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Caraïbes

Une intersyndicale (FSU, SPEG-Sup, UNSA éducation, A&I UNSA) a déposé un préavis de grève qui pourrait être effectif dès mercredi,  si des réponses concrètes ne sont pas apportées sur l’avenir de leur université en Guadeloupe. Ces syndicats dénoncent un manque de concertation de la part des ministères concernés et de la gouvernance de l’UAG, autour du statut de leur Université,  après le détachement annoncé du pôle universitaire de Guyane.  Dans les semaines à venir un décret sera publié, faisant du pôle Guyane, une université autonome. L’intersyndicale qui penche pour une université de plein exercice, a rencontré ce lundi la Présidente du Conseil Régional, Josette Borel-Lincertin. Dans l’après midi une rencontre est prévue avec la Présidente de l’Université, Corinne Mencé-Caster.  Mardi, Serge Letchimy président du Conseil Régional de Martinique, sera en Guadeloupe où il rencontrera son homologue, pour discuter de l’avenir des Universités de Martinique et de Guadeloupe. De leur mariage de raison ou de leur divorce.

Après plusieurs semaines de grève, fin 2013, les professeurs et étudiants de Guyane ont obtenu la séparation définitive de leur Université de celles de Guadeloupe et de Martinique. Depuis cette brusque décision politique, c’est sauve-qui-peut dans ces deux Départements qui n’ont pas été associés à ce choix politique. « Aucune des instances légitimement élues et seules habilitées à prendre de telles décisions (étudiants élus, présidente de l’université) n’ont été associées à cette négociation » s’indignait l’UNI (Union Nationale Inter-universitaire) syndicat qui  s’inquiétait déjà, persuadée que « sur le fond, la partition affaiblira l’ensemble de l’université. Les moyens seront saupoudrés et dispersés et au final la qualité des études aux Antilles comme en Guyane sera menacée et les diplômes de l’UAG risquent de se dévaloriser. » Sur son site, ce syndicat de Droite rejette la responsabilité sur Christiane Taubira, pour lui, « Sur la forme, cette décision s’apparente à un putsch réalisé avec la bénédiction de Christiane Taubira, dont la légitimité dans ce dossier est loin d’être évidente. 
En effet, c’est elle, qui prétextant une visite privée en Guyane, a mené les négociations avec les grévistes et leur a garanti qu’un décret serait pris dans les prochains mois pour créer une université de plein exercice en Guyane. »

L’intersyndicale de Guadeloupe qui penche aussi pour une Université autonome, soupçonne l’Etat, en concertation avec la gouvernance de l’UAG, d’avoir déjà fait son choix et elle est bien décidée à se faire entendre. Cette semaine, se joue le sort des étudiants et futurs étudiants des Antilles et on se demande bien si ces derniers ont compté et comptent encore dans les discussions qui s’entament.

Hier, à la veille de la rencontre entre la Présidente de Région et l’intersyndicale, nous avons interrogé  Jack Molinié, son porte-parole,  sur les raisons de la colère qui couve sous ce préavis de grève. Il explique que « pour la Guyane il est prévu dans le décret toutes les dispositions de transition. Dès la publication du décret, un président sera nommé, il y aura l’élection d’un conseil d’administration avec un nombre particulier d’élus dans ce Conseil etc… tout cela a été négocié par l’intersyndicale de Guyane avec le ministère. Pour le reste, ce qu’ils appellent l’UA (NDLR : Université des Antilles) dans le décret, il n’est rien prévu.  Nous avons essayé de savoir, nous avons demander de participer aux négociations pour savoir ce qui va se passer dans l’intervalle, quel forme prendra l’Université, nous ne savons rien. »

Le préavis de grève permettra d’entendre les revendications des syndicats qui l’ont signé.  « Nous exigeons que la communauté universitaire soit interrogée, c’est à dire les étudiants et les universitaires pour savoir ce qu’ils souhaitent pour la suite, dire si le schéma proposé par la direction est le meilleur schéma, si on peut inventer un autre. On veut bien sur avoir l’assurance que cette voix là sera écoutée, savoir ce qui va se passer dans la transition et surtout nous refusons clairement (le ministère a pris ses dispositions pour découper la Guyane)  l’idée de transférer un seul poste vers la Guyane, sachant que nous avons, en Guadeloupe, notre précarité à résorber. Les précaires resteront en Guadeloupe,  si on enlève les postes permettant de résorber leur précarité, comment allons nous faire ? »

A la question quel est majoritairement le choix en Guadeloupe pour une ou deux universités distinctes le représentant syndicale répond : « Il y a deux demandes : l’intersyndicale qui elle travaille sur la demande de négociation quant à ce qui va se passer dans la période de transition, comment ça va s’organiser et des garanties sur les postes et l’avenir des personnels précaires. L’intersyndicale qui exige aussi qu’on puisse interroger la communauté scolaire sur ce qu’elle veux. Il y a d’autres personnes en Guadeloupe qui travaillent sur le projet de l’établissement qui est l’UA,   mais il y aussi un projet d’université autonome confédéral, ça veut dire qu’on choisirait entre nous ce qu’on aimerait partager et comment on le partage ».

Y a-t-il des partisans d’une rupture comme en Guyane :  "Oui, il y en a. Mais on peut toujours vivre tout seul, mais on ne vit pas bien obligatoirement, sachant qu’on a des choses à partager. L’idée pour nous est que plutôt que d’essayer de faire un système abracadabrant pôle autonome et on ne sait pas ce qu’on va mettre dedans, nous disons autant faire des universités autonomes qui vont négocier leur budget avec l’Etat. Ensuite ce qu’on veut mettre en partage, que ce soit la bibliothèque,  la médecine, cela se fera par convention entre nous dans un rapport gagnant-  C’est un peu l’exemple des universités en France qui ont refusé le regroupements type fédéraux avec une direction qui décide de tout, qui partage les budgets. Ils ont choisi comme la nouvelle loi le permet, de faire des confédérations d’universités liés par des conventions de partenariat. Chacun a sa direction propre et ils mettent en partage des compétences. Une fois que le partenariat ne convient pas à l’un ou à l’autre, ils peuvent décider de l’arrêter, tout ou partie.  C’est il me semble la liaison qui nous permet d’associer d’autres universités qui peuvent être étrangères, les West Indies,  l’université d’Haïti… Cela ouvre d’autres opportunités. Il y a des confédérations dans l’hexagone  qui sont sont avec des universités allemandes, suisses,  donc on a les moyens de le faire."

Et vous pensez que l’Etat Français va vous permettre, avec les moyens financiers nécessaires de travailler avec les universités des Caraïbes : "Quand vous êtes en confédération vous décidez. Les universités autonomes ont le droit de le faire et elles le font en convention. Il n’y a pas de transfert de fonds entre les universités, il n’y a que des transferts d’étude, des partenariats. On peut travailler ensemble par exemple sur les Masters, les diplômes, mais il n’y a pas réellement d’échanges de fonds et l’Etat français n’y voit pas d’inconvénient.  Au contraire,  il participe dans ce qu’il appelle le rayonnement de l’Université. Le seul souci de l’Etat français c’est qu’il est actuellement à l’économie et c’est vrai que trois universités coutent plus cher que deux."

Vous croyez que chacune des universités aura vraiment les financements nécessaires à un bon fonctionnement :  "Le financement des Universités est garanti dans la loi. A partir du moment où vous avez vos étudiants, vos surfaces à vous occuper, vous avez premièrement une dotation de base qui s’appelle base universitaire et deuxièmement une dotation supplémentaire en nombre d’étudiants, en nombre de personnel, en nombre de surface à entretenir du point de vue technique. Donc globalement le modèle est déjà établi. On pense toujours qu’on reçoit énormément d’argent pour l’UAG mais il faut dire qu’on dépense trois quart des sommes qui nous sont allouées pour faire fonctionner le système.  Ce système est extrêmement onéreux en terme de moyens, il demande beaucoup de personnels parce qu’il y a des doublons partout , en comptabilité, en scolarité pour chaque établissement. Il y a énormément d’économie d’échelle qu’on pourrait faire. Globalement l’Etat devrait mettre les sommes allouées et une plus grande partie sera d’évolues à la pédagogie.  Nous pouvons mettre en partage les secteurs qu’on ne voudrait pas en doublon. Un serveur pour les étudiants ou pour la comptabilité par exemple peut continuer à servir pour les deux universités . On peut décider de ce qu’on va mettre ensemble et chacun paiera pour le service rendu par l’autre. »

Du coté des étudiants l’inquiétude gagne. De nombreux jeunes et leurs parents craignent le retour en arrière,  celui de n’avoir d’autres choix que partir ailleurs pour étudier et se ruiner.  La montée du rejet des étrangers en France, surtout des basanés,  inquiète aussi.  Sur le campus de Martinique récemment, un jeune m’a brandi sa page Facebook pour me montrer une photo publiée par un groupuscule raciste d’extrême droite au sujet du carnaval antillais de Bordeaux. L’image  montre un pont de la ville, noir de monde,  avec comme légende « Quand le carnaval des 2 Rives à Bordeaux célèbre la Chine… ».  La Métropole ne fait plus rêver et le nombre de familles qui pourront encore payer des études hors du pays pour leurs enfants, rétrécit comme peau de chagrin.

Parlera t-on des malversations du CEREMIA (Centre d'Etude et de Recherche en Economie, Gestion, Modélisation et Informatique Appliquée) qui menacent dangereusement les finances de l’UAG au cours des rencontres qui devraient se multiplier après ce prévis de grève. Pendant que les inspecteurs du SRPJ convoquent les protagonistes et témoins de cette affaire, dans le cadre de l’information judicaire ouverte par le Parquet, le silence des syndicats universitaires sur ce scandale sera t-il enfin rompu ?

Aujourd'hui la réunion entre l’intersyndicale, la Présidente de l’UAG et la Présidente de Région ne sera pas concluante.  C'est surtout après la rencontre de demain, des Présidents de Région de Guadeloupe et de Martinique, qu'on saura, qui sera désigné pour prononcer le divorce ou l’éviter. 

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