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Société

Olympe, une femme qui a travaillé toute sa vie , a pris le risque de la création d'enteprise en Guadeloupe, se bat à 77 ans contre la SOFIAG (Groupe BRED) qui a absorbé la SODEGA et qui, au nom de celle-ci, a saisi sa résidence hotelière. C'était aussi sa résidence principale.
Olympe qui a tout perdu, veut encore croire que justice lui sera rendue. Une femme abbatue mais un exemple de courage. Nous l'avons rencontrée.

A une dizaine de kilomètres à l’ouest du Moule, sur la D133, route de Petit-Canal mais pas la N5 ; prendre d’abord direction Gros-Cap, puis à gauche à la fourche pour Petit Canal. Arrivé au village Durival, très Guadeloupe profonde, tourner à gauche, c’est indiqué.»  

                                                           

Le Guide du routard recommandait ainsi l’Olympe à ses lecteurs. Ce petit coin où les touristes se sentaient bien, porte le prénom de sa propriétaire. Olympe Gensen avait consacré des années à en faire un havre de paix autour d’un moulin debout sur 1 ha 34 de jardin entouré de chambres meublées avec soin. Elle y habitait, c’était aussi son lieu de vie. 

Mais un organisme tristement connu,  la SODEGA, a brisé sa vie, comme celle de nombreux petits entrepreneurs en Guadeloupe et  aussi en Martinique où ils s’adressaient à la SODEMA. Olympe veut garder le sourire pour survivre. Calmement elle raconte ces moments passés avec ses clients qui partaient heureux, après avoir passé quelques jours dans l’ambiance familiale qu’elle leur offrait                                         .

                                                                        


Elle s’accroche aux bons souvenirs, mais rapidement ses yeux brillent, les larmes menacent. Olympe fièrement lève la tête, son sourire est triste depuis la catastrophe. Je l’ai rencontrée au cours d’une réunion organisée par une association, « Justice en 3 D », qui essaie de rassembler toutes les victimes des banques.

                                                           

La catastrophe quand le  28 mars 2013, un huissier et une vingtaine de gendarmes sont arrivés, pour la jeter hors de chez elle.  Il est vrai que le risque de rébellion d’une femme de 77 ans nécessitait un déploiement de force ! Pas le temps de ranger ses affaires, pour elle et son chien la destination proposée par la mairie du Moule, devenue propriétaire, fut un logement de fonction d’une école, en plein travaux de réhabilitation. Une amie est venue la chercher, venue la sortir de l’indignité infligée. Dans les histoires de fric, c’est bien connu, le cœur n'a pas de place. La mairie avait averti, au delà de trois mois d’occupation, le loyer serait de 400 euros, juste le montant de la pension vieillesse d’Olympe.

                                                            

Depuis une vingtaine d’années, Olympe se bat contre la SOFIAG (Société de développement régional Antilles-Guyane), l’organisme qui vient aux droits de la SODEGA, liquidée en 2008. Le même combat que mènent encore de nombreux petits entrepreneurs abusés, ceux qui ont le courage de continuer. Dans cette affaire d’autres y ont laissé la vie. Les procédures engagées (jusqu’à 140) contre la banque pour abus de confiance, escroquerie, faux, usage de faux, dès l’année 1998, (année de la liquidation de la banque), ont épuisé et ruiné plus d’un. 

La justice n’apportait pas de réponse pendant qu’ils étaient harcelés pour rembourser jusqu’à trois fois le montant des prêts. La justice qui finalement, n’a rien trouvé à reprocher à la banque.

Cet organisme bancaire représentait un espoir pour les petits entrepreneurs qui allaient y chercher le prêt qui permettrait le développement de leur activité, même si le taux de 10,90% l’an n’était pas forcément attractif. Mais on le sait, les banques ne font pas de cadeau aux petits.

                                                               

En 1987, Olympe se tourne vers la SODEGA qui a pour mission d'aider au développement économique des départements des Antilles-Guyane, en accordant des prêts aux entrepreneurs locaux. Un prêt de 270 000 francs (41 161,23 euros) remboursable du 30 juin 88 au 31 mai 1999, lui est accordé pour l’aménagement d’un ancien moulin à cannes à sucre, en gites, chambres et table d’hôte. Un second prêt de 55 000 francs (8 384,70€) lui est accordé en mars 1988.

Les difficultés arrivent comme pour toutes les petites entreprises qui n’ont pas les moyens de démarrer à la vitesse d’un bolide sur un circuit de course. Une des closes suspensives du prêt, précise que la propriétaire du gite doit fournir la preuve de l’adhésion de sa structure hôtelière à un organisme officiel de tourisme. Olympe le fait, moyennant une cotisation annuelle de 4000 francs (609,80€). Elle en fournit la preuve à la SODEGA, mais elle devra attendre plus cinq ans avant d’obtenir l’inscription « Gites de France ». Elle finira par l’avoir après s’être plainte auprès du Directeur fédéral des Gites de France.

Pendant toutes ces années « L’Olympe » ne bénéficie pas du référencement Gites de France. Olympe Gensen ne peut compter sur les avantages commerciaux réservés aux adhérents, ni sur le prestige de la marque. La clientèle n’augmente pas, elle doit tout faire seule, ne pouvant pas embaucher de personnel. De la cuisine au service en salle, aux chambres, au repassage , sans baisser les bras elle travaille sans compter les heures, portée par l’espoir de réussite.

Des échéances en retard, et le cauchemar commence. En janvier 2006, au termes d’un commandement valant saisie, publié au bureau des hypothèques le 24 janvier 2006, une société nommée SOFIAG (Société Financière Antilles Guyane) venant aux droits de la SODEGA,  obtient la saisie de sa résidence hôtelière, six chambres et un bungalow qui est sa résidence principale. 

                                                                 

La Mairie du Moule fait monter les enchères, l’annonce est faite dans France-Antilles.

Olympe s’est opposée à la vente de son bien par différents moyens de faits et de droit. Mais pendant ce temps la vente est lancée. En octobre 2006, un titre en page 8 du France-Antilles Guadeloupe (18 /10/ 2006) ne la décourage pas : « La commune veut racheter deux anciennes structures hôtelières. »

On peut y lire « La municipalité avait également décidé d’acquérir la  propriété l’Olympe, petite structure hôtelière à Durival, disposant d’un foncier de 1ha 34a 40ca. La vente a été adjugée à un autre acquéreur au prix de 151 000 euros, soit 1000 euros de plus que le montant autorisé par le conseil municipal. Une surenchère est prévue à l’audience de demain. Les élus ont décidé de pousser leur offre d’achat jusqu’à un montant d’un million d’euros, pour une mise à prix de 166 000 euros.»

Inutile d’aller renchérir, le plafond annoncé par la mairie du Moule en dissuade plus d’un. Olympe se bat jusqu’en avril 2009 pour tenter de récupérer sa résidence. Mais par jugement du 23 avril 2009, la chambre des saisies immobilières du Tribunal de Grande Instance de Point-à-Pitre a rejeté les moyens exposés par elle et ordonné la poursuite de la saisie immobilière. Par jugement du 16 juillet 2009, elle a adjugé le bien immobilier à la commune du Moule pour 136 000 euros. Exactement le montant réclamé par la banque à Olympe Gensen.

La commune du Moule qui avait eu la générosité de bien vouloir loger dans un logement de fonction d'une école en travaux, une femme de 77 ans, est devenue propriétaire de la résidence touristique. En mars 2013 elle a récupéré son bien. La maire Madame Gabrielle Louis Carabin étant absente, son directeur de cabinet, Jean-Luc Romana, nous a expliqué que le lieu a été acheté par la municipalité après plusieurs enchères infructueuses. Il deviendra après travaux, une Maison Familiale et Rurale (MFR) pour la formation en problématique agricole, de jeunes en difficultés.

Recommencer une nouvelle vie en Martinique où elle avait déjà passé de nombreuses années, comme commerçante.

                                                             

Jetée hors de la résidence hôtelière qu’elle a chouchoutée, de ce jardin  où elle prenait plaisir à faire pousser des plantes pays, Olympe est revenue en Martinique où une amie l’a hébergée pendant quelque temps.

Actuellement elle vit dans un petit studio de 10m2 qu’elle loue. Pas de place pour ranger toutes les affaires d’une vie de travail. Je l’ai rencontrée dans son petit refuge qu’elle a rangé avec gout. Olympe est une femme de gout. Dans un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, cette élégante femme tenait la première boutique de mode chic, « Olympe »,  à Fort-de-France, au 44 rue Lamartine. Elle a participé à l’élégance des femmes martiniquaises pendant une dizaine d’années. Elle me montre presque timidement une photo d’elle, prise à cette époque par Loïs Hayot dont l’atelier était installé à coté de sa boutique. En 1980 Olympe a décidé de retrouver sa Guadeloupe natale où son rêve s’est brisé.

Aujourd’hui elle a mis tout son espoir dans la justice.  En septembre 2013, elle a confié son dossier à une avocate, qui devrait tenter de démontrer que la SOFIAG (GROUPE BRED) qui a absorbé la SODEGA, la SODEMA et SOFIDEG,  n’avait aucun intérêt à agir, qu’elle était irrecevable à revendiquer une quelconque créance à l’égard d’Olympe Gensen, ni à l’égard de tous les emprunteurs des trois Départements.

Un nouveau combat qui commence à peine et qui permet à Olympe de regarder plus loin que son quotidien, de croire en l’avenir.

Lisa David

 

 

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