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Harry Nirelep est avocat. Il a été témoin d’une scène qui a fait grand bruit en Guadeloupe et au delà. Alors qu’en mars dernier il déjeunait dans un restaurant, à Goubeyre,  « La Case Créole », il a pu voir et entendre Nicolas Chaulet, fils d’une famille de Blancs très connus dans le pays, insulter un autre Gualeloupéen, Frédéric Augustin, sur qui il a déversé sa haine raciale : « Sale nègre ! Fils de pute! Esclave ! Fils de vieille négresse ! C’est moi Nicolas CHAULET qui te le dis, les nègres ont toujours été les chiens des CHAULET ! Kounyi a manmanw, makak ! Un petit nègre comme toi, ne peut pas faire peur à un CHAULET ! Je vais te faire tuer, sale petit nègre ! » Puis l’agresseur est allé dégradé le véhicule de sa victime, selon les témoins.

C’est dans le cadre de cette affaire que Harry Nirelep adresse une lettre cinglante à un journaliste, Gilbert PINCEMAILLE dont le commentaire l’a manifestement irrité. Nous avons pu la lire sur son blog sur son blog du site Médiapart.

 Monsieur,

 Je sais, depuis toujours, que votre métier, en tout cas, celui qui vous nourrit, est parfois difficile, souvent périlleux et toujours exigeant, d’autant qu’il ne s’exerce normalement, que debout.

 Je sais aussi, que son exercice suppose, culture, indépendance et dignité, c’est-à-dire, le prix considérable qu’ont payé nombre de vos très honorables devanciers, pour donner à la profession de journaliste, ses lettres de noblesse. Ils ont notre reconnaissance.

 Comme beaucoup de Guadeloupéens, je vous ai écouté ce mardi 21 avril 2015, au petit matin, dans votre commentaire sur l’affaire Chaulet. J’ai sincèrement eu envie de vous plaindre. Je trouve excessif ceux qui ont jugé votre papier médiocre, et qui laissent  entendre à demi-mot que vous n’avez même pas eu le talent suffisant à cacher votre parti pris, dissimuler votre absence de travail, et masquer votre incapacité à comprendre une procédure judiciaire simple.

 Il est vrai cependant que j’ai vainement cherché le journaliste dans les propos que vous avez tenus, je n’ai trouvé hélas, que l’attaché de presse de Nicolas Chaulet. Ce terme d’ ″attaché″  va bien, pour ce qu’il évoque l’existence de liens, d’attaches, de chaînes… toute chose qui font un valet servile, engagé corps et âme dans la défense de son maître.

 De là à penser que  vous faites peu de cas des règles et principes de la profession de journaliste, il y a un pas, aisé à franchir, tant vous nous y avez méthodiquement et longuement préparés…

 Il ne m’a pas échappé que votre zèle à exécuter la commande qui vous était  passée, vous a conduit à perdre de vue que la procédure pénale dont le tribunal correctionnel de Basse-Terre avait à connaître ce mardi 21 avril 2015, ne concernait que Nicolas Chaulet, poursuivi à la fois par le ministère public et par la victime, Monsieur Frédéric Augustin (partie civile).

 Ayant retenu que vous vous étiez procuré le dossier de la procédure, je refuse l’idée que dans votre lecture, vous ne seriez guère allé au-delà des passages qu’on avait préalablement surlignés pour votre confort, en orange ou en jaune (j’ignore votre couleur préférée). Il ne m’a pas été possible de mettre en doute votre héroïque effort pour comprendre les pièces dudit dossier. Je demeure convaincu que si vous aviez rencontré la moindre difficulté, et que, votre humilité l’emportant sur toutes vos autres qualités, vous n’auriez pas hésité à appeler au secours, quelque pédagogue patient de votre carnet d’adresse, pour vous aider à saisir le sens de chacune d’elle.

 J’entends déjà ces mauvais esprits soutenir que si vous aviez eu cette élémentaire curiosité qu’on retrouve habituellement au degré zéro du journalisme, peut-être eussiez-vous découvert que, par-delà les déclarations de ces avocats, que vous ne portez guère dans cœur grand, il y avait de nombreux témoignages récoltés par des gendarmes peu suspects de sympathie pour Augustin et ses avocats.

 Peut-être encore eussiez-vous remarqué que le Procureur de la République de Basse-Terre avait jugé que les faits étaient suffisamment établis, pour renvoyer directement Nicolas Chaulet en correctionnelle, sans aucun besoin d’instruction complémentaire, au moins du chef d’injure publique à caractère raciste et de celui de détérioration ou dégradation volontaire de bien d’autrui à raison de sa race.

 Peut-être enfin, eussiez-vous compris que ce qui est reproché au prévenu va bien au-delà de ses injures racistes d’une exceptionnelle gravité, et comporte en outre,  la détérioration de véhicule, le vol de matériel, les menaces de mort contre Frédéric Augustin à raison de sa race. L’intégrale violence raciste en parole et en acte.

 Alors on dira sans doute que, partisan et paresseux, vous vous en êtes tenu au seul  communiqué du prévenu, et n’avez même pas eu la simple prudence ou décence, de vérifier que ses déclarations étaient corroborées par des pièces du dossier. Assurément, il se trouvera des auditeurs critiques pour vous faire grief de ne vous être pas donné la peine de recueillir, le point de vue du parquet, ou celui de la partie civile. Reproche scandaleusement injuste évidemment, puisque l’évidence du communiqué publié par le prévenu suffisait à l’exercice de votre ministère !

 Obéir vous aurait ainsi dispensé de chercher, recouper, réfléchir. La voix du journaliste aurait donc dégénéré en voix de son maître, comme si, au désir de servir, vous aviez malicieusement additionné le plaisir de nuire. Cela seul aurait dû vous valoir lauriers et reconnaissance.

 Comment, sans perversion mentale en effet, ne pas s’apercevoir que les vrais racistes sont, à n’en point douter, ces avocats de malheur (noirs de peau et vêtus de noir, c’est vrai…), même les gendarmes le disent ! Preuve irréfragable, n’est-ce pas ? Sans leur rhétorique et leur art consommé de la manipulation, il n’y aurait jamais eu d’affaire Chaulet !

 J’étais resté malgré tout sur l’idée que l’expérience personnelle vous avait enseigné que la parole des services de police n’est pas vérité absolue et qu’il échoyait aux avocats et aux juges, d’en faire l’examen critique attentif. Nul ne sera jamais bienvenu à vous faire reproche d’avoir perdu de vue que la justice n’est pas rendue par les policiers et les gendarmes ! Comment imaginer que nous n’avez pas constamment à l’esprit que les allégations et autres insinuations, si elles peuvent engendrer la suspicion, voire fabriquer un coupable,  sont absolument insuffisantes à établir une culpabilité.

 L’image que j’ai de la profession de journaliste et mon admiration  pour votre singulière manière de l’exercer, m’interdisent de penser que vous vous alimentez principalement aux mains courantes des brigades de gendarmerie. Et quand cela serait, où résideraient votre faute et votre déshonneur de tenter de discréditer  les avocats de la partie civile, en faisant ainsi passer votre commanditaire pour la victime d’un évènement dont il porte la seule responsabilité ? Faut-il conclure sans nuance, que dans votre tête, et dans votre pratique, information, manipulation et intoxication de l’opinion peuvent se conjuguer au micro de Guadeloupe 1ère ? La question est détestable, n’est-ce pas !

 Monsieur le Journaliste, rendez-vous à l’évidence, les magistrats du parquet comme les avocats de la partie civile (un collectif d’une douzaine d’avocats !) ont, eux, pris connaissance complète du dossier comme le leur commandait leur conscience professionnelle. De cette analyse qu’ils ont effectuée en professionnels du droit pénal et de la procédure pénale, ils n’ont pas gardé, comme vous le suggérez sournoisement à l’opinion, l’impression que cette affaire avait été créée de toute pièce par des avocats en mal de publicité. Les premiers comme les seconds ont estimé qu’il y avait lieu de citer Monsieur Chaulet devant le tribunal correctionnel. Ce qu’ils ont fait. Et les journalistes, impuissant à modifier les faits, ne peuvent que les constater, et éventuellement les commenter. 

 Pour votre gouverne, sachez encore que dans les jours qui ont suivi l’agression de Rivière-Sens, un de mes clients, au nom certainement plus évocateur pour l’opinion que celui d’Augustin, puisqu’il s’agissait de Monsieur Antoine Henri, père de Thierry Henri, a été lui aussi la cible d’injures racistes. Mes premiers efforts, comme dans l’affaire Chaulet, ont été d’incliner la victime à se satisfaire d’excuses réfléchies de la part de l’agresseur. Ce qui fut fait dans les locaux du commissariat de police de Pointe à Pitre, pendant la garde à vue de ce dernier.  La suite ? Il n’y en eut point,  parce que précisément, le parquet classa l’affaire sans suite. Et pour cause.

 Peut-être pourriez-vous expliquer à Monsieur Chaulet, que s’il avait été moins arrogant et agressif, que s’il avait accepté l’idée qu’il n’était pas forcément déshonorant, fût-ce pour un béké, de présenter des excuses à un ″sal ti nèg″, alors, contrairement à vos insinuations malveillantes, il n’y aurait pas eu d’affaire Chaulet....

La suite à lire ici : Lettre à un journaliste nommé Pincemaille

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