Parce que nous avons besoin d'une presse libre

Actualité

Qu’elle est insupportable cette indignation sélective de celles et ceux qui en France ou en Martinique, qualifient Fidel Castro de dictateur, et se taisent sur les crimes de l’esclavage, les crimes coloniaux et autres massacres des pays décrétés « démocratie » au nom d’intérêts particuliers. Parmi ces indignés, Roger de Jaham qui s'afflige de la décision de la Collectivité Territoriale de Martinique d’incliner les drapeaux en signe de deuil et des déclarations de Ségolène Royal faite à Cuba  aux obsèques du chef de la révolution cubaine. Quelle est donc leur définition de la démocratie ?

Roger De Jaham, quand je vous lis, il me vient cette injonction de Georges Marchais, alors secrétaire général du Parti Communiste Français, faite en 1978 à Jean-Pierre  Elkabbach :

« Taisez-vous ! »

Mais je ne le vous dirai pas, je suis plus sensible à ces paroles de Voltaire : « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'au bout pour que vous puissiez le dire.»

Vous écrivez sur votre page Facebook : « Surprenant : alors que de plus en plus de voix s'élèvent pour rappeler que Castro était un dictateur communiste et pour dénoncer ses crimes, voilà que la CTM a décidé de mettre les drapeaux en berne sur tous ses bâtiments ! Et ceci pendant neuf jours ! Seul le dictateur à moitié fou de la Corée du Nord a osé en faire autant. Comme Marie-Jeanne n'est pas lui-même un dictateur, on peut donc penser que l'ancienne droite martiniquaise (MONPLAISIR, LAVENTURE et cie), consultée, a donné son accord pour cette triste incongruité. »

On est rassuré, vous n’osez pas écrire, contrairement à certains de ses détracteurs, qu’Alfred Marie-Jeanne est un dictateur. Quand à cette partie de la droite martiniquaise que vous évoquez, peut-être est-elle en train de démontrer qu’on peut être dans ce camp politique sans être borné et regarder la réalité en face.

Quelles sont ces voix de plus en plus nombreuses qui s’élèvent pour rappeler que Fidel Castro était un dictateur ?

Je ne veux pas croire que vous parlez de ces gens de la Droite française, qu’on n’a pas entendu malgré les preuves qui s’accumulent, sur le financement de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy, par les valises d’argent liquide livrées par le régime libyen… avant que Mouammar Kadhafi ne soit assassiné. Vous avez dit dictateur ?

Vous êtes indigné avec un François Bayrou qui alors qu’il était ministre de l’Education Nationale, interdisait des textes du grand écrivain Aimé Césaire, anticolonialiste et humaniste Noir à l’école de la République française. Vous avez dit dictateur ?

Le quotidien « Le Monde » (10.05.2008) écrivait à ce sujet :

Aimé Césaire, que tous les responsables politiques ont couvert de louanges lors de ses obsèques à Fort-de-France (Martinique), le 20 avril, sera-t-il un jour enseigné dans les lycées ? Le secrétaire d'Etat à l'outre-mer, Yves Jégo, doit rencontrer, début juin, Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, pour examiner avec lui le moyen d’introduire dans les programmes du secondaire le poète de la négritude et pourfendeur du colonialisme. "C'est le plus bel hommage qu'on pourrait lui rendre", déclare M. Jégo.

En réalité, Césaire a été très brièvement au programme de lettres des terminales L (littéraires). En 1994, parmi la liste d'oeuvres à étudier figuraient le Cahier d'un retour au pays natal et le Discours sur le colonialisme, les deux oeuvres les plus connues et les plus emblématiques de l'écrivain martiniquais. Ces textes auraient dû rester au programme pendant deux ans. Mais, dès l'année suivante, une note de service publiée au Bulletin officiel de l'éducation nationale du 27 juillet les faisait disparaître de la liste au profit des Yeux d'Elsa, d'Aragon.

Pour Odile Tobner, coauteur du livre Négrophobie (Les Arènes), il ne fait aucun doute que Césaire a été retiré pour des raisons idéologiques. Elle en veut pour preuve une intervention à l'Assemblée nationale, le 12 septembre 1994, du député (UDF) Alain Griotteray. Celui-ci s'étonnait qu'une "oeuvre aussi résolument politique (que le Discours sur le colonialisme), osant comparer nazisme et colonialisme, soit inscrite au programme de français des terminales". Il trouvait cette idée "choquante et inacceptable".

Interrogé par Le Canard enchaîné (du 13 septembre 1995) au sujet de la "disparition" des livres de Césaire, le ministre de l'éducation nationale de l’époque, François Bayrou, affirmait que ce n'était pas "les remous idéologiques" qui avaient motivé sa décision. Simplement, il jugeait Aragon "plus représentatif de la littérature française" que l'écrivain martiniquais...

 

 

Qu'avez vous à dire sur les tortures inimaginables qui furent infligées aux esclaves Noirs par la France, qui a inventé le tout aussi inimaginable Code noir ?

Qu'avez vous à dire des crimes français en Nouvelle Calédonie, de la décapitation par la France en 1878, du grand guerrier kanak Atai, parce qu’il se battait contre la spoliation coloniale des terres de son pays ? La France a eu la sauvagerie de transporter sa tête à Paris. Ses ossements que réclamaient ses compatriotes, n'ont été restitués qu'en septembre 2014 par le Museum National d'Histoire Naturelle. (Ci dessous photo et extrait du journal "Le Monde" - 29.08.2014)

Qu'avez vous à dire des crimes commis à Madagascar  pendant la colonisation française ? Le président de la République, François Hollande, en voyage à Madagascar en novembre dernier, a reconnu les crimes commis par la France en 1947 mais il n’a parlé que des milliers de morts. Beaucoup d’historiens parlent de plusieurs dizaines de milliers de victimes du crime colonial.

Qu'avez vous à dire de la torture qui fut  généralisé en Algérie où ceux qui se battaient pour la libération de leur pays l’ont subie ? Des milliers et des milliers de personnes ont été soumises à la gégène par les parachutistes du général Massu.

Capture d’écran d’un reportage de la chaine suisse TSR2 sur les actes de torture perpétrés par l'armée française sur les civiles algérien en période de guerre.

L’armée américaine s’est inspirée de ces méthodes de torture perfectionnée en Algérie par la France. Les GI en apprenaient sur sa barbarie avant d’aller massacrer au Vietnam puis en Irak. Je vous conseille la lecture de « La question », le témoignage d’un Français, Henri Alleg, anticolonialiste et communiste qui a eu à subir les sévices de l’armée française.

On ne vous a pas entendu ou lu, exprimant votre indignation quand François Fillon, candidat à l'élection présidentielle, niant la réalité de la colonisation, déclarait le 28 août dernier :

« Non, La France n'est pas coupable d'avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Nord. »

Surprenant, que celles et ceux qui qualifient Fidel Castro de dictateur ne condamnent pas tous ces crimes précédemment cités commis par cette grande démocratie française. Les violences policières en réalité violence d’Etat, sont-elles compatibles avec la démocratie ?

Vous avez dit Castro dictateur ?

Je suppose que vous avez eu la curiosité le lire « 15 mois 5 jours entre faux gentils et vrais méchants » le livre témoignage de l’ancien ministre de l’outremer Yves Jégo, sur son expérience à ce poste.

Il y raconte ce qu’un grand patron, lui a suggéré pendant la grande grève de 2009 contre la pwofitasion. Je vous pense mieux informé que moi pour savoir qui est celui dont il parle : « un de ces patrons emblématiques de ce qu’on appelle le pouvoir béké ». Un patron qui a insisté pour que la réponse aux difficultés des Martiniquais soit la matraque, au risque qu’il y ait des morts.

Extrait du chapitre « Dans la fournaise » du livre d’Yves Jégo :
 
 « A Paris, on croyait qu’il s’agissait uniquement d’une crise sociale et je comprenais peu à peu qu’il s’agissait en fait d’une crise identitaire beaucoup plus profonde et de ce fait plus dangereuse notamment au regard de l’histoire des cinquante dernières années »…

Mais si le ministre avait plus ou moins compris, d’autres s’en foutaient. Reprenons la lecture :

« Les représentants du patronat, qui étaient directement concernés par les revendications salariales, refusaient toute idée de négociations et plaidaient pour l’ordre public avant tout ! Juste avant mon arrivée, il y avait eu une grande réunion des représentants des patrons à Point-à-Pitre. Plusieurs centaines de chefs d’entreprise étaient rassemblés. Cette réunion de crise avait débouché sur l’annonce de la création du Mouvement des Entrepreneurs de Guadeloupe. Bien.

Mais alors que le territoire était bloqué depuis plus de 10 jours par une grève générale, alors que le cœur des revendications du LKP concernaient les salaires, le patronat au sortir de ce grand show ne proposait rien ! La plateforme du patronat dont avait accouché la grande réunion n’était qu’un catalogue de revendications vis-à-vis de l’Etat. Il n’y avait que des demandes de baisse de TVA, et toutes sortes de soutien de l’Etat. Les trucs classiques. A aucun moment, le texte ne parlait d’engager des discussions avec les syndicats de salariés, ni même un début de proposition concernant les augmentations salariales.

Rien. J’étais ébahi. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de le dire aux patrons en m’interrogeant pour savoir si par hasard ce n’était pas en fait eux qui étaient en grève contre l’Etat et s’ils avaient bien mesuré les attentes de la population vis-à-vis d’eux !

Comme si la revendication salariale qui avait mobilisé 4 à 10% de la population à l’occasion d’une manifestation monstre et bloquait la Guadeloupe depuis 10 jours, n’existait pas.

Voilà un patronat dont la seule rengaine était : « Qu’est ce que l’Etat va nous donner ? Il faut que l’Etat nous accorde davantage d’aides. »

Pire encore, une partie du patronat qui s’est révélée par la suite très influente à Paris, ne plaidait que pour ne seule chose : la matraque. J’ai encore le souvenir d’une conversation téléphonique avec un de ces patrons emblématiques de ce qu’on appelle le pouvoir béké :

« Mais monsieur le Ministre, faites nous confiance nous avons l’habitude. Il ne faut pas discuter, rétablissez d’abord l’ordre public. »

C’était pour moi complètement incompréhensible. Il y avait là un partenaire qui n’avait pas vu, ou pas voulu voir venir les choses et dont une partie de ses membres ne plaidaient que pour le rapport de force et le pourrissement. »

 

Il s’agissait là d’une grève dans un pays démocratique, monsieur De Jaham. Un pays où le droit de grève est constitutionnel. Pourtant un patron qui sait pouvoir compter sur l’Etat, a proposé la violence contre les salariés qui exerçaient ce droit fondamental. Vous avez dit dictature ?

L’hebdomadaire « Le Nouvel Observateur » (17 janvier 2013) a consacré un long dossier à la Martinique pour évoquer le pillage du Crédit Martiniquais. Titré « Qui a vidé la banque des Békés », le chapeau de l’article en dit long sur le système de fonctionnement d’un pays dit démocratique.

«  Découverts abyssaux, prêts jamais remboursés, largesses accordées aux amis et aux partenaires en affaires. Pendant des décennies, le Crédit martiniquais, tenu par les puissantes familles créoles qui dominent l'économie de l’île a dilapidé les économies des épargnants. »

Batista le dictateur, vous connaissez ?

Cuba a connu cette époque où il était possible que les plus fortunés pillent une banque, se goinfrent sur le dos des travailleurs exploités, exposés à la violence d’un dictateur au service des grandes fortunes. C’était sous le régime du général Fulgencio Batista. Arrivé à la tête du pays à la suite d’un coup d’Etat en 1952, soutenu par Washington, c’était un dictateur celui-là ! 

Sous son régime autoritaire, en 1959 un enfant de 5 à 13 ans sur deux n’était pas scolarisé. Le taux d’analphabétisme était de 25%, le pays n’avait que trois universités publiques.

Aujourd’hui tous les enfants sont scolarisés. Le pays compte 261 000 étudiants dans 67 établissements supérieurs, avec 77 000 enseignants engagés dans le supérieur. Selon l’Unesco, Cuba est de loin en Amérique latine le pays qui offre la meilleure éducation à l’ensemble de sa population.

Inutile de continuer, la situation de Cuba est mondialement connue. Les médecins cubains ont été à l'avant-garde de la lutte contre le virus Ebola lors de l’épidémie, en 2014. Malgré les difficultés économiques entraînées par l’embargo américain qui dure depuis plus de 50 ans, Cuba a dépêché le plus important contingent d’effectifs médicaux, pour combattre le virus Ebola en Afrique de l’Ouest notamment.

Cet exceptionnel geste de solidarité, habituel pour ce pays communiste de la Caraïbe, a été salué par l’ONU, l’OMS, des associations humanitaires. Même le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a personnellement adressé des remerciements à La Havane pour son aide dans la lutte internationale contre le virus. Vous avez dit dictateur ? 

Vous êtes aussi choqué par les déclarations de Ségolène Royal aux obsèques de Fidel Castro. La ministre de l’écologie qui refuse de s’abaisser avec les détracteurs du héros de la révolution cubaine a déclaré, entre autres propos, que  « Fidel Castro est une figure historique » qui a mené une « révolution contre un régime pas digne d'éloges. »

Vous écrivez : « Ségolène vini fol ! »

 

Vous n’avez pas écrit face au pillage du Crédit martiniquais, Sé bétché-a ka vini fou !

Relisons l’article du Nouvel Obs :

« Tous ces propriétaires terriens, distillateurs ou planteurs - membres du conseil d'administration ou actionnaires majoritaires de l'établissement ont laissé se creuser des découverts vertigineux. Prêts à volonté et chèques en bois à gogo. Le crédit martiniquais a financé toutes les folies, cumulant près de 130 millions d’euros de créances douteuses. Jusqu’à la quasi-banqueroute, évitée de justesse par la mobilisation de l’Etat. »

Quel Etat vole au secours des banques pillées par les plus riches, au détriment du peuple, un Etat démocratique ? 

Foutez donc la paix à Cuba, à Castro et à son peuple !

 

Mais revenons au grand patron-la matraque. Le « Nouvel Observateur » ( toujours celui du 17 janvier 2013 qui évoque le pillage du Crédit Martiniquais) cite les propos d' Yves Jégo qui se fait là, plus précis sur la conversation entre lui et le grand « patron emblématique du pouvoir béké » lors de la grève de 2009 :

« Yves Jégo ministre de l’Outre-mer sous Nicolas Sarkozy et viré sans ménagement du gouvernement après les grandes grèves, n'a jamais caché qu'il voyait dans sa disgrâce la main du plus riche béké de France :

« Je me suis fait scalper, sur le thème « Jégo n'assure pas la sécurité des patrons ».

Il entend encore l’entrepreneur lui susurrer au téléphone, au plus fort du conflit :

« De la fermeté, monsieur le ministre, de la fermeté…
- Mais il va y avoir des morts !
- On s'en remettra, on en a vu d’autres… »

Oui nous sommes en deuil dans toute la Caraïbe

Votre indignation sélective a guidé vos mots : « voilà que la CTM a décidé de mettre les drapeaux en berne sur tous ses bâtiments ! Et ceci pendant neuf jours ! Seul le dictateur à moitié fou de la Corée du Nord a osé en faire autant. »

La Caribéenne que je suis est fière du geste de la CTM. Oui nous sommes en deuil dans toute notre région qui a perdu un grand homme, Fidel Castro. Un héros révolutionnaire qui su résister à l’impérialisme américain et permis à son peuple de s’instruire et se soigner gratuitement, malgré l’embargo étrangleur des USA. On aimerait avoir plus souvent de tels « dictateurs ».

Je ne regrette qu’une chose dans le geste de la CTM,  celui de n’avoir pas mis en berne un vrai drapeau martiniquais, rouge-vert-noir, aux cotés des autres étendards.

Lisa David

Aidez Freepawol

pour une presse libre

Dans la même rubrique...

Le mouvement International pour les Réparations a adressé une lettre au Président de la République Française, Emmanuel Macron, lui rappelant sa déclaration faite en Algérie  en février dernier, alo

On croit être en plein cauchemar, les yeux ouverts.

Francis Carole, président du mouvement politique PALIMA et aussi Conseiller exécutif de la CTM, ne reste pas insensible à l'actualité et la récente déclaration de François Fillon, l'ancien Premier

Pages

1 2 3 4 5 »

Articles récents

Entre l'Espace Sud et la Société de restauration collective Datex, de Muriel Palandri, la justice tient la louche.

La Compagnie Foyalaise de Transport Urbain (CFTU), laisse régulièrement les usagers sur le bord des routes.

La Confédération Générale des Travailleurs Martiniquais (CGTM) appelle à la grève ce vendredi, pour une augmentation générale des salaires des travailleurs du secteur p

Sur la Rocade de Fort-de-France, le radar situé dans le sens Schoelcher vers le Lamentin est habillé d'un gilet jaune.

Le gouvernement a choisi d'envoyer l'armée en renfort face aux Réunionnais en gilets, qui ne sont pas que jaunes.

Pages

1 2 3 4 5 »