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Ce n’est pas souvent que la presse de la Caraïbe anglophone s’intéresse à la Martinique. L’évasion ce mardi 27 juillet du présumé djihadiste marocain Rachid Raffaa, assigné à résidence au Morne Rouge depuis mai 2014, après qu’il soit devenu indésirable sur le territoire national français, est relaté dans plusieurs médias anglophones. L’information ne fait pas grand bruit en France, la colonie est loin, dira t-on, pour faire genre on n’a rien compris. Sur le terrain les gendarmes recherchent toujours l’assigné à résidence, contre qui le Maroc avait émis en 2009 un mandat d’arrêt international, pour « constitution de bande criminelle en vue de commettre des actes terroristes. ». Les représentants de l'Etat, au deuxième jour de fuite de celui que la France soupçonne d'appartenir à « la mouvance djihadiste internationale », elles n'ont toujours rien à dire à la population martiniquaise.

Suite au mandat d'arrêt international du Maroc, la France qui soupçonnait Rachid Raffaa d’appartenir « à la mouvance djihadiste internationale », l’avait placé en détention et entamé une procédure d’extradition.

Mais  le  30 mai 2013, la Cour Européenne des Droits de l’homme, craignant des actes de torture contre le présumé informaticien d’Al-Qaïda, refuse son extradition. Un an plus tard, l’Etat Français choisit de l’offrir à la Martinique où il est depuis assigné à résidence dans un hôtel auberge du Morne Rouge. Les autorités n’ont pas jugé utile d’informer le maire de l’arrivée de ce nouveau client logé aux frais de l’Etat.

Le maire, Jenny Dulys, n’a pas non plus été informée de la fuite de Rachid Raffaa. Elle l’a appris par un de ses administrés qui, comme tous les habitants, s’est étonné de voir les hélicoptères de la gendarmerie sillonner la commune.

Deux jours après cette fuite, la télé publique affirme que le présumé informaticien de l’organisation terroriste Al Qaïda, pourtant interdit de quitter le Morne-Rouge, a pu se rendre à Saint-Pierre, ville avoisinante.

Interrogée par la chaine, une commerçante qui est également une élue de la ville de Saint-Pierre, a raconté que l’homme recherché est venu mardi après-midi, acheter un couteau. Ne le connaissant pas, elle lui a vendu un couteau, « chien » a t-elle précisé. Le lendemain en voyant la photo de l’homme recherché, elle a su qui était ce client qu’elle a cru être « un métropolitain. »

Information étrange et qui interroge

Selon le reportage de la télé publique, « Martinique 1ère», ce n’est que le lendemain matin que la femme de ménage de l’auberge signale l’absence de Rachid Rafaa. Elle a constaté que « ses affaires ne sont plus là. »

On aura noté que dans son communiqué envoyé à la presse mercredi après-midi, le procureur de la République précise avoir été informé de la disparition de Rachid Rafaa, « vers 9h30. »Heureusement que ce mercredi matin, la femme de ménage était à l’heure à son travail, elle aurait pu avoir été bloquée par quelque opération molokoy (opération escargot). On se dit vive les vacances, aucune manifestation de salariés ou de patrons n'a ralenti la femme de ménage, pour que l'alerte soit donnée.

On s’interroge aussi : où étaient les gendarmes chargés de la surveillance de cet homme soupçonné par la France d’appartenir « à la mouvance djihadiste internationale » d’une organisation terroriste ?

L’homme ne faisait donc l’objet d’aucune surveillance la nuit ?

As-ton voulu le laisser prendre le large ?

Les Martiniquais, traités avec un vrai mépris colonial, n’ont pas eu droit à un début d’explication. Peut-on imaginer que dans ce contexte d’attentats et d’attaques mortelles, les autorités ne s’adresseraient pas à la population après l’évasion d’un présumé djihadiste, assigné à résidence dans une commune ou ville métropolitaine ?

Allo la Préfecture ?

Le Préfet de Martinique, Fabrice Rigoulet Roze, a écourté ses vacances et a rejoint en urgence la Préfecture où s’est tenue une réunion ce jeudi soir. Les Martiniquais auront-il enfin droit à une explication ?

Le Préfet de Martinique connaît bien nos pays puisqu’il a beaucoup travaillé au ministère des outremers. Il sait que nous sommes tellement conciliants. Il sait aussi que nous n’avons pas un FLNM (Front National de Libération de la Martinique) qui comme le FLNC en Corse, pourrait menacer les islamistes radicaux et adresser un message clair au gouvernement.

 

Extrait du communiqué du FLNC :

« Il faudra que la France cesse sa propension à intervenir militairement et vouloir donner des leçons de démocratie à la terre entière si elle veut éviter que les conflits qu'elle sème à travers le monde ne reviennent comme un boomerang sur son sol..."

Les algériens, les marocains, les kanaks, les corses, les basques, les vietnamiens, les maliens… et tant d’autres. Nous avons tous subi la colonisation de la France et son cortège d’humiliations à travers les siècles.

Il est tant que ça cesse car pour ce qui nous concerne, lorsqu’on fait le constat d’à quel point la démocratie est bafouée sur notre terre (rapprochement des prisonniers, décisions de l’Assemblée de Corse ignorées, …) on peut aisément imaginer ce qu’il en est de l’attitude de la France ailleurs dans le monde.

Si un drame devait se produire chez nous l’Etat français aurait alors une part importante de responsabilité car il connaît les salafistes en Corse (ils seraient au nombre de 8 et nous savons avec certitude que l’un des imams de Corse est un indicateur de la police.)

Gouvernement Français, le peuple corse n’a déjà que trop payé le prix de votre histoire impérialiste. Respectez vos engagements, restez à votre place et évitez de mépriser le monde qui vous entoure. Peut-être alors réussirez-vous à endiguer la violence qui vous agresse aujourd’hui. »

 

Ce jeudi Gilles Siméoni, président de l’exécutif de la Collectivité Territoriale Corse et Jean Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse ont, dans une résolution, demandé à l'Etat de fermer les lieux de culte musulman constituant « des foyers d'influence salafiste. »

Gilles Siméoni dans son intervention a demandé à l’Etat la « mise en œuvre des procédures de droit commun prévues à l’échelon du territoire français :

Sécurisation renforcée des rassemblements festifs ;

Sécurisation renforcée des fêtes et rassemblements religieux (15 août ; Santa) ;

Sécurisation renforcée des établissements scolaires et universitaires ;

Sécurisation renforcée des moyens de transports collectifs, et notamment des transports maritimes.

Le président de l’exécutif de la Collectivité Territoriale de Corse a proposé  également :

« Qu’un point mensuel soit effectué sur l’application et le suivi de ces mesures et qu’une communication publique, compatible avec les exigences de confidentialité de certaines dispositions, soit faite régulièrement par l’autorité préfectorale, aux fins de rassurer la population. »

En Martinique, nous sommes conciliants certes, nous n’avons pas encore eu ces exigences, nous n’avons même pas demandé, ce qui est légitime, la « mise en œuvre des procédures de droit commun prévues à l’échelon du territoire français.

Nous n’avons pas de FLNM pouvant poser avec des armes, mais les autorités ne peuvent continuer à imposer au Martiniquais ce silence inadmissible, au moment où le monde est confronté à la folie terroriste.

Lisa David

 

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