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Le 20 août dernier, le blog "Politiques Publiques" publiait sous le titre « Sargasses : l’appel de Guillaume de Reynal ». Le conseiller municipal d’opposition du François interpellait le Sénateur maire Maurice Antiste, sans le citer, pour qu’enfin les algues Sargasses qui ont envahi le littoral depuis plusieurs semaines, soient ramassées, évoquant le risque sanitaire. On dirait bien que l’élu d’opposition a ouvert les yeux des aveugles qui ne voulaient pas voir.

De nombreuses communes sont confrontées à l’arrivée massive des Sargasses  mais tous les maires n’ont pas été réactifs. Certains ont fait appel aux administrés, ou à des communes épargnées,  faute de moyens financiers pour intervenir efficacement. D'autres ont attendu, espérant que les Sargasses ne faisaient que passer. Depuis des semaines, les administrés des communes envahies se pincent le nez et suffoquent.

Pourtant de nombreux patients consultent depuis des semaines leur médecin, à cause d’irritations oculaires, de maux de tête, de toux, de crise d’asthme. Des maux provoqués par l’ H2S, ce gaz malodorant dégagé par les algues sargasses en décomposition. Des reportages télévisés ont montré des riverains expliquant les effets sur leur santé.  

Aucune mesure sérieuse n’est prise pour répondre aux inquiétudes des Martiniquais pour leur santé et ils peuvent encore continuer à pleurer. Les picotements aux yeux évoqués par des riverains sont bien réels, ce que confirme l’avis du Haut Conseil de la Santé Publique daté de 2012 qui, évoquant les « risques associés à l’hydrogène sulfuré »,  précise :

« le sulfure d’hydrogène gazeux provoque en premier lieu une irritation de la muqueuse oculaire, qui est due à la dissolution du gaz H2S dans le milieu humide que constitue l'épithélium de surface, suivie de très près par une irritation des voies respiratoires. »

On dit merci Guillaume ?

Coïncidence ou pas, on est bien obligé de constater qu’une petite vague a penché la tête des responsables politiques vers l’algue brune,  après l’appel de Guillaume de Reynal. Le 9 septembre le Préfet adressait une lettre aux maires sur la « gestion de l’échouage des algues sargasses sur le littoral de Martinique » avec en pièce jointe une « fiche relative aux modalités de ramassage et de traitement des algues.»

Le représentant de l’Etat tirait enfin la sonnette d’alarme santé :

« Si à l’état naturel, en mer ou une fois sèches sur la plage, ces algues ne présente aucune dangerosité particulière sur le plan chimique ou biologique, leur putréfaction est susceptible d’engendrer des concentrations de gaz suffisantes pour occasionner des nuisances olfactives (odeur caractéristique de l’œuf pourri) et, dans certains cas, des troubles sanitaires tels que des irritations des yeux et des voies respiratoires.

Les publics vulnérables ou fragiles (enfants, femmes enceintes, personnes asthmatiques, etc.) y sont particulièrement sensibles.

Pour toute demande d’information ou de signalement de gène relevée par vos administrés, je vous prie de contacter les services de l’Agence Régionale de Santé (contact : 0596 39 42 43 / mail : ars972-alerte@ars.santé.fr)

En conséquence, pour que les conditions propices à des émanation de H2S ne soient pas réunies, il est nécessaire de procéder au ramassage et à l’étalage des tas d’algues échouées sur les rivages. Ces mesures doivent être entreprises dès l’apparition du phénomène afin d’anticiper et prévenir la putréfaction. En effet, celle-ci débute 72 heures après leur échouage.

Je vous rappelle que cette action relève de votre responsabilité en matière d’hygiène et de sécurité sur le périmètre de votre commune. Elle doit être accompagnée par une information auprès de la population, en particulier sur l’accès aux plages (interdiction de baignade le cas échéant)."

La lettre du représentant de l’Etat se poursuit par des indication sur :

« Les techniques de ramassage employées doivent privilégier l’enlèvement par grappin ou fourche plutôt que par pelle ou engin mécanique (tractopelle ou bakou). En effet, ce type d’enlèvement manuel respecte davantage les impératifs liés à la préservation de l’écosystème et de la biodiversité de la Martinique (œufs de tortues enfouis par exemple).

Ces techniques facilitent aussi la future valorisation de ces « déchets organiques » qui peuvent potentiellement constituer un engrais pour les exploitations agricoles. Pour toute information sur les possibilités en la matière, les services de la DAAF sont à votre disposition (contact 0596 71 20 40). J’ai d’ores et déjà demandé à la DAAF de prendre votre attache afin de vous apporter toute l’expertise technique que vous pourriez solliciter.

Une valorisation est également envisageable par les unités de traitement de compostage existantes à la condition que les stocks exportés soient propres, sans déchet et sans sable. Les services de la DEAL pourront vous apporter les précisions nécessaires à l’adresse suivante : deal-martinique-usagers@developpement-durable.gouv.fr en précisant dans l’objet du message « sargasses » ou au numéro suivant 0596 70 74 88.

Enfin, je vous informe que, sous le pilotage conjoint de mon directeur de cabinet et du directeur des services de la DAAF, un groupe de travail se réunira prochainement afin d’étudier les capacités de la Martinique en matière de valorisation durable des algues sargasses. »

Cette lettre a été adressée à tous les maires, au Directeur de la DEAL, à celui de la DAFF, au Directeur de l’Agence Régionale de Santé (ARS), au Directeur de la Mer, et aux Sous-Préfets d’arrondissement.

La Région ne réagit enfin que le 20 septembre en invitant les maires pour  annoncer une aide de 350 000 euros.  Dans un communiqué le président de Région annonce :

« Un appel à la solidarité entre communes est lancé. Il s’agit pour les municipalités, qui en ont la possibilité, de mettre à disposition personnels et engins pour accélérer le nettoyage des plages ainsi que le transport des algues  sargasses ramassées.

Des actions pour ralentir l’arrivée des algues sargasses depuis la mer sont également envisagées.

Une centaine de jeunes pourra s’engager dans cette bataille en répondant à l'appel lancé prochainement par les collectivités, le conseil régional apportant les financements nécessaires."

Les élus sollicitent par ailleurs un appui des services de l’Etat, des études devant être menées pour anticiper et préparer au mieux les actions futures. Le représentant de l’Etat s’étant en effet contenté jusque là, de donner des conseils pratiques, à rappeler aux maires leur responsabilité avec une petite leçon d’écologie, sans oublier les petites tortues. D'ailleurs on risque bien de ne pas les voir de sitôt en Martinique, les engins employés ne sont pas vraiment là pour protéger les œufs et les petites tortues.

                                                    

Mardi 1er octobre, le Député et président de Région, Serge Letchimy, a adressé un courrier au Premier ministre. Il y souligne les nuisances :

« D’un point de vue sanitaire, par la production de sulfure d’hydrogène

D’un point de vue économique, déjà par la  perte au niveau d’une ferme aquacole de plus de 5 tonnes de poissons, et d’une diminution significatives des activités liées à la fréquentation de nos plages ;

D’un point de vue environnemental, la menace de la mangrove et le renouvellement naturel de nos ressources halieutiques.
 
Le Président du Conseil Régional indique aussi que beaucoup d’initiatives ont déjà été prises tant par les collectivités, l’Etat et les riverains pour préserver le littoral et la biodiversité et permettre la valorisation agronomique de ces algues. 
Cependant, les interventions en cours sont soumises à de fortes contraintes et nécessitent la mise en place de moyens plus important et mieux adaptés. »


Serge Letchimy précise au chef du gouvernement « que si les initiatives en cours peuvent juguler la situation, elles ne pourront pas éviter les conséquences économiques et écologiques prévisibles. Cette situation commande donc une intervention majeure de l’Etat »

Il sollicite en conséquence,  « la mise en place de missions d’observations régulières en mer des déplacements des radeaux de sargasses ; la surveillance sanitaire de la qualité des eaux de baignades pour les plages concernées et le déploiement de moyens de collecte maritimes sur la zone côtière touchée par les échouages récurrents », la mise en place rapide d’une centaine de contrats aidés et de leur équipement. A cette occasion, la collectivité régionale pourrait participer au montage financier aux côtés de l’Etat, à hauteur de 20%. »

Au Robert les sargasses reviennent rappeler l’abandon                 

                                               

 

                                                 

 

Les habitants du Robert se sont réveillés mercredi avec une mer envahie de sargasses alors que d’autres, arrivées plus tôt, se décomposent encore, lâchant cette insupportable odeur qui annonce les irritations des yeux et autres maux. Le jour même l’ARS (Agence Régionale de Santé) minimisait. Puisque la presse commence à parler de la santé des Martiniquais, parions que ça devrait changer. Sinon il faudrait vite installer un logement de fonction au bord de mer du Robert, du François ou du Vauclin pour son directeur et ses spécialistes. 

Mercredi, le Préfet a réuni les élus. Des élus qui demandent plus d’informations sur les conséquences sanitaires. On parle enfin des effets sur la santé. Le même jour « Bondamanjak » avait publié le courrier adressé par le CHU aux professionnels de santé le 26 septembre :

 « Comme vous le savez, des échouages d’algues sargasses sont signalés depuis quelques temps sur la côte atlantique. Depuis maintenant 10 jours, un nombre important de patients consulte leur médecin pour des symptômes probablement dus à l’H2S dégagé par les algues sargasses en décomposition. La plupart ont des maux de tête, des irritations oculaires et de la toux, mais plusieurs ont également présenté une crise d’asthme.

En Martinique, la première vague d’échouage a été observée en 2011, conduisant à de nombreuses plaintes de personnes fréquentant les plages ou habitant à proximité de celles-ci. Une surveillance environnementale, avec des mesures d’H2S et une surveillance sanitaire ont été réalisées et ont permis de décrire le phénomène (cf. article correspondant – BVS N°3 de mars 2012) :

  - Sur plus les 878 mesures réalisées par le SDIS sur les plages, au niveau des tas d’algues en décomposition, 84 ont été supérieures au seuil de détection (1ppm) avec quelques pics à 5 et 6ppm constatés, au quartier Dosthaly au François, à la Pointe Faula au Vauclin et sur certaines plages de sainte Anne.

  - Les mesures faites dans les habitations ont montré qu’une exposition chronique était réelle dans certains quartiers.

  - Des effets sanitaires modérés ont été observés et ceux-ci n’ont pas nécessité une consultation médicale systématique. »

Une fois de plus, les Martiniquais sont traités comme des Français entièrement à part et les élus locaux ne se sont pas montrés plus soucieux de la santé de la population. Le courrier adressé aux professionnels de santé le rappelle, depuis 2012, on sait le risque encouru par le gaz dégagé par les sargasses en décomposition :

  « Dans son avis du 22 mars 2012 relatif à la gestion du risque sanitaire lié aux émissions toxiques d’algues brunes échouées sur les côtes de Martinique et Guadeloupe, le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) rappelle que l’échouage des algues brunes ne devrait pas être un problème dès lors que le délai pour réaliser l’enlèvement n’est pas trop long. Il revient donc aux communes ou aux particuliers d’intervenir précocement avant que le processus de décomposition se mette en œuvre… »

On connait au moins depuis 2012, le danger pour la santé, même si certains font semblant de le découvrir, ou ne s'en sont jamais soucié. Le représentant de l’Etat, dans son courrier du 9 septembre interpellait les élus sur les risques pour la santé.

Au bord de mer du Robert, on peut voir l’eau blanchâtre et puante où sont venu s’ajouter les nouvelles algues arrivées la veille. Les populations qui habitent non loin de la mer, peuvent continuer à suffoquer.

On a connu un temps où des politiques (de Gauche) conseillaient d’aller voter en se pinçant le nez. C’était en 2002 quand Jacques Chirac se retrouvait face à Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la Présidentielle. 

Aux prochaines élections, les Martiniquais risquent encore d’avoir mal au nez et de ne pas oublier, comment ils ont été abandonnés à leur sort.  Ils se souviendront que faute d’avoir des responsables politiques qui se soucient de leur bien-être, ils ont dû se pincer le nez pendant des semaines et des semaines.

 

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