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Au Port de Fort-de-France hier soir, une soixantaine de militants écologistes ont été violemment bousculés, trainés par des gendarmes déchaînés. Ces militants n'étaient pas armés, ils ne posaient pas de bombe, ils n'étaient pas fichés S, ils n'étaient pas présumés terroristes. Ils étaient seuls face à leurs convictions, face à leur volonté de refuser que la population martiniquaise soit victime d’un nouvel empoisonnement, après le chlordécone. A regarder l’important dispositif de gendarmes et policiers que le Préfet a choisi d’envoyer contre ces quelques manifestants écologistes qui tentaient pacifiquement, d’empêcher la sortie d’un convoi transportant du matériel vers l’usine polluante Albioma Galion II, on ne peut s’empêcher de penser aux voyous terroristes de Daesh qui tuent lorsqu’ils le souhaitent, en France. La présence de ces nombreux gendarmes qui se sont défoulés sur les femmes, en majorité, n’aurait-elle pas été plus nécessaire en France pour éviter un nouveau Paris ou Nice, pour éviter de nouvelles victimes ? L'écrivaine Nicole Cage faisait partie des citoyens mobilisés, elle a été soulevée, trainée par les gendarmes qui l'ont balancée à terre comme un vulgaire paquet. Elle dit sa douleur face à la désertion ce soir là, de nombreux militants contre l'injustice.

Camarade... tu me manques...

Dans un post sur facebook, j’ai posé la question de l’absence des élus de mon pays, face au scandale sanitaire, écologique et financier que représente Albioma… Mais en réalité, Camarade… ce n’est pas tant les élus en tant que tels qui m’ont manqué que… toi !  

Nous avons en commun une trentaine d’années de lutte pour ce pays que nous aimons. Nous avons arpenté ses rues et pavés pour dire non à la chlordécone, à l’épandage aérien, à la répression, aux atteintes au pouvoir d’achat, à la profitasion. 

Nous avons enfilé des kilomètres d’heures de réunions, de discussions, de pétitions, de marches, de sitting, de dying, de désordres de casseroles aux abords de la Préfecture. 

Nous avons ensemble pris des coups comme lors de l’assaut des CRS quand des enseignants occupaient le rectorat situé alors à Bellevue pour défendre le droit de vivre et travailler au pays.

Nous n’avons jamais eu la même conception de la lutte et de ses moyens, d’où nos engagements dans des organisations et des mouvements différents. Pourtant, toutes ces années de combats partagés ont fait de nous, du moins le croyais-je, des camarades à-la-vie-à-la-mort… Pourtant, sans qu’aucune parole ne soit posée, c’était bon pour chacun de savoir l’autre là… Un regard, un sourire échangés, une bouteille d’eau partagée disaient mieux que des mots le bonheur d’être là, ansanm-ansanm…  

Hier soir, quand les CRS nous ont délogés avec la violence que tu leur sais… tu m’as manqué… Je me suis demandé quelle raison majeure justifiait ton absence… Je me suis demandé en vertu de quelle impérieuse exigence tu n’étais pas là, comme avant, pour défendre notre droit au respect de notre santé et de notre environnement. Comment tu pouvais ne pas être là pour protéger Pascal Tourbillon, pour empêcher aux molosses de brutaliser Myriam Malsa, Anicia Berton ou moi-même…

La réponse, je l’ai eue ce matin dans le commentaire d’un internaute qui, à ma question « Oú sont les élus de mon pays quand les militants et le peuple sont malmenés par les "forces de l'ordre » ? » a parlé de notre combat comme un « bashing du MIM ».  

Ainsi donc, désormais, toute lutte, tout rassemblement, toute protestation est devenue suspecte à tes yeux ! Comment est-il possible que toutes les causes qui t’ont paru justes jusqu’à ce jour soient désormais frappées du sceau de la suspicion ? Je t’ai toujours connu un profond respect pour les militants de l’ASSAUPAMAR. Est-il possible qu’en l’espace de huit mois, ils soient devenus de dangereux ennemis, des traitres à la cause ?

Est-il imaginable qu’au nom du « respect pour mon vote du 13 décembre » dont vous avez fait votre cheval de bataille, vous (tes camarades, tes alliés et toi) demandiez aux travailleurs, aux militants, aux hommes et femmes engagés aux côtés de qui tu as lutté pendant tant d’années, de faire un « moratoire » sur toutes les luttes politiques, syndicales, écologistes, sociales qu’ils trouvent légitime de mener ?  

Je vais te faire un aveu, Camarade… Le 13 décembre dernier, dans le secret de l’isoloir, en dépit de la stupeur provoquée en moi par l’improbable alliance, en dépit de ma prise de position publique contre cette époustouflante alliance, en dépit du désaccord supposé de mon organisation politique, dans le secret de l’isoloir, oui, malmenant mes propres principes… j’ai voté Gran Sanblé pou ba péyi-a an chans.

Je suis sortie du bureau de vote de ma commune en paix, ayant le sentiment d’avoir fait, en mon âme et conscience, ce qui me semblait, malgré tout, mieux pour mon pays. 

Je n’imaginais pas qu’un jour, au nom de ce vote, tu en viendrais à faire de moi ton ennemie ! Je n’imaginais pas qu’un jour, au nom de ce vote, vous demanderiez, les tiens et toi, aux militants de ce pays, de se tenir tranquilles !  

Car c’est justement au nom de ce vote, au nom de mon bulletin mis dans l’urne que je vous demande, à défaut de soutenir nos combats, de ne pas les entraver…  

Et je suis si pleine de foi en l’humain, et en toi Camarade, que je choisis de croire que ce soir, tu seras là, sur le port, avec tes frères et sœurs de lutte, pour dire non au scandale Albioma… Je t’imagine arrivant… Il n’y aura de ma part, aucune ironie, aucune allusion perfide, aucune agression verbale… Je te regarderai avancer, je t’accueillerai avec ce sourire du cœur que tu me connais… Et si j’en ai le courage, j’irai vers toi pour une étreinte silencieuse… Et cette étreinte dira : « C’est si bon de te retrouver, Camarade ! »     

Nicole Cage

Fort-de-France, le jeudi 25août 2016     

 

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