sont là, les responsables politiques de l’ex-majorité EPMN, décideurs de l’ex-Conseil Régional et ceux de la CACEM et du Syndicat Mixte du TCSP sont les seuls responsables du non démarrage des Bus, qui décorent les abords de l’autoroute. Les contribuables ont le droit de savoir qui les empêche de bénéficier d’un transport de qualité, qui a fait le choix de signer un contrat Partenariat Public Privé avec la Société Vinci et de verser à cette multinationale un loyer pendant une vingtaine d’année. Ce sont les contribuables qui paieront.

Lisa David

 

 

BWÈT ZOUTI :

 

 

Demande de financemnent CACEM à la Région :

 

 

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