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Caraïbes

Trop tôt réveillée, un cauchemar, un rêve, des idées qui se bousculent. Ecrire pour crier les mots qui s'élèvent en forme d'espoir, des mots colère qui percent la nuit pour éclairer le jour. Une petite nouvelle qui annonce d'autres. Une invitation à tous nos lecteurs pour qu'ils nous envoient leurs écrits cachés qui ne naissent jamais du néant et qui attendent la lumière. Notre rubrique "Pawol ladjé" vous est ouverte.

JésusMarieJoseph, Papa Lègba, Allah !

Ma nuit n’a pas été plus belle que mes jours.

J’étais morte, emportée par un cauchemar où des vers au ventre énorme rampaient, menaçants.

Ils avançaient vers nulle part pendant que la Martinique reculait à toute vitesse, nous emportant dans un tourbillon où des moutons criaient : de l’herbe, de l’herbe !

Mais l’herbe avait brûlé à cause des barbecues des maîtres de la savane, qui fêtaient maladroitement l’arrivée d’un nouveau troupeau...

Je voulais partir, mais les vers et les moutons se mélangeaient dans une espèce de danse macabre, occupant tout l’espace.

J’essayais de faire un siyak pour me sortir du désordre, mais les rares tambours qui résonnaient se sont brusquement tus et la danse macabre se transforma en en combat ethnique. Les vers grimpaient sur les moutons qui se débattaient en avalant les plus faibles des vers.

Je t’appelais Papa Legba, tu es sourd ou quoi ?

Je t’appelais JésusMarieJoseph, aucune réaction

Je t’appelais, Allah, on dirait que tu ne m’entendais pas

Non mais à quoi ils servent ces Dieux si ils ne m’entendent, pas pensais-je

Je me suis réveillée en sueur

je n’avais pas de pleurs

Je ne sais pas qui sont les vainqueurs

Je sentais trop les battements de mon coeur

Je suis sortie et le vent venant de la mer

M’a caressée la tête encore à l’envers

Un coq aussi désorienté que moi chante

Dans le manguier ce soir pas de place vacante

Tu ne te coucheras pas aussi tôt, je m’occupe de ta crête

Tandis que je cherche une étoile, de la terrasse

Je maudis lâchement l’innocente bête

Pendant que de la mangrove monte l’odeur des sargasses

C’est pas fini, les sujets qui agacent

Tonan di sô ! Entrer, prendre un livre

Le premier qui se montre, « Peau noire masques blancs » Fanon

Comme un médicament qui attend là, une petite douleur

Un marque-page (129) allez au hasard, lisons !

D’abor un café, une fumée, un souvenir, une odeur

Le livre, le paragraphe : Le Nègre et la psychologie »

« Il y a une expression qui à la longue s’est singulièrement érotisée : un athlète noir. Il y a là, nous confiait une jeune femme, quelque chose qui vous soulève le cœur. Une prostituée nous disait qu’au début l’idée de coucher avec un nègre lui procurait l’orgasme. Elle les cherchait, évitant de leur réclamer de l’argent. Mais, ajoutait-elle, « coucher avec eux n’était pas plus extraordinaire qu’avec des Blancs. C’est avant l’acte que je parvenais à l’orgasme. Je pensais (imaginais) tout ce qu’ils pourraient me faire : et c’est cela qui était formidable. »

Toujours sur le plan génital, le Blanc qui déteste le Noir n’obéit-il pas à un sentiment d’impuissance ou d’infériorité sexuelle ? L’idéal étant une virilité absolue, n’y aurait-il pas un phénomène de diminution par rapport au Noir, ce dernier perçu comme symbole pénien ? Le lynchage du nègre, ne serait-ce pas une vengeance sexuelle ? Nous savons tout ce que les sévices, les tortures, les coups comportent de sexuel. Qu’on relise quelques pages du marquis de Sade et l’on s’en convaincra aisément.... »

Non j’arrête là.

Je repense à ce monsieur Chaulet, en Guadeloupe, qui lâche son vomi raciste, raconté par un avocat, Harry Nirelep, témoin de la scène :

« Sale nègre ! Fils de pute! Esclave ! Fils de vieille négresse ! 

C’est moi Nicolas Chaulet qui te le dis, les nègres ont toujours été les chiens des Chaulet !

Kounyia manmanw, makak !

Un petit nègre comme toi, ne peut pas faire peur à un Chaulet !

Je vais te faire tuer, sale petit nègre !  »

 

Ce serait donc une histoire de légende du petit coco du Blanc contre la légende du sexe surdimensionné du Nègre ?

Ne me dites pas qu’en Guadeloupe le slogan de Lurel serait « La Guadeloupe avance » !

Mais qu’il se lève ce foutu jour

Je ne sais plus si je rêve toujours

L’odeur du café dans lequel se dessine un visage

Celui de mon grand-père chez qui le café en timbale

Avait la saveur de l’interdit pour la petite fille pas sage

D’après les parents trop active pour ce breuvage matinal

Éh Chaulet ! à cause de toi mon café ne sera pas maudit

Le tien ne sera pour moi que 100% dans la tradition raciste

Sélection rigoureuse d’une caste inscrite dans le superprofit

Responsable partout de la naissance des extrémistes

Il est cinq heures. Je suis bien réveillée, le jour se lève, j’ai survécu. Les vers et les moutons se battent-ils encore, ont-ils repris leur danse macabre ? Je retourne à la terrasse et je revois mon pays réel.

Que la Martinique est belle, elle mérite qu’on la protège, qu’on se batte pour la préserver de toute pollution humaine. Parce que toute pollution est hélas, humaine !

Lisa David

 

 

 

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