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Caraïbes

La loi sur la ratification de l’Université des Antilles a été adoptée à l’Assemblée Nationale ce 19 février. Seul un des amendements Lurel/Letchimy a été voté. Plusieurs syndicats avaient dénoncé ces "amendements de dernière minute", tout comme le groupe des Patriotes. Des députés se sont étonnés de la méthode et le scandale du CEREGMIA a nourri les débats. Victorin Lurel était seul sur les bancs de l'hémicycle pour tenter de faire changer le texte. Après avoir dénoncé l'acharnement dont serait victime son ami Fred Célimène, directeur du CEREGMIA, Serge Letchimy a t-il préféré de ne pas en entendre davantage ?  Nous évoquons ici des documents qui démontrent encore l'étendue du scandale qui est au centre des intrigues politiques, qui menacent l'Université des Antilles et l'avenir de nos étudiants.

 

En regardant hier à l’Assemblée Nationale, la séquence concernant la loi de ratification de l’Université des Antilles, aucun jeune Antillais ne pouvait en sortir, en éprouvant un sentiment de fierté. On avait la honte de constater que deux parlementaires de chez nous, Victorin Lurel, le Guadeloupéen et Serge Letchimy, le Martiniquais, avaient la volonté de briser les reins de l’Université des Antilles, avant même sa naissance.

Ils ont obtenu pour cette braderie de l'avenir de notre jeunesse, l’aide intéressée du gouvernement socialiste, qui a besoin des votes de tous ses parlementaires, en ces temps de fronde dans son camp. Un gouvernement socialiste qui préconise le rassemblement des universités en France, pour qu’elles soient plus performantes,  mais qui n’a rien à faire des jeunes de Guadeloupe et de Martinique qui échoueront dans leur université croupion.  

Ils veulent estropier l’Université des Antilles, pour qu’elle ne puisse se lever et marcher. Et si le député de la Martinique, Alfred Marie-Jeanne l’a exprimé, sans langue de bois, personne n’ignore plus que l’enjeu est de supprimer la tête, pour que le grand corps malade de l’Université des Antilles se couche et meurt.

Pendant que nos propres élus, par la voix de Victorin Lurel, en homme à deux têtes pour l’occasion, (puisque Serge Letchimy, en position de faiblesse a laissé le combat à Toto, le plus fort), essayait de faire passer l’amendement-guillotine, des voix de France s’élevaient dans l’hémicycle pour défendre une université unie, forte, pour la jeunesse antillaise.

L’avenir de ces milliers de jeunes qui n’ont pas les moyens de partir ailleurs ou qui choisissent de rester au pays pour étudier, semble passer bien après les intérêts politiques.

A l'Assemblée Nationale, ce jeudi 19 février, le rapporteur Christophe Prémat, a rappelé la nécessité d'avoir « un enseignement supérieur à la hauteur des exigences du monde contemporain » et rappelé quelques chiffres : 

Le nombre des non diplômés parmi les 25/34 ans, atteint 26% en Martinique, 33% en Guadeloupe et 58/% en Guyane contre 19% en Métropole. 

Les diplômés du supérieur se limitent à 27% en Martinique, 22% en Guadeloupe et 17% en Guyane, contre 42% en Métropole.

Ces mauvaises performances prennent une dimension dramatique lorsque l’on observe les niveaux atteints par les taux de chômage des jeunes actifs : Près de 70% en Martinique, 60% en Guadeloupe et 45% en Guyane.

Aux Antilles comme partout dans le monde, le diplôme du supérieur reste le meilleur rempart contre le chômage, comme l’atteste son effondrement à 10% pour les bénéficiaires d’une formation supérieure. C’est dire la tache singulièrement difficile pour l’Université des Antilles qui n’attire que le quart des bacheliers locaux, le tiers le plus performant des lycéens, souvent issus des classes les plus favorisées, part étudier en Métropole... »

Pour le rapporteur il se joue à l’Assemblée Nationale ce 19 janvier, l’attractivité de l’Université des Antilles. 

« Chacun sait, sur ces bancs, combien pour réussir aujourd’hui dans l’enseignement supérieur, les universités doivent savoir élargir le cercle de leurs alliances... Deux universités indépendantes dans les deux régions d’outre-mer des Antilles, que ce soit dans les faits ou dans le droit, dont les effectifs tourneraient autour de 5000 étudiants et qui offriraient nécessairement les formations parcellaires et limitées, seraient parfaitement incapables de se déployer en dehors du cadre étroit de leur territoire. »

Tous les stratagèmes ont été imaginés, utilisés, pour faire passer les amendements-guillotine. 

On parle même d’un cabinet noir qui se réunit à Paris entre alliés bourreaux pour en finir avec cette présidente qui a commis le crime de lèse-CEREGMIA. 

Le député écologiste Noël Mamère, n’est pas tombé dans le piège quand des députés ont demandé le retrait des amendements Lurel et letchimy pour faire passer ceux du gouvernement, qui étaient en fait, les mêmes :

L’ancien ministre socialiste des outre-mer, Victorin Lurel  est resté de marbre, certain du soutien de ses amis socialistes.  On imagine Serge Letchimy devant son écran en Martinique, suivant les débats. Il aurait été bien mal à l’aise dans l’hémicycle que hantait le fantôme CEREGMIA de son ami Fred Célimène.

CEREGMIA un nom qu’à l’Assemblée Nationale, tous les intervenants connaissent. Le scandale de détournement de millions de fonds européens, révélé par la Cour des Comptes, interpelle en France où on parle déjà des complicités qui surgissent.

Le député UDI, Michel Piron, a évoqué « la crise provoquée par le CEREGMIA, qui met en péril l’Université des Antilles », avant de citer lui aussi, les chiffres catastrophiques du chômage qui touche les jeunes dans nos territoires.  Le député a rappelé que la présidente, Madame Mencé-Caster, a porté plainte dans cette affaire.

Large consensus politique autour de la création de l'Université... sans Victorin Lurel et Serge Letchimy

Le Député UMP, Patrick Hetzel, a demandé que soit voté le texte adopté par le Sénat, conforté par la Commission, et qui a dégagé un large consensus politique, afin de permettre à l’Université de fonctionner le plus rapidement possible, en espérant  « qu’il n’y ait pas de coup de canif dans ce consensus ».  Les amendements-guillotine l'ont surpris et il a demandé à la ministre de lui expliquer : « parce que je ne sais pas ce qui a pu se passer nuitamment, pour justifier en moins de 24heures, un revirement aussi fondamental d’une majorité sur un sujet aussi essentiel, qui comme je le rappelais, a déjà dégagé un consensus à la fois au Sénat et en commission. »

Concernant le ticket à trois, un ticket entre le président et les deux vice-présidents, le député UMP y voit « un pari de la confiance entre les acteurs » et annonce que son groupe votera contre les amendements du gouvernement (qui sont en fait ceux de Lurel et Letchimy), « parce qu’ils sont de nature à rompre l’équilibre qui a été trouvé dans le texte, cet équilibre est basé sur la stabilité, sur le principe de cohésion. » 

« Il y a évidemment une certaine autonomie des pôles, mais cette autonomie elle doit être négociée. Elle ne peut pas simplement être le fait des uns, contre les autres, mais la discussion des uns avec les autres. C’est une vision inclusive et non pas exclusive, qui a été privilégiée. Tout comme on peut le dire pour l’Etat, une université se doit d’être Une et indivisible. »

Pour Patrick Hetzel, « il serait paradoxal, au moment où on porte un établissement sur ses fonds baptismaux, cette Université des Antilles, haut lieu d’universalisme, qu’on privilégie finalement le localisme. Ce serait parfaitement antinomique, à la fois avec la philosophie universitaire, et antinomique avec ce que, vous même Madame la Ministre, avez défendu. Et je crois qu’à cet égard que ce qu’Alfred marie-Jeanne a dit tout à l’heure, est fort éloquent ».

Des amendements qui freinent l’organisation de l’Université et ternissent l’image des Antilles.

Oui on a eu la honte de constater que ce sont deux députés des Antilles qui ne défendaient pas l’avenir des étudiants mais d’autres intérêts qui n’aboutiront qu’à offrir aux jeunes des universités croupion, les condamnant au chômage qui détruit, qui asservit. 

Le 1er amendement surprise Lurel-Letchimy-gouvernement, portant sur les surfaces, a été repoussé.  Il ne figure donc plus dans le texte.

La Guadeloupe ayant plus de bâtiments que la Martinique, Victorin Lurel veut obtenir que la part de budget du pole Guadeloupe soit augmentée. Actuellement elle est de 60% contre 40% pour la Martinique.

Le 2ème amendement, concernant la suppression du ticket à trois, voulu par les  députés Lurel, Letchimy et le gouvernement, a été voté.

Conséquence :  la suppression de ce dispositif à trois fera l’objet de discussions au sein de la Commission Mixte Paritaire (CMP composée de 7 Député et 7 Sénateurs). Cela devrait se faire relativement vite, puisque nous sommes dans le cadre de la procédure accélérée.

Une fois le travail de la CMP terminé, le compromis, s’il y en a un, sera soumis à l’approbation des deux assemblées : Sénat et Assemblée Nationale. (Sur la procédure exacte voir l’article 45 de la constitution).

A l'Assemblée Nationale, entre le scandale CEREGMIA et la rivalité entre la Guadeloupe et la Martinique, les porteurs des amendements surprise n'avaient pas de place pour les étudiants. Des amendements surprise qu'avaient dénoncés plusieurs syndicats enseignants et Daniel Marie-Sainte, porte parole des Patriotes à la Région. 

La FSU-972, l’UNSA-972, le SNASUB-FSU-972, le SNESUP-FSU et Sup’Recherche-UNSA, avaient exprimé leur inquiétude avant le vote du 19 février. Extrait  :

« Nous exprimons donc notre inquiétude la plus vive concernant l’introduction d’amendements de dernière minute proposant de modifier, entre autres, les modalités d’élection des futurs présidents de l’UA (Université des Antilles) et vice-présidents de pôles Guadeloupe et Martinique, revenant ainsi sur la proposition faite par le Sénat sur le « ticket à trois », qui permettait d’instaurer une stabilité et une cohérence de la gouvernance globale de l’université. Nous estimons que la suppression de ce dispositif menacera directement la stabilité politique de l’UA au risque de son éclatement à court terme.

De fait, le dépôt de ces amendements de dernière minute risque fort de provoquer la non ratification de cette ordonnance en l’état, et bloquerait donc à nouveau la gouvernance de l’établissement pendant plusieurs mois au détriment de notre objectif principal : celui d’offrir un environnement stable et propice à la bonne réussite des étudiants. La nouvelle UA peut-elle vraiment se payer ce luxe à l’heure où les personnels sont appelés à créer de toutes pièces les nouvelles structures des pôles universitaires et à rédiger les maquettes des prochains diplômes ?

Ces manœuvres de dernière minute se font au mépris de toute concertation avec les personnels élus aux instances de l’établissement, les personnels et les étudiants. Qu’augure cette absence de consultation des organisations syndicales, instances dirigeantes, personnels, étudiants en termes d’autonomie de l’établissement ?

L’université n’est ni affaire de politique, ni affaire d’argent. Elle est affaire de connaissance, de savoir et d’apprentissages. L’avenir de notre jeunesse ne doit pas être l’objet de tactiques politiciennes qu’elles soient nationales ou locales.» 

Retour sur une naissance aux forceps

En juin 2014 un comité de soutien était né pour défendre la Présidente de l’Université, Corinne Mencé-Caster, régulièrement attaquée, pour avoir porté plainte dans l’affaire de détournement de millions de subventions européennes au CEREGMIA (Centre d'Etude et de Recherche en Economie, Gestion, Modélisation et Informatique Appliquée). Déjà les présidents de Région étaient pointés du doigt pour leurs tentatives de décider à tout prix pour le monde universitaire. On en était à la création d’une Université des Antilles, après la scission avec la Guyane.

Le vice président étudiant, Lionel Vincent, avait adressé une lettre en ce sens à Serge Letchimy pour exprimer ses inquiétudes :

« ...il a été démontré par la Cour des Comptes, par la Commission  sénatoriale, par l’Inspection Générale du ministère de l’enseignement, que des pratiques de nature à mettre en danger l’établissement, perduraient depuis de nombreuses années. La Présidente de l’université a dû prendre des décisions pour préserver l’établissement en suivant les préconisations qui lui étaient formulées. 

Dans ce contexte particulier, où d’autres élus n’hésitent pas à prendre des amendements publics, qui vont très directement dans le sens de certains universitaires, pourtant gravement impliqués dans des affaires judiciaires concernant l’université ; et compte tenu des cours délais dans lesquels les modifications irréversibles doivent être prises concernant notre université, nous souhaitons savoir de manière claire, publique et non équivoque :

-  si vous êtes toujours favorable à une université des Antilles portée par deux pôles autonomes

-  si vous condamnez les propos tenus par mail par votre directeur de cabinet à l’encontre de la Présidente de notre institution

-  si, comme la Cour des Comptes, la commission sénatoriale, l’IGAENR, le Procureur, vous condamnez les pratiques frauduleuses qui touchent notre établissement et diminuent les moyens alloués à l’enseignement d’étudiants martiniquais, boursiers de condition modeste. »

Lionnel Vincent condamnait aussi l’envoi par le directeur de cabinet de Serge Letchimy, d’un mail attaquant la présidente de l’Université. 

Les mois sont passés, la justice enquête sur les détournements de fonds du CEREGMIA et les enquêteurs du SRPJ mettent la main sur des documents que le juge d'instruction, saisi pour détournements de fonds publics en bande organisée, ne manquera pas d'examiner à la loupe.

Le scandale du CEREGMIA n’arrête plus de faires des victimes, jusqu’au Conseil Général de Martinique qui a financé une formation pour un DIU (Diplôme Inter Universitaire) de gestionnaire de cas et pour laquelle les diplômes n’ont toujours pas été délivrés, causant un préjudice professionnel aux personnes qui ont suivi la formation. (Céregmia fort dans le marigot | Free Pawol)

On découvre aussi que la Martinique est exclue de projets, comme par exemple en Allemagne, comme nous l’avions récemment évoqué dans nos colonnes. (CEREGMIA remboursez ! L'Allemagne aussi réclame des sous | Free Pawol)

Pourtant c’est toujours Corinne Mencé-Caster qui est attaquée pendant que le directeur du CEREGMIA, Fred Célimène, largement mis en cause dans les rapports de la Cour des Comptes, de l’Inspection de l’Eduction Nationale et du Sénat, reçoit tous les soutiens.

Serge Letchimy, président de la Région Martinique, récemment interpellé par un membre de l’opposition sur la nomination de Fred Célimène à l'IMSEPP, comme représentant de l'Université qu'il n'a pas le droit de fréquenter, réaffirmait son amitié à Fred Célimène, victime selon lui d’acharnement. (Fred Célimène à l'IMSEPP oui on peut s'interroger | Free Pawol)

Le président de la Région Martinique, qui on s’en souvient, avait fait voter par sa majorité, un million d’euros de l’argent des contribuables pour le CEREGMIA, malgré les conclusions accablantes de la Cour des Comptes sur la gestion de ce laboratoire de recherche. Un vote qui s’est fait malgré une lettre de la Présidente, l’informant qu’elle n’avait fait aucune demande de subvention, qu’elle est seule habilitée à signer. 

A la plénière suivante, la Région a bien été obligée d'annuler ce vote.

Dans cette affaire CEREGMIA, le directeur Fred Célimène, son directeur adjoint Kinvi Logossah et le doyen de la Faculté de Droit et d'Economie, Eric Carpin, sont passés devant le Conseil de discipline à Toulouse, au début du mois de février. La décsion sera connue dans les prochaines semaines.

Les deux premiers dont déjà suspendus de leurs fonctions et interdits d'accès à l'Université. Quant au doyen de la Faculté de Droit et d'Economie, Eric Carpin, toute délégation de signature lui a été enlevée. 

Ce n'est pas par hasard qu'ils se retrouvent tous les trois, pris en photo par France-Antilles (09 fév 2015)  dans un restaurant, « Le New Corner ». Les trois universitaires dont deux ne doivent pas mettre les pieds à l'Université, participaient à une remise de diplômes à des étudiants.

Le CEREGMIA ou le nœud gordien qui bloque tout

Le CEREGMIA apparaît comme un nœud gordien pour les présidents des deux collectivités. Et il se dit dans cette affaire, que Victorin Lurel tient le bout qui pourrait permettre de le dénouer. 

Le président de la Région Guadeloupe qui dans un droit de réponse adressé à Médiapart, suite à un article sur les détournements de fonds du CEREGMIA, justifiait sa signature en tant que gestionnaire des fonds INTERREG, pour le déblocage d’une subvention de 4 718 855 €.  

Il y dévoilait  la « lourde insistance » de Serge Letchimy qui l’a fait revenir sur sa décision de suspension de cette subvention au CEREGEMIA, « faute d’une remontée régulière et pertinente des pièces justificatives me permettant d’instruire ces dossiers ».

Victorin Lurel qui expliquait sa décision de signer après la « lourde insistance » de son homologue, ajoutait :

« En dépit de relances et d’alertes multiples, et malgré les délais confortables laissés au porteur de projets pour fournir ces pièces, j’ai pris la décision, non pas de déprogrammer, mais de suspendre la certification et le paiement de l’ensemble des opérations portées par le CEREGMIA le 03 avril 2014.

En effet, l’instruction de ces dossiers a permis de mettre en lumière un grand nombre d’irrégularités que je me devais de dénoncer en ma qualité d’autorité de gestion. 

Au vu de ces éléments, je souhaite donc vous préciser que je n’ai aucune complaisance et encore moins de connivence avec M. Fred Célimène, par ailleurs universitaire de qualité. Au cours des différentes fonctions que j’ai occupées, j’ai toujours veillé à ce que les deniers publics soient dépensés dans le respect scrupuleux de la réglementation. »

Le respect scrupuleux aurait du justifier un refus net d’accorder cette subvention compte tenu du  « grand nombre d’irrégularités » indiqué dans ce courrier !

Cette lettre éclaire d’une mèche pas très rassurante, la gestion de l’argent publique par nos responsables politiques. Un éclairage aussi du « je te tiens, tu me tiens, par la barbichette » qui guide trop souvent les agissements de ce monde politique, en qui les citoyens ont de moins en moins confiance.

D’ailleurs il n’échappe à personne que dans les relations qu’on nous présente, comme des plus fraternelles et équilibrées entre les deux présidents de Région, c’est bien celui de Guadeloupe, Victorin Lurel, qui pose les points, sur la ligne de départ et d’arrivée du vidé politique antillais. Un vidé dans lequel les électeurs qui ne veulent pas voir, sont entraînés.

La dernière preuve est donnée ce jeudi à l’Assemblée Nationale à l’occasion des discussions sur l’Université des Antilles. Victorin Lurel tente d'obtenir le gros lot du budget pour la Guadeloupe, laissant les restes à la Martinique. Pourquoi Serge Letchimy qui ne pouvait ignorer cette voracité de son homologue n’est-il pas allé défendre les intérêts des étudiants Martiniquais ? Pourquoi lui a t’il laissé le champ libre ?

Quel message est envoyé aux jeunes Antillais à qui on demande l’exemplarité ?

On pensait le dossier de création de l’Université des Antilles plié, mais c’était sans compter avec ce dossier CEREGMIA qui pollue son avenir. 

Dans cette affaire il devient insupportable de constater que c’est la présidente de l’Université, Madame Corinne Mencé-Caster qui est Le problème des présidents de Région. Ce sont les qualités de Fred Célimène, (qui il faut le rappeler est présumé innocent, mais dont la responsabilité est affichée dans les différents rapports) sont sans cesse vantées.

Les amendements des deux présidents de Région étaient encore une tentative de casser l’Université des Antilles. Encore une fois, ces responsables politiques ont-ils voulu brûler l’église pour tuer une petite souris qui manifestement a enrayé la machine à blanchir ?  

Quand Victorin Lurel  écrivait dans son courrier  à Médiapart « je n’ai aucune complaisance et encore moins de connivence avec M. Fred Célimène, par ailleurs universitaire de qualité » peut-on se demander si entre les lignes, on peut lire que son homologue de Martinique ne peut pas en dire autant ?

Fred Célimène qui s’est bien montré au dernier congrès du PPM,  a été membre de l’équipe responsable du financement de la campagne électorale de Serge Letchimy pour la conquête de la collectivité régionale en 2010. Serge Letchimy a précisé qu’il est son ami.

C’est tout à son honneur de manifester son amitié, quelles que soient les circonstances. Cela suffit-il à faire de Madame Mencé-Caster la personne à abattre ? 

N’est-il pas normal que la présidente élue et responsable pénalement de la gestion de l’Université, ait porté plainte quand le constat de détournement de millions d’euros de fonds européen est fait par la Cour des Comptes ?

Rien n'est épargné à cette femme sur qui sont jetées ces jour-ci, des rumeurs inqualifiables destinées à mettre en doute son honnêteté, qui dérange. Il est vrai qu'avant elle, les dirigeants de l'UAG n'avaient pas saisi la justice, pour préserver les intérêts de l'Université. Ainsi le président de l'UAG en 2007, Georges Virassamy, qui dans un rapport adressé au Président de la Commission disciplinaire, signale des faits graves qu'il reproche à Fred Célimène, directeur du CEREGMIA. Le président, professeur agrégé de Droit, n'ignore pas la gravité des faits qu'il énonce, comme des faux et usage de faux en écriture, mais il ne va pas plus loin que la saisine du Conseil de discipline.  

Une longue liste de faits graves dans la gestion du CEREGMIA

« Commandes directes à des fournisseurs, avec les circonstances aggravantes d’une part, de ne pas s’être assuré de l’existence et de la disponibilité des crédits,

- d’autre part que ces commandes ont été effectuées sur papier libre ou à entête du CEREGMIA, acte constitutif de faux et usage,

-  par ailleurs que les commandes ont porté sur des déplacements aériens non précédés d’ordre de mission

-   et enfin qu’elles ont généré des intérêts moratoires à la charge de l’université.

Sont listés une quantité impressionnante de billets achetés, en une année dans deux agences de voyage. 11 factures en 2009 par exemple.

3 factures d’Air-France du 4 août 1999 pour des montants de 18.953 francs, 2.748 francs et 3.827 francs. Le montant d’une facture du 4 mai 1999, est de 28.084 francs. On retrouve des montants tout aussi extravagants en 1998 dans une autre agence.

Le président de l’Université, Georges Virassamy écrit  concernant les factures de voyage :

« Finalement procéder à des dépenses sans délégation de signature est déjà une effraction au regard de la comptabilité publique. Ne pas se conformer à la procédure interne de dépense (Bon NABUCO ou JEFYCO) en est encore une autre non négligeable puisque constitutive de faux et usage. Procéder à la dépense de cette manière déjà doublement irrégulière, et au surplus sans s’assurer de la disponibilité des crédits en est une troisième. 

Il est significatif de noter à cet égard qu’au 15 novembre 2002, le Doyen de la Faculté de droit et d’économie de la Martinique adressait à Monsieur le Président de l’Université une note qui établissait la liste des factures n’ayant pas fait l ‘objet d’un engagement budgétaire. Il y en avait pour 35.458,77 euros (annexe 9).

L’ensemble de ces infractions du Professeur Fred Célimène a eu pour conséquences d’entamer la réputation et le crédit de l’Université. Des fournisseurs importants et réguliers (AIR FRANCE, FRANCE TELECOM) lui ont en effet écrit pour se plaindre du non règlement de factures du CEREGMIA qui, pour certaines d’entre elles, remontaient déjà à plusieurs années et menacer de mettre un terme à leur fourniture (annexe 10).

Il suffit de se reporter à cet égard à la lettre de Madame la Présidente J.ABAUL, dans laquelle il est possible de lire : « le compte de facturation 96 61 95 05 concernant le centre de recherche CEREGMIA présente un solde débiteur de 250 059,30 francs regroupant toutes les factures impayées de 1999 à avril 2001 » (Cf. Pièce annexée + lettre du 2 mai 2001 de FRANCE TELECOM et lettre de Monsieur Alain ARCONTE du 10 septembre 2001)

Il est à noter que l’Université, pour éviter la menace de coupure de l’ensemble des lignes du campus de SCHOELCHER, a dû trouver des fonds pour régler cette dette (Cf.pièce annexée : mandat n° 285).

Il est également possible de se référer à la lettre d’AIR FRANCE du 14 octobre 2001 à Madame la Secrétaire générale de l’Université : « Malgré nos différentes relances auprès de Monsieur Célimène, même en recommandé avec accusé de réception, nous n’avons aucune nouvelle et le compte est toujours débiteur depuis 1999. Nous avons donc fermé ce compte à l’émission compte tenu des arriérés dus depuis juillet 1999, soit la somme de soixante douze mille quatre cent vingt et un francs et cinquante et un centimes (72.421,51 francs) »

Les pages se suivent pour énoncer des irrégularités sans fin, les fournisseurs qui réclament leur argent et pour souligner les conséquences financières pour l’Université qui se voit « appliquer des pénalités de retard plutôt substantielles ».

Dans les faux et usage de faux on peut aussi lire cet extrait :Usage irrégulier d'un document administratif engageant nominalement le Président de l'Université :

« Le Professeur Fred Célimène ne s'est pas contenté de procéder à des commandes manuscrites et sans bon de commande. Il est allé plus loin encore. En effet, conscient de la nécessité de faire précéder ou accompagner la commande de prestation d'un bon, il n'a pas hésité à en créer un au nom du Président de l'Université (annexe 12).

C'est ainsi que le 11 mai 1999, Fred CELIMENE a utilisé un papier pré-imprimé à entête de l'Université portant la mention « Je soussigné, Jean-Claude William, Président de l'Université des Antilles et de la Guyane, donne mandat à la compagnie Air-France pour l'émission d'un billet à partir de l'AVOIR en faveur de : Fred Célimène pour le parcours suivant : Fdf/Paris/Fdef, dossier de réservation n° ZEDZQZ.»  Il importe de relever que la mention « J.C.William Le Président » est assortie de la signature : « P /O Célimène Fred »( Cf.pièce annexée).

Il est à penser que c'est en raison de l'importance de son impayé dans les comptes de la compagnie Air France, à cette date, que Monsieur Fred Célimène a choisi ce subterfuge.

Quoi qu'il en soit, il n'est pas moins constant qu'au final le Président de l'Université a été engagé nominalement et à son insu, et que l'on se trouve de nouveau en présence d'un faux et usage. »

Plusieurs dirigeants de l’Université ont été confrontés aux agissements du directeur du CERGEMIA, qui ne tenait aucun compte de leurs courriers et continuait, assuré de son impunité. 

Les documents qui prouvent l'ampleur du scandale dans la gestion de ce laboratoire, qui recevait des subventions européennes, même quand des irrégularités étaient constatées, ne révèle pas une entreprise de destabilisation, ni un acharnement contre Fred Célimène qui est juste suspendu de ses fonctions, avec maintien de son salaire. La justice est saisie pour ce dossier, ce sera à elle de juger. Mais il s'agit ici d'argent public, les citoyens qui paient les impôts ont le droit de savoir.  

Les citoyens ont d'autant plus le droit de savoir, que cet énorme scandale est au centre des tentatives de briser l'Université ainsi que celle, qui a fait son devoir en signalant ces fait à la justice, Madame Mencé-Caster.

Qe veut-on dire à la jeunesse en cherchant à minimiser des faits qui sont graves ? Quel message veut-on envoyer aux jeunes qui ne trouvent pas de travail et qui se tournent vers le trafic de drogue ?  

Quelle message de solidarité, de vivre ensemble, veut-on envoyer à la jeunesse quand les reponsables politiques sont incapables de mettre de côté l'insignifiant pour réussir ensemble l'essentiel ?  Victorin Lurel veut son université pour la Guadeloupe, plusieurs fois il l'a fait souvent comprendre dans ses interventions, croyant plaire à ceux de ses électeurs qui souffrent du mal colonial. Avec ce dossier CEREGMIA et la « lourde insistance » de Serge Letchimy, pour qu'il revienne sur sa décision de suspension d'une subvention de 4 718 855 € au CEREGMIA, il marque son autorité sur son homologue martiniquais. Il a n'a pas hésité dans une interview à RCI, à confier que Serge Letchimy vient en Guadeloupe défendre CEREGMIA.

Quand Victorin Lurel dans sa première intervention parle d’amour entre la Martinique et la Guadeloupe, on a juste envie de rire. Il n’y a aucun amour entre ces deux pays. La division des peuples est inscrite dans l’oeuvre de colonisation et les colonisés la pratiquent bien, même plus que ce qu’on attend d’eux. C’est ça la réalité et il faut arrêter cette hypocrisie. Il y a des Martiniquais et des Guadeloupéens qui refusent ce schéma établi et le combattent. Ce sont eux qui font que des liens d’amitiés existent entre nos deux pays, mais c’est une entreprise militante, une entreprise de l’intelligence, une entreprise de résistance.

L'amour ne semble pas déborder quand le député Lurel parle des Martiniquais, une majorité « tyranique » :

Il faut bien le dire, on s'en fiche de l'amour entre les deux pays qui ont besoin de se respecter et de penser à l'avenir de leur jeunesse, qui a besoin de réussir des études supérieures pour affronter le monde. Et deux universités locales, ce n'est pas le meilleur cadeau qu'on puisse lui faire, c'est juste une démonstration d'irresponsabilité.

 

BWÈT ZOUTI :

Nous reviendrons sur les dossiers du CEREGMIA

L'ensemble des interventions à l'Assemblée Nationale ici1ère séance : Université des Antilles et de la Guyane ; Nouvelle organisation territoriale de la république (suite) (jusqu'à l'article 2 (suite) (adt 287 à 1703)) - Jeudi 19 février 2015 - Vidéos de l'Assemblée nationale

 

 

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