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Emmanuelle Bramban est mobilisée contre la loi El Kromi et elle fait partie des milliers de manifestants qui frappent le pavé à Paris depuis le 9 mars 2016, pour que le gouvernement abandonne cette loi. Depuis 10 jours, elle se retrouve aussi avec tous ces citoyens qui, après la manifestation du 31 mars, ont décidé de poursuivre la lutte en occupant la place de la République, pour une « Nuit debout » qui s'étend actuellement dans toute la France. Emmanuelle a accepté de prendre la plume pour raconter ces jours et ces nuits de réveil citoyen, qui pourraient bien secouer l'arrogante assurance du pouvoir politique.

Depuis le 9 mars 2016, une résistance s’est amorcée en France contre la loi travail de Miryam El Khomri. Face à la grogne populaire, Manuel Valls a repris le dossier en main personnellement. Mais cette loi taillée sur mesure pour le grand patronat du MEDEF et qui fera morfler les petits patrons, concerne l’ensemble de la population, hommes, femmes, jeunes, vieux, cadres, simples employés(es) et elle a mis le peuple dans la rue.

La loi El Khromi, c’est la grande braderie à la précarisation, la fin des acquis sociaux, l’enchainement du travail non payé à hauteur de la sueur fournie, travailler plus pour gagner moins, et le pas-payé-du tout sera en mode open bar en France.

La contestation contre cette loi est partie d’une initiative citoyenne : Un petit groupe de citoyens a lancé sur Facebook un appel à la mobilisation générale le 9 mars 2016, jour où la loi devait être présentée au Conseil des ministres. L’appel à la mobilisation est aussi venue sur Youtube où une bande de joyeux youtubeurs vidéastes, ont embrayé avec la réalisation d’une série de mini documentaires  #On Vaut Mieux que ça. Une pétition a été lancée par Caroline de Haas, elle a très vite récoltée plus d’1 million deux cents mille signatures.

Voilà comment, de façon totalement non conventionnelle et hors des sentiers traditionnels, la mobilisation a été lancée. Les syndicats avec les pieds sur les freins, préféraient quant à eux se mobiliser le 31 mars ou carrément le 1er mai. Décision incompréhensible pour beaucoup de travailleuses et travailleurs syndiqués, qui ont interpellé avec insistance leurs états-majors et avec d’autant plus de vigueur que la loi travail fera disparaitre à terme les syndicats dans les entreprises. 

Au vu du succès grandissant de l’initiative citoyenne sur les réseaux sociaux, où les gens commençaient à se renseigner pour savoir comment se joindre au mouvement ce jour-là, en se passant des préavis syndicaux, les centrales syndicales ont compris que leur position n’était plus tenable.

C’est ainsi qu’avec plus ou moins de rapidité, elles se sont jointes à l’appel lancé pour une grève générale, tandis que le Gouvernement, à J-1 des manifestations, a décidé pour désamorcer, de décaler la présentation de sa loi au 24 mars. Peine perdue !

Cette toute première journée a été un succès avec un demi-million de personnes dans les rues.

Les jeunes, les lycéens et les étudiants se sont joints au mouvement de contestation, appelant à ne pas lâcher la mobilisation, à remettre ça les 17 et 24 mars, puis à se joindre à la journée de mobilisation syndicale du 31 mars sur laquelle s’est greffée une autre forme d’action, celle de la convergence des luttes à travers un after manif appelé « Nuit Debout ».

Les 17 et 24 mars ce sont les jeunes qui ont mené les contestations, une banderole « #on vaut mieux que ça » est apparue dans plusieurs de leurs cortèges dans toute la France. Si les syndicats étaient présents, ils l’étaient en nombre moins réduit que le 9 mars, certains disant se réserver pour le 31 mars et que là le gouvernement allait voir ce qu’il allait voir.

Le 17 mars après la manifestation parisienne qui s’est bien déroulée, les étudiants ne voulant pas forcément attendre le 31 mars pour faire de la convergence dans les luttes, ils ont tracté pendant la manif pour appeler les travailleurs à se joindre à eux en toute simplicité, sans nécessairement attendre l’accord des directions syndicales.

Ils expliquaient que chacun, chacune pouvaient venir pour créer des rapprochements, se parler et s’organiser pour la suite et lutter ensemble. Ils lançaient ainsi l’invitation à leur Assemblée Générale prévue à l’université de Tolbiac à 18 heures.

Cette initiative a sans doute inquiété dans les hautes sphères puisque l’AG qui était prévue depuis plusieurs jours, a été fortement réprimée par les CRS, qui devant la Fac ont matraqué, avant d’y pénétrer. Dans la Faculté supposée être un sanctuaire pour les étudiants, les CRS se sont livrés à des matraquages à l’intérieur de l’amphi où devait se dérouler l’AG et plusieurs étudiants ont fini en sang. Le prétexte évoqué pour ce déchainement de violences fut « des dégradations » qui auraient été commises dans la Fac. Une parade qui n’a guère convaincu, tellement il était clair que l’objectif était d’empêcher que les citoyens se réunissent librement.

Les jours suivants, les étudiants ont repeint les grilles de la Fac de Tolbiac en rouge, couleur du sang qui a été versé sur le bitume et dans l’amphi. Depuis, les étudiants appellent cette fac, « Tolbiac la rouge », un pied de nez à sa direction plutôt de droite et libérale.

Le 24 mars, dans toute la France les cortèges de jeunes lycéens et étudiants ont défilé sous la bannière « Ni Chaire à Patron, Ni chaire à matraque ».

A Paris, lors du défilé lycéen parti de la place d’Italie pour rejoindre la grande manif de l’après-midi à Montparnasse, plusieurs tentatives de disloquer le cortège ont eu lieu. D’abord avec la technique habituelle des « casseurs » servant à déclencher gaz lacrymogène et charges des CRS. Puis des lancements de bouteilles en verre,vides, qui se trouvaient déjà au sol sur le parcours. On suppose aisément étaient destinées à être ramassées par les jeunes qui seront embarqués pour manif anti-flic, et non-plus plus la manif contre la loi travail.

Ces bouteilles en grande majorité étaient des bouteilles de vins grands crus, de champagne. Sans blague, depuis quand les jeunes se torchent au pinard-chic et au champe ? Ces incidents n’ont pas découragé les manifestants et malgré les gaz lacrymogène, le cortège a tout de même gagné Montparnasse, point de jonction avec la grosse manif.

Un peu plus tard on apprendra qu’un CRS a frappé violement un jeune lycéen qui était au sol et donc déjà « maitrisé. » La scène filmée et diffusée sur le net où elle a buzzé un max, a été diffusée aux infos meanstream. Devant les réactions indignées provoquées par cette scène violente, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve à mis son ouaille en retrait. Ce policier sera jugé au mois de mai aux dernières nouvelles.

A d’autres endroits, il y a eu des tentatives de briser les cortèges des jeunes, qui ont subi la répression policière destinée à les discréditer. Mais malgré tout, les manifs sont arrivées à destination. 

Coté médias, chaque fois le même focus sur les casseurs et non sur les raisons de la colère et les revendications sans langue de bois des manifestants.

Puis est venu le 31 mars, qui a été un énorme succès, une claque pour le gouvernement car 1,2 million de personnes sont descendues dans la rue et cela malgré les tactiques habituelles pour distiller la violence chez les manifestants, et malgré un temps de fortes pluies, glaciales. A Paris des étudiants ont scandé « le temps est pourrie le gouvernement aussi », ou encore « météo nationale, météo du capital. »

Et là le soir sous une pluie battante a eu lieu ce qui est devenu un vrai phénomène celui de la « Nuit Debout, on ne rentre pas chez nous » place de la République à Paris. L’évènement a eu lieu le même soir dans d’autres villes qui avaient manifesté elles aussi en journée. 

Installation sous la pluie à 17h le 31 mars 2016 de l’affiche « Nuit Debout » on ne rentre pas chez nous, Place de la République à Paris.

La dernière mobilisation de rue en date est celle de ce mardi 5 avril qui fut une journée à haute tension à la fois dans la capitale parisienne, mais également dans plusieurs villes de France. C’était une journée de manifestation des jeunes des lycées et de facs dans toute la France contre la loi travail. Les manifestations ont été fortement réprimées par les forces de l’ordre grâce à ce dont on commence à prendre l’habitude, ces pseudo casseurs qui ne sont parait-il jamais retrouvés, qui arrivent à franchir les cordons de CRS et à s’évanouir dans l’air.

A Paris il y a eu en plus des gaz, des matraquages à l’aveugle au niveau du boulevard Reuilly Diderot, ce qui a eu comme conséquence, à moins que cela ne fût l’objectif visé, de scinder en deux le cortège des jeunes. Là, les CRS ont matraqué dans le dos des manifestants du cortège.

Encore une fois, des scènes d’une férocité inouïe, pour le moins choquante, ont été filmées et diffusées sur le net. Pour l’heure aucune réaction du ministère pour d’éventuelles sanctions. Et même silence radio dans la presse.

Il y a eu plusieurs arrestations, des élèves et des enseignants ont été embarqués arbitrairement.

(Vidéo des violences policières montrant les manifestants se faisant matraquer dans le dos

https://www.facebook.com/kraland/videos/10154303258259384/?pnref=story )

Dans la nuit du 5 au 6 avril à Paris une action populaire partie de la Nuit debout est allée dans le 18ème pour « faire pression » et demander la libération des jeunes. Opération réussie, 22 détenus ont été libérés de suite. Galvanisés par ce succès les libérateurs de la nuit sont allés boulevard St Germain pour en libérer d’autres, mais là ce fut un échec alors  le groupe improvisé une barricade, bloquant ainsi la circulation sur le boulevard.

Une barricade qu’ils ont tenue pendant plus de 5 heures, essuyant les gaz et les matraques. Ils ont tenu bon et entre temps d’autres renforts sont arrivés en cours de nuit, venus de la place de la République. Des discussions se sont engagées avec les forces de l’ordre qui proposant de n’arrêter personne leur a demandé de partir.

Craignant que d’autres barricades soient érigées dans les rues de Paris, ils les ont escorté à pied jusqu’à la place de la République. C’est là que jouant de malice, ceux qui étaient escortés par les flics de la BAC ont improvisé en pleine nuit entre 3h et 4h du matin une manifestation sauvage sous « bonne escorte » en criant de façon retentissante dans la nuit « Paris debout, Soulèves toi ! ».

Une scène totalement surréaliste !

En arrivant sur la place le petit cortège a chanté à tue-tête « Nous avons libérés nos camarades ! ».

La répression policière a beau être féroce, des résistances se font, des résistances inédites en France où l’envie de ne pas se laisser faire s’amplifie.

Prochaine grande date ce samedi 9 avril 2016.

Mardi la ministre a déclaré ne pas avoir besoin d’utiliser le 49.3 car elle est assurée d’avoir avec elle la majorité parlementaire, sauf que désormais les grèves ne concernent plus seulement la loi travail mais l’action gouvernementale dans son ensemble.

Que faudra-t-il pour que la Hollandie l’entende ?  

 

Emmanuelle Bramban
Paris le 08 avril 2016.

 

 

 

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