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Ségolène Royale, la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, n’a pas eu comme l’a fait Christiane Taubira, à choisir de s’afficher aux cotés des frondeurs ou des suiveurs de la ligne gouvernementale à l’université d’été du PS. La ministre a choisi un autre soleil que celui de la Rochelle, en venant en Martinique pendant le week-end du 30 au 31 août pour repartir le lundi. Une visite a-t-elle déclarée pour « accélérer la transition énergétique ». Certains pensent que c’est surtout pour assurer l’élection de Serge Letchimy à la tête de la nouvelle Collectivité de Martinique, d’autant qu’il fait partie des 200 Députés qui, contre les frondeurs, ont signé l’appel à soutenir le positionnement politique social-libéral du gouvernement Valls. En Martinique, le projet de centrale biomasse productrice d’électricité, approuvé par Ségolène Royale, a allumé la fronde chez les écologistes.

La ministre s’est rendue à la toute nouvelle centrale thermique de Bellefontaine dans le Nord Caraïbe où lui ont été présentés des projets activement soutenus par l’équipe dirigeante de la Région Martinique. Le premier est un projet novateur d’Energie Thermique des Mers (ETM),  une plate-forme flottante de production d’électricité qui exploite la différence de température entre les eaux de surface et les eaux profondes des océans. Bien accueilli dans le pays, ce projet baptisé Némo repose sur une technologie respectueuse de l’environnement, adaptée aux spécificités énergétiques insulaires.

                                                 

Le deuxième projet ne satisfait pas les écologistes martiniquais.  Il s’agit de la réalisation d’une centrale biomasse productrice d’électricité et de chaleur à partir de bagasse, ce résidu de la canne à sucre que l’on trouve en abondance dans le pays et qui constitue la principale ressource renouvelable de Martinique. Sauf que la bagasse est déjà largement revalorisée par les distilleries et la sucrerie du Galion, ce qui obligera la nouvelle centrale à importer près de 90 % de la biomasse lors des première années d’exploitation prévue dès 2016. Ce n’est qu’en 2023 qu’on pourrait envisager une augmentation des biomasses locales pour couvrir jusqu’à 40% des besoins de la centrale qui devrait permettre la création de 35 emplois.

Dans une lettre ouverte à Ségolène Royale, ministre de l’Ecologie et à George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer, Garcin Malsa, Conseiller général et Président du conseil des rivages français d’Amérique, interpelle sur ce « projet majeur lié à l’énergie dont la réalisation risquerait d’impacter de façon dramatique, voire irréversible, des domaines écologiques, économiques et sociaux de la Martinique. »

Garçin Malsa s’inquiète des risques écologiques mais aussi économiques pour les contribuables :

"Ce projet en cours, qui a déjà reçu certaines autorisations administratives, nous est présenté alors qu’aucun bilan sur le milieu naturel (notamment atmosphérique et aquatique) n’a été fait et publié pour ce qui est du fonctionnement depuis 7 ans de la turbine à combustion à gasoil (CG1), implantée sur le même site et par la même société.
Compte tenu de nos analyses et expertises relatives à ce projet énergétique d’une puissance électrique de 37.5 Mégawatts/Heure, nous pouvons faire les remarques suivantes :

1)   Bien que présentée comme étant une unité de cogénération, devant produire de l’électricité à partir de la combustion de biomasse et de charbon, il ressort que c’est le charbon importé de Colombie, Mexique, USA, qui sera finalement le principal combustible économiquement viable d’un tel projet. En effet la bagasse disponible, ne représentant que 10% de la capacité de production de cette unité. Le pétitionnaire (société ALBIOMA SA, ancienne séchilienne-sudex et propriété du fonds d’investissement étasunien APAX-partenaires), propose d’importer de la sciure de bois, provenant du massacre des forêts tropicales amazoniennes du Brésil, à plus de 2000 kms de la Martinique par voie maritime. Est-ce sérieux, au moment où il est question de développement endogène, de protection de la biodiversité et de lutte contre le réchauffement climatique ?

2)   Le transport du charbon (combustible fossile) et de la biomasse stockés au port de Fort-de-France dont on prévoit, entre autre à cet effet, l’extension en détruisant les derniers coraux de la baie de Fort-de-France à des fins de remblais, entraînera une augmentation importante du trafic routier déjà très embouteillé. Du fait des camions livreurs qui devront se déplacer du port de Fort-de-France au lieu de production à Galion Trinité ; soient 110 000 tonnes par an de charbon devront être livrées.

3)   Le site géographique d’implantation choisie, se trouve sur la côte aux vents, recevant les alizés de l’Atlantique qui seront souillées par les nombreux polluants chimiques, toxiques issues de fumées de combustion de charbon, avant de se répartir à l’intérieur des terres. Ce qui représente une catastrophe écologique avancée qui viendra s’ajouter à celle déjà causée par le chlordécone et les multiples épandages aériens, mettant ainsi totalement en péril la sécurité sanitaire des Martiniquais et la biodiversité de la Martinique.

4)   Sur le plan économique, nous sommes particulièrement étonnés, du montant de l’investissement prévu, qui est de 160 millions d’euros pour une capacité de production électrique installée de 37.5 Mégawatts/heure. Ce qui représente en moyenne 4.3 millions d’euros le Mégawatt/heure installé. A titre de comparaison, la centrale électrique de Bellefontaine, d’une puissance installée de 220 Mégawatts/heure a coûté 450 millions d’euros, soit 2.05 millions d’euros par Mégawatt/heure installé. Une telle comparaison démontre parfaitement, que le projet de la centrale électrique du Galion, coutera deux fois plus chère que la centrale thermique de Bellefontaine par Mégawatt/Heure installé.
Il se trouve que les ratios nationaux et européens montrent que le coût d’installation du Mégawatt/heure des centrales électriques à charbon est généralement moins cher que celui des centrales électriques à gasoil. Nous sommes ainsi interpellés par cette situation atypique. Serait-elle due au fait que cet investissement, pouvant faire l’objet de défiscalisation (50%), laissant finalement la facture totale de l’investissement aux contribuables ?"

Daniel Marie-Sainte, élue régional, ne cache pas son choix de soutenir la fronde, puisque sur le site "Bondamajak" où est publiée la lettre de Garcin Malsa, il commente publiquement :

"Ce projet de Centrale électrique au charbon, camouflée sous le nom de "biomasse", qui est soutenue par l'actuelle gouvernance régionale, doit être dénoncée."

Sur le site du Ministère de l’Ecologie, on peut lire un document d’ALBIOMA, concernant « La transition énergétique de la Martinique et des Dom », daté du 31 août 2014.  

  

L’avis des services de l’Etat, connu depuis mars 2013

       

 

                                                           

                                                                              

 

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