Parce que nous avons besoin d'une presse libre

Actualité

Les élections en Guadeloupe comme en Martinique ont laissé deux perdants qui se croyaient déjà élus dès le premier tour. Les électeurs n’ayant pas dit leurs derniers maux, le président du Conseil Régional de Guadeloupe, Victorin Lurel, comme son ami et homologue martiniquais Serge Letchimy (candidat pour la Collectivité Unique de Martinique), devront affronter un deuxième tour.  Forts ici et là d’une presse qui a démontré son allégeance au pouvoir en place, ils étaient partis tous les deux avec l'arrogance des chefs suprêmes, avec la certitude de l'emporter. Les adversaires, ignorés ou écrasés par les médias dominants, ont du mal à se faire entendre. Heureusement pour eux, les réseaux sociaux, blogs et sites de presse en ligne portent un vent de liberté et permettent aux électeurs de ne pas être étouffés par la pensée unique. N’étant aux ordres de personne, Freepawol, a choisi de publier la lettre ouverte de Wonal Selbone, adressée à Victorin Lurel. 

Cher Victorin,

Encore une fois, mon nom a suinté de ta bouche, jeudi soir, sur Canal 10. Tu dis que je ne suis « même pas journaliste », et alors ? Je n’aurais donc pas, selon les normes en vigueur en Lurélie, le droit de m’exprimer ? De surcroît, j’ai presque envie de te dire que je suis fier ces jours-ci dans ce pays de Guadeloupe de ne plus être « officiellement » de et engeance journalistique, au vu de l’état de la profession, encore une conséquence de ton immense œuvre : 12 ans de prise en otage des medias guadeloupéens.

Comme tu m’interpelles en tant que rédacteur du journal satirique Le MotPhrasé, je te réponds donc sur le registre du MotPhrasé.

Ce n’est pas la première fois que tu te livres ainsi à un tel numéro de french-« Kankan » : je t’imagine sans peine les jupons retroussés en mode makanda.

Ainsi, le lundi 2 février à la soirée de présentation du CREFOM, devant une assistance médusée, tu t’en étais déjà pris violemment à moi, le petit doigt pointé vers les gradins de l’espace régional, en affirmant que tu allais porter plainte parce qu’on t’avait caricaturé en Toto-Coulibaly : non pas parce que tu as du sang sur les mains, comme tu l’as idiotement laissé entendre sur Canal 10, mais simplement parce que deux informations se sont percutées, l’attentat de Coulibaly et la descente des services régionaux à RCI que nous trouvions suspecte en cette période pré-électorale : « attentat à RCI » avions-nous alors titré. Nous avons, sur ce coup, juste appliqué une vieille technique de la presse satirique, à savoir la combinaison-condensation d’informations, une sorte d’amalgame sémantique qui peut aller jusqu’à se teindre d’oxymore. Je constate que ce qui est autorisé à longueur de journée en France semble interdit en Guadeloupe. En effet, Le MotPhrasé ne sera jamais aussi insolent que Nicolas Canteloup, Les Guignols de l’info, Charlie Hebdo, Siné Mensuel et j’en passe ; et dire que tu as été un « Je suis Charlie », j’avais bien fait à l’époque de ne pas mêler mon indignation à ton charlisme-chaplinisme. Tu m’avais menacé d’une plainte, j’attends toujours. Makanda va !

Autre exemple : lors de la conférence de presse à Rémy Nainsouta de présentation de ton programme, tu m’avais encore ciblé, ainsi que d’autres journalistes, de même que l’institut de sondage Qualistat. J’espère que tu ne t’es pas laissé manipuler par le w artistique et que tu as bien prononcé le r de mon prénom. C’est important, le respect commence là !

J’imagine un socialiste français bavant avec cette virulence sur la presse et les sondeurs, je suis sûr qu’il aurait déjà été démissionné… au moins médiatiquement, mais bon outre-mer, autres mœurs. Je te savais un peu cancanière mais pas à ce point.

Décidemment, je n’ai pas de chance avec le centre Rémy Nainsouta de Pointe-à-Pitre : c’est là-même, il y a quelques années que le psychologue Errol Nuissier, me prenant pour une femme battue, à cause certainement de ma queue de cheval, s’était pris un palaviré sonnant-et-trébuchant qui lui avait remis les idées en place ! Depuis, afin d’éviter les mains légères, j’ai demandé à ma coiffeuse de me délester de cette attirante queue de cheval, donc toi, tu n’as aucune raison de me confondre avec une femme battue. Je me suis même laissé pousser la moustache, c’est dire !

Ce que je pense vraiment de toi : tu es un clown, mais ton drame existentiel, c’est que tu es possédé par « l’esprit de sérieux » (tu chercheras les références !) : c’est un peu, comme si on t’avait embauché en tant que sosie de Charlie Chaplin mais que tu t’évertuais à mimer le rôle du rideau de douche dans la célèbre scène du très angoissant film Psychose d’Alfred Hitchcock.

Je ne peux croire que tu t’occupes toi-même de lire ce que j’écris sur Facebook, tes services secrets (remplace cette expression par un seul mot créole de 4 lettres !), Thierry Fundéré, David Dahomay, Michel Morice et les autres doivent te faire des comptes rendus et même imprimer les pages (Espérons que tout cela ne se fait pas avec imprimantes, papiers et encres de la Région ;  si c’est la cas, Harry Durimel devrait vérifier qu’il s’agit bien de papier recyclé !). Au lieu donc, de te concentrer sur ta campagne et sur les grands problèmes qui préoccupent les Guadeloupéens (l’eau, la sècheresse, la transition énergétique, les transports, les sargasses…), tu fais joujou avec mon nom. Pourtant, timal, il y a du boulot, rappelle-toi ce que tu disais en 2004 du haut de ton immense expertise économique : « Il y a près de 26000 petites entreprises en Guadeloupe, si chacune crée un emploi avec notre aide à la Région, nous allons pouvoir créer au minimum 26000 emplois ». Alors ça donne quoi 12 ans plus tard ? Ha ! Tu n’as pas trop le temps à consacrer à ces broutilles, tu es pris par mes posts sur Facebook, han !

En fait, ce que je te reproche relève d’un double niveau anthropo-sémiologique avec une portée symbolico-structurante ; je blague, j’essaye de parler comme toi (mais en lisant bien ça a quand même du sens), donc je te reproche deux choses :

- Ton idéologie :

Je ne suis pas dupe des postures idéologiques qui peuvent varier au gré du vent électoral mais bon, je te juge sur pièces à conviction. Le 1er mai 2003, tu étais au Palais de la Mutualité, invité par le syndicat CTU : et là, tu as fait l’éloge du changement de statut, les 200 personnes présentes dans la salle peuvent témoigner. Avant que Michaud ne veille, tu avais opéré un retournement de veste, tout ceci afin de contrer la mère Michaux qui avait perdu son chat institutionnel dans son sac életoral. Le résultat, on le connaît : la consultation de décembre 2003 pour une petite avancée institutionnelle a tourné en eau de boudin. Juste pour ton ambition personnelle, tu as joué avec l’histoire du pays, et ainsi abimé pour un temps l’idée d’une Guadeloupe guadeloupéenne, car les arguments sortis en cette fin d’année 2003 relevaient, ceux-là vraiment du « degré zéro de la politique » pour reprendre cette expression que tu as sortie récemment en visant tes adversaires. : ti vwati jòn-la péké pasé, disparition du 971 des plaques d’immatriculation, perte de notre carte d’identité, se retrouver comme Haïti…pourtant il ne s’agissait que d’un petit pas de bon sens vers la responsabilité dans le cadre de la république française.

Aujourd’hui, tu réaffirmes que la Guadeloupe est une « nation sans état », mais dans ta bouche les mots n’ont plus de sens, seule compte la magie de leur prononciation. Tu te prends sans doute pour un homme-performatif : l’énoncé est et fait l’action… juste le temps de l’énoncé ! Comment comprendre, en effet, que la même bouche dise « nation » et « fusion » ? Parenthèse : je suis surpris que des intellectuels qui te soutiennent ès qualités, n’ont pas pris le temps de lire ta seule production intellectuelle : l’ouvrage que tu as commis en 2012, Lettre ouverte à mes compatriotes de l’Hexagone (Armand Colin). Passons sur le fait que ton premier acte éditorial soit destiné à l’autre, ce qui est déjà un symptôme éloquent. Dans cet ouvrage, l’assimilation est théorisée, admise, vécue, transpirée, gargarisée, souhaitée : « après l’insertion, l’intégration, l’assimilation… maintenant la fusion[1] ! » proclames-tu !  Je donne les numéros de page car j’ai constaté lors du débat du 1er tour que tu étais pagino-susceptible, tu n’as cessé de demander à Chalus : « quelle page ? ».

Cette lettre, la tienne, devrait faire l’objet d’un examen approfondi de la part des chercheurs en études postcoloniales, car elle signe la deuxième mort de Béville de L’assimilation, forme suprême du colonialisme, la deuxième mort de Fanon de Peau noire, masque blancs, la deuxième mort de Césaire de la Lettre à Maurice Thorez et du Discours sur le colonialisme et la deuxième mort de Glissant du Discours antillais. Jamais ouvrage n’a provoqué en moi une telle nausée, un peu physique mais surtout une nausée sartrienne: «  la conscience ressent la dégoûtante étrangeté des choses, leur facticité en même temps que la sienne propre – l’impossibilité de la coïncidence du pour-soi et de l’en-soi[2] ». Ce discours est une néantisation de notre être socio-historique.

Un monument qui te vaudra sans doute d’être élevé un jour au rang de Mayotte Capecia de la pensée politique. Cette lettre est une rédaction « bavardeuse » sur la sécurité, l’école, les médias, la violence, l’environnement, les institutions, l’identité, dans laquelle « l’Ultramarin » (terme que tu revendiques, avec l’effort de la majuscule) étale son amour dégoulinant pour ses compatriotes de l’Hexagone, en même temps qu’il leur demande d’excuser les mauvais Guadeloupéens, coupables d’un racisme anti-français ! Chaque ligne de l’ouvrage est une insulte à l’intelligence, à la vérité ou à l’Histoire.

-Tu expliques p.19 que «  la métropole, étymologiquement, c’est la ville mère. Or, nous avons cessé d’être des enfants ! […] dans l’entendement commun, « métropole » signifie aussi qu’il y a un centre et une périphérie… et même si nous sommes à la périphérie du territoire nationale, voire à son « ultrapériphérie » […] nous n’aimons pas être considérés comme des appendices exotiques »  pour affirmer p. 248 : «  Ce n’est pas de gaieté de cœur que nous faisons nôtre cette idée que vous seriez le centre et nous la périphérie ». Donc tu fais tienne l’idée d’être un enfant périphérique : version politique de l’enfant-bâtard-braguette ?

- Dans les rapports à l’Afrique, tu ne veux pas tuer définitivement la France-Afrique mais « réinventer une belle France-Afrique ». Toto de Vieux-Habitants va refonder la politique étrangère de la France et va empêcher à une puissance européenne de gérer SES intérêts. Ha ! Non ! Tu es vraiment le pli fò ! Le plus pathétique, c’est quand tu juges le rapport des Antillais à l’Afrique sous l’angle de la… turista : «  Nos difficultés à supporter les conditions de séjour parfois rudes lorsque nous entreprenons d’aller visiter l’intérieur des terres au Sénégal et les embarras digestifs propres à ceux qui « mangent sous cellophane » finissent de nous renvoyer en pleine figure que nous sommes finalement très différents ». (p.223) Fanon mort, nous ne saurons jamais ce qu’il pense de l’aliénation digestive et de l’assimilation par cellophane de Victorin Lurel. En un tour de langue, tu as enfin trouver LE bienfait de la colonisation : une amélioration gastrique ! Quel aveu, tout de même : merci ! Ton inconscient confirme que notre situation politique, historique et administrative est d’abord affaire de tube digestif, et non de cœur, et non de cerveau ! L’intestin a ses raisons que la raison ignore ! Haute proposition d’un Guadeloupéen à la pensée universelle : je chie donc je suis !

- Ailleurs, tu t’en prends à la « lepénisation des esprits » qui anime en Guadeloupe le discours anti-Haïtiens de certains, car tu te revendiques « humaniste », « catholique », fils des valeurs de la République sauf que… c’est un certain Lurel, pour caresser la bête électorale dans le sens du poil, qui organisa un congrès des élus départementaux et régionaux sur le thème de l’immigration illégale, tandis que ses confrères de la Martinique choisissaient de débattre sur les transports, et qui tint meeting commun, lors des régionales de 2004 aux Abymes, avec les représentants de deux listes xénophobes. Y aurait-il un octroi de mer sur les fréquentations ?

- Je ne ferais pas la recension complète des amitiés sur-soulignées. Les « mon ami untel », « mon très cher camarade », « mon cher ami untel» pullulent dans ton texte. De la flagornerie à l’adresse de grands « Hexagonaux » ! Une expression créole idoine parle de « chercheur de fréquentations » !

Et puis, il y a deux de tes discours de député :

- « C’est pourquoi, je le dis ici solennellement, avec force et avec gravité : oui, il doit y avoir une réflexion approfondie sur ce qui fonde le lien entre la Guadeloupe et la France, entre la Guadeloupe et la République. Il doit y avoir une réflexion approfondie sur ce qui fonde le vivre ensemble et, plus encore, sur le « vouloir » vivre ensemble. Et cette réflexion, pour qu’elle soit de nature à clarifier ce lien qui aujourd’hui fait débat, doit s’engager en ne faisant l’impasse sur aucune – et je dis bien aucune ! – des possibilités qui sont devant nous. La Guadeloupe est un peuple. J’ai combattu ici même en 2003 et je combats encore l’idée selon laquelle nous ne serions qu’une population, une simple composante d’un grand ensemble au sein duquel notre identité et notre histoire seraient enfermées, rabotées et rabougries. Nous sommes un peuple donc et je crois même que nous sommes une Nation. Une Nation sans Etat, mais une Nation. L’Outre-mer est donc formé de peuples qui ont librement consenti à être dans la République et qui peuvent, librement, s’en séparer, si les peuples le veulent et l’expriment clairement par les urnes. Car, aujourd’hui est différent de ce passé qui voulait que les séparations se fissent sur le mode du conflit, de la détestation, de la guerre de libération. Si séparation il devait y avoir, celle-ci se ferait à l’amiable, par une voie démocratique permettant au peuple de s’exprimer et de dire sa volonté. » (6 avril 2009, examen de la LOEDOM, Assemblée nationale). Comment la Nation peut-elle survivre à la fusion ? Et comment préserver la possibilité de « séparation  à l’amiable » après rabotage complet et rabougrissement total de notre identité atomique par la fusion lurélienne ? Que reste-t-il d’un litre de rhum dans une tonne de Beaujolais ? Les Experts de Miami malgré toute leur science ne pourront jamais retrouver traces de notre ADN dans cette CON-fusion !

- Lors des débats sur les notions de « peuple » et de « population » dans la nouvelle mouture de la Constitution, encore toi et ta bouche : «  A mon sens on règle le problème de mauvaise manière, en flattant ceux qui ont peur. Je rappelle qu’en Guadeloupe, entre 1980 et 1987, il y a eu des bombes comme en Corse. Le Président François Mitterrand est venu nous dire : « Toi, mon frère guadeloupéen, tu as ta place dans la République ». Et les gens ont accepté de déposer les armes et de discuter, et jusqu’ici le dialogue perdure. Si on ferme la dernière petite fenêtre, pour donner de gages aux amis de La Réunion, on va créer une ambiance délétère et mortifère en Guadeloupe et peut-être en Guyane. Il y a, en effet, des gens qui affirment sans problème qu’ils appartiennent au peuple français, mais qui prétendra qu’il n’existe pas un peuple amérindien ? Un peuple martiniquais, un peuple guadeloupéen ? Personne ne conteste le concept juridique du peuple français unique et du territoire indivisible. Mais je dis que, pour donner des gages à La Réunion, on introduit en Guadeloupe quelque chose de grave. Si l’on avait écrit que le peuple français reconnaît « la population » corse – ou bretonne, languedocienne, etc., je peux vous assurer qu’aujourd’hui il y aurait des bombes en Corse, et des « nuits bleues ». On ne légifère pas sur la base de la peur. Vous ne pouvez figer l’histoire, la geler dans le garnit de la Constitution : vous aurez des problèmes en Guadeloupe et dans la Caraïbe. On donne des gages à un électorat frileux, on donne de gages à La Réunion parce que La Réunion a peur. […] A présent, l’on nous réduit à un agrégat d’atomes individuels. Par un amendement liberticide, on dissout la notion du peuple guadeloupéen, martiniquais, guyanais, réunionnais. ». (27 novembre 2002). Un an plus tard, tu te transformeras en atome frileux en menant une campagne reposant sur la peur contre le petit pas institutionnel proposé. Comment le même cerveau peut à la fois lutter contre la dissolution et proposer la fusion ? En vérité, tu n’es ni physicien ni philosophe : ton programme politique n’est, en définitive, qu’une projection verbeuse du contenu de ton assimilation digestive, et surtout de ton ambition personnelle dévorante.

Le pire, c’est que, dans ta frénésie de penser-pour-l’autre, tu n’as même pas remarqué que le mot « fusion » charroyait un sens encore plus négatif, puisqu’il signifie aussi : « passage d'un corps de l'état solide à l'état liquide ; état d'un corps liquéfié. ». Voilà ! Le peu de solidité culturelle et historique qui nous restait va être liquéfié par ta « dialectique ». On passe de l’assimilation au fusionnisme lurélien par la grâce de la thermodynamique et  de la gastroentérologie !

   - ton éthique :

Je devrais dire ton absence d’éthique. Je conçois la responsabilité politique dans l’optique de l’exemplarité et de l’éthique. Or, toi tu es devenu en 12 ans le Bruce-Lee du kung-fu-fannkyou. J’ai des tonnes de témoignages que tu pourras entendre, si tu veux, devant les tribunaux, si enfin tu te décides à porter plainte.

Je prendrai quelques exemples : J’ai été invité à participer à l’Anthologie de la littérature guadeloupéenne, et quel ne fût pas ma surprise d’entendre Sylvie Tersen, alors responsable culturelle de la Région, en réponse à ma proposition de confier la préface de la réédition des œuvres de Sonny Rupaire à Frantz Succab, dire : « le président a dit qu’il ne mettrai pas SON argent dans ce projet si le nom de Succab apparaissait ». Way ! Lurel, l’homme de culture ? J’avais dit à la dizaine de personnes assises autour de la table que j’avais bien enregistré les propos de Mme Tersen.

Toujours les mêmes : tu entres dans un restaurant dans lequel Succab et Tersen sont attablés, tu fais un esclandre, menaçant l’employé de la Région qui osait manger avec «  ton ennemi »… Makanda ! Depuis Mme Tersen a fui ton habitation et ta manière de petit géreur, elle s’est installée en France !

Je ne reparlerai pas de l’affaire Maryse Etzol, tu as toi-même fait caca dans ta mare.

Que dire de ton intervention contre la conseillère régional Sylvie Gustave dit Duflo lors de la dernière plénière de la Région : « Je vous le dis en vous regardant dans les yeux. Ce n’est pas digne d’une personne qui enseigne à des jeunes, d’ailleurs pour ce que je sais, à l’université on a déjà entendu parler de vous. (…) En Côte-sous-le-Vent on vous connait. Maintenant votre famille proche vous connait. Vous ne dites pas bonjour à la moitié de la population et même à vos plus proches. On vous connait chère madame. » Un discours minable qui s’attaque à la vie privée de ses adversaires : et tu te prétends socialiste et franc-maçon donc, en principe, porteur d’idées humanistes et progressistes et, de plus tu as été ministre : makanda un jour, makanda toujours !

Il faudra un jour que tu expliques, toi l’homme de culture, ce que tu as fait à la librairie générale ; aux dernières nouvelles 25 pères et mères de familles ont été licenciés. J’ai vu aussi comment les Editions Jasor ont refusé de publier mon premier ouvrage, dans lequel je te donnais deux petits coups de griffe : la peur de ton totolitarisme ; «  si on sort ton livre, il va nous achever, il nous a déjà mis à genoux », c’est ce qui m’a été répondu… dans un territoire « français » avec un socialiste-homme-de-culture au pouvoir !

Lors du dernier congrès des écrivains de la Caraïbe, je devais rendre un hommage à Maryse Condé. La veille de mon intervention, je ne savais pas encore si je parlerais : les administratifs, en mode panique, redoutaient que tu ne bloques cette conférence à cause de mes propos… sur Facebook : ta seule présence agit comme un déclencheur de panique., tu inspires la peur ! Encore un signe !

Je ne me suis pas doré sous les ors de la République, je n’ai pas fréquenté le cercueil de Hugo Chavez, je n’ai  pas discouru devant les manchots Empereur et les phoques en Terre Adélie (discours « historique » comme tu le rappelais lors de ton retour à la tête de la Région, après l’intérim Borel. Une visite ministérielle inutile en Terre Adélie qui avait coûté plus de 80.000 euros, uniquement en frais de déplacements …avec détournement d’un navire-ravitailleur par sa majesté : à lire le compte-rendu guignolesque de ce voyage  sur le site du très sérieux Mediapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/claude-de-villepin/260413/m-lurel-et-le-sens-de-leconomie ) mais je suis sûr que je n’enfermerai jamais des hommes et des femmes de Guadeloupe à « Guantanamo » ( annexe de la Région à la rue Peynier à Basse-Terre) simplement parce qu’ils m’ont déplu ou parce qu’ils n’ont pas fait allégeance à ma petite personne ou à ma politique.

Je ne demanderais jamais à des gérants de stations-services de faire une grève pour favoriser mon élection. Tu as fait fort là : makanda-Machiavel ou totopathie ?

Et t’en prendre aux journalistes et aux sondeurs : c’est une conception de la démocratie que je trouve bien curieuse ; nous n’aurions qu’une alternative : t’encenser ou nous taire ? Ce que tu refuses de comprendre : nous sommes le thermomètre, journalistes (avec ou sans carte !) et sondeurs ; au lieu de redoubler d’énergie dans ta campagne, comme un petit malélivé, tu  veux casser le thermomètre. J’espère que tu as bien vérifié qu’il ne se trouvait pas dans ton « anus » horribilis (je sais que tu vas apprécier le petit jeu de mots en latin !) : mercure et verre cassé peuvent provoquer de graves blessures à l’égo profond.

Bardé de ton slogan à la Pangloss : « la Guadeloupe toujours mieux », tu veux nous refaire le coup de décembre 2003 en ressortant les arguments les plus éculés encrassés dans la  peur et le pouvoir supposé funeste des indépendantistes, couteaux entre les dents qui voudraient manger la carte d’identité, les allocations et le 971 des plaques d’immatriculation. Tu  joues surtout sur le manque de mémoire de notre peuple : quand tu étais maire de Vieux-Habitants, un de tes adjoints s’appelait Eric Desfontaines, alors secrétaire général de l ‘UPLG (Union populaire pour la libération de la Guadeloupe), et Eric Jalton, ta pleureuse des Abymes avait au moins 5 membres (dont la secrétaire générale) de l’UPLG sur sa liste en 2010 ( il faisait alors campagne pour le changement de statut qu’il méprise aujourd’hui. C’est toujours triste de voir un homme cracher sur lui-même !

Voilà ce qui nous différencie, c’est-à-dire presque tout : je respecte les mots et leurs sens ; je préfère la responsabilité au pouvoir ; je crois naïvement à l’éthique en politique ; je pense que le rôle du politique est d’éclairer et non d’obscurcir l’horizon des hommes et du pays ; je souhaite à chaque instant un contrôle du pouvoir par une opinion publique éclairée et un contre-pouvoir médiatique libre et indépendant (aujourd’hui et demain) ; je ne serai jamais du côté du mépris, de l’arrogance et du fannkyou ; je ne choisirai jamais l’intérêt des lobbys privés contre la santé de mon peuple ( épandage aérien) ; je préfèrerai toujours Capesterre à Paris (« les sargasses ne sont pas bien dangereuses » as-tu dit en une génuflexion « canicheuse » devant la politique méprisante de ton gouvernement) ; et je suis, plus que jamais, attaché au débat démocratique et à la liberté de parole. Voilà tu me connais un peu mieux maintenant !

Ton règne a fait planer une atmosphère de peur sur la Guadeloupe : depuis l’affaire Charlie, je ne cesse de recevoir des conseils d’amis ou de connaissances me demandant de faire attention : « putain ! » comme disait Platon (tu vois je peux aussi faire des citations savantes !) ; et tout ça, parce que JE PARLE ! Je n’ai jamais connu un tel climat, pourtant, j’ai combattu avec la même ferveur et la même « virulence » Lucette Michaux-Chevry au temps où elle était la maîtresse politique de la Guadeloupe et que peu de voix s’élevaient parmi les journalistes pour la contester. Jamais, je n’ai ressenti cette kakarèl ambiante ! Tu te rends compte, des gens refusent de me parler au téléphone, de peur d’être sur écoute. Mi la ou fè nou rivé !

Aujourd’hui, la vielle peau d’extrême-droite, Edouard Boulogne, te soutient avec force : quelle boussole idéologique pour moi ! Quand les résidus consanguins du racisme atavique de la plantation volent à ton secours, c’est que tu n’es pas loin de la déchéance politico-marécageuse.

La droite rance à la Amédée Adélaïde t’a élu, sauveur suprême, tout un programme !

J’ai essayé de te dire les choses en toute simplicité sans vernis latin d’autant plus surfait que les citations sont tirées des pages roses du Larousse, sans gesticulation mandibulaire à la toi, comme si le français n’était pas aussi nôtre… avec notre accent.

Tu aurais pu être Makandal, tu as choisi d’être makanda . Un conseil : de la hauteur, de la hauteur monchè !

Reçois, cher Victorin, mes salutations les plus  électoralo-vaselinesques.

« Bien à toi » (pour copier l’expression manuscrite que tu as mise au bas des 45.000 courriers que tu as envoyés avec un chèque de 100 euros à ces Guadeloupéens nécessiteux en pleine période électorale !),

ton cher Wonal, que tu n’auras jamais l’occasion de taper !

Bisous.

Wonal Selbonne

   

[1] Victorin Lurel, Lettre ouverte à mes compatriotes de l’Hexagone, Armand Colin, 2012, p.48

[2] Christian Godin, Dictionnaire de philosophie, Fayard/ Editions du temps, 2004, p.857

 

 

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