Parce que nous avons besoin d'une presse libre

Actualité

« Je m’appelle Shanon. J’ai 26 ans et je vis à Paris. Depuis quelques mois j’ai fait le choix de rentrer vivre en Martinique. Mes proches s’interrogent toujours à l’annonce de cette décision. C’est pourquoi je suis ravie de pouvoir partager mon point de vue avec vous.» Sur sa page Facebook elle l’a annoncé à ses amis, la jeune Martiniquaise revient au pays. Nous lui avons demandé de nous dire ce qui motive ce choix au moment où le dernier rapport de l’Insee révèle que la Martinique se vide de sa jeunesse et vieillit. Shanon a choisi de remonter au pays, une démarche qu’on peut qualifier de courageuse quand on connaît les difficultés de notre jeunesse confrontée au chômage, mais elle arrive optimiste et prêtre à affronter les obstacles dans son « île qui recèle de merveilles, des êtres humains et des êtres vivants si riches, qu’il me tarde de rencontrer et de dévoiler au grand jour. »

Cela fait 7 ans que je vis en France « métropolitaine ». Après ma prépa littéraire à Bellevue en 2009, où j’étais déjà une « Calamity Jane » comme disaient les professeurs. Je suis partie vivre à Aix en Provence pour commencer une licence d’arts plastiques.

Les études de lettres c’était enrichissant, mais pour moi la création artistique est un besoin incessant.  Après deux années de licence et de rencontres dans cette ville magnifique, j’ai aussi expérimenté une école de Paysage à Marseille (l’ENSP Versailles/Marseille). Ce fut une bonne expérience, l’approche pédagogique est très humaine. Les voyages et les rencontres que j’y ai fait m’ont néanmoins poussée à me diriger vers ce que j’aime le plus : l’image.

J’ai rejoint ma sœur jumelle à Paris en 2013. Après une année d’exclusion due au fait que je n’avais pas beaucoup de contact social (je terminais ma licence à la Sorbonne par correspondance), Paris a littéralement ouvert mon champ de vision. Entre les ruelles et les cafés que j’ai adorés visiter et photographier, Paris est rapidement devenu mon QG. L’école de cinéma où j’ai eu la chance d’étudier pendant deux ans (l’ESRA) m’a ouvert beaucoup de portes et m’a fait rencontrer des amis qui sont parmi mes plus précieux aujourd’hui.

Pendant ces 7 années, j’ai beaucoup voyagé en France. J’ai découvert des villes vraiment cools, des paysages magnifiques ( je suis une amoureuse du Sud de la France !) et des personnes très belles.

Je me suis aussi rendue compte d’une chose : je suis noire. Ce constat a été violent à mon arrivée. J’ai réalisé que je quittais une île où être noir était tout à fait anodin, pour arriver dans le « pays du blanc » comme disent tristement beaucoup de nos parents.

Au début c’était difficile, parce que la remise en question est compliquée. Je me suis rendue compte du poids que je portais. Celui de mes ancêtres. Mes chaînes mentales étaient bien là.  J’ai eu du mal à avoir des relations sincères avec les gens parce que je pensais souvent qu’on me regardait mal parce que j’étais noire. Et puis un jour, une copine (à la peau blanche si ça peut intéresser !) m’a dit : « Mais Shanon, les gens ne te regardent pas parce que tu es Noire. Ils te regardent parce que tu es Belle ! »

Et…ouais. En fait. Je m’étais laissée prendre dans des névroses alors j’avais oublié de vraiment me regarder en face. J’avais un afro énorme, un look totalement différent…  Je suis une jeune femme pleine de vie. Une personne à part entière qui a autant de possibilités que n’importe qui d’autre. Il m’a fallu presque 6 ans pour comprendre ça ! Voilà pourquoi c’est important de voyager et de se confronter aux autres !

Aujourd’hui la Martinique me manque.  Je veux accompagner la vieillesse de mes grands-mères et voir les tous petits grandir. Bien que j’évolue aujourd’hui dans le domaine artistique et la réalisation audiovisuelle,  j’ai grandi près de la forêt. Marcher pieds nus, en short et en t-shirt, se balader dans la forêt et courir près des rivières…c’est vital ! Ce sont des activités qui puisent leur énergie l’une dans l’autre.

Au-delà de ça, comme beaucoup d’entre nous (les jeunes), j’avais peur de rentrer. Alors j’ai réfléchi et je me suis aperçue que ce qui m’effrayait le plus c’était le pessimisme que je rencontre souvent en Martinique. Tous les préjugés que j’y rencontre et qui m’habitaient aussi avant de m’ouvrir au Monde.  Le réflexe de critiquer l’autre même sans raison, parler sur la vie des autres…le MAKRELAJ’ quoi.

Pourtant c’est tellement plus agréable de féliciter la réussite d’un confrère, de souhaiter de bonnes choses pour son prochain, et d’aller à sa rencontre. Chacun d’entre nous est un acteur de la positivité de notre île. Chacun de nous à un rôle à jouer.

Notre île recèle de merveilles, des êtres humains et des êtres vivants si riches, qu’il me tarde de rencontrer et de dévoiler au grand jour. Nos paysages et notre climat sont des sources de Good vibes intarissables !!!

Ma génération et les prochaines perpétueront une pensée positive. Notre vie à tous va changer et nous sommes à l’aube de ces beaux changements. Je fais partie de ceux qui véhiculeront cette pensée. La Martinique fait partie du Monde, et le Monde a hâte de la rencontrer.

Aidez Freepawol

pour une presse libre

Dans la même rubrique...

La jeune Melissa Marie-Sainte a quitté le domicile de sa mère, situé au quartier Morne Coco à Didier, depuis le mercredi 15 octobre, aux alentours de 16 heures.

Aux étudiants retardataires, il reste encore trois semaines, pour déposer vos demandes d'aides. 

Dès 6 heure ce matin, les plus déterminés à empêcher le retour des protagonistes du CEREGMIA s’activaient pour installer poubelles, pneus et autres objets à l’entrée de

Pages

1 2 3 4 5 »

Articles récents

Après une longue période d’absence sur le grand écran du cinéma, Spike Lee, cinéaste engagé depuis toujours, réapparait dans un film très nourri pour dénoncer le racisme américain dans ses codes, s

La CTM communique des numéros de téléphone pour que les citoyens qui constatent des dégradations provoquées par la tempête Isaac sur les routes départementales et nationales, les signalent afin de

A l’initiative du Député Jean-Philippe Nilor les parlementaires de Martinique écrivent au Président de la République, Emmanuel Macron, pour déplorer ce qu’ils qualifient d’acharnement administratif

Pour ce deuxième jour du Biguine Jazz festival, le public n’a pas boudé son plaisir et il l’a montré.

Pour sa 16ème édition, le Festival Biguine Jazz a offert au public venu nombreux hier samedi 11 août à l’Hôtel Batelière, un spectacle époustouflant.

Pages

1 2 3 4 5 »