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Des élus du MIM, mais pas qu’eux, se sont abstenus lors du vote du budget du Comité Martiniquais du Tourisme et pour sa présidente Karine Mousseau, soutenue par Yan Monplaisir, ces mauvais votants veulent saboter le travail accompli. Ils l’ont affirmé au cours d’une conférence de presse. La réponse des accusés est tombée trois jours plus tard. Face à aux journalistes conviés et documents à l’appui, ils ont exposé une autre version des faits, pour démontrer un pouvoir solitaire de la présidente qui « ne respecte pas les statuts, engage des dépenses sans en informer le bureau et sans délibération ». Si l’ouragan qui a frappé violement les îles touristiques de la caraïbe faisant exploser le nombre de touristes (plus d’un million) arrivés dans l’île aux fleurs, la tempête politique qui s’annonce risque bien de dissuader les Martiniquais de croire, que le tourisme revêt un intérêt économique pour le pays. 

Pourquoi sommes-nous là » interroge un journaliste faussement naïf, pendant la conférence de presse du CMT (Comité Martiniquais du Tourisme) le mercredi 24 avril 2018. Mais personne n’ignore dans la grande salle de réunion au 15ème étage de la Tour Lumina, qu’au cours de la réunion houleuse du Conseil d’Administration qui s’est tenue deux jours plus tôt, des invectives se sont échangées. Karine Mousseau s’est appliquée à justifier ses choix pour augmenter le nombre de touristes, avec « mon équipe, telle une armée sur le terrain. » A écouter la présidente, on se dit que les abstentionnistes sont en colère, parce qu’ils voyagent moins. On se dit qu’elle cherche l’efficacité, que les abstentionnistes sont simplement mécontents de voyager moins aux frais du contribuable :

« Nous avons besoin de personnes qui savent parler anglais, allemand, espagnol, c’est pour cela que j’ai donné oui, la priorité aux déploiements de mes équipes sur le terrain. Ce sont donc bien les techniciens qui doivent être sur le terrain et pas les élus. C’est pour cela que les frais de mission des élus ont diminué de plus de 25% depuis 2015. »


Yan Monplaisir qui affirme son soutien à la présidente, membre de son camp politique, enfonce le clou :

« Les résultats sont là. Un budget en baisse par rapport à 2015. Un budget qui malgré la contrainte, permet les résultats qui nous ont été annoncés… C’est la première fois, sans doute que la conjoncture sert un peu Karine Mousseau, mais même avec une conjoncture, un contexte général meilleur, on aurait pu ne pas avoir de résultat. C’est la première fois, depuis une quinzaine d’années, qu’il n’y a pas eu de fermeture d’hôtel.  Il n’y a pas eu de fermeture d’hôtel. Il faut le souligner. On a fermé plus d’un hôtel par an pendant dix ans. Statistiquement un hôtel et demi. Pour la première fois on ne ferme plus d’hôtel.» On ne peut s’empêcher de lui faire remarquer qu’évidemment, puisqu’il ne reste pas grand chose à fermer !

Le président de  la Commission Economie et Tourisme à la CTM continue son exposé de la situation en soulignant lui aussi, comme un élément important du bon bilan de sa présidente :

« On a diminué les déplacement des élus, je trouve que c’est exemplaire. Il faut donner l’exemple. Il faut donner l’exemple, comme dans une entreprise. Comment pouvez-vous dire à vos collaborateurs de ne pas gaspiller, si vous ne donnez pas l’exemple. Si vous faites plusieurs fois le tour du monde avec l’argent public. » La charge est lourde, Yan Monplaisir avec « un ton emporté » ajoute « ça me révolte de voir ça ! »

Il a sur un ton, tout aussi emporté, souligné les retards de versement de la CTM, un montant de 2 millions en moins dans les caisses pour le tourisme.


Les abstentionnistes trois jours plus tard ont organisé une conférence de presse pour, documents à l’appui, démontrer que la présidente ne respecte ni les statuts du CMT, ni la loi.

Après avoir lu et entendu la présidente du Comité Martiniquais du Tourisme, les abstentionnistes rappellent que le CMT n’est pas une entreprise privée, et que même dans ce cas, il y a une obligation de respecter la législation relative aux marchés publics. Marie-Line Lesdéma, l’a martelé : « Le CMT est un établissement public qui est géré par des fonds publics, avec un payeur, un agent comptable, donc nous devons rendre compte à la Collectivité, aux professionnels et aux Martiniquais, de ce que nous faisons de leurs impôts. »

L’élue de la Collectivité Territoriale de Martinique et administratrice du CMT, a expliqué pourquoi des administrateurs, dont elle, se sont abstenus :

« Il est important de dire que nous nous trouvons face à une situation où le Comité Martiniquais du Tourisme et sa présidente désignée, font fi des statuts du Comité Martiniquais du Tourisme. Les statuts disent bien que l’organe dirigeant du CMT est le bureau. La présidente, désignée, doit associer le bureau pour prendre toute décision. »

Pour l’administratrice, « les choses les plus graves se passent au CMT » et elle  cite des cas de marchés aux sommes importantes qui n’ont pas fait l’objet d’appel d’offres, ce qui est illégal. Ces marchés doivent bénéficier de la publicité la plus large possible afin que toutes les entreprises aient une chance égale d'y répondre. L’élue refuse que des administrateurs soient informés par le réseau social WhatsApps ou par mail, de décisions déjà prises et appliquées. Elle a dénoncé les augmentations, des fois importantes « entre 100 et 800 euros rien qu’en 2017 » accordées au personnel, à la tête du client.


 

Si Yan Monplaisir a évoqué le climat très tendu de la réunion du Conseil d’Administration où selon lui, on a pu « ergoter sur des fauteuils ergonomiques », parlant même d’«enfantillages », l’administratrice Nadia Limier, en a donné une autre version. Yan Monplaisir a selon elle insulté Marcel Maran, administrateur du CMT et représentant des « Gites de France » en Martinique, comme elle l’explique dans la vidéo, ici : 


 

Marcel Maran n’a pas caché son indignation et à l’entendre Yan Monplaisir et lui ne seront pas copains de sitôt :


Si la présidente a affirmé dans sa déclaration qu’elle a choisi les administrateurs qui siègent au CCMT, les abstentionnistes ont démenti, elles et ils ont eu à choisir d’y être et ont étés élus par le Conseil d’Administration. Tous ont insisté pour rappeler à Karine mousseau qu’elle a été « désignée », par le président du Conseil Exécutif de la CTM, Alfred Marie-Jeanne. Traduction : son  siège est éjectable.

Louise Telle, Administratrice et présidente de la Commission Nautisme et Croisière qui n’est pas invitée aux réunions concernant ces activités, a elle aussi dénoncé le pouvoir solitaire de la présidente. Celle-ci « a une propension à ne pas saisir les élus du bureau de l’évolution des opérations du CMT. » Elle cite pour preuve « Le film promotionnel réalisé intégralement par la société LMWR, une société que d’ailleurs le directeur du Markéting chérit, parce qu’il ne s’adresse qu’à cette société. Film prévu au budget primitif du Conseil d’Administration du 23 mars 2017 pour un montant de 150 000 €. Un montant qui a été voté, mais une surprise attend les votants :

« Une majoration de 115 985 € est engagée sans concertation. Nous le découvrons. Sans délibération, sans mise en concurrence »

Un versement de 50 000 €  au réalisateur Lucien Jean-Baptiste, s’est aussi fait sans que les membres du bureau n’en soient informés.  Une manifestation au Canada bien nommée « Martinique gourmande », pour un cout de 133 000 €, a nécessité une délégation de 18 personnes. Pas un seul élu présent pour ce voyage gourmand. La présidente a bien expliquée lors de sa conférence de presse, vouloir laisser les élus à la maison.

La vidéo raconte une gestion plus qu’inquiétante pour les contribuables.
 


Le Tourisme en mots qui ne disent pas un rejet inconscient

Karine Mousseau et Yan Monplaisir ont donné leur version des faits, le deuxième allant même à évoquer un complot qui se joue à la Collectivité Territoriale et que certains protagonistes ont intérêt à prolonger au CMT, faute pour eux d’affronter en face « Jupiter ».

Mais au delà des muscles montrés d’un coté pour démontrer un exceptionnel succès du tourisme et les arguments de défense des autres, ce sont bien deux conceptions du développement touristique qui s’opposent et qui se sont toujours opposées en Martinique.

Ce n’est qu’en 1981, avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, que la Gauche locale a commencé à essayé de croire au tourisme comme vecteur du développement économique dans la vieille colonie Martinique, devenue Département français à part entière dans les mots du pouvoir français, mais plutôt entièrement à part dans les faits.

Il suffit de lire « Le Progressiste », publication du Parti Progressiste Martiniquais, ou « Justice », le journal du Parti Communiste Martiniquais de ces années de pouvoir de la Droite en France. Un pouvoir qui a duré 23 ans avant l’historique victoire de la Gauche le 10 mai 1981. Pendant que les Parlementaires de Droite vantait les vertus du tourisme, à Gauche cette activité était rejetée, soupçonnée d’entrainer la prostitution, de contribuer à la bétonisation de nos terres, de détruire nos plages. Et dans le journal du parti d’Aimé Césaire où l’écologiste Pierre Davidas était rédacteur, en ces temps où sur l’habitation du maître on ne plantait pas encore de Courbaril de la paix, les mots n’étaient pas tendres.  Quand  Les Salines étaient asséchés, convoités à des fins touristiques, les élus politiques complices des békés étaient dénoncés sans fard :

 

« CHAMPVERT, maire de Saint-Anne, par son silence sur le scandale des Salines, démontre son incapacité, sa nullité dans la défense des intérêts de notre peuple, mais aussi et surtout sa complicité, son état de larbinisme et de serviteur zélé des békés et du pouvoir en place.

SABLÉ, toujours lui, était depuis 1946, conseiller général du Marin. Or à cette époque, le canton du Marin comprenait Saint-Anne. Aussi, Sablé, comme toujours, en serviteur zélé du haut négoce et des békés, a aidé, appuyé les békés dans leur folie de destruction du patrimoine martiniquais à Saint-Anne. SABLÉ et CHAMPVERT ne sont que deux nègres à békés, deux nègres à maîtres, au service de l’oligarchie, ce faisant, de vrais saboteurs de notre pays et de notre peuple. » (« Le Progressiste » 25 Janvier 1978 - (Extraits dans Bwèt Zouti en fin d’article.)

Un mois plus tard toujours dans le journal du PPM, un projet touristique au Vauclin était évoqué sous le titre « Le Grand Macabou deviendra-t-il un vaste bordel international » :

« Le Grand Macabou, c’est cette très belle plage de sable fin que SABLÉ Victor disait à la page 13 de son fameux rapport d’un plan de développement économique et social présenté à la sixième session extraordinaire du Conseil Général de 1946, qu’il fallait prioritairement l’aménager pour permettre le développement touristique de l’île.

Selon nos sources, les barons ROTSCHILD multimilliardaires de leur état, auraient l’intention, eux, d’aménager ces plages à leur façon, et qui ne correspondrait pas nécessairement à ce que SABLÉ disait en 1946. Pour bien comprendre la genèse de l’histoire, il faut savoir que les ROTSCHILD sont arrivés à chasser les nègres martiniquais du Grand Macabou, plage qui était encore jusque dans les années 1950 les plus fréquentées de l’île de la Martinique…

(…) Un vrai scandale se trouve dans le fait que des élus nègres martiniquais répondant aux noms de NERIS, CHARON, CELMA, SABLÉ, ont tranquillement accepté que les barons multimilliardaires ROTSCHILD se permettent d’édifier des clôtures sur les chemins d’accès conduisant sur les plages… »

Le « larbinisme sans limite" des élus est évoqué par Pierre Davidas qui croit savoir qu’une plage de nudiste est envisagée :

« Aujourd’hui, ce qui retient particulièrement notre attention, c’est que des bruits sourds et persistants venant de la haute sphère administrative, laissent entendre qu’il serait question d’édifier entre le grand Macabou et l’Anse Macre le plus grand camp de nudisme intégral jamais connu en Amérique centrale. Oui, 4 kilomètres d’un vaste bordel international. Nous y voilà au fameux lupanar dont on parle depuis des années. Martinique pays à vocation du sexe sans contrôle ! » - (« Le Progressiste »  février 1978)

 

Le poids de l’histoire ne disposait déjà pas les Martiniquais à accueillir les bras ouverts des touristes même si notre sens de l’hospitalité est reconnu de tous.

Ce n’est pas un hasard que ce soit dans le journal du parti d’Aimé Césaire, l’auteur du « Discours sur le colonialisme » que l’écologiste Pierre Davidas pouvait, en toute liberté, sans s’opposer à la destruction de l’environnement par les békés, au nom du tourisme, au nom de leur profit.

Porté par une Droite réactionnaire et assimilationniste au service du pouvoir, le projet touristique en Martinique était porteur de rejet. L’arrivée de la Gauche au pouvoir en 1981 qui a provoqué le moratoire de Césaire et la conversion de son parti au tourisme, n’a pas provoqué celle de la population, prise entre le discours et la réalité.

Une réalité riche de discours, de promesses, depuis des décennies. Exemple cette séance de débats parlementaire au Sénat
le 22 octobre 1980 où le Ministre de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs, Jean-Pierre Soisson (celui qui en 1993 signait une dérogation pour l’utilisation du Chlodécone) répond aux questions et préoccupations de parlementaires de l’outre-mer dont Roger Lise et Edmond Valcin pour la Martinique :

(…) « Je suivrai la politique mise en œuvre, car elle me paraît d'une part, répondre à la préoccupation de ces départements et territoires et, d'autre part, susceptible de leur donner les moyens d'un véritable développement économique.

Encore faut-il que cette politique ne soit pas imposée de l'extérieur sur une réalité locale qui la refuserait ; encore faut-il qu'elle soit suscitée par les responsables eux-mêmes et qu'elle s'intègre dans un programme général de développement. Ce sont les objectifs que je poursuis.

C'est la raison pour laquelle j'ai proposé aux Antilles et à la Réunion l'élaboration de plans triennaux, 1980, 1981, 1982; définis et financés en commun par la direction du tourisme et par chaque département concerné.

Ces plans ont été rendus exécutoires après l'accord des instances locales. Ils dressent, dans un cadre cohérent et chiffré, la liste des opérations à mettre en œuvre dans les domaines de l'assistance technique, des études, des aménagements, des hébergements et de la promotion.

Et, pour répondre plus directement aux questions de MM. Lise et Virapoullé et pour me faire l'écho des préoccupations affirmées par M. Valcin et du souci exprimé par les sénateurs de la Guadeloupe, je m'attacherai de façon particulière à traiter les problèmes des Antilles, d'une part, de la Réunion, d'autre part.

Aux Antilles, les plans triennaux élaborés à la fin de 1979, dont je suis allé moi-même discuter préalablement avec les élus sur le terrain les conditions d'exécution, ont été mis en œuvre en liaison avec les conseils généraux et les conseils régionaux. Je me félicite de la concertation qui s'est engagée et je souhaite qu'elle puisse être encore développée au cours des prochaines années.

Les plans triennaux portent sur quatre domaines essentiels.

Tout d'abord, ils prévoient le renforcement des moyens de l'administration régionale du tourisme. C'est ainsi que j'ai décidé la participation de la direction du tourisme aux frais de fonctionnement des délégations régionales et des comités régionaux et que j'ai recruté des assistants techniques pour conduire certaines actions ou certaines études particulières. De même, seront mis en place des centres régionaux d'observation touristique dont l'objet est de permettre une meilleure connaissance des liens touristiques entre les Antilles, le continent nord américain et l'Europe.

La deuxième direction tend à la valorisation du produit touristique par le développement d'une politique d'aménagement et d'hébergement, et à cet égard cinq actions sont prévues.

La première concerne l'aménagement du littoral par la mise à l'étude, notamment, d'un plan nautique des loisirs et par l'élaboration d'un schéma d'aménagement des plages que je souhaite voir préservées, restaurées quand elles doivent l'être, notamment à la suite des cyclones, et ouvertes à la population antillaise elle-même.

En second lieu, l'aménagement de zones touristiques particulières sera poursuivi. J'ai toujours été attentif aux projets d'investissements et d'aménagements qui ont pu m'être présentés, je le dis à nouveau à MM. Roger Lise et Edmond Valcin. De la même façon, je suis prêt à étudier le projet que M. Dagonia pourrait me présenter concernant le Lamentin. Par ailleurs, je m'efforce d'encourager les efforts déployés qui tendent à la diversification des types d'hébergement. Lors des réunions qui se sont tenues dans les préfectures de la Guadeloupe et de la Martinique, j'avais indiqué ma volonté d'inciter au développement d'une hôtellerie et d'une restauration de type familial par le biais d'établissements créés avec l'aide de l'Etat par de jeunes Antillais.

Messieurs les sénateurs, vos préoccupations confirment le Gouvernement dans sa volonté de mettre l'accent sur le développement d'une petite hôtellerie, notamment à la Guadeloupe dans la région de la Basse-Terre, afin de permettre le développement équilibré de l'activité économique de cet archipel. Je m'efforcerai de soutenir de telles actions et je suis, là encore, dans l'attente des projets qui pourraient m'être présentés par les élus des deux départements.

En quatrième lieu, je rechercherai une meilleure intégration des hébergements aux activités de loisirs, nautiques notamment. M. Valcin, avec raison, a insisté sur ce point essentiel. Les Antilles constituent, en quelque sorte je l'ai souvent rappelé, le soleil de la France.

Elles peuvent offrir des loisirs sportifs dans des conditions inégalables. L'une des clefs de la réussite du développement touristique des Antilles est donc de lier davantage la politique conduite en matière d'hébergement à une politique active des loisirs sportifs et culturels. C'est ce que je souhaite, messieurs les représentants des Antilles, conduire avec vous.

Enfin, en matière d'équipements touristiques, je souhaite l'adaptation des formes de construction au contexte local: il s'agit de ne pas « plaquer » le grand hôtel international sur la réalité antillaise, mais de susciter en quelque sorte une architecture qui soit attractive même pour le Français de métropole. »


 

Qui se souvient de l’architecture de l’hôtel Méridien (resté à l’abandon en 2008 puis détruit en 2016) recherche « l'adaptation des formes de construction au contexte local » !

Yan Monplaisir l’a rappelé « Il n’y a pas eu de fermeture d’hôtel. Il faut le souligner. On a fermé plus d’un hôtel par an pendant dix ans. Statistiquement un hôtel et demi. Pour la première fois on ne ferme plus d’hôtel.»

A coup de licenciements répétés suite à ces fermetures, les jeunes qui avaient cru que le tourisme représentait une chance de travailler aux pays, ont vite déchanté, condamnés à s’expatrier. Une réalité qui rappelle cette déclaration de Camille Darsières, le 5 mars 1979. Le Secrétaire Général du PPM,  secouait le cocotier avec des mots pas vraiment destinés à attirer les touristes :

« Amis européens, auscultez donc mon peuple, prenez son pouls. Il s’en va. Alors pliez bagage, tout doucement. Et puis retirez vous… Allez dire aux travailleurs de France qu’il n’est pas de bras auxquels nous sommes davantage portés à tendre les nôtres que les bras des travailleurs. Oui.
Mais après que, nous Martiniquais, aurons mis de l’ordre dans notre Patrie martiniquaise et que nous aurons garanti du travail sur place, au Martiniquais. Alors séparons nous en frères, quand il est encore temps. »


Alors que Camille Darsières, préoccupé par le chômage et l’exode de la jeunesse martiniquaise, lançait cette invitation aux « amis européens », le Sénateur Valcin avait d’autre préoccupations. Il demandait au ministre Jean-Pierre Soisson libérer, au nom du tourisme, la zone des cinquante pas géométriques.

« La Martinique et la Guadeloupe étant des îles, il s'ensuit que le domaine de l'Etat, et tout spécialement la zone des cinquante pas géométriques, est très important et nécessairement paralysant pour le développement du tourisme. Il convient en conséquence de faire une application réfléchie de la directive du 26 août 1979 du ministre de l'environnement sur le littoral.»

La Droite, soucieuse des intérêts économiques des « gwomordan » des riches investisseurs, n’a pas aidé le développement du tourisme en Martinique en l’associant à la destruction de l’environnement.
          
A entendre ou lire les interventions des politiques ces cinquante dernières années, on pourrait presque croire à des copier-coller. La Gauche qui s’est convertie au tourisme emprunte souvent le même chemin. La mangrove martiniquaise s’en souvient.

Comme les touristes, les mots des responsables politiques passent et reviennent. Le temps d’un séjour de rêve pour les premiers, le temps d’être réélus pour les seconds.

Au cours de leur conférence de presse d’attaque politique, Karine Mousseau et Yan Monplaisir ont regretté que le budget du Comité Martiniquais du tourisme soit réduit de 2 millions d’euros par le Collectivité Territoriale, oubliant de dire que c’est le cas pour d’autres secteurs tout aussi importants pour le pays.

Nadia Limier, administratrice du CMT, l’a rappelé, les marins pêcheurs qui sont confrontés à de nombreuses difficultés subiront eux aussi les restrictions budgétaires, puisque les coupes ont aussi concerné la commission Politique de la Mer. Il en est de même pour les commissions du secteur agricole, du social, de la culture, de l’éducation. Parlant de la situation financière de la Collectivité, l’élue a avoué : « Il faut le dire, nous sommes sous perfusion. »

Au nom du tourisme, faut-il aussi plonger dans l’illégalité en passant des marchés sans appels d’offre ?

Les élus de la CTM, abstentionnistes, ont dénoncé le non respect de la loi en la matière mais le président de l’exécutif, Alfred Marie-Jeanne n’a rien dit. Etonnant silence qui permet à la présidente du Comité Martiniquais du Tourisme de déclarer à la télévision, qu’elle a toute sa confiance.

Karine Mousseau adressait-elle un message subliminal à l’institution judiciaire de Martinique qui a récemment été renvoyée dans les cordes le 22 mars dernier, par la 11e chambre du tribunal de Grande Instance Paris ?  

Lors du procès d’Alfred Marie-Jeanne, de sa fille et son compagnon, pour « prise illégale d’intérêt, faux et usage de faux, et recel », le Procureur de la république de Paris a conclut que l’ordonnance de renvoi dans cette affaire, n’a pas été faite dans les règles. La justice risque bien de se pencher, plus sérieusement, sur les comptes du Comité martiniquais du tourisme.

Quand au Sénat le 22 octobre 1980, Edmond Valcin s’adressait au Ministre de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs, Jean-Pierre Soisson, il concluait son intervention en rappelant l’importance de l’adhésion de la population :

« On dit aussi que le tourisme doit être accepté par la population. C'est vrai, car le tourisme n'est pas l'affaire des seuls promoteurs. Il faut que la population en comprenne la nécessité, collabore à son développement et en tire un bénéfice au niveau de l'emploi et des revenus… »

38 ans plus tard, annoncer plus d’un million de touristes en Martinique, ce qui était déjà le cas en 1998, crier au complot, ne suffiront pas aux responsables du tourisme pour convaincre les Martiniquais que le tourisme contribuera à leur changer la vie, à leur permettre de travailler au pays où ils attendent depuis plus longtemps que l’arrivée du tourisme, un transport public qui bronze sous le soleil du Lamentin où sont stationnés les bus du TCSP.

Lisa David

 

 

 

BWET ZOUTI

 (« Le Progressiste » 25 Janvier 1978)  Extrait :

La nature avait bien fait les choses…

« Les Salines de Saint-Anne, selon les anciens, couvrent une superficie de 102 hectares. Anciennement, c’est à dire jusque dans les années 1950, les Salines étaient reliées à la mer par deux bras. L’un situé au sud-est était dénommé, bras d’entrée. C’est par ce bras que la haute marée s’engouffrait dans les Salines. Et le bras ouest, bras de sortie. En principe, ce bras servait à l’écoulement vers la mer, des eaux emmagasinées en surplus dans les Salines, sous l’effet de la haute marée.

A cette époque, c’est à dire dans les années 1950, les Salines étaient la plus grande réserve naturelle de poissons et crustacés du pays. C’est par centaines de kilos, allant parfois à plus de la tonne, que l’on sortait chaque jour, des poisons de toutes sortes, et crustacés des Salines. Aussi bizarre que cela puisse paraître, c’était ainsi ! En une heure ou deux, les amateurs pêchaient entre 5 à 10 kilos de chevrettes et de crevettes dans les Salines.

Un point est à retenir dans cette affaire ; c’est que la nature avait absolument bien fait les choses. Chaque bras des Salines était bien protégé par une petite mangrove.

Et puis, ils se sont appropriés des Salines

         Seulement, c’était aussi compter sans l’âme maudite des békés et de certains nègres, leurs complices, aidés en cela par l’administration coloniale. La patrie des békés, c’est leurs comptes en banque. Le souci constant des békés, c’est la destruction du patrimoine de notre pays, et partant des richesses martiniquaises.

         Pour bien comprendre l’affaire, il faut savoir que messieurs les békés, depuis des générations, s’étaient tout simplement partagés les Salines, les 50 pas géométriques, au gré de leur fantaisie….

Et décidèrent de saccager les Salines

         Un bon matin, messieurs les békés, (On avance avec instance le nom de de REYNAL), considérant que les Salines conduisaient les nègres à devenir fainéant et à ne plus vouloir travailler la canne comme voudrait le maître, décidèrent d’assécher cet étang et de le combler. N’est-ce pas beau ça, qui dit mieux ?

         Pour ce faire, ils commencèrent par combler le bras sud-est des Salines, c’est-à-dire l’arrivée massive des eaux. Mais, comme ce ne fut pas chose facile, ils arrachèrent toute la mangrove qui protégeait ce bras d’eau. Puis, messieurs les békés installèrent deux puissantes pompes en vue d’assécher les Salines. Une pompe près du bras ouest des Salines, et l’autre, au nord-est des Salines. La population étonnée se mit debout, vociféra et se mit à signer des pétitions. L’administration se réveilla et arrêta la main des criminels. Il était prévu après l’assèchement, de combler les Salines avec des terres prélevées sur le morne Catapot.
         Aujourd’hui, on dépense l’argent des contribuables martiniquais par dizaines de millions pour faire une écloserie de crevettes à Saint-Pierre, alors que la Martinique possède une réserve naturelle de crevettes qu’il suffisait d’aménager et de protéger. »


Les hommes politiques de Droite en prenaient pour leur grade sous la plume de l’écologiste rédacteur du journal du PPM qui interroge le Député Victor Sablé et le maire de Saint-Anne Champvert

« Champvert, Sablé que faites-vous ?

Ce scandale des Salines doit être dénoncé aussi longtemps qu’il le faudra, de façon que le peuple se réveille. Il faut que le bras Sud-Est des Salines soit à nouveau ouvert. Il faut que la mangrove soit replantée pour protéger le bras des Salines. Nous n’aurons de cesse de nous battre, pour protéger le patrimoine de notre pays. Et pour ce faire, nous comptons sur la prise de conscience de notre peuple.

CHAMPVERT, maire de Saint-Anne, par son silence sur le scandale des Salines, démontre son incapacité, sa nullité dans la défense des intérêts de notre peuple, mais aussi et surtout sa complicité, son état de larbinisme et de serviteur zélé des békés et du pouvoir en place.

SABLÉ, toujours lui, était depuis 1946, conseiller général du Marin. Or à cette époque, le canton du Marin comprenait Saint-Anne. Aussi, Sablé, comme toujours, en serviteur zélé du haut négoce et des békés, a aidé, appuyé les békés dans leur folie de destruction du patrimoine martiniquais à Saint-Anne. SABLÉ et CHAMPVERT ne sont que deux nègres à békés, deux nègres à maîtres, au service de l’oligarchie, ce faisant, de vrais saboteurs de notre pays et de notre peuple. »

P. DAVIDAS
 

 

 

 

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