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« C’est où Gaza Plage ? » Le jeune homme, du haut du Pont au Change interpelle un groupe de personnes qui marchent sur les berges.  « C’est ici, il faut d’abord passer le checkpoint ! » lui indique une jeune fille qui lève la tête vers lui. Elle porte un T-Shirt vert sur lequel est inscrit en blanc « Boycott Israël. » Je regarde le groupe avancer, nous marchons tous vers « Gaza Plage », là où de nombreux Français de toutes origines se sont rassemblés, pour condamner la honteuse opération de la maire de Paris, Anne Hidalgo, celle qui aura avec « Tel-Aviv sur Seine », un an après le massacre de Gaza, baptisé « Bordure protectrice » par l’armée israélienne, ternie définitivement l’image de « Paris Plage », une si belle initiative de Bertrand Delanoë. 

Les mots de la jeune fille résonnent dans ma tête : « il faut passer le checkpoint ! »  Un mot qui renvoie des images d’humiliation que l’armée israélienne inflige aux Palestiniens dans leur vie quotidienne, un geste de domination qu’utilise le pouvoir pour leur renier tout droit de libre circulation.

Paris a reproduit l’humiliation à la mode israélienne. Pour circuler sur les berges, il fallait passer des contrôles de police, des checkpoints. Ouvrir son sac pour le contrôle du contenu, puis passer devant un autre agent de sécurité qui vous passe un détecteur de métal le long du corps.

Sous les ponts de Paris pour Tel-Aviv, il n’y avait pas de pont de la paix, mais une sorte de ségrégation qui ne disait pas son nom.

Des organisations de défense des droits des Palestiniens, dont Europalestine avaient appelé à une mobilisation pour que cette opération plage de la honte soit annulée, mais Anne Hidalgo a voulu de son Tel-Aviv à Paris. Dans une tribune publiée dans les colonnes du quotidien « Le Monde » (1.08.2015), elle justifie son acte de division :

« Cette idée, finalement banale pour qui aime les villes au bord de l’eau, est née autour d’un déjeuner que les élus des deux villes ont partagé lors du déplacement du Conseil de Paris en Israël et en Palestine que nous avons effectué au mois de mai. »

Peut-être aurait-il fallu que la maire de Paris soit allée voir ce qui reste de Gaza, qu’elle ait rencontré toutes ces familles qui ont perdu des enfants et tous leurs biens dans ce massacre.

« On peut condamner la politique du gouvernement Nétanyahou sans punir la population israélienne et nous punir nous-mêmes en refusant tout échange permettant d’apprendre à nous connaître. »

Oui, si Anne Hidalgo était allée à Gaza, les images reportées par les médias et les organisations humanitaires ne lui suffisant pas  semble t-il, elle aurait eu une autre idée des « punitions » qui peuvent être infligées à un peuple.

Et peut-être qu’elle aurait célébré la vie, la paix en organisant « Gaza Plage » pour dire à Paris, dans la capitale du pays des Droits de l’homme, que la plage symbolise la joie, le vivre ensemble, et que jamais sur une plage, une armée ne doit tirer sur des enfants qui jouent.

Qui peut oublier ces images terribles d’enfants qui courent et qui sont abattus par deux missiles, tirés d'un navire israélien le 16 juillet 2014 à 15h20, sur une plage de Gaza ?

Qui peut oublier ces petits corps calcinés de Mohammad, Ahed, Zakariya et Ismail, âgés de 9 à 11 ans, pris pour cibles parce qu’ils sont Palestiniens, parce qu’ils sont Arabes ?

Un trait de haine supplémentaire a été tracé sur la mort de ces innocents, par ce pays qui a encore le soutien de la communauté internationale et qui peut donc se permettre tous les abus, tous les crimes. Il n'y a donc aucun coupable de la mort de ces enfants sur la plage de Gaza. Une insulte à l’humanité :

« Après avoir examiné les résultats de l'enquête, l'avocat général militaire a considéré que l'attaque a été conduite en accord avec les lois israéliennes ainsi qu'avec les exigences du droit international. »

Et Anne Hidalgo cherche encore, au mépris de l’intelligence humaine à faire croire qu’on peut célébrer Tel-Aviv :

« Même dans le contexte enlisé et violent du conflit israélo-palestinien, Tel-Aviv reste une ville ouverte à toutes les minorités, y compris sexuelles, créative, inclusive, en un mot une ville progressiste, détestée à ce titre en Israël par tous les intolérants.

C’est à Tel-Aviv qu’ont eu lieu les manifestations de solidarité les plus impressionnantes avec la famille de l’enfant palestinien brûlé vif par des fanatiques. Et c’est de là-bas que, le 1er août, son oncle a pris la parole pour s’adresser à la foule venue partager sa douleur. »

La maire de Paris s’est-elle interrogée sur le message qui est envoyé par l’Etat juif qui pratique la violence, aux salauds qui ont lancé des cocktail Molotov par la fenêtre ouverte de la maison de cette famille palestinienne, dont le bébé de 18 mois Saad Daobasa, a été brûlé vif ?

Le père de l’enfant a succombé à ses brulures quelques jours plus tard et sa mère est toujours dans un état grave.

Les familles de ces salauds de racistes juifs orthodoxes qui ont commis cet assassinat en Cisjordanie occupée, n’ont pas vu arriver des bulldozers pour détruire leur maison, une « punition » appliquée aux familles palestiniennes.

A chaque camp sa plage sous le Pont Notre-Dame

« Tel-Aviv sur Seine » apparaissait comme une opération contre le vivre ensemble que connait « Paris-Plage » depuis sa création par l’ancien maire Bertrand Delanoë. Il fallait choisir son camp sur les berges en ce jour de division.  Du côté où flottaient les drapeaux palestiniens et étaient installés des stands d'information ou de vente de t-shirt « Boycott Israël » ou « Palestine vaincra », des orateurs expliquaient pourquoi cette fête est choquante, rappelant entre autres, les bombardements des populations civiles par Israël.

Après avoir écouté, j’ai continué à marcher pour aller voir comment se déroulait la manifestation de l’autre côté. Un policier m’a indiqué que je ne pourrai pas passer, qu’il faut donc sortir, marcher encore dans la chaleur étouffante pour rejoindre l’entrée de « Tel-Aviv sur Seine ».

J’ai abandonné, je ne cautionnais pas cette opération de nettoyage de l’image d’Israël, je n’avais ni la force, ni l’envie d’aller écouter les rires et la musique de l'autre manifestation.

Je n’ai pas cru à la fable de Madame Hidalgo sur Tel-Aviv la résistante, la solidaire. Parce qu’il faut être bien mal informé ou ignorant, pour l’avaler celle-là.

Les Israéliens qui condamnent le racisme, l’occupation, les violences faites aux Palestiniens, sont insultés, menacés.

Il y a bien eu à Tel-Aviv, le samedi 8 août, une manifestation contre le racisme et l’homophobie, suite aux meurtres d’Ali Saad Daobasa, le bébé palestinien de 18 mois, et de son père dans l’incendie criminel de leur maison. L'homophobie concernait le meutre de Shira, une adolescente de 16 ans, tuée par un fanatique juif religieux lors de la Gaypride de Jérusalem.

Il y a bien en Israël des femmes et des hommes, minoritaires certes, qui condamnent la colonisation et les crimes de guerre commis par l’Etat juif, contre le peuple palestinien. Cette minorité mérite le respect et ceci d’autant plus, que condamner la politique raciste de l’Etat, n’est pas un acte facile dans ce pays.

Même les journalistes n’échappent pas aux menaces, surtout quand ils font honnêtement leur travail d’informer. Charles Enderlin, le correspondant de France 2 à Jérusalem en sait quelque chose, lui qui a subi les foudres de sa communauté :

Le 30 septembre 2000, au début de la deuxième intifada, un de ses reportages montre la mort en direct d’un enfant palestinien de 12 ans, Mohammed Al Dura, dans les bras de son père, alors que celui-ci s’est réfugié dans un carrefour, pour les protéger des tirs israéliens. L’armée israélienne qui a dans un premier temps admis être responsable de la mort de l'enfant, a ensuite affirmé que les tirs ne provenaient pas de la position de son armée. Charles Enderlin a dû affronter pendant des années des procès, (il les a tous gagnés) et une campagne de dénigrement.

En 2013, à l’occasion d’une nouvelle victoire du journaliste devant la justice dans le cadre de cette affaire, le journal « Le Figaro » (02/07/2013) lui demandait comment il analyse  les répercussions de l'affaire Al-Durah depuis 2000. Charles Enderlin donne plusieurs explications et en conclusion : 

« Cela entre également dans le cadre des grandes campagnes de harcèlement que nous subissons régulièrement, comme celle de 2011 au lendemain de la diffusion du magazine Un œil sur la planète. Il y avait eu une avalanche de critiques et d'accusations comme pour faire comprendre aux rédactions qu'il ne faut pas couvrir le conflit israélo-palestinien en montrant l'angle palestinien. »

Plus récemment, un reportage du même journaliste a été diffusé au 20h de France 2 début juillet, suite à l’assassinat de trois jeunes israéliens en Cisjordanie. La chaine indique sur le bandeau du sujet « Jeunes colons assassinés. », ce qui n’est pas de l’initiative du journaliste qui reçoit immédiatement des menaces de mort sur les réseaux sociaux : Le site de presse « Arrêt sur Images » qui a relaté cette affaire, et capturé des insultes et menaces sur Facebook en donne un extrait : « Faut organiser un commando et le buter ce connard ».  Suivent des questions sur l’adresse du journaliste à Jérusalem.

Journaliste au quotidien de gauche « Haaretz », Gidéon Lévy qui couvre la politique israélienne dans les territoires occupés subit menaces et insultes depuis une trentaine d’années. « Le Monde » lui a consacré un article, écrit par l’envoyée spéciale à Tel-Aviv, Hélène Sallon, il y a juste un an (07/08/2014). Extrait :

« Le 14 juillet, interviewé par une télévision dans les rues d'Ashkelon, ville méridionale d'Israël, le journaliste de 61 ans est pris à partie par un habitant : « Traître, va vivre avec le Hamas ! », lui hurle l'homme, lui jetant un billet à la figure.

L'article qu'il a écrit le matin même, « Le mal que font les pilotes », lui a valu une pluie de menaces par téléphone et sur les réseaux sociaux. « Ils sont la crème de la jeunesse israélienne, (…) ils perpètrent les actes les plus mauvais, les plus brutaux et les plus méprisables. (…) Ils sont assis dans leur cockpit et appuient sur le bouton de leur joystick, jeu de guerre », a-t-il écrit. Dans la rue, où tous reconnaissent son imposante carrure et son visage tanné par le soleil, les regards se font mauvais et les insultes pleuvent. 

J'ai écrit le même article pendant l'opération "Plomb durci" (2008-2009), cela a suscité beaucoup de colère, mais rien comparé à ce que je vis en ce moment. L'armée et la sécurité sont la véritable religion de ce pays. Les gens voudraient qu'on ne critique qu'une fois que l'opération est finie », souligne-t-il. »

Il ne se déplace plus sans un garde du corps. Certains lui prédisent le même sort qu'Itzhak Rabin, tué le 4 novembre 1995 lors d'un discours public à Tel-Aviv par Yigal Amir, un extrémiste de droite, opposé aux accords d'Oslo qu'il avait signés avec les Palestiniens en 1993. 

Gideon Levy n'est pas le seul à subir des menaces, à la limite de l'agression physique. « Les gens de gauche ont peur d'aller aux manifestations, d'être frappés. Le mot smolani ("gauchiste") est devenu la pire des insultes. On ne peut exprimer aucune sympathie ou empathie pour les Palestiniens sans être menacé. Les vrais racistes eux ne se cachent plus. »

Le symptôme, selon lui, d'années d'expansion de l'extrême droite, du racisme et de l'incitation à la haine en Israël. « La société israélienne est malade. Du sud du pays à Tel-Aviv, les images de Gaza sont reçues avec indifférence, voire par des expressions de joie. Il suffit de regarder les réseaux sociaux et les appels à "les brûler tous". Je n'avais jamais vu ça », explique-t-il. « Finalement, le mot "fascisme", que j'essaie d'utiliser le moins possible, a mérité sa place dans la société israélienne », écrivait-il, le 19 juillet. »

A Tel-Aviv le rejet des Noirs comme dans le reste du pays

Mais Tel-Aviv c’est aussi la ville ou encore récemment (3 mai 2015) plusieurs centaines de Falashas, des juifs originaires d'Ethiopie, manifestaient pour dénoncer le racisme anti-noir des forces de l’ordre et la discrimination institutionnalisée. Il y a eu des Israéliens venus soutenir leurs compatriotes d'origine éthiopienne qui exprimaient leur colère à la suite de la diffusion d'une vidéo montrant deux policiers en train de frapper un soldat, d'origine éthiopienne, en uniforme militaire.

Les Falashas sont victimes de racisme et de discriminations quotidiennes en Israël, personne ne l’ignore.

Le 11 décembre 2013, c’est avec stupeur qu’une Députée israélienne, Pnina Tamato-Shata, juive noire d’origine éthiopienne, qui se rendait à une collecte de don du sang à la Knesset,à Jérusalem, a été accueillie avec cette phrase : « Nous n’acceptons pas le sang particulier des juifs éthiopiens.»

Pnina Tamato-Shata, qui est arrivée en Israël à l’âge de 3 ans, a rejeté l’argument sanitaire du ministère de la Santé qui s’est justifié en affirmant que le sang des juifs d'origine éthiopienne, qui ne sont pas nés en Israël, serait susceptible de propager des maladies, dont le sida.

Pendant des années Israël était soupçonné de pratiquer une politique de stérilisation visant les femmes d’origine éthiopienne. Dans un film des femmes avaient affirmé avoir été forcées à prendre un contraceptif de longue durée, pour qu’elles soient autorisées à immigrer en Israël, ce que le gouvernement avait toujours nié.

Le 27 janvier 2013, le journal Haaretz révélait qu’un responsable du gouvernement a pour la première fois reconnu la pratique de l'injection aux femmes d'origine éthiopienne, du Depo-Provera, un contraceptif longue durée.

Déjà en 1996, des milliers de Falashas avaient manifesté à Jérusalem en apprenant par le journal Maariv, que le sang qu’ils donnaient à Magen David Adom, la banque du sang israélienne, allait directement à la poubelle.

A Tel-Aviv des violences racistes contre des migrants Africains

C’est aussi à Tel-Aviv qu’en mai 2012, un millier de personnes ont manifesté contre la présence dans la ville d'une importante communauté de migrants africains. Les slogans racistes et xénophobes pleuvaient : Les Noirs dehors » « Les Soudanais au Soudan! »

Des magasins tenus par ces étrangers ont été attaqués et pillés. Les images montrées par des télés traduisaient la violence contre ces Africains qui fuyaient pendant que des manifestants brisaient les pare-brises de leurs voitures.

Des députés du parti de droite de Benjamin Netanyahu, le Likoud, ont participé à la manifestation. Une des leurs, Miri Regev a assimilé les clandestins à « un cancer qui prolifère ». 

Avec son opération « Tel-Aviv sur Seine », la maire de Paris, Anne Hidalgo a participé à une opération de communication, comme sait bien le faire le pouvoir israélien pour tenter de faire oublier la réalité de ce pays où la violence, les discriminations, le racisme dominent. Les victimes sont tous les non juifs, les Noirs (même juifs), les Arabes.

Oser cette manifestation festive à Paris, pour Tel-Aviv, un an après le massacre de Gaza par l’armée israélienne, relève de l’indécence. Le bilan effroyable de ce que les journalistes veulent bien qualifier de « guerre », alors que ce sont surtout des civils qui ont été éliminés pendant l’opération « Bordure protectrice » lancée le 8 juillet 2014 et qui a duré 50 jours, est encore dans toutes les mémoires : plus de 2 000 morts, dont 70% de civils et des centaines d'enfants selon l'Onu.

Le courageux journaliste Gidéon Lévy disait à la journaliste du quotidien « Le Monde » en juillet 2014, que cette opération a été « plus brutale encore que "Plomb durci". C'est horrible, ça n'a mené à rien. Le gouvernement n'avait aucune stratégie, aucun objectif clair. Il nous parle de tunnels au lieu de désenclaver Gaza. Ils ont bombardé des écoles, un marché, la station électrique. Il y a 400 000 réfugiés, dont certains pour la deuxième ou troisième fois. Ils admettent que plus de 70 % des victimes sont des civils : quelle excuse peut-on trouver à cela ? Ça ressemble à Damas. »

« Tel-Aviv sur Seine » c’était, Paris ment.

Lisa David

 

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