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Société

Suleiman Rouibi, juriste trentenaire issu d'une mère martiniquaise et d'un père d'origine algérienne, ne supporte plus l'expression impunie des saillies racistes d'Eric Zemmour et s'insurge contre la dangereuse complicité médiatique qui les accompagne, dans un pays où le débat est régulièrement intoxiqué par des considérations qui mettent à mal le vivre ensemble et obèrent les aspirations à la paix sociale.

Il s’appelle Eric Zemmour, c’est son sinistre croassement matinal qui réveille plus de 6 millions de français tous les mardi et vendredi sur la première radio de France : RTL.

Il est également l’une des plumes acides et éditorialiste pour le journal Le FIGARO appartenant au vendeur d’armes et Sénateur Maire UMP de Corbeil-Essonnes, Monsieur Serge Dassault.

Vous le connaissez bien car adhérant ou non à ses vues politiques, vous avez subventionné sa parole par le biais de votre redevance audiovisuelle pendant 5 ans au cours de l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier. Il y animait vos samedis soirs de divertissement sur le service public avec des joutes verbales d’anthologie ou « clash » restés gravés dans la matrice numérique.

Sous les applaudissements ou les sifflets, il y était un parfait acteur de ces nouvelles arènes modernes que sont les plateaux télé, au point où il en a fait son gagne pain.

Délinquant condamné par le Tribunal Correctionnel de Paris pour incitation à la haine raciale, Eric Zemmour s’était aussitôt vu traiter en ami, reconnu et convié pour sa « liberté d’expression » dans le palais du peuple, à l’assemblée nationale par des groupies parlementaires de l’UMP.

Tout en étant dans le système, il était devenu l’icône d’une résistance française, celle autoproclamée des masses silencieuses qui penseraient tout bas ce qu’il dit tout haut, celle des apéros saucisson-pinard, celle des nostalgies coloniales qui pleurent à l’injustice car on ne peut plus dire : « sale nègre », « sale bougnoule » sans se retrouver attrait devant des juges.

Celle qui n’en a jamais assez d’établir des échelles de civilisations, qui trouve son humour dans l’humiliation des identités autres que la sienne et qui considère que manger du lard est devenu son étendard, qu’il convient de le brandir à la face de chaque musulman par supposée résistance identitaire, rejet du hallal et refus d’une diversité pas assez discrète, pas assez intégrée, tout en rappelant par la même occasion à cette diversité, qu’elle est française de papiers et non F de souche, c’est à dire handicapée.

Cette diversité handicapée, on lui refuse pourtant depuis toujours, la réparation de ses handicaps socio-culturels, on lui refuse ses luttes contre les discriminations. L’égalité à laquelle elle aspire et qui trône sur tous les frontons officiels devient soudainement une utopie, c’est à dire que l’on préfère lui répondre à l’utopie légitime de l’égalité par l’utopie de sa non égalité ou de son impossible égalité, ce qu’Eric Zemmour et ses comparses appellent avec mépris : « l’égalitarisme »… 

En somme : « reniez ce que vous êtes et ressemblez nous, même si vous n’arriverez jamais à nos chevilles » !

C’est donc à l’initiative de cette « résistance franchouillarde», qui n’a pour ainsi dire rien du conseil national de la résistance de 1945,  qu’Eric Zemmour était consacré à l’assemblée nationale, entouré de dizaines de parlementaires UMP.  Un Parti qu’il est inutile de présenter, tant sa présence dans la chronique judiciaire du pays est récurrente, notamment pour ses généreuses et blâmables légèretés avec l’argent de ses militants et par extension avec l’argent du contribuable français.

Ces douteux témoins de moralité, qui ont souvent exercé leurs fonctions au plus haut sommet de l’Etat et qui commentent sans réserve, des décisions de justice et des procédures en cours, sont les promoteurs d’une droite qui se veut décomplexée.

Décomplexée avec l’argent des autres, décomplexée dans sa parole raciste qui vise les minorités noires, roms et d’origine maghrébine, qu’elle a désignées comme cibles et élevées au rang d’ennemis d’un pays, tout en se gardant officiellement de jouer le jeu du communautarisme…

Eric Zemmour a donc des amis et quels amis !

Et les dits amis sont à l’image des référents de l’homme…

Fort des soutiens de ces Patriciens de la République, l’individu continue son petit bonhomme de chemin de la parole raciste dans les arènes médiatiques et notamment sur le plateau de la chaîne iTélé où il officie dans l’émission « Ça se dispute ».

Le concept de cette émission censée commenter sans concession l’actualité politique, est en fait le théâtre d’un duo bancal où un drôle de personnage chargé de tenir la dragée haute et porter la contradiction à Eric Zemmour, sert finalement de caution pudibonde à la banalisation et l’expression de tous ses préjugés. C’est en gros l’image de la fameuse « bien pensance » formule désignant la fameuse « gauche bobo et moralisatrice » qui se flagellerait et s’étalerait K.O au pied de l’ex petite frappe de Montreuil !

La vérité c’est que cette mise en scène cache le fait que Zemmour n’a rien inventé !

Il n’y a pas plus de pensée Zemmourienne qu’on ose le faire croire, il y a juste l’intention d’y prétendre! S'il y a un talent sémantique, Zemmour n’est autre que le symptôme d’une époque dont il dénonce la médiocrité tout en y participant. Par sa recherche constante de légitimations historiques dans l’expression de cette médiocrité, il est lui même un acteur de cette époque médiocre à laquelle il hait appartenir. Car qu’est ce que l’expression raciste si ce n’est la plus grande des médiocrités de l’homme ?

On a beau l’habiller de statistiques et de pensées héritées du 19e siècle, on ne lui confère pas plus de grandeur et de légitimité !

C’est ainsi que dans une émission du 5 juillet dernier, Eric Zemmour s’est laissé aller, foot oblige, à une énième provocation raciste, un « dérapage » dit-on aujourd’hui dans le langage courant. S’agit-il, dès lors, du dérapage de trop ? Il faut en douter vu la faiblesse des réactions.

En effet, sous couvert de « Mundial » et de ferveur footballistique décomplexée, nous avions déjà eu droit à la saillie de Jean-Michel Larqué sur la vitesse des Noirs et il nous faudra y ajouter celle autrement plus grave d’Eric Zemmour, répondant à Nicolas Domenach sur la diversité de l’équipe d’Allemagne :

« Depuis qu’il y ça (les Turcs et autres minorités), ils ne gagnent pas ».

…/… Depuis que cette équipe est glorifiée par Cohn Bendit comme l’équipe de la diversité, ils ne gagnent plus depuis 15 ans. Ça trouble vos lieux communs anti-racistes, l’Allemagne elle gagnait quand y’avait que des dolichocéphales blonds, c’est comme ça, c’est peut être le hasard mais en Allemagne c’est comme ça ».

Si au premier regard, on peut douter de la pertinence d’une analyse qui fonde ses déductions, de son propre aveu, sur le hasard, il y a dans ce passage autant voire plus de lieux communs que les anti-racistes, si ce n'est que Zemmour leur substitue des lieux communs racistes.

Voici en tout cas, la teneur des propos qui n’ont fait l’objet d’aucun rappel sur le plateau de la part de la journaliste Léa Salamé, cantonnée au rang de pot de fleurs alors qu’elle est chargée de mener la discussion. Nous ne noterons d’ailleurs aucune réprimande du CSA, aucune condamnation d’officiels, politiciens, journalistes, bref plus c’est gros, plus ça passe et c’est effectivement passé comme une lettre à la poste !

Pourtant nous touchons le fond idéologique de la télé poubelle et nous avons largement franchi le cadre de la liberté d’expression.

Sorti de la dimension pari sportif de discussion du bar PMU du coin, ces propos n’ont scandalisé personne quant à l’usage bien problématique des termes « dolichocéphales blonds » et pourtant c’est cela même qui nous interpelle venant d’un journaliste dont on parle aujourd’hui comme un « penseur », c’est à dire quelqu’un capable d’influer sur son époque!

Premièrement, l’expression à laquelle faisait référence Eric Zemmour est inachevée et doit s’entendre dans la citation intégrale comme : « dolichocéphale blond aux yeux bleus ».

Cette classification qui consistait à opposer la race des bâtisseurs dotée de grandeur, les dolichocéphales blonds aux yeux bleus aux brachycéphales voués à l’inertie et la médiocrité, est à attribuer au comte Vacher de Lapouge. Magistrat puis anthropologue socialiste de la fin du 19e siècle, il est le précurseur de l’«hygiénisme racial ». Il prônait les premières doctrines eugénistes en proposant notamment le recours à la stérilisation forcée des groupes les plus faibles pour revenir à la pureté de l’homo Europoeus.

En effet, Eric Zemmour, sous couvert de football, nous projette contre notre volonté, de plein pied, dans les représentations exhibitionnistes d’il y a deux siècles, qui théorisaient la race aryenne. Il nous explique comme Gobineau le faisait, que la décadence viendrait du mélange des races, du métissage.

Eric Zemmour n’a donc rien inventé, il puise simplement ses références dans les origines des pensées racistes au fondement même du nazisme.

Quoi de plus paradoxal pour le petit berbère brun et juif au nom d’olivier! Serait-ce l’expression d’un complexe ? Nous ferons en tout cas, l’économie d’une explication psychanalytique.

Il est tout simplement choquant de voir que dans un pays comme la France où l’article R 645-1 du code pénal prohibe le port et l’exhibition d’uniformes, d’insignes ou d’emblèmes rappelant ceux d’organisations ou de personnes responsables de crimes contre l’humanité et considère ces agissements comme des contraventions de 5e classe contre la nation, l’Etat et la paix publique, un journaliste prenne pour assise intellectuelle des écrits et concepts qui sont justement à l’origine de ces mêmes crimes contre l’humanité. 

Finalement, quelle différence entre porter un brassard SS et en revêtir la pensée ? Quelle cohérence à l'interdiction de Mein Kampf quand ce qui fonde ce texte est repris impunément mot pour mot dans l'espace médiatique français?

Nous ne pouvons croire que la presse française et les institutions politiques françaises dans un contexte périlleux, si troublé de défiance populaire à l’égard des institutions, des valeurs républicaines et de guerres larvées entre les communautés, passent sous silence des propos qui relèvent de l’inacceptable !

Si l’on reprend ses termes, à la glorification de la diversité par Cohn Bendit, Zemmour répond par la glorification de la pureté raciale et de l’eugénisme. Il considère donc que les deux se valent, que l’organisation de la pureté raciale et la représentation positive du métissage sont à placer sur le même pied d’égalité et l’on mesure la faculté à créer le danger qui émane de cet homme, car il s’en faut de peu pour que le grand écart idéologique ne justifie le passage à l’acte.

En outre, il est assez paradoxal qu’en se posant systématiquement en« victime Dreyfusarde » de la bien pensance et de l’anti-racisme, et se plaignant d’être sanctionné pour leur liberté d’expression, les individus issus de cette mouvance se voient justement remettre des prix de la liberté d’expression, alors qu’ils ont pourtant droit de cité dans tous les médias nationaux et paradent à l’assemblée nationale quand ils n’entrent pas carrément à l’académie française, dans la droite ligne d’un Alain Finkielkraut…

Leur caractère faussement subversif n’a d’égal que la reconnaissance qui leur est faite, c’est à dire qu’ils ne valent rien car ils sont dans l’air du temps, ils sont dans la mode de leur époque, une époque médiocre et dangereuse et ne font finalement qu’enfoncer des portes ouvertes, marteler des propagandes qui ont quatre fois l’âge des quinquagénaires qu’ils sont, des quinquagénaires qui n’ont pas connu la guerre et qui n’en gardent que les fantasmes de grandeur, de nation et sont prêts à entrainer dans leur folie collective, un pays tout entier !

Ils ne seraient finalement que de vieux aigris méprisables, si l’occupation médiatique et le harcèlement de leurs thèses n’était pas si prégnant. Leurs idées s’immiscent partout et sapent tous les fondements de la paix sociale. Aucune paix sociale ne saurait en effet demeurer sur la stigmatisation de l’autre et l’avènement de la pureté raciale.

Si Eric Zemmour n’avait pas tant la haine du pays de ses parents, l’Algérie, il ne vilipenderait pas tant nos métissages, métissage dont je veux lui dire ce qu’il confère en intelligence, en intelligence quant au dépassement de soi et dans la compréhension des autres.

Nos métissages qui permettent de voir les ponts entre les hommes là où lui ne conçoit que des lignes de fracture !

Je veux lui dire cette fierté d’être métis, cette chance aussi, cette ouverture sur le monde et sur l’autre, ce succès du multiculturalisme, cette riche addition de savoirs culturels, en tant que métis, là où ce qu’il professe n’est que reniement et repli.

Aucune nation, aucun peuple ne s’est construit sans échanges, nous ne saurions adhérer à cette vision résolument triste qu’il nous propose, nous ne saurions adhérer à ses idées extrémistes qui ont lamentablement échoué en Europe comme ailleurs.

Nous ne pouvons que lui rappeler l’échec de ses thèses hier, comme l’échec de ses pronostics aujourd’hui.

Par sa victoire, cette équipe sportive Allemande de la diversité et du multiculturalisme vient encore de lui prouver qu’il a tort, saura-t-il l’admettre et se taire ? 

Suleiman Rouibi

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