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Après avoir lancé leur campagne insultante au prétexte de vouloir protéger le pays de la saleté, celles et ceux qui n'ont jamais condamné la pollution du pays et l'empoisonnement de la population par le chlordécone, pendant des decennies, s'étonnent des réactions indignées qu'elle a pu susciter. Le patron de l'agence PUBLIDOM, Emmanuel De Reynal, par ailleurs président de Contact Entreprise, a pris sa plume pour répondre aux impertinents qui osent ne pas se prosterner devant une si grande trouvaille : « Ou sont les cochons ? ». Mais dans sa tribune publiée dans le quotidien local (France-Antilles - Mercredi 09 novembre 2016), il considère que « le premier objectif est atteint : la campagne fait parler d'elle. Les médias et les réseaux sociaux s'en sont emparés, et le débat s'est ouvert. »  On n'a pas fini d'en parler.

Il y a un repas de chez nous que j'aime énormément : La queue de cochon salé avec du fruit-à-pain. Je vais vous raconter l'histoire : Mon père était boucher. Très jeune il a eu sa première boucherie au marché de Fort-de-France. C'est dire que chez nous, la viande ne manquait pas.

Ma mère, qui était femme au foyer, nous proposait certains jours du fruit à pain au déjeuner, comme dans tous les foyers de Martinique. Mais en accompagnement de ragout de boeuf, de mouton, de porc ou avec du court-bouillon de poissons.

Dans mon quartier il y avait des familles plus modestes que nous, chez elles le fruit à pain accompagnait plus souvent la queue de cochon à la sauce chien. Alors, il m'arrivait de faire du troc. J'allais en cachette dans la casserole de ragout préparé par ma mère, dérobé une belle assiette de viande pour l'ami de mon quartier, qui avait déjà dérobé ma part de queue cochon dans la marmite de sa mère.

Vous aurez compris pourquoi je suis une fidèle cliente de COMIA et que dans mon congélateur, il est rare de ne pas trouver deux paquets de queue de cochon de cette marque martiniquaise. J'ajoute que je suis très PIL. Je choisis d'abord les Produits de l'Industrie Locale. Je préfère faire travailler mes compatriotes.

Mais depuis cette fameuse campagne imbécile « Où sont les cochons », j'ai un problème.

En allant aujourd'hui dans un temple de la pwofitasion, j'ai acheté des oignons France. Il y en avait qui n'étaient pas encore ramollis, moisis, comme c'est souvent le cas.  Mais je n'ai pas acheté les queues Comia. J'ai été percutée à la tête par une image. La photo, que nous avons tous vue dans le quotidien local, annonçant qu'il y a des Martiniquais qui sont des cochons, me pose un problème.

Sur cette image on voit une femme et cinq hommes, qui ont l’air ravis de cette campagne à la con. Parmi eux, le président du directoire de la société COMIA (Comptoir Martiniquais d’Industrie Alimentaire).

Je suis donc debout dans le temple de la pwofotasion face au présentoir et je me dis que des gens qui vendent ces queues de cochons, qui se goinfrent donc avec l’argent que rapportent les cochons, ont décidé, à la veille de Noël, d’insulter l’animal et la population avec.

Et là, mon imaginaire a pris le dessus, sans limite. Des questions m'envahissent, les bonnes comme les plus osées : Mais s'il y a des Martiniquais cochons, ne peut-on pas en trouver dans nos assiettes ? 

Le froid que dégage le rayon réfrigéré m’oblige à me ressaisir, à raisonner : Non, mais on n’est pas en Chine ici, ce n’est pas possible !  Et puis ces histoires de chair humaine que la Chine aurait vendu en Afrique, ce n’était qu’un hoax, un canular qui a circulé sur le Net.

Frileuse, je ne traine pas dans ce rayon du temple de la pwofitasion. Je m’en éloigne, laissant les queues de cochon Comia à leur sort, en me disant qu’une campagne de communication imbécile peut faire des dégâts inattendus.

Le concepteur de cette publicité, Emmanuel de Réynal, a réagit à l’indignation suscitée par son slogan, en insultant une fois de plus les Martiniquais. Dans une tribune « Les cochons dérangent » publiée par le quotidien local où il a porte ouverte, of course, il persiste et signe. Oui il y a bien des Martiniquais qui sont des cochons. Et pour lui il y aussi des imbéciles, coupables de réfléchir puisqu’il assène : « Quand le doigt montre la lune, l'imbécile regarde le doigt. » 

Le proverbe chinois dont il s’est inspiré dit « Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt. » Mais Emmanuel De Reynal sait qu’il ne peut se penser en sage. En effet, comment peut-on être le président de l’association Contact Entreprise et pondre un slogan si clivant, si insultant pour la population ? 

Le plus étonnant est le silence des 250 entreprises adhérentes à Contact Entreprise. Faut-il comprendre que leurs responsables partagent ce mépris pour la population martiniquaise ?

En m’éloignant du supermarché je me demande qu’est ce qui m’a glacée le plus, le rayon réfrigéré ou la pensée que dans mon pays, où il est reproché aux syndicats d’être trop extrémistes, les patrons des entreprises sont capables d’envoyer un message aussi violent à la population.

Je marche vers mon véhicule et je pense à mon fruit-à-pain, victime collatérale de ces nettoyeurs déclarés.  Mon fruit à pain garanti sans chlordécone, ce qui dans ce pays empoisonné pendant des décennies par les planteurs de bananes, est une denrée rare. Vous vous rendre compte ?

Mais ne dites pas ça aux cochons, ils sauront qu’ils sont empoisonnés par ce pesticide, qui alors qu’il était interdit partout, bénéficiait d’une dérogation juste pour empoisonner les cochons des colonies.  

Lisa David

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