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« On nous aime, mais on ne nous respecte pas. » Ainsi parlait un pompier, Mickaël Cavely, représentant syndical de la CGTM le 16 février. Il s’adressait aux élus de la Collectivité Territoriale de Martinique où les pompiers en grève, étaient venus dénoncer le non-versement par les maires de la dotation obligatoire au SDIS (Service Départemental d’Incendie et de Secours, mettant l’institution dans l’incapacité de payer les salaires et les fournisseurs. Résultat, des casernes où ni l’hygiène, ni la sécurité ne sont respectées, où les véhicules de secours sont en majorité immobilisés, en panne, depuis des mois ou des années. Les pompiers les appellent « ambulances soleil, » parce que souvent les patients transportés sont mouillés quand il pleut. Nous avons fait le tour des casernes de la honte en Martinique.

Nous commençons aujourd'hui à vous raconter ce qui se passe chez les pompiers qui ont beaucoup attendu avant de dévoiler la vérité. Ce mercredi 24 février ils seront à la CTM (immeuble de l’ancien Conseil Général avenue des Caraïbes) à partir de 16 heures autour d’une table ronde avec l’Etat, les élus de la CTM et les maires.

Nous vous raconterons pendant plusieurs jours, en mots et en images, le manque de considération, de respect, que trop d’élus en Martinique ont pour la population. Quand on découvre la réalité des casernes des pompiers, le constat est sans appel : la sécurité des Martiniquais n’est pas assurée.

L’illusion de sécurité que nous avons repose sur la bonne volonté des pompiers, sur leur dévouement. Parce que nulle part ailleurs, des salariés n’accepteraient de travailler dans de telles conditions.

Au Marin c'est en marche arrière que les camions peuvent entrer dans la caserne, tellement la rue où elle est située dans une ancienne maison d'habitation, est étroite. Nous y avons rencontré de jeunes pompiers qui nous ont avoué que dans cette ville où se trouve la plus grande marina de Martinique, il n'y a pas de bateau pour éteindre un éventuel incendie !

A Fort-de-France, dans leur caserne toute récente, l'une des deux étant construites aux normes anti-sismiques, il y a un bateau de sauvetage, mais pas de mise à l'eau. J'ai cru que c'était un gag.

J’ai soupiré en regardant un drapeau bleu-blanc-rouge accroché dans une caserne. Ces casernes de la République française, que ne nous envierait pas un pays pauvre où il n’y a pas d’Etat, pas d’élus, pas de syndicats, pas de presse pour dire.

Mais dans ce pays Martinique, ce sont nos élus martiniquais qui prennent les décisions, qui font les choix politiques. Et quand les pompiers racontent dégoutés, désespérés, que le maire du Lorrain Justin Pamphile, dont l’arrogance n’a d’égale que son irresponsabilité, leur répond que sa mairie n’a pas d’argent, qu’il s’est occupé des trottoirs, on reste sans voix.

J’ai tourné la tête, j’ai eu honte pour mon pays, quand sur le parcours après avoir déjà constaté l’indicible dans deux casernes, j’ai demandé au jeune pompier qui me conduisait comment ils pouvaient depuis tant d’années, accepter cette situation. Il m’a parlé des personnes âgées couchées dans l’ambulance, de leur détresse. Il ajouté la voix pleine d’émotion : « j’ai l’impression des fois de transporter des animaux. »

Et pour cause, les ambulances qui transportent les malades ou les blessés dans ce pays sont dans un état déplorable, c’est une indignité. Amortisseurs et freins en mauvais état, climatisation défaillante, vitres cassées non remplacées, pneus lisses. Il faut vraiment que le danger paraisse imminent pour que les voitures avec des pneus trop usés soient immobilisées. Une ambulance en intervention la semaine dernière a eu une crevaison, le matériel étant inadapté pour intervenir, les pompiers n'ont pu repartir que grâce à l'aide d'un camionneur. Il faut des fois utiliser une bâche pour couvrir un patient et lui éviter d’être mouillé pendant son transport à l'hôpital.

Pour désigner une ambulance en bon état, il disent : « la Soleil ». L'humour pour continuer à partir.

Guidés par la passion du métier qu’ils ont choisi, ils partent au secours de la population. Hier alors que nous étions au Lorrain, une équipe est partie en renfort des pompiers de Saint-Pierre appelés pour secourir des marcheurs qui ont fait une chute à la montagne Pelée, au lieu dit « descente du Chinois. »

Pendant que nous étions à la caserne de Saint-Pierre qui partage avec toutes les autres vétusté et manque total de confort, l’équipe de Saint-Pierre s’y est arrêtée, le temps de se changer rapidement et conduire les marcheurs dont une était légèrement blessé à la tête, aux urgences de la Meynard à Fort-de-France. Ils avaient grimpé pendant deux heures pour secourir les deux marcheurs.

L’un des sauveteurs, un pompier volontaire revenu souriant après avoir accompli sa mission, attend depuis deux ans de percevoir des primes qui lui sont dues.

Dans l’ambulance le couple avait lui retrouvé la sourire, ils étaient tous les deux reconnaissants aux pompiers de les avoir sorti de cette descente imprévue et attendaient de pouvoir prendre un ti-punch en famille.

Le SDIS compte 250 pompiers professionnels et 1200 pompiers volontaires. La base du salaire de ces derniers est de 3 euros l’heure.

A Case Pilote les pompiers installés sous la tribune du stade de Football. L'Incroyable indignité.

Nous avons terminé notre deuxième jour de visite des casernes à Case-Pilote où ce que nous avons vu dépasse l’entendement. Installés dans l’ancien local des éboueurs, sous la tribune du stade de foot, les 40 pompiers (8 professionnels et 32 volontaires) travaillent dans un trou à rats.

L’une des façades n’est qu’une une grille en métal, ouverte aux rongeurs et à poussière. Les passionnés de football qui montent ou descendent les escaliers des tribunes, ont l’intérieur de la cuisine offerte en spectacle gratuit.  

Les pompiers font des gardes de 12 ou 24 heures, pourtant il n’existe aucune pièce destinée aux poses repas ou de repos. Ils n’ont qu’une pièce pour tout. Les femmes et les hommes partagent les mêmes toilettes. (La vidéeo sera visible ici dans quelques heures)

La visite est de Case-Pilote est bouleversante.

Pourtant le maire, Ralph Monplaisir, membre du parti « Les Républicains » (ex UMP) et grand fan de Sarkozy et de Claude Guéant aurait pu bénéficier de la réserve parlementaire de ses amis Députés.

Alfred Almont, ancien maire UMP de Schloelcher en a bénéficié. Le 12 juillet 2013, le maire de la commune du Carbet, Jean-Claude Ecanville, m’affirmait que c’est le Sénateur martiniquais Serge Larcher, qui l’a fait bénéficier de sa réserve parlementaire pour refaire la clôture du stade de hand-ball et de basket-ball.

Dans ces petits cadeaux entre amis, il n’est pas question de parti politique. Exemple Le sénateur socialiste du Finistère Marc François, qui s’est occupé de « la déconstruction du clocher de l'église » de Macouba, dont le maire UMP est Sainte-Rose Cakin. Il a bénéficié de 30 000 € pour un projet estimé à 83 468 €. Où est allée la Réserve Parlementaire en Martinique | Free Pawol

Les maires définissent leur priorité pour leur commune et manifestement la sécurité des administrés n’en est pas une. Nous reviendrons dans des prochains articles sur toutes ces communes qui ne respectent pas leurs obligations vis-à-vis du SDIS et nous vous présenterons toutes les casernes.

Les pompiers ont beaucoup attendu avant d'enteprendre des actions de protestation. Peut-être qu'un jour on les remerciera d'avoir agit ainsi, pour qu'enfin tous les élus et la population prennent conscience de l'état de nos services de secours. En cas de séïsme important, on pourraau moins espérer que de nombreuses vies seront sauvées.

Lisa David

 

 

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