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L'affaire couvait depuis des années dans la filière viande, mais il a suffit d'une conférence de presse à la CTM le 11 février dernier, pour que le regard de la justice se tourne vers ce qui est devenu le scandale Madivial. Le Président de la Collectivité de Martinique, Alfred Marie-Jeanne, a dénoncé les pratiques en cours dans la profession, allant même à parler de « CEREGMIA BIS ». On apprenait à cette occasion que des professionnels détruisent des tonnes de viandes propres à la consommation humaine, dans un pays où de nombreux retraités vivent au dessous du seuil de pauvreté. Immédiatement après la dénonciation de faits délictueux, révélés aussi le même jour par David Jarrin, ex-vice-président de Madiaval, le tout nouveau Procureur de la République, Renaud Gaudeul, écrivait à Alfred Marie-Jeanne pour réclamer des « documents précis ». 

Monsieur le Procureur,

Par lettre en date du 14 février 2017, vous me faites savoir que votre attention a été attirée par un article paru dans le journal « France-Anilles » le 13 février dernier relayant une conférence de presse au cours de laquelle j’aurais eu l’occasion de dénoncer, à propos de la filière animale un système pervers et mafieux avec la complicité de l’Etat et même de l’institution judiciaire.

Vous indiquez que les recherches entreprises au sein de votre parquet ne vous ont pas permis de trouver la trace d’un dossier portant sur des faits pouvant être en lien avec ceux que je semble avoir dénoncé.

Vous déclarez donc, que dans ces conditions, il vous est indispensable de pouvoir obtenir des éléments précis sur les éventuelles infractions que je dénonce et que vous êtes à ma disposition afin de pouvoir recueillir tous les éléments que je voudrais porter à votre connaissance et qui vous permettront de réserver une suite pénale à cette affaire.

Votre référence au journal « France-Antilles », manifestement bien informé puisque dès le jeudi 16 février 2017 il annonçait votre missive susvisée et sa teneur, me conduit à vous rappeler les nombreux articles consacrés par ce quotidien à la filière notamment en 2014, 2015 et 2016.

Dans son édition du 12 Juillet 2016 il publiait un dossier de deux pages contenant les éléments suivants :

-  Une interview de Monsieur David JARRIN indiquant qu’au sein de MADIVIAL « on s’arrange pour que les administrateurs touchent un chèque d’environ 1 200 euros à la fin de chaque mois. Et ainsi tout le monde est réduit au silence. » :

-  Les déclarations de Monsieur Juvénal REMIR concernant une saisine du Préfet à propos du fonctionnement opaque du MADIVIAL et l’un de ses partenaires Caraïbe Agro ainsi que sa volonté de porter plainte ;

-  L’alerte donnée au Préfet par les délégués syndicaux de MNA en novembre .2014 ;

-   L’absence de transparence signalée par la FDSEA ;

-   Les soupçons de liquidation frauduleuse de l’atelier SAS KINI,

-   Le fait que CARAIBE AGRO soit « présentée par des acteurs du milieu de l’élevage comme l’une des passerelles utilisées par MADIVIAL pour dissimuler et détruire sa surproduction présumée. »

-   L’affirmation suivant laquelle « ces dernières années l’Etat a cherché à tout prix à structurer les filières dites de diversification (animales ou végétales), quitte à ne pas être trop pointilleux avec ses interlocuteurs. »

Il ne s’agit là que de quelques exemples, auxquels il convient de rajouter, s’agissant de MADIVIAL, des litiges avec des adhérents, des salariés ou des tiers, des faits troublants tels que la destruction massive de viande etc.

Au-delà de mes déclarations, qui semblent les seules à avoir retenu votre attention, je vous rappelle celles, courageuses et circonstanciés de certains acteurs de la filière.

Il est en tout état de cause notoire, que de nombreuses anomalies existent concernant :

-   La situation des coopératives avant la fusion et les conditions de la fusion, (déficits importants comptes courant débiteurs, rapport du HCCA signalant des irrégularités, interventions pour « arranger les comptes » afin de permettre la fusion...)

-   Le fonctionnement de MADIVIAL après la fusion et celui de l’AMIV caractérisés par la prise de contrôle par un groupe aux pratiques que je n’hésite pas à qualifier de maffieuses.

Il est également manifeste qu’en dépit des résultats dont certains cherchent à s’enorgueillir, des filières entières sont fragilisées voire détruites par une véritable machine, basée sur la consommation à outrance des subventions, et non sur l’amélioration au bénéfice de tous, de l’agriculture Martiniquaise.

Je persiste à considérer que les moyens utilisés pour mettre en place et faire perdurer ce système méritent des investigations sérieuses, et qu’en tout état de cause, il est urgent de mettre un terme à un fonctionnement que la grande majorité des acteurs du monde agricole souhaite voir modifier.

C’est en ce sens que j’ai tenté, en vain, d’œuvrer auprès des parties concernées.

Or, au moment où une étape décisive était franchie en ce sens, avec l’élection d’un nouveau Président de l’AMIV, ce dernier a vu son élection invalidée, et a été purement et simplement évincé suite à la désignation d’un administrateur provisoire par une procédure non contradictoire.

Cette éviction obtenue par ceux qui en contestant une élection démocratique ont provoqué une crise dont ils se prévalent, rappelle le scénario mis en œuvre dans l’affaire qui a conduit à la liquidation de l’atelier KINI.

Après l’affaire du CEREGMIA et certaines démonstrations de force qui ont profondément choqué les Martiniquais, je ne peux accepter de me taire sur la situation qui existe dans la filière viande.

J’entends donc continuer à la dénoncer, en dépit de toutes les menaces d’où qu’elles viennent.

Telles sont, mes observations en réponse à votre lettre susvisée.

Je demeure disposé à vous rencontrer concernant cette affaire et d’autres dossiers intéressants la Collectivité.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Procureur, l’expression de ma plus haute considération.

 

 

 

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