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« Si nous gagnons la Collectivité unique et que je suis élu à la présidence, je ne serai pas candidat à la députation de 2017. Il y aura un autre député qui, je l'espère, sera membre du PPM. Mais si nous perdons la bataille de 2015, je resterai député encore deux ans et après j'arrêterai la politique », affirmait Serge Letchimy. C’était dans France-Antilles du lundi 8 décembre 2014. Ne dit-on pas que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent !

 

Elu maire de Fort-de-France le 18 mars 2001, Serge Letchimy est resté à la tête de la capitale pendant deux mandats. En mars 2008, il a remporté les élections municipales avec 82% des suffrages. Avec un tel score il fait la promesse à ses électeurs de se consacrer à la ville. Mais en 2010, pawwol an bouch pa chaj, le discours a changé, il part à la conquête du Conseil Régional avec son parti le PPM, dans une alliance Gauche et Droite baptisée « Ensemble pour une Martinique Nouvelle » (EPMN).

Devenu Président de la collectivité régionale, il démissionne de son poste de maire, laissé à son premier adjoint Raymond Saint-Louis Augustin. Le 7 avril 2010, jour de l'intronisation du nouveau chef de l'édilité,  Serge Letchimy  déclare à l’attention du personnel et des électeurs : « Permettez moi de m'absenter durant quatre ans. »

La suite on la connaît. Celui qu’on désigne à tort comme l’héritier de Césaire, avait bel et bien abandonné la mairie de Fort-de-France. Quand  il démissionne de la présidence de la SEMAFF (Société d'économie mixte et d'aménagement de Fort-de-France) en février 2013, il laisse croire encore que c’est en vue de l’échéance municipale à venir. Il déclarait au quotidien local « France-Antilles » (28 février 2013) : 

« J'ai toujours dit que Fort-de-France demeure cher à mon coeur et à ce titre-là, et pour éviter tout foisonnement de responsabilités, il y a des mesures à prendre en amont des périodes électorales. Bien que cela n'ait pas de contradiction ou d'impossibilité juridique, j'ai préféré prendre des mesures en amont pour ne pas prêter le flanc à toute espèce d'interprétation juridictionnelle. »
 

Le journaliste l'interroge sur ses projets : Parlons clair : c'est parce que vous avez des velléités sur la mairie de Fort-de-France que vous vous mettez en ordre face à la loi ?

Le Président du Conseil Régional et Député répond :

« Il faut se mettre en ordre de combat, et de bataille politique au sens prioritaire du terme. Et à ce titre, si on est un homme intègre et précis, on prend toutes les précautions. Et donc, si mon parti me demande de reprendre la bataille à Fort-de-France, que je sois en position juridique de le faire sans ambages. »

Le journaliste insiste : Si votre parti vous le demande, il devra vous demander également de clarifier la situation au Conseil régional ?

Réponse : « On verra cela. Pour l'instant, ce sont les élections municipales qui nous attendent l'année prochaine.»

Mais il n’y avait que les aveugles qui ne veulent pas voir, pour prendre ces paroles pour de l’argent comptant. Celui qui se laissait qualifier de «  Président de Martinique », n'envisageait pas d'abandonner le pouvoir à la tête de l’institution régionale en passe d’être transformée en Collectivité Territoriale de Martinique (CTM).

En décembre 2015, le couperet tombe, Serge Letchimy est battu. C’est  le « Gran Sanblé pou Ba Péyi-a an Chans » une alliance entre Indépendantistes, Gauche et Droite, qui remporte les élections pour la CTM et Alfred Marie-Jeanne en devient le Président.

 

Serge Letchimy qui s'était engagé en cas de défaite à ces élections, à terminer son mandat de parlementaire et à quitter la vie la politique, est à nouveau candidat  aux élections législatives de 2017. 

Le Président du PPM, inscrit au groupe Socialiste à l'assemblée Nationale,  a annoncé son soutien à Manuel Valls pour la Primaire. Un soutien à l'ancien Premier ministre qui a initié la déchéance de nationalité, objet de la démission du gouvernement de Christiane Taubira. Manuel Valls qui s'est entouré de Noirs, d'Arabes, d'Asiatiques pour annoncer sa candidature, une photo United color of Benetton qui ne fait pas oublier que dans sa ville d'Evry, il voulait « des Blancos, des White, des Blancs ! » 
 

Serge Letchimy qui avait promis quitter la politique après la fin de son mandat de parlementaire en cas de défaite pour la conquête de la CTM, est à nouveau candidat pour redevenir parlementaire en 2017. Il est « réquisitionné » par le Parti. Mais au PPM on finit par le savoir, le candidat désigné est toujours « réquisitionné. » C’était déjà le cas en 2015, pour qu'il mène la campagne pour la CTM.

On se souvient du « Camille, je te réquisitionne » d’Aimé Césaire, adressé au défunt Camille Darsières pour qu’il reste Secrétaire Général du parti. Le mot est tellement à la mode sous nos cocotiers qu’en 2010, Alfred Marie-Jeanne, Président du Conseil Régional et candidat pour y revenir, déclarait dans l’émission « Politix » de la radio publique : « On m'a réquisitionné. » On est rassuré le nouveau Secrétaire Général du PPM, Johnny Hajjar, n’a pas annoncé qu’il a été réquisitionné !

Serge Letchimy n’a donc pas quitté la vie politique. Je dis que je pars, mais traduisez je resterai. Dans le genre, il n’est pas unique. Et si pour lui la politique ce n’est pas fini comme promis, pour beaucoup de citoyens, voter, c’est fini. Les taux d'abstention aux élections n'ont pas fini de grimper, résultat des mensonges des responsables politiques.

Lisa David

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