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Roger De Jaham ne laisse pas indifférent. Dans sa quête de réconciliation entre les békés et les autres composantes de la société martiniquaise, l'homme dérange ou séduit. Son franc-parler le place souvent dans la position du franc-tireur et en face, les coups des adversaires peuvent faire aussi mal. La preuve avec ce procès pour « apologie de crime contre l’humanité, incitation et provocation à la haine raciale », suite à une plainte du MIR et du COFFAD. Il évoque avec une émotion réelle, cette nouvelle procédure qui le conduira dans deux jours devant les juges de la Cour d’Appel de Fort-de-France. Mais avec son association « Tous Créoles », ce chef d’entreprise prendra encore le temps, avec son bâton de pèlerin, de grimper vers ce dialogue qu’il veut atteindre. Peut-on le lui reprocher par ce temp de rejet de l’autre, qui secoue le monde ?

Roger De Jaham, un béké inconsolé

Freepawol : Vous êtes quelqu’un de particulier, d’autres diront provocateur ou qui veut communiquer à tout prix. Vous diriez quoi ?

Roger de Jaham :  A quel propos ?

Freepawol : Vous dites certaines fois des paroles qui choquent et en même temps vous faites des actions pour essayer de rassembler. Maladroit ou provocateur, vous ne laissez pas indifférent. Vous vous situez où ?  

R de Jaham : Je ne sais pas, ce n’est pas moi qui choisis où je me situe, ce sont les autres qui me perçoivent. Je peux dire que l’action que je mène depuis que nous avons créé l’association « Tous créoles », relève d'un constat. Notre analyse était de dire que la Martinique souffre d’une espèce de séparation, chacun dans son coin et qu’il fallait essayer d’une façon ou d’une autre, de rapprocher toutes ces parties. Cette action, elle est forte, elle est permanente et je pense qu’elle porte malgré tout ses fruits.

Quand je vois le nombre d’adhésions spontanées, (plus de 200) que nous avons dans l’association, quand je vois sur nos deux pages Facebook le nombre de contacts, de lectures, ( près de 20 000 par semaine ), je me dis que ce sont des sujets qui intéressent beaucoup de gens. Je ne sais pas à quels propos vous faites référence pour dire que je choque, ce qui est certain c’est que je n’ai pas ma langue dans ma poche. Je pense qu’il faut s’exprimer, ce n’est pas dans le silence qu’on avance, c’est dans l’échange, dans la parole, dans les actes. Si maintenant j’ai eu des propos, des attitudes qui ont pu choquer, il faudrait d’abord me dire  lesquelles, ce n’est jamais volontaire. Ma volonté est de dire la vérité en permanence, de ne rien cacher et surtout de parler. C’est dans l’échange, dans la connaissance de l’autre que nous avancerons.

Freepawol : Je pensais  au procès que vous avez eu récemment, et qui a abouti à une annulation de procédure. Procès suite à une plainte du MIR (Mouvement International pour les Réparations) et du COFFAD (Collectif des Fils et Filles d’Africains Déportés), pour apologie de crime contre l’humanité, contestation de crime contre l'humanité, incitation et provocation à la haine raciale.[1]

Pensez vous qu’il y ait vraiment un problème entre la plupart des Martiniquais et les békés, ne s’agit-il pas plutôt plus d’un problème de classe ? Le béké possède des terres, il a de l’argent, cet aspect n'est évoqué que par une minorité, non ?  Il me semble que le béké est bien plus accepté dans la société martiniquaise qu'on veut le laisser croire. Il n’est pas rejeté et s’il y avait un grave problème avec eux, ça se saurait non ?

Roger de Jaham : Ce que vous venez de dire traduit que vous êtes tombée dans le piège, dans des images. Mwen pani an hecta, je n’ai pas de terre.

Freepawol : Que vous n’en ayez pas vous, mais c’est une réalité quand même…

Roger De Jaham : Ce sont des clichés, la Martinique souffre de clichés tenaces sur les békés. C’est une minorité qui est montrée du doigt : Dès qu’il y a un problème, sé bétché-a ki fè-y. 2009 c’était la faute des békés bien sûr, il faut un bouc émissaire. Dans l’histoire de l’humanité on a toujours trouvé des boucs émissaires.

Freepawol : C’est quand même pas une minorité victime, il ne faut pas exagérer !

R. De Jaham : Elle n’est pas victime, je n’ai jamais dit ça. Je dis simplement qu’on ne lui reconnaît pas sa place naturelle.

Freepawol : Parce qu'ils cherchent cette place ? Cherchent-ils à faire partie, à se mélanger dans cette communauté du pays ? 

R. De Jaham : Mais bien sûr.

Freepawol : Vous ?

R. De Jaham : Pas que moi. Une de vos collègues m’a dit : vous êtes un béké atypique. J’ai répondu mais pas du tout, de nombreux békés partagent tout ce que je dis, tout ce que fait. La preuve c’est que nous étions en 1998, plus de 400 à rédiger une déclaration qui demandait que l’esclavage soit classé crime contre l’humanité. C’était trois ans avant la Loi Taubira, ce n’est pas anodin, je ne connais pas beaucoup d’autres communautés qui aient pu faire un tel geste. Nos ancêtres sont sensés avoir été des esclavagistes…

Freeepawol : Sensés ?

R. De Jaham : Il y en a qui ne l’ont pas été. Ils sont arrivés en 1850.

Freepawol : Après l'abolition, donc après ceux qui l’ont été. 

R. De Jaham : C’est ça encore les images : si c’est un Noir, c’est un descendant d’esclaves, si c’est un Blanc c’est un esclavagiste. Il faut arrêter ces images car il y avait des Noirs propriétaires d'esclaves.

Freepawol : Après l’abolition de l’esclavage ?

R. De Jaham : Mais non, en 1848 il y avait des Noirs esclavagistes. Le 23 mai 1848, quand on aboli l’esclavage, quand on a libéré, quand les esclaves se sont libérés, puisque cette abolition est la résultante des évènements de Saint-Pierre, Prêcheur, le tiers des 72 000 esclaves libérés à la Martinique appartenait à des gens de couleur libre, soit des Noirs, soit des mulâtres.

Freepawol : Les salopards n’ont pas de couleur, on le sait bien...

R. De Jaham : Mais bien sûr ! Il faut arrêter de classifier les gens. J’ai d’ailleurs récemment eu à la Guadeloupe, une discussion en direct à la radio, avec monsieur Jacky Dahomey qui a dit : «  moi je suis un descendant d’esclavagiste ». Vous connaissez la couleur de Jacky Dahomay ? Il a dit mon arrière grand-père, je ne sais plus où il situait ça, était un Blanc propriétaire d’esclaves.

Freepawol : Un Blanc propriétaire d'esclaves !

R. De Jaham : Le recteur de l’Université Saint-Louis du Sénégal l’a dit à l’Université de la Martinique, il a dit  « je suis un descendant d’esclavagiste ». Donc il faut arrêter de classifier les gens.

Freepawol : Comment d’après vous sortir de tout cela ?

R. De Jaham : C’est bien ce que j’essaie de faire en racontant la vraie histoire de la Martinique, mé pèsonn palé tann li. La vraie histoire de la Martinique n’est pas celle que nos intellectuels nous racontent ou veulent nous faire croire.

Freepawol : C’est celle que l’histoire raconte.

R. De Jaham : Non, l’histoire personne ne veut l’écouter. Quand je vous dis qu’il y avait des Noirs propriétaires d’esclaves, vous essayer d’entortiller les choses.

Freepawol : Non je n’essaie rien. Je dis qu’avant qu’il n’y ait eu ces esclaves libérés par leur maître, ces libérés qu’on appelait les gens de couleur libre, il n’y avait que les colons Blancs à avoir des esclaves. C’est une réalité historique. Il y a eu des colons Blancs, il n’y a quand même pas des colons Noirs dans l’histoire de l’esclavage ?

R. De Jaham : Vous ignorez qu’il y avait des corsaires noirs qui se sont installés à la Martinique dès le 17ème siècle ?

Freepawol : Et ils avaient des esclaves ?

R. De Jaham : Ils ont eu des esclaves par la suite…

Freepawol : A quel moment ?

R. De Jaham : Vous voyez, vous essayez de discuter. Ou palé tann istwar la ! Avant l’abolition il y a eu des propriétaires de toutes les couleurs. Quand on regarde la liste de ceux qui ont été indemnisés, il y a des propriétaires de toutes les couleurs, il y a des noms de paquet de gens de couleur. Le tiers des esclaves était la propriété de gens de couleur. Une fois qu’on accepte ce phénomène, ça permet de dire que vous êtes peut-être une descendante d’esclavagistes et moi d’esclaves.

Freepawol : Cela m’étonnerait ! Je suis le résultat des mélanges dans la plantation, peut-être une part d'esclave, une part d'esclavagiste. Mais je ne sais pas, je n’ai jamais cherché à savoir.

R. De Jaham : C’est ce qu’il faut accepter d’admettre, tranquillement. Ne pas classifier les gens. L’homme est un loup pour l’homme quelle que soit sa couleur.

Freepawol : Vous n'aimez pas l'entendre, mais vous êtes quand même un béké à part. Dans votre famille on s’est mélangé, marié avec d’autres composantes de la société martiniquaise, ce n’est pas très habituel dans le monde béké ?

R. De Jaham : Comment vous expliquez tous ces gens de couleur qui portent des noms de grande famille béké ? Les De Vassoigne, les Hayot, les De Jaham. Il y en a de toutes les couleurs, c’est qu’ils se sont mélangés depuis longtemps. J'en oublie, les Huygues des Etages, ce ne sont pas des noms d’Africains, ce sont des noms de familles blanches créoles qui ont reconnu leur descendance qui porte leurs noms. Cela remonte à des décennies, à des siècles.

Freepawol : Je reviens à ma question : ne pensez-vous pas qu’aujourd’hui la société martiniquaise est plus préoccupée par les problèmes auxquels le monde est confronté ?

R. De Jaham : Moi je pense que la grande majorité des Martiniquais sont des gens extrêmement paisibles qui veulent vivre dans la rencontre, dans la paix, dans le partage, et il y a une frange d’intellectuels. Vous savez, nous avons fait une conférence il y a deux mois à peu près, où nous avions invité l’ancien recteur de la Guadeloupe, Stéphan Martens, qui a écrit un livre sur la mémoire et l’histoire. L’histoire, ce sont des faits. La mémoire c’est de l’émotion, c’est « je ressens ça comme ça ». Donc il a fait un très bel exposé et dans la salle, des gens ont dit plusieurs fois : « Vous savez monsieur le professeur, à la Martinique ce sont les intellectuels et certains élus qui veulent conserver ces clivages, ces séparations.»

Freeepawol : Les intellectuels sont ceux qui cherchent, qui étudient notre société, qui réfléchissent…

R. De Jaham : Réfléchissent, mais… Savez-vous qu’il n’y a pas un seul qui accepte une rencontre ? Proposez à qui vous voulez, à tous ces intellectuels, ces sociologues… Dites-leur : je vous propose une rencontre avec Roger de Jaham, ils vont vous dire Non.

Freepawol : Vous croyez ?

R. De Jaham : Essayez ! Ils vont vous dire Non. Ils refusent la rencontre. Raphaël Confiant par exemple, j’ai des échanges avec lui par email,  j’en ai des kilos. Il refuse la rencontre. Qu’est ce que je peux faire ?

Freepawol : Pourtant Raphaël Confiant ne tient pas un discours d’exclusion concernant les békés.

R. De Jaham : J’en ai des kilos de mails, i palé wè mwen !

Je lui lance encore l’invitation : Raphaël Confiant, annou jwenn, annou asiz, annou palé !

Le seul qui ait accepté, le seul, c’est Jean Bernabé. Il a accepté la rencontre, nous échangeons maintenant depuis des années. Nous ne sommes pas d’accord sur tout, il a par exemple sa vision de la créolité, mais nous partageons des choses, nous discutons sur d’autres. Il a bien compris que nous ne sommes pas des dragons dans notre association, qu’on est extrêmement divers et mélangés. Il y a un sociologue qui m’a écrit, ce que je vous raconte ce ne sont pas des paroles en l’air. Il a écrit : « Monsieur, je vais vous dire qui vous êtes.»  C’est extraordinaire, sans jamais m’avoir rencontré.

Freepawol : Que vous dit-il ?

R. de Jaham : Il me dit que je suis un raciste, que je suis le porte-parole de la caste béké, que nous avons une unicité de résidence, que toutt moun ka habité Cap-Est. Moi j’habite Saint-Joseph, ma sœur habite Case-Pilote et j’ai un frère qui habite le Carbet. Mé toutt béké ka viv Cap-Est ! Ce sont tous ces clichés que nous voulons détruire. Et vous journalistes, vous avez certainement un rôle la-dedans pour détruire ces clichés. Ne pas laisser dire n’importe quoi, notre société souffre de cela.

Vous avez évoqué tout à l'heure le procès que j’ai eu, ça fait trois fois qu’on me fait un procès pour apologie de crime contre l’humanité. Trois fois que je bénéficie d’un non lieu, trois qu’ils font appel, je serai en appel le 3 décembre. Ils iront en cassation parce qu’ils vont perdre en appel. Attendez, ça suffit, nous avons assez démontré dans notre démarche, dans nos propos, que nous cherchons à réconcilier les gens. Que nous avons dénoncé l’esclavage comme étant un crime contre l’humanité, avant même que la République française n’en fasse une loi. Non, sé mésié dèyè mwen, sé bétché-a, sé bétché-a. Et personne, je n’ai jamais entendu personne ayant une audience publique, élu ou intellectuels pour dire : Messieurs ça suffit, arrêtez bagay zot la, c’est de la kouyonad !  Ça va continuer. Le seul espoir c’est qu’ils commencent à être un peu vieux ( rire qui ne cache pas l'émotion ), mais c’est affreux.

Freepawol : Je continue à avoir le sentiment que de tous les cotés, dans tous les camps si on peut dire, des conneries désagréables peuvent être prononcées. Mais généralement les Martiniquais qu’ils soient békés, Noirs ou autres couleurs, vivent tranquillement,  il s’acceptent. Un Noir en colère pourra en voiture injurier un Blanc et lui sortir une insulte liée à sa couleur de peau, comme c’est souvent le cas en France d’ailleurs, mais quelques kilomètres après, si ce même Blanc qu’il n’aura même pas reconnu s’arrête devant chez lui, il l’invitera à prendre un verre. Même si à certains moments les débats peuvent être violents dans les mots, c’est ça la Martinique et ça doit rendre optimiste. Vous ne croyez pas ?

R. De Jaham : Moi je veux être optimiste, je dis simplement qu’il y a des barrières qu’on n’arrive pas à abattre, celles des intellectuels, de certains élus qui entrainent la population…

Freepawol : Quels élus ?

R. De Jaham : Je ne vais pas citer de nom, ça m’a déjà valu trop de procès. Chaque fois que je cite un nom, sé boug la dèyè mwen. Réfléchissez, vous verrez de qui je parle. Ceux-là ont intérêt à avoir un bouc émissaire.

Freepawol : Le Front National cherche à s’installer ici (je précise que je suis impliquée dans la lutte contre le Front National, dans le mouvement « Marine Déwo ») qu’en pensez vous ?

R. De Jaham : J’ai d’abord constaté que ce sont des gens de couleur, monsieur Arnaud, monsieur Juvénal Rémir. Ça ne vous interpelle pas que le Front National, qui n’est absolument pas ma tasse de thé,  - je veux que ce soit très clair en ce qui me concerne- puisse avoir une telle montée en puissance ? Cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu’aucun autre parti politique ne répond aux attentes des Français ou des Martiniquais.

Freepawol : Vous reconnaissez que l’idéologie du Front National est inquiétante quand même ?

R. De Jaham : Déjà sur le plan économique ça ne vaut rien. En ma qualité de chef  d’entreprise, je dis que c’est une folie le programme du Front National. Sortir de l’Europe, revenir au Franc, kouyonad !  Sur le reste il est évident qu’ils ont des positions extrémistes mais quand je vois que ces positions extrémistes entrainent l’adhésion de presque une majorité des Français, on n’en est pas encore là heureusement, et qu'en Martinique on l'exprime ouvertement, je me pose des questions. On n'a jamais vu ça. Il faut comprendre, que ce qui est proposé par les autres partis ne correspond pas aux attentes des Français. Il faut peut-être écouter ce que disent ces gens-là, il faut comprendre ce que dit le FN. Est-ce que c’est un langage de vérité ou de haine ? Je pense que c’est quelque part là- dedans, ce n’est pas beau, mais il faut écouter.

Freepawol : Ecouter pour se protéger ?

R. De Jaham : Pour répondre aux attentes des Français. Quand des millions de gens sont prêt à voter pour ce parti, il faut s’interroger. Les gens sont abrutis d’impôts en France, on n’en peut plus, on se dit tousa lajan yo ka pran anlè mwen, pourquoi ? Le pays ne fonctionne pas bien, la santé n’est pas au top, les transports ne sont pas bons, toutes les institutions sont en faillite, ne parlons même pas des déficits abyssaux des hôpitaux, de la sécurité sociale… On ne peut pas continuer comme ça.

Freepawol : En Martinique, nous aurons le 6 décembre des élections pour la Collectivité Unique de Martinique, qui donnera un pouvoir important à celui qui l’emportera, comment voyez-vous cette nouvelle collectivité ?

R. De Jaham : Est-ce qu’elle aura plus de pouvoir que la Région d’aujourd’hui ? En tout cas, on a choisi ce système, on ne va pas y revenir, on a voté pour, on l’a accepté. Aujourd’hui Serge Letchimy par exemple, il a la majorité et il fait passer tout ce qu’il veut faire passer.

J’ai souhaité l’assemblée unique, peut-être pas exactement sous cette forme, mais j’ai même milité en 2004 et après en 2010 notamment avec des amis comme Marcel Osenat en sa faveur. On a accouché d’un truc un peu particulier, mais annou pran-ye ! La différence c’est que dans la nouvelle collectivité, dans le fameux système exécutif de neuf « ministres », il n’y aura plus l’opposition. Mais elle sera présente dans l’assemblée, elle pourra s’exprimer, comme elle le fait aujourd’hui. On voit bien à la télé que les minorités s’expriment. Monsieur Marie-Sainte a des passes d’armes avec Monsieur Letchimy, Miguel Laventure s’exprime.

Je pense que l’Assemblée unique est une bonne chose. Parce qu’aujourd’hui lorsque le Conseil Général gère les routes départementales, la Région les routes nationales, qu’ils n’ont pas les budgets en même temps : tala ka fè an rond-point mé i pani piès route pou météy, enfin bon… Il faut qu’on arrête ces déperditions d’énergie. Je souhaite simplement que nos élus comprennent qu’il faut aujourd’hui gérer, il faut des gestionnaires.  Ne plus embaucher pour faire du clientélisme,  avoir des finances saines. Si on continue à faire du clientélisme, on est cuit, on est mort, parce que là il n’y aura pas de deuxième essai.

Freepawol : Avez-vous lu l’article de « Capital » qui classe la Région Martinique parmi les cinq régions les moins bien gérées de France ?

R. De Jaham : Je ne l’ai pas vu, mais c’est dommage que nous soyons en queue de peloton.

Freepawol : Vous avez récemment déclaré « Syriens, nou kontan wè zot ! ». Une invitation à  accepter d’accueillir des Syriens en Martinique.

R. De Jaham : Cela fait 70 ou 80 ans qu’on accueille des Syriens en Martinique, ou des Libanais. Yo ka palé kréyol pasé pèsonn, ils se sont intégrés dans la population. Yo paka mandé pèson ayen, yo ka fè zafè yo. Ce sont eux les commerçants de la rue François Arago. Raphaël Confiant, qui est un excellent écrivain, a fait une saga, sur la comédie humaine à la Martinique si on peut dire, avec les békés, les Chinois, les Syriens. Et si on faisait venir, volontairement quatre mille Syriens ?  Parce qu’il faudra bien qu’on ait une action pour repeupler la Martinique qui est sous-peuplée aujourd’hui, qui est en train de mourir.

Freepawol : Une population qui vieillit, avec un phénomène de violence important chez certains jeunes. Et plus on vieillit, plus on a peur…

R. De Jaham : Mais la violence est normale, comment pouvez vous condamner des milliers de jeunes à rester sous un abri bus toute la journée ? Fo bien yo fè an bagay, fo bien yo pété an kay, fo yo fè an bagay !  Or ce n’est pas avec une population vieillissante et en diminution qu’on va créer de l’emploi. Il faut redémarrer l’activité et ce n’est pas avec la petite action pour faire revenir les Martiniquais. Lè ou pati, ou bien bien pati.

Il faut recréer du dynamisme ici, donner toute priorité à l’en-tre-prise. Il faut la mettre au centre des préoccupations : comment puis-je faire fonctionner les 25 000 ou 30 000  entreprises le mieux possible ? Il faut que je diminue leurs impôts locaux, fo mwen ba yo balan. Il faut que je leur trouve des emplacements, que je crèe des zones commerciales, des zones industrielles. C’est une réflexion qu’on entend ici ?

Il faudrait créer un fond de garantie. Quand vous allez à la banque pour emprunter, on vous rit au nez aujourd’hui. Kisa, mwen ké prétéw lajan ? Il faut un fond de garantie : Madame vous voulez emprunter, vous  montez un commerce ?  Moi collectivité territoriale de la Martinique, je garantis votre emprunt. Il y aura de la casse, 100% des emprunts ne seront pas remboursés, c’est ce qui arrive aux banques, c’est la loi du genre. Et on étudie les dossiers, sans prendre 25 ans pour le faire.

Les banques sont réticentes à prêter parce qu’elles ont eu trop de casse. Vous pouvez acheter une banque en Martinique pour un euro aujourd’hui. Je pense que si plusieurs banques pouvaient foutre le camp d’ici, elles seraient déjà parties. Il faut que la collectivité régionale garantisse les emprunts pour tout le monde. Je garantis 100 millions, j’aurai dix millions de casse. C’est quoi 10 millions à l’échelle de la collectivité qui aura un budget de plus d’un milliard ?  Il faut créer tout ce cadre, toutes ses conditions favorables au développement économique. C’est le cœur du problème. La violence vient du chômage. Le chômage vient de l’absence de conditions favorables pour les entreprises.

Freepawol : Vous suivez la campagne électorale ?

R. De Jaham : je ne vais pas aller écouter tous les cancans. Mais non, mwen paka kouté sa !

Freepawol : Vous êtes un homme de Droite, vous allez donc voter pour Yan Monplaisir ?

R. De Jaham : Bien sûr ! Sans hésiter, parce qu’il est chef d’entreprise, donc il a une vision des choses. Il est obligé de chercher l’efficacité et la rentabilité. Je pense qu’il nous faut un gestionnaire à la Région et quand je regarde le meilleur gestionnaire que j’ai vu jusqu’ici dans le paysage politique, c’est Yan Monplaisir.

 

Entretien réalisé par Lisa David

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




[1] La déclaration de Roger DeJaham « Un engagé, un 36 mois, était moins que rien, moins qu’un esclave. Les esclaves sont arrivés longtemps après et eux avaient une valeur marchande que n’avaient pas les blancs engagés pour 36 mois »

 

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