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Pawol ladjé

Pawol ladjé

Vendredi soir, une dizaine de parisiens dont deux Martiniquais, s'est donnée rendez-vous dans le dix-neuvième arrondissement de Paris, pour la première soirée de "NOUS". Un groupe privé du même nom, formé la semaine dernière sur Facebook. "NOUS" a vocation à transformer la révolte (ou l'indignation) de ses membres en agissements utiles.

Ses contours sont encore flous. S'y trouvent rassemblées toutes sortes de profils : situation géographique, profession, âge. Des origins tout aussi diverses :Domiens (Martinique, Guyane, Réunion...), français d'origine subsaharienne, français d'origine maghrebine, asiatique, etc.  Et "français de souche" selon l'expression erronée.

Cette première était consacrée à la négrophobie, et à la Mémoire Noire, parmi les préoccupations majeures des participants.

Prélude

Attablés au fond du restaurant, un père et ses deux enfants poursuivent leur dîner, sans remarquer notre arrivée. Le temps de traverser la salle bondée, nous, au contraire, ne voyons qu'eux.  Leur présence semble nous souhaiter la bienvenue, nous frayer un chemin, sans le vouloir, dans cet établissement cossu, un peu intimidant...fréquenté par des gens qui ne nous ressemblent pas.

L'homme dépasse le mètre quatre-vingt-dix. Ses locks sont fines, soignées, blondies par le soleil...  (ou a-t-il pu trouver ça à Paris, mystère, il est forcément voyageur.)  Le port de tête altier, du regard il couve ses deux petits convives, sans une seconde d'inattention. Les enfants, à la peau plus claire, presque blanche, portent aussi des "dreads", comme on dit ici, en France. De belles locks dorées. Lumineuses. Les trois lions irradient.  

Nous gagnons l'espace bar, où Sophia, la responsable, a gardé notre table réservée plus d'une heure durant, malgré l'affluence.  Sophia nous a à la bonne, on dirait. Est-ce parce qu'elle est métisse afro-française? Quoiqu'il en soit : nous aussi, nous sommes des VIP, ce soir. 

Une femme grise -cheveux et peau- (si si) s'avance vers nous. Une diseuse de bonne aventure, peut-être.  Elle semble avoir quelque chose à vendre... Son sourire est chaleureux, coloré comme ses vêtements.  "Vous êtes une belle femme noire" lance-t-elle à Dominique... Sûre de son compliment. L'échange s'arrêtera là. Dominique,  sans lui répondre, nous lance un regard mi effaré-mi consterné. L'incompréhension semble totale, dans les yeux de cette vieille dame,  visiblement inoffensive... Nous ne saurons jamais ce qu'elle était venue chercher.

D'un seul coup, un tube de Beyoncé vient rompre l'ambiance jusqu'ici feutrée du lieu, avec sa musique de variété un peu classique, un peu désuète, un peu..."veille France", à notre goût.

Au travail..

L'heure de nous-mêmes a sonné. (Césaire, repris par les Indivisibles) Extraits.

Puis le constat :

Dominique parle la première. Elle n'a pris part à aucun des débats qui animent les réseaux  sociaux ces derniers temps. Quand Christiane Taubira s'est fait traiter de guenon, elle n'a pas poussé de coup de gueule virtuel. Quand la chasse à Dieudonné a commencé, elle n'a pas "balancé" son indignation sur la place publique, comme une bouteille à la mer. Dominique ne veut pas débattre pour le sport, elle veut débattre pour agir. Vite. Efficacement.
"Il y a pléthore d'associations, d'initiatives très bien, contre le racisme, pour la Mémoire etc.", constate-t-elle.  "Mais dans les faits, aucune ne porte ses fruits!" 

Youssef, lui, est un adepte de la formule choc. Face à face, ou à l'abri derrière son écran, c'est pareil : il ne supporte plus la vacuité d'une société qui ignore son passé. Lui, a une solide culture historique, qu'il essaye de diffuser. Ce soir là, la tâche lui paraît plus ingrate encore, vaine, même :  "Triste de voir et de pouvoir confirmer qu'à cause de l'indifférence, à cause de l'ignorance de la classe politique et de certains journalistes, le communautarisme grandit dans ce pays" dénonce-t-il, avant d'ajouter : "Je comprends Roselmack, quand il dit se sentir mal a l'aise après une soirée 'communautaire',  à parler d'un problème... National."

David, discret parmi les discrets sur internet comme dans la vie, montre un sacré courage de ses opinions : "Je ne comprends pas l'urgence de changer les mentalités concernant l'homosexualité par exemple, sous couvert de lutte contre les stéréotypes, alors que rien de tel n'a jamais été proposé concernant la négrophobie." David aimerait  "que la prochaine fois, on parle un peu du combat de Kémi Seba. Les pour, les contre, les pourquoi, les comment... Quoiqu'on pense de ses pratiques, on ne peut que respecter son initiative".

Et après justement?  Propositions.

Dominique rejoint David sur la méthode : ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Apporter notre contribution à ce qui existe déjà.  "Pourquoi ne pas prendre en amont des programmes de manifestations préexistants?" propose-t-elle. "Par exemple, quand le Comptoir Général donne une projection, comme la semaine dernière, sur 'Cahier d'un retour au pays natal', de Césaire. Après le film, nous avons débattu avec la réalisatrice, échangé sur ses motivations, etc. 
Nous aurions pu poursuivre, appronfondir d'avantage, avec un biographe de Césaire, ou encore un historien de la Martinique... Nous pourrions faire ça pour chaque projection."

Dominique veut du concret. Elle n'est pas la seule.
L'heure de nous-mêmes a sonné on dirait.

Nous

 

 

 

 

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