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France

Jouée à l’Espace Roseau, dans le cadre du "OFF" du Festival d’Avignon, « L’orchidée violée » de Bernard Lagier dit les maux qu’on ne veux pas entendre. Une pièce qui oblige à s’accrocher aux mots de la comédienne, Astrid Mercier, qui réussit une nouvelle performance théâtrale.

Elle compte tout le temps. Un, Deux, Trois, Quatre Cinq… Elle s’arrêtera à 15. C’est le jour du quinzième anniversaire de son fils. Elle parle à une ombre, quelle ombre ?  Elle parle au néant. Seule sur la scène à peine éclairée, elle parle de son fils qu’on imagine couchée là, où se dirige son regard, non loin.

« L’existence, c’est ce fils qui dort à coté, tout à coté. Il dort fatigué de cette journée terrible qu’il vient de passer. Je ne crois pas qu’il en ait jamais eu lui aussi de vie. Je l’ai conçu et réalisé, j’étais peut-être déjà dans le néant. Le néant j’en connais les contours, personne mieux que moi ne l’a vécu. De l’intérieur en particulier j’en ai pris possession. »

Tout au long de ce monologue face à son miroir, Astrid Mercier nous plonge dans cette dramatique histoire écrite par Bernard Lagier, faite de violence sexuelle. Ecouter la voix de cette femme violée par son père et qui le sera par son fils. Elle a besoin de parler, de dire pour survivre. Et dans la  salle on a besoin de s’accrocher au talent de la comédienne pour écouter le texte qui paraît certaine fois trop lourd. On se dit que l’auteur en fait trop, mais peut-on vraiment écouter une histoire trop douloureuse sans décrocher ?

La comédienne dit avec talent cette souffrance indicible, mais le spectateur, tout naturellement, ne refuse t’il pas d’entendre les maux, comme si souvent dans le huit clos familial où les victimes d’inceste restent seules ?

Hassane Kassi Kouyaté, qui a signé la mise en scène et la scénographie, a choisi de laisser la comédienne exprimer le cri longtemps étouffé sans trop de mouvements corporels. Seule sa voix résonne, laissant le texte dire la dure réalité. « Mon ventre arrondi a dit à ma mère »… silence.

Puis les mots déchirent le silence. « Mon fils quand il dort tourbillonne de désordre depuis même avant de naître. Moi je marche. Je marche dans ma tête. Quand il est réveillé il chicane avec la vie, moi je marche, je marche à tous ses caprices. Aujourd’hui son sommeil est si calme et si serein. Du calme et de la sérénité il en a grand besoin… »

Mais dort-il vraiment ? La suite le dira. « L’orchidée violée » ne se raconte pas. Il faut aller voir, aller écouter Astrid Mercier qui réussit là encore une performance théâtrale. Nous l’avons vue jouer dans « Le Bel Indifférent » d'Aliou Cissé.

Lisa David

 

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