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L’ouragan Irma a dévasté les îles de Saint-Martin et Saint-Barthémémy. Le Président de La République française, Emmanuel Macron, veut faire taire toutes les  critiques et il s’énerve quand on lui rappelle l’incurie de son gouvernement, pourtant démontrée par les faits. Mais ce président aux idées complexes, peut-il réparer un autre désastre tout aussi complexe, celui de l’acceptation par les colonisés de leur situation coloniale ?

Saint-Martin, cétait en Septembre 1995 après le passage du cyclone Luis : Les médecins de l’hôpital accusent les pouvoirs publics

 

Une majorité de médecins de l’hôpital de Saint-Martin, et non des moindres, accuse l’administration et les pouvoirs publics de « négligence grave. »

Luis et Marilyn, on le sait, ont causé à l’hôpital de Saint-Martin des dégâts considérables. Dans une motion assez virulente, les docteurs Balit, Bardinet, De Caunes et Marchesseau, exerçant des fonctions à haute responsabilité dans cette structure, mettent en cause, à cet égard, l’administration hospitalière et les pouvoirs publics : 

Ils ont, écrivent-ils, « fait preuve de négligence grave en ne prenant pas les mesures qui s’imposaient pour l’hôpital de Saint-Martin face au risque cyclonique. ».
 

 

 

Raison majeure de cette accusation, l’état actuel de l’hôpital :

« Depuis trois jours, le bloc chirurgical est fermé

« Colère logique que celle des praticiens de Saint-Martin, confrontés à une situation sanitaire grave.

 

« Nous pensons, déclarent-ils, qu’il est inadmissible que la population de la partie française de Saint-Martin et Saint Barthélémy ne puisse bénéficier d’interventions chirurgicales d’urgence en cas d’accident, de maladie chirurgicale aigue ou de complication d’un accouchement. L’isolement devient total et sans ressources lorsque les circonstances météorologiques rendent impossible les transferts sanitaires d’urgence vers la Guadeloupe. »

 

Aussi réclament-ils « la mise à disposition d’un bloc chirurgical de campagne pour faire face aux urgences. A défaut, nous demandons qu’un accord soit trouvé avec les responsables de l’hôpital de la partie hollandaise afin que nos malades chirurgicaux graves et urgents puissent y être transférés et opérés. »
 

 

Des carences dénoncées depuis longtemps

Cette ire des médecins de l’hôpital semble d’autant plus justifiée que les professionnels de santé avaient depuis longtemps dénoncé la fragilité de la structure, fragilité déjà illustrée lors du passage d’Hugo à Saint-Martin.

« La situation actuelle était prévisible et pourrait être prévenue. Nous savons que l’hôpital était vétuste, fragile, non conforme aux normes d’architecture et de sécurité des hôpitaux publics (…) Nous savions aussi qu’il était exigu, inadapté à l’exercice de la médecine moderne, et chroniquement atteint de dysfonctionnements qui le rendent inapte, en temps ordinaire, à accomplir son rôle face aux besoins normaux de la population Ces problèmes de fond, rappellent les médecins signataires, sont dénoncés depuis des années et ont conduit en juin dernier  à une grève générale du personnel. » Les réponses apportées sont qualifiées de « vagues, partielles et totalement insuffisantes. » 

les évènements semblent confirmer ces qualificatifs.

Quoi qu’il en soit, reste à gérer la situation actuelle : outre un bloc chirurgical de campagne pour faire face aux urgences, les médecins pétitionnaires demandent « la nomination immédiate d’un directeur permanent résidant à Saint-Martin et qui assure la permanence administrative de l’hôpital. »

 

 

Il fait en effet peu de doutes que le fait que l’hôpital ait été, en période cyclonique, confié à un directeur par  intérim résidant à Basse-Terre et absent lors  du passage de Luis, n’a pas  facilité   la tâche du personnel confronté au cyclone.

« Nous souhaitons, poursuivent les signataires, que ce directeur d’hôpital, comme la situation l’exige, avec un esprit de santé publique, de dialogue et de compréhension des situations individuelles. (…) »

Reste à attendre l’effet de cette motion. Il semblerait logique que les carences et dysfonctionnement mis  en évidence par  le passage de Luis soient, cette fois, définitivement palliés : nul n’a certainement besoin qu’un patient éventuel soit victime d’un accident grave pour se décider à agir.

M.A

 

 

Un rapport public la Cour des Comptes, ayant pour titre « La Santé dans les Outre-Mer. Une responsabilité de la République », décrit ce traitement complètement à part des outre-mer.

Les magistrats de la Rue Cambon écrivent en introduction de leur rapport :

 

« Les outre-mer français comptent aujourd’hui 2,7 millions d’habitants, soit 4 % de la population totale de notre pays, repartis dans des zones géographiques fort éloignées les unes des autres, comme de la métropole, et inscrits dans des cadres institutionnels très différents : d’une part, cinq départements (Martinique et Guadeloupe aux Antilles, Guyane, La Réunion et Mayotte), d’autre part, six collectivités : la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Wallis-et-Futuna, Saint-Barthélemy, Saint-Martin et Saint-Pierre et Miquelon

Malgré́ leurs spécificités géographiques, humaines et organisationnelles, les départements et collectivités d’outre-mer ont en commun d’être confrontés à des problématiques sanitaires d’une nature et d’une ampleur souvent particulières. »

C’est pourquoi la Cour des comptes a effectué́, avec le concours des chambres régionales et territoriales des comptes de Guadeloupe, Guyane, Martinique, Saint-Barthélemy et Saint-Martin, de La Réunion et Mayotte, et des chambres territoriales des comptes de Nouvelle- Calédonie, de Polynésie française et de Saint-Pierre-et-Miquelon, une enquête d’ensemble sur la santé dans les différents outre-mer.

Plusieurs considérations ont guidé ce choix.

La République est une.

Si les collectivités d’outre-mer ont un statut qui, aux termes de l’article 74 de la Constitution « tient compte des intérêts propres de chacune d’elles au sein de la République », l’article 72-3 affirme que « la République reconnait, au sein du peuple français, les populations d’outre-mer, dans un idéal commun de liberté́, d’égalité́ et de fraternité́ ». À ce titre, s’applique le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 qui dispose que la Nation « garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère (...) la protection de la santé ».

Quelles que puissent être les organisations politiques et administratives, il appartient en dernier ressort à l’État d’en être l’ultime garant et de veiller à ce que soit assurée l’égalité́ de chacun dans le domaine de la santé, où qu’il vive, en métropole ou dans les outre-mer. »

 

Et face à l’inégalité évidente, ils écrivent quelques paragraphes plus loin :

« S’impose ainsi une stratégie de santé dans les outre-mer à la fois d’ensemble, fédérant autour de quelques grands objectifs communs, et différenciée, s’articulant sur la diversité́ des situations selon les territoires, qui progressivement permette de réduire les écarts les plus lourds et réponde à l’enjeu d’égalité́ des chances dans la République »

 

Vous avez dit égalité des chances ?

Les départements ou territoires dits d’outre-mer n’ont jamais été traités comme étant égaux à ceux de la France dite hexagonale. Les femmes et hommes politiques de ces contrées lointaines de la France, qui depuis la loi de départementalisation, loi d’assimilation de 1946, interviennent sur les bancs du Parlement ou du Sénat, ne l’ignorent pas.

Après le cyclone Edith qui avec des vents dépassant les 200 km/h, dans la nuit du 24 au 25 septembre 1963, a fait 10 morts.

À la suite du passage du cyclone Edith le 24-25 septembre 1963 à la Martinique, Aimé Césaire se demande : « qu'est-ce qu'une économie qui est à la merci d'un coup de vent ?

Devant le refus du gouvernement de promouvoir la diversification des cultures et l'industrialisation, Césaire fait appel métaphoriquement à un cyclone :

« Puisqu'il s'agit de cyclone, qu'il y en a un que je souhaite de tout cœur aux Antilles : celui qui nous débarrasserait à la fois de la bureaucratie paralysante ; de la centralisation aberrante et du paternalisme humiliant.

Ah oui ! alors et alors seulement le peuple martiniquais reprendrait confiance dans les destinées du pays ». (Le Progressiste, 8 novembre 1963)

 

« De qui se moque-t-on à De Briant ? » est le titre d’un article du journal du PPM, « Le Progressiste » (30 janvier 1964), qui évoque et publie une lettre d’Aimé Césaire adressée au directeur général de la Société immobilière Antilles-Guyane.

Le maire de Fort-de-France, « ayant déjà demandé en 1959 aux constructeurs du lotissement De Briant de modifier leurs dispositions afin d'éviter des inondations, il demande que la Société immobilière Antilles- Guyane porte une certaine responsabilité pour les dégâts causés par le cyclone Edith et qu'elle modifie les contrats avec les locataires. »

On n’avait pas attendu les lois-cadeaux de défiscalisation pour que les constructeurs privés fassent la pluie et  le beau temps dans le  pays, sans en assumer les conséquences.

« Après « Beulah » : nouvelles recommandations du maire de Fort- de-France » peut-on lire dans « Le Progressiste » du 26 octobre 1967. Y figure le texte d'une longue lettre adressée au préfet à la suite des dégâts causés par la tempête tropicale Beulah. Aimé Césaire demande l'intervention du Service des Ponts-et-Chaussées pour remplacer des ponts et pour améliorer le lit de la rivière Levassor afin d'éviter de futurs problèmes. Les pluies torrentielles de Beulah avaient fait 14 morts en Martinique.

Dorothy la tempête tropicale qui fait 38 victimes

Les 20 et 21 août 1970 des pluies torrentielles s’abattent sur la Martinique accompagnées de vents forts jusqu’à 137km/h. Les dégâts sont importants. Le Pont de chaine ne résiste pas à la force de la rivière Madame, sortie de son lit pour envahir la capitale. Le bilan humain est lourd.

 

Dans son édition du 27 août 1970, « Le Progressiste » informe que le maire de la capitale, Aimé Césaire, « demande que le directeur de la Société́ immobilière Antilles-Guyane cesse de construire à la Plaine Dillon des maisonnettes en rez-de-chaussée à même le sol, car depuis l'ouragan Dorothy les 20-21 août qui a causé́ 15 morts, il est évident qu'il ne faut construire dans ce quartier que sur pilotis. »

Inutile de continuer la liste des phénomènes météorologiques qui ont rappelé le traitement colonial des possessions de la France. En 1979 le cyclone David, avec ses rafales de vent à plus de 200 Km/h, n’a pas causé de pertes humaines en Martinique mais il a endommagé des maisons, des écoles, des églises laissant 500 sans abris et des cultures dévastées.

David a fait aussi de heureux indemnisés, ce qui a poussé le Groupe communiste à l’Assemblée Nationale  à demander la création d'une commission d’enquête sur les conditions d'indemnisation des victimes du cyclone David, dans les départements d'outremer. (« Le Monde » 20.02.1980) :

Les communistes dénoncent le « scandale » des « détournements de fonds publics » qui, selon eux, se sont produits à l'occasion des indemnisations. Ils accusent certains employeurs, notamment dans les grandes plantations de bananes, d’avoir perçu 4 500 francs par hectare puis licencié de nombreux travailleurs, alors que le versement de cette indemnité impliquait le maintien de l’emploi.

Le groupe communiste affirme que le cyclone David, qui a détruit la « quasi-totalité de la production de bananes » le 29 août 1979, a fourni aux gros propriétaires « l'alibi qu'ils attendaient » pour « appliquer leur plan de liquidation de l'emploi. » Il dénonce également des « retards importants » dans le versement de l'allocation exceptionnelle de chômage.

Les députés communistes projettent de déposer dès la rentrée parlementaire de printemps, une proposition de loi destinée à codifier les modalités d'indemnisation des victimes de catastrophes naturelles. »

Il y a eu Allen en 1980, Gilbert en 1988 et d’autres, mais ils ont fait peu de dégâts en Martinique, réservant leur fureur à d’autres îles de la  Caraïbe.

Personne n’a oublié le cyclone Hugo, qui en 1989 avec des vents en moyenne à 230 km/h avec des pointes à 300, a dévasté la Guadeloupe et ses îles. Certains l’avaient qualifié de cyclone luciférien.

Les autorités françaises avaient été très critiquées,  comme le rapportait le  journal « Le  Marin » :

« Le maire de Saint-François, le secteur le plus  touché de l’île s’insurge :

« C’est encore la France ici ou quoi ! Plus de quarante-huit- heures après Hugo, je n’ai pas vu un militaire. Et toute cette population sinistrée. Le ministre Le Pensec (Ndlr : Ministre des Départements et Territoires d'Outre-mer et porte-parole du gouvernement Rocard 2) est venu lundi. Il a eu de belles formules et m’a promis des hommes du Génie civil avant la nuit. J’attends toujours. Si on me donne tous les moyens, je peux redresser la situation dans moins de deux mois et ne pas rater une partie de la saison touristique qui est notre principale ressource, sinon ce sera la catastrophe pour longtemps. »

 

Jacques Chirac, alors maire de Paris et président du RPR (ancêtre de l’UMP devenu « Les Républicains ») en profite pour écorcher la Gauche estimant que « les aides étaient, d’une part trop faibles et d’autres part qu’elles parvenaient tardivement. » Interview du ministre de l’Outremer Louis Le Pensec par Daniel Hillion. « Le Marin » 10 novembre 1989).

Recherche égalité réelle désespérément… depuis 1946

La loi de départementalisation, loi d’assimilation du 19 mars 1946 est votée seulement depuis quelques mois, que déjà à l’Assemblée Nationale le 5 août 1948, son défenseur et  rapporteur Aimé Césaire se bat pour repousser un amendement qui permettrait au gouvernement d'appliquer la législation de la sécurité sociale dans les départements d'outre-mer selon des décrets d'application au lieu de le faire directement, automatiquement et sans modification, comme c'est le cas dans les départements métropolitains.

« Il est évident que si vous conservez à la Martinique, contrairement à ce que vous aurez fait en France, le taux actuel des allocations pour les vieux travailleurs, soit 700 francs par mois, en l'occurrence vous accorderez tout simplement à ces travailleurs martiniquais une sorte de sportule dédaigneuse, absolument indigne de la France, (...) La plus grande faute serait de faire de ces départements uniques, des départements sur papier, des départements « pour rire ».

Ce mythe doit cesser. Vous devez appliquer dans ces nouveaux départements la législation française dans son esprit et dans sa lettre. »

 

Dans « Justice » du 13 octobre 1949, à la suite d'attaques à la radio et dans la presse socialiste de Martinique contre les tendances séparatistes des communistes, Césaire répond en citant les conditions socio-économiques de l'île et précise encore une fois sa conception de l'assimilation :

« Nous disons et répétons que « l'assimilation » n'a jamais été que la forme des aspirations de notre peuple, à la liberté, à l'égalité et à la justice, et que toute politique fondée sur les principes contraires : de la discrimination raciale déclarée ou hypocrite, de la violence et de l'obscurantisme ne peut que soulever la colère du peuple martiniquais. Car [...] il y a un peuple martiniquais : avec son âme, ses traditions, son originalité, sa dignité, sa fierté. »

« Justice » du 27 avril 1950 rapporte que le Député-Maire de Fort-de-France « écrit au ministre des Finances et au ministre du Travail pour demander l'application de la loi portant revalorisation des rentes des accidentés du travail dans les départements d'outre-mer. Le système actuel, déclare Césaire, n'offre qu'une rente minime dans un département où le coût de la vie est plus élevé qu'à Paris. « Il aboutit purement et simplement à achever les blessés et à se débarrasser de ceux qui, après avoir contribué à l'édification d'immenses fortunes, sont jugés inutiles. »

 

Une semaine plus tard, le 5 juin 1950, c’est à l’Assemblée Nationale que le Député martiniquais dénonce une fois encore les inégalités infligées à ses compatriotes :

Au cours d’un débat sur l'inégalité dans l'application de la législation de la sécurité sociale, Césaire interroge : Au ministre du Travail et de la Sécurité sociale, il demande comment un accidenté du travail à 75 % peut toucher une rente annuelle de 200 francs, somme souvent dépassée par le prix du billet d'autobus pour descendre en ville afin de toucher sa rente.

 

Monsieur le Ministre, ce scandale va-t-il encore durer longtemps ? Va-t-on continuer longtemps encore à se gargariser des mots d'humanisme et d'égalité raciale tout en ne faisant rien ? Ce n'est pas à vos paroles que nous vous jugerons ; nous vous attendrons aux actes. Il est temps que vous agissiez. En attendant, je constate que des centaines et des centaines d'hommes, usés par le travail, victimes d'oppression coloniale et capitaliste, sont, à l'heure actuelle, achevés par vos soins. »

 

Pour que la France applique l’égalité dans les Départements d’outre-mer, Aimé Césaire intervient à la tribune de l’assemblée Nationale pendant des années et des années.

L’impossible égalité est encore évoquée lorsque, sur la place de l'abbé Grégoire, à l'occasion du bicentenaire de la naissance de l'abolitionniste (1750-1950). Sur la place inaugurée dans le quartier des Terres Sainville, « Césaire évoque la vie de l’abbé Grégoire. Avec une éloquence très simple, Césaire montre comment Grégoire a obtenu la première abolition de l'esclavage pendant la Révolution. Il souligne les conditions particulièrement difficiles dans lesquelles l'abbé Grégoire a mené la bataille contre l'abolition, et relie la situation à la fin du 18 siècle à la présente :

 

« L'ennemi contre lequel l'abbé Grégoire combattit toute sa vie n'est pas terrassé. Le préjugé de couleur n'est point mort. Ni à la Martinique hélas. Ni aux portes de la Martinique, dans une grande nation qui menace aujourd'hui le monde d'une guerre épouvantable. [...] Le nom de l'abbé Grégoire, suggère Césaire, symbolise notre volonté inébranlable à nous Martiniquais de mener notre histoire [...] au terme que lui a fixé, il y a deux siècles, la prophétique étendue du regard de l'abbé Grégoire : La Liberté vraie, et l'Égalité sans détours.

(Discours d'inauguration de la place de l'abbé Grégoire à Fort- de-France (Martinique) à l'occasion du bicentenaire de la naissance de l’abolitionniste - Brochure imprimée par l'Imprimerie du Courrier à Fort-de-France)

 

Des syaks sur l’autoroute du mensonge colonial

Depuis le 19 mars 1946, à pieds, à cheval, à mobylette puis dans leurs voitures, les Martiniquais s’épuisent à faire des siyaks sur l’autoroute du mensonge colonial, au bout duquel des ronds-points, invite à tourner en rond et s’étourdir dans ce rêve mal papaye de l’égalité.

Etourdis par la consommation à outrance qui nourrit toutes les illusions, les victimes de l’inégalité ont perdu toute envie de se battre et subissent endormis, tous les coups du système colonial et capitaliste que dénonçait le Député martiniquais, avant qu’il ne s’endorme lui-même dans un moratoire provoqué par l’arrivée de la Gauche en France, en mai 1981.

Si on veut entendre aujourd’hui un parlementaire inviter les travailleurs à se battre, à descendre dans la rue, à se mettre en grève pour défendre leurs droits, il faut aller le chercher sur les bancs du Groupe de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Aimé Césaire qui a commencé son parcours politique au Parti Communiste l’a fait, au nom de l’égalité encore. C’était dans le journal « Justice » du 5 avril 1951 :

 

« La Martinique ayant été bouleversée par de nombreuses grèves en février et mars, le Préfet a établi une commission pour analyser la situation et proposer des solutions. Mais Césaire observe que cette commission n'a accouché de rien, « pas même d'une souris, et que les foyers de grèves, pour avoir été aspergés de quelques gouttes d'eau bénite de mauvaise qualité, ne sont pas pour autant éteints. » La seule solution, note Césaire, est d'encourager les ouvriers à maintenir leurs grèves. »

 

Juin 1951 : Suite au déclenchement d'une grève des ouvriers de l'électricité, dernière en date d'une longue série de grèves en Martinique, Césaire critique vivement la France et met en relief la résistance des Martiniquais à l'oppression. Encore une fois, c'est l'inégalité entre la situation des Martiniquais et celle des ouvriers de la métropole qui est à l'origine du différend, et qui semble faire naître les sentiments nationalistes. Pour Aimé Césaire, les grèves signifient que :

 

La société martiniquaise est profondément malade, le peuple martiniquais reste magnifiquement sain et qu'à la volonté française d'opprimer, volonté de plus en plus évidente, s'oppose désormais une volonté martiniquaise de résistance de plus en plus lucide et de plus en plus farouche. (Justice », 28 juin 1951)

 

Aucun Député de Martinique n’ose aujourd’hui aller aussi loin qu’Aimé Césaire dans la condamnation du système colonial, dans la défense des travailleurs qui osent se lever pour leurs droits. On a récemment été effaré, à l’occasion de la grève des salariés des « Vedettes Madinina », d’entendre Alfred Marie-Jeanne l’indépendantiste, ancien parlementaire et Président de la CTM, demander que soient levés les barrages pour que commencent les négociations.

Une présence à souligner tout de même, celle du Député Jean-Philippe Nilor dans les rues de Fort-de-France ce samedi, aux côtés des manifestants qui refusent la décision scélérate de Macron de supprimer les contrats aidés. Où étaient les autres parlementaires de Martinique, où étaient les nombreux candidats au poste bien rémunéré de Sénateur ?

Si le mot n’est pas prononcé, il s’agit là encore, avec la suppression des contrats aidés, d’une très forte inégalité que subissent les dits « outremer » où le chômage des jeunes explose tous les plafonds. Ceci avec les conséquences qu’on connaît : drogue, délinquance, suicides, départ vers la France, vers d’autres discriminations.

Comment ne pas citer pour conclure, Aimé Césaire le défenseur et rapporteur de la loi de départementalisation mais aussi et surtout, l’auteur de l’incontournable «Discours sur le colonialisme. »

Dans un discours prononcé le 22 juillet 1951 lors de la célébration de la naissance de Victor Schœlcher, Aimé Césaire relie la Martinique de 1951 à l'expérience de Victor Schœlcher un siècle auparavant :

« Ce que nous saluons en Schœlcher, c'est d'abord l'apôtre de la liberté́, c'est le combattant de toutes libertés, et c'est en particulier le restaurateur et le défenseur des libertés martiniquaises. [...]

Césaire distingue entre la liberté́ obtenue par Schœlcher et l'égalité́ qui s'ensuit. La grandeur de Victor Schœlcher est de ne s'être pas contenté de réclamer la liberté́ pour tous les hommes, mais d'avoir découvert que l'égalité́ était son complément naturel.

[...] Liberté, égalité́, ce n'est pas du ciel que Victor Schœlcher attendait votre triomphe, c'était de l'effort de tous, c'était de la volonté́ des peuples, c'était du combat du peuple, c'était de l'action révolutionnaire du peuple. » (Justice, 26 juillet 1951).

 

 

 

Maria une nouvelle tempête, un nouveau miroir

Ce samedi 18 septembre, la météo annonce l’arrivée d’une tempête tropicale, baptisée Maria. Les départements de Martinique et Guadeloupe ont été placés en vigilance jaune dans l’après-midi.

Maria, ce n’est pas la furieuse Irma qui a détruit de nombreuses îles de la Caraïbe, dont les terres françaises de Saint-Martin et Saint Barthélémy. Mais elle sera pour nous le nouveau miroir qui nous montrera notre réalité coloniale.

Lisa David

 

 

 

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