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Avec leurs tambours, ti-bwa, chants des militants du MIM, sympathisants ou autres citoyens solidaires étaient venus devant le Palais de justice témoigner de leur solidarité à Alfred Marie-Jeanne, trainé devant le Tribunal Correctionnel de Fort-de-France avec sa fille Maguy et le compagnon de celle-ci, Mark Frampton, pour prise illégale d’intérêt, faux et usage de faux. » L’homme qui a été pendant 22 ans maire de Rivière Pilote, ville reconnue parmi les mieux gérées de France, l’homme qui pendant 10 ans a été Président du Conseil Régional et que Serge Letchimy et ses partisans accusaient de mauvais gestionnaire pendant la campagne électorale de 2010, coupable d’avoir laissé un « matelas » d’excédent. En pays dominé, il y a des mots étouffés, des maux étranglés, mais il faut bien appeler un chat un chat :  Le mercredi 2 mars 2016, on a assisté en Martinique à début de procès qui rappelle les temps féroces de la colonie quand avec ses armes, dont la justice et avec la complicité de larbins autochtones, le pouvoir décidait  d'éliminer les insoumis.

 

Ce sont les mêmes qui hier accusaient Alfred Marie-Jeanne de trop bien gérer donc de laisser un « matelas », un exédent dans les caissses du Conseil Régional, qui aujourd'hui au nom d'une constitution de partie-civile téléguidée, essaient de faire durer le lynchage. Au nom des contribuables, au nom du Droit affirment-ils, là où on entend tous les accords improbables de la mauvaise musique coloniale.

Les milliers de Martiniquais qui étaient présents à ce procès savent que c’est d’abord l’honneur d’Alfred Marie-Jeanne que les dirigeants du PPM et leurs sbires veulent salir depuis que sous la plume de Jean Crusol, un fameux texte initiait l’affaire Green Parrot. Une lettre anonyme, qui tel un virus, a circulé sur les réseaux sociaux et dans les boites aux lettres, en  décembre 2009. 

Ce virus se mit évidemment à sévir juste avant les élections régionales remportées par Serge Letchimy, candidat PPM, élu sur la liste EPMN (Ensemble Pour une Martinique Nouvelle) un mélange de candidats de Droite et de Gauche. Cette dénonciation anonyme digne des heures sombres de Vichy, signé « Green Parrot » dont on imagine le nombre de petits tueurs politiques cachés sous les plumes de ce perroquet vert, a été à l’origine de l’information judiciaire ouverte contre X le 22 juin 2012 par le Procureur Bellanger, pour « prises illégales d'intérêt, faux, usage de faux et recel. »

Dans cette ambiance de campagne électorale où tous les coups bas, vraiment en bas étaient permis, d’autres rumeurs ont circulé. Sur les réseaux sociaux pleuvaient des allusions sur les relations très très proches d’une élue avec un magistrat, de la dépression nerveuse de l’épouse de celui-ci, secouée par le gabarit de la courtisane.

La justice  a choisi sa rumeur, celle de « Green Parrot ». Elle s’est mise à enquêter sur les conditions de l’aide accordée en 2007 par la Région à l’île voisine de la Dominique, pour  la construction de l’école Roosevelt Douglas suite à un tremblement de terre. Le montant initial de l’aide étant passé de 500 000 euros à plus d’un million, le Procureur Bellanger a donc cherché à savoir si Alfred Marie-Jeanne, sa fille Maguy alors chef du service relations internationales et coopération au Conseil Régional, son compagnon Mark Mark Frompton, l'architecte Franco-Dominiquais ayant obtenu le marché, se sont remplis les poches avec l’argent public. 

L’enquête menée, avec on suppose la plus grande attention de la hiérarchie judiciaire, n’a établi aucun enrichissement personnel d’aucun des mis en examen dans cette affaire qui dure depuis des années. Dans un premier temps les mises en examen prononcées par le juge d'instruction Thierry Rolland ont été annulées par la chambre de l’instruction de la Cour d’appel le 9 juillet 2013. Une décision prise suite à un recours déposé par les avocats d’Alfred Marie-Jeanne contestant la régularité des convocations devant le magistrat instructeur.

Mais c’était sans compter sur la volonté de la justice, qui sait se montrer persévérante et rapide dans certaines affaires, de contraindre un homme trop vertical à s’asseoir au banc d’infamie. En mars 2014, Alfred Marie-Jeanne, sa fille et le compagnon de celle-ci ont à nouveau été mis en examen pour « prise illégale d'intérêt, faux et usage de faux.»

Elle court, elle court la maladie de haine.

Le calendrier de la haine pouvant connaître des ratés, Alfred Marie-Jeanne revient vainqueur aux affaires en remportant avec 54% des suffrages, l’élection pour la nouvelle Collectivité Territoriale de Martinique en Décembre 2015. Il est convoqué devant le Tribunal correctionnel le 2 mars 2016.

La victoire du leader du MIM (Mouvement indépendantiste Martiniquais) a déplumé le perroquet vert « Green Parrot », mais dans l’air vicié de la rancune, les particules toxiques de ses fientes ont contaminé des oisillons. Elle court, elle court la maladie de haine.

Depuis 2012 que le Procureur Bellanger a ouvert une information judiciaire suite à cette dénonciation anonyme, Serge Letchimy alors Président de la Collectivité régionale n’a pris aucune initiative pour défendre les intérêts des contribuables, qui seraient lésés en cas d’utilisation frauduleuse de l’argent public. Il a chargé des militants de la mise à mort.

Un procès politique en pays dominé

Les perdants tels des prédateurs blessés ont trouvé des militants pour se constituer partie civile à quelques jours du procès. A l’audience du mercredi 2 mars, la surprise du jour est arrivée par la voix du jeune avocat Jiovanny William, qui a été le premier à prendre la parole dans un procès où il n’est pas encore partie.

Celui qui s’est affiché sur les réseaux sociaux, en campagne électorale pour la liste de Serge Letchimy annonce sous le ton de l’innocence que des contribuables ayant constaté que la CTM ne se manifeste pas, souhaitent se substituer à elle. 12 contribuables précise t-il, qui ont sollicité le président du Conseil Exécutif de la CTM pour savoir si elle souhaitait se constituer partie-civile. Il ajoute, « le Président se trouve impliqué. » et continue en précisant « nous attendons le délai de deux mois pour saisir le Tribunal Administratif qui prendra sa décision et dire si ces 12 contribuables peuvent se constituer. Alors je demande le renvoi. »

Et puisqu’il ne pouvait ignorer que la salle d’audience n’était pas une bergerie où des moutons ont été rassemblés, il ajoute : « par prévention, il s’agit d’une demande, non pas dilatoire. Il s’agit qu’il n’y ait pas un simple débat entre le pouvoir judiciaire et la défense. La population doit être à ce procès. » Il aura fallu plus de 5 ans pour que la «population » réagisse !

Le Président du Tribunal demande au Ministère public de dire sa position. Un ministère public représenté par le Procureur adjoint Arnaud Viornery et le Procureur de la République Eric Corbaux qui répond que le Ministère public est en état, que le tribunal a été valablement saisi. Pour lui, ce dossier a mis un certain temps avant d’arriver devant le tribunal, il y avait le temps de se constituer. « Nous sommes face à une intention, il y a un moment où le tribunal doit se tenir ». Il exprime donc ses réserves mais s’en remet à la décision du tribunal.

La parole à la défense avec en premier le bâtonnier Raphaël Constant :

L'avocat se dit :« pour le moins étonné et surpris de l’exercice intellectuel qui nous est présenté maintenant : un procès où quelqu’un qui n’est pas partie prend la parole. En 30 ans de barre je n’ai jamais vu ça ! On vient vous dire : j’ai l’intention de me constituer et pour préserver mes droits, je vous demande de préserver mes droits. 9 ou 12 personnes non identifiées, non identifiables. »

Maître Constant souligne : « La lettre est  adressée à monsieur Marie-Jeanne, notifiée par huissier le 26 février et on vous a écrit à la même date. Ces documents ne me paraissent pas recevables. Vous ne savez même s'ils sont contribuables de Martinique. Deuxième irrégularité, la notification à monsieur Marie-Jeanne n’est pas faite par les contribuables mais par leur avocat. Les fondements de la demande de renvoi sont irréguliers. Il y a une perversion de la loi dans cette affaire et ceci, 6 ans après.

« Cette affaire a commencé avec une lettre anonyme, avec une permanente campagne de presse. Quand l’ancien Procureur, avant les élections, a ouvert une enquête préliminaire, puis une information judiciaire, puis une mise en examen, où étaient ces contribuables ?  Sur Mars ? » Et l’avocat de rappeler « avant la Collectivité Territoriale, il y a eu le Conseil Régional, il ne s’est pas constitué. Pourquoi ces braves contribuables n’ont-ils pas demandé au Président du Conseil Régional de se constituer ? Ces contribuables, avec 6 ans de retard se disent, tiens, je vais me constituer partie civile ! »

Maître Constant regrette que son client, Mark Frampton, n’ait pas la chance d’être un élu, pas la chance d’être un fonctionnaire, qu’il exerce une profession libérale dans un domaine  où la concurrence fait rage, et qu’on a jeté sur lui un discrédit, par lettre anonyme.

« Six ans qu’un citoyen binational, sur cette terre de France, avec la manifeste xénophobie de Green Parrot, est sali. Mis en examen, une mise en examen annuel. Remis en examen, il n’a pas eu le droit d’être entendu par le juge.» L’avocat s’indigne que l’alinéa 1 de l’article 6 de la Convention européenne qui stipule qu’une personne mise en examen doit être traduite devant un tribunal « dans un délai raisonnable. » n’ai pas été respecté.

« Si vous acceptez ce renvoi, avec une procédure devant le Tribunal Administratif avec éventuellement des recours, la calomnie, la xénophobie vont pendant ce temps continuer. » Le défenseur de Mark Frampton demande au tribunal de faire cesser les calomnies sur son client en rejetant cette demande « misérable. »

L’avocate de Maguy Marie-Jeanne, Maître Corinne Boulogne Yang-Ting, se dit nullement surprise par cette demande de constitution de partie civile, mais : « Ce qui me dérange c’est le parquetier qui vous dit  « on est prêt » mais qui ne s’oppose pas fermement à ce renvoi. Juridiquement la loi ne leur permet pas de se substituer.  Il faut que ces deux avocats retournent à leurs cours. Ont-ils la preuve de la qualité de contribuables de ces personnes ? »

Et elle interroge encore : « À quel titre ces personnes siègent-elles dans cette salle ? Il faut que la partie civile soit constituée. Ces personnes sont inexistantes. Je m’attendais à ce que deux procureurs s’opposent fermement à cette demande.»

Maître Boulogne Yang-Ting rappelle que « ça fait six ans que Maguy Marie-Jeanne, qui n’est pas une politique, est salie. Cette femme qui est assise là est prête, elle a beaucoup de choses à vous dire. »

Maître Daniel Démocrite interroge à son tour les juges du tribunal :

« Quelles sont ces personnes qui se présentent devant vous ? On ne sait pas si ce sont des contribuables, ce sont des personnes non identifiées, des fantômes ! »

S’adressant à ses confrères, Maître Jiovanny William et Maître Jean-Marc Ferly : « Vous nous présentez des personnes qui n’existent pas, vous ne pouvez pas prouver si elles sont contribuables ou pas. »

Et maître Démocrite demande au Tribunal : « Comment allez-vous motiver votre décision ? Qui vous demande ce renvoi ? Ils ont tenté de vous convaincre qu’Alfred Marie-Jeanne est à la tête de la Région, qu’il est poursuivi et qu’ils se substituent à lui. Cette affaire choque les juristes que nous sommes. Et ce qui me choque le plus, c’est le mépris que caractérise cette intervention, la fabrication d’une procédure qui permettrait de s’immiscer dans le fonctionnement de la collectivité. L’avocat poursuit : « Un policier, un procureur ne peut pas venir se prononcer sur les choix politiques d’un président de collectivité. Vous ne pouvez pas donner la parole à des fantômes.

Maître Alex Ursulet frappe où ça fait déjà mal.

Vient la parole du bouillonnant et brillant avocat Alex Ursulet qui avait déjà, quelques jours plus tôt au cours d’une conférence de presse, prononcé les mots, ces maux qu’hypocritement on refuse d’entendre. Il avait dénoncé un procès politique. À ce stade de l’audience, il est déjà évident qu’on assiste une fois de plus en Martinique, à un procès politique en pays dominé. Un procès qui reproduit les vieux schémas de la justice en colonie face à des autochtones qui la tête trop droite, refusent de s’allonger devant le pouvoir colonial. Un pouvoir fort parce qu’il peut compter sur les larbins locaux pour parfaire le travail de domination, de lapidation, d’extermination. À l’audience Maître Ursulet dénonce:

« Nous on ne marche pas !  La manipulation, les manœuvres dilatoires qui ont pour but de ne pas avoir, face à face, l’accusation et l’accusé. À trois jours du procès voilà qu’apparaissent des contribuables qui vous disent, nous voulons participer à cette œuvre de justice. Vous vous moquez de nous ? Monsieur le Procureur je vous interroge, de qui vous moquez-vous ? Parce que vous savez que ce délit sans partie-civile n’existe pas. Pourquoi êtes-vous deux aujourd’hui, vous vous prenez pour qui monsieur Corbaux ? C’est une manœuvre et une manoeuvre grossière.

Le Procureur de la République se lève : Vous m’appelez monsieur le Procureur, pas monsieur Corbaux !

L’Avocat s’avance vers le Procureur : « Vous me laissez parler ! »

Quelqu’un a ouvert la porte de la salle d’audience et on entend crier Marie-Jeanne, Marie-Jeanne, libérez Marie-Jeanne !  Une partie du public qui n’a pu entrer dans le Palais de justice, vient d’envahir la salle des pas perdus. Maître Ursulet s’en amuse : « ils disent libérez Marie-Jeanne ! »

Alfred Marie-Jeanne se tourne vers la porte et se lève. Il veut aller demander le calme à ses partisans.

Le Président du tribunal intervient calmement et avec le sourire: « Non, non, je suis certain que votre influence serait bénéfique, mais je ne peux pas. »

Maître Ursulet a repris la parole : « Je vous appelle Monsieur Corbaux, car c'est votre nom, comme Marie-Jeanne est le nom du président de l’exécutif, nom que vous avez jeté en pature pendant 5 ans et que avez essayé de salir.  Devant cette interpellation, le procureur ne bronche pas.

Depuis qu'Eric Corbaux est en poste en Martinique, les coups lui viennent de partout. Le dernier en date, il le doit à Serge Letchimy qui n’a pas supporté que face à la presse, le procureur s’étonne que les protagonistes des meurtres de la discothèque Paparazzi, de violents récidivistes connus, déjà condamnés, porteurs de bracelet électronique, soient  embauchés par des collectivités.

Le président du Conseil  Régional, oÙ travaillait l’un des tireurs, tué dans la fusillade, n’a pas hésité à donner une leçon de droit au Procureur dans un communiqué à la presse. Là aussi le Procureur Eric Corbaux qui recevait un coup de l’autre camp de l’échiquier politique, n’a pas bronché. Mais il est vrai qu’il avait déjà reçu des remontrances de sa hiérarchie, qui immédiatement informée, lui a fait connaître son agacement face à cette impertinence.

En Martinique c’est de courage et d’indépendance qu’on a parlé. Mais qu’on n’oublie pas que les Procureurs de la République sont nommés par le pouvoir exécutif et ils sont là aussi pour servir de punching-ball au pouvoir politique.

Revenons à l’audience où Maitre Ursulet n’a pas l’intention de se taire :

« Dans cette affaire de prise illégale d’intérêt, s’il n’y a pas de partie-civile, il n’y a pas de préjudice. Parfait monsieur Corbaux !  Le Conseil Régional a été mêlé à cette affaire et depuis le début, pas de partie civile. Vous êtes si intégré en Martinique, pourquoi n’avez-vous pas dit avant la citation : il n’y pas de partie civile ? Je sais pourquoi vous êtes deux aujourd’hui ! 

« Monsieur le Président, la partie civile se présente pour essayer de sauver le soldat Corbaux et pour essayer de sauver la procédure, car sans préjudice établi le délit n’existe pas.»

L'avocat évoque des courriers, des délibérations du Conseil Régional, envoyés par Serge Letchimy au juge et souligne « il fait même le récapitulatif de la carrière de madame Maguy Marie-Jeanne,  c’est misérable !  Monsieur Marie-Jeanne attend ce procès depuis 6 ans. Tout a été fait pour qu’il ne soit pas élu. Ça fait 6 ans qu’on les présente comme des Bonnie and Clyde de la politique. 

« Cette affaire a suivi le calendrier électoral. N’est-ce pas monsieur Corbaux ? Et quand Alfred-Marie-Jeanne décide de changer de circonscription après deux mandats de Député de la Martinique, et va dans celle où le Député sortant (2 mandats lui aussi) et maire de la principale commune, est proche du client de Maître Jiovanny William, là, la procédure dort. La carrière de Monsieur Marie-Jeanne était fini, n’est-ce pas monsieur Corbaux ? Certains ont même écrit : « dans le couloir de la mort. »

« Contre toute attente, non seulement il gagne, mais il écrase ! Et il sort de là (nous sommes en 2012), commet l’indélicatesse de dire : je suis candidat à la Collectivité Territoriale. Et là, la saleté de la politique se manifeste : il n’y a plus de date pour l’élection.

« La procédure va donc reprendre et il est à nouveau mis en examen, avec les mêmes arguments pour lesquels elle a été annulée. Monsieur l’avocat général de la chambre de l’instruction a dit en 2014 dans son réquisitoire : Pourquoi n’y a t-il pas de partie civile ?  Pourquoi 2 ans entre ce réquisitoire et la comparution ?

« Parce qu’il y a l’élection à la CTM. On s’est dit, ne faisons pas de procès avant l’élection.

« Et puis, en pleine élection il y a eu le « Paparazzi », des morts au « Paparazzi » comme au Bataclan. Et le Procureur dit que la violence est inadmissible. Le travail que fait alors le Parquet est remarquable : d’une petite voix, très innocente il a dit, je ne comprends pas que ces hommes qui sont récidivistes, qui portent un bracelet électronique, seraient d’après les informations, des salariés de la Région.» 

« Et celui qui reçoit avec la Garde des sceaux, qui croit qu'il a déjà gagné, fait la leçon au Procureur. Est-ce qu’il a refusé que monsieur Letchimy l’appelle monsieur Corbaux ?  Alors il faut se faire pardonner.

« Oui monsieur le Procureur l’a dit, il a eu le courage de dire. Le seul courage que vous avez eu en 5 ans ! »

Et l’avocat, sans baisser les yeux, continue : « Monsieur Marie-Jeanne est Député de la République, on ne le met pas en garde à vue, on le met directement en examen. Monsieur Bellanger a cette exemplarité d’être resté 7 ans. Il passe du parquet de la République au parquet général. Chaque fois que des réquisitions ont été prises, la presse a été informée avant monsieur Marie-Jeanne. Ainsi pour le réquisitoire définitif.»

La suite que raconte l’avocat laisse sans voix, mais ramène inéluctablement sur la voie d’une justice coloniale :

« C’est ainsi que nous avons déposé plainte pour violation du secret de l’instruction le 6 février 2012.  Le 13 mai 2013, réponse sur la plainte : je vous informe de ma décision de classement sans suite. Bellanger répond pour Bellanger : classement sans suite. Quel mépris pour ce peuple ! »

Maître Ursulet cite, comme étrangeté de ce pays, le cas de la démission de Karine Roy-Camille, élue de la liste de Serge Letchimy qui n’ayant pas souhaité siéger à son poste dans l’opposition à la CTM, a donc adressé sa démission au Préfet, comme le prévoit la loi. Ceci pour rappeler que quand l’élue régionale, Catherine Conconne, souhaitait démissionner après sa mise en examen pour recel de favoritisme dans une affaire commerciale, c’est au président du Conseil Régional, Serge Letchimy, qu’elle avait adressé sa lettre. Une démission que celui-ci a refusée, sans que la justice ne s’en émeuve. Bien au contraire. Quand un recours a été déposé par Maître Louis Boutrin contre la décision du président de Région, la justice a validé cette solution politique.

Maître Ursulet ne lâche rien, décidé à mettre cette justice rendue sous les cocotiers, face à sa réalité. Se tournant vers son confrère, Maître William, il l’interroge : « Pourquoi ne pas être venu avec Madame Conconne ou Monsieur Chauvet ? Ce sont eux qui ont subi le préjudice, pas les pauvres contribuables. Il faut arrêter la mascarade. »

Puis regardant le Procureur vers qui il semble avoir décidé de déverser son rejet de cette justice particulière, qui sape la confiance des justiciables martiniquais envers elle, le défenseur d’Alfred Marie-Jeanne interroge encore et interpelle : « Pourquoi êtes-vous deux ? Il y a une époque où on était soumis, il suffisait de foncer les sourcils. Il faut que jamais dans un tribunal, un Procureur ne se comporte comme vous.  Si il y a un faussaire dans ce dossier, ce n’est pas Alfred Marie-Jeanne et vous le savez. Vous avez voulu aider l’adversaire de Monsieur Marie-Jeanne. Mais aujourd’hui apportez la preuve. Venez nous dire que l’ordonnance du juge Rolland ne comporte aucune nullité. Venez nous le dire en face de monsieur Marie-Jeanne qui depuis 6 ans subit ce mépris de votre part.  Venez lui dire qu’il est coupable, mais ne partez pas en laissant le sale boulot à votre procureur adjoint.

« Vous partez à Paris rejoindre monsieur Bellanger à la Cour de Cassation ? Sept ans, sept ans, et directement à la Cour de Cassation, quelle promotion !

« Mais vous partirez et vous reviendrez monsieur Corbaux. Il y a beaucoup d’oiseaux dans cette affaire Green Parrot. Ce qui vous met en danger monsieur Corbaux, ce n’est pas Alfred Marie-Jeanne, mais le dossier. Face à cet homme dont vous avez fait un faussaire, venez face à face. Vous avez cherché une partie-civile, ce n’est pas digne de la robe que vous portez. Je vous le dit monsieur Corbaux, vous aurai des comptes à rendre. »

Procès renvoyé en novembre 2016

Le tribunal s’est retiré pour délibérer sur la demande de renvoi et au bout de 45 minutes les juges sont revenus dire ce que tout le monde avait compris dès les premières minutes de l’audience, dans ce pays où la justice a si souvent pris les chemins de travers. Le procès est renvoyé en novembre. La justice a accepté la demande des contribuables-zombis. Le lynchage peut continuer.

À la fin de l’audience certaines personnes ont dit avoir trouvé Maître Alex Ursulet trop violent. Un avis très peu partagé par celles et ceux qui  répondent que l’avocat a le courage qu’on a perdu au barreau de Fort-de-France, qu’il a répondu à la violence infligée sans droit, par la violence des mots qui disent ce que les naïfs ne veulent pas entendre. Des noms d’anciens ou regrettés ténors du Barreau ont été évoqués. Parmi lesquels bien évidemment Maître Marcel Manville et devinez qui ?

On a aussi parlé de l’avocat Camille Darsières (ancien secrétaire général du PPM) qui savait « envoyer la justice coloniale au tapis » parole d’un connaisseur du monde judiciaire martiniquais.

Dans « Quelques affaires de justice à la Martinique » un ouvrage écrit en 2003, par l’avocat Raphaël Constant on peut lire :

« La justice française en Martinique ne s’embarrasse pas de respecter ses propres principes quand il s’agit de réprimer un mouvement politique ou un militant politique. Quand l’autorité politique estime nécessaire à sa politique de réprimer, on pare au plus pressé, quitte à couvrir par la suite les procédés les plus sommaires et détestables par une autorité judiciaire. Il se trouvera un ou des juges pour faire la sale besogne. »

Sale besogne qui évidemment ne peut se faire sans la complicité de gens du pays qui choisissent au nom d’un plat de lentilles, de lyncher les leurs.

L’avocat des contribuables, Maître William, a déclaré dans la presse que ce n’est point un procès politique, qu’il est simplement le défenseur de 12 contribuables, oubliant certainement que les réseaux sociaux laissent des traces. Les internautes n’ont pas manqué d’aller consulter sa page Facebook où il a largement publié des photos le montrant en campagne pour Serge Letchimy, tête de liste d’EPMN aux élections pour la CTM. On peut y voir le jeune avocat des contribuables-militants portant le T-shirt de campagne du mouvement que conduisait l’ancien président du Conseil Régional, Serge Letchimy, qui n’a pas eu le courage de se constituer au nom des intérêts de la collectivité, des contribuables.

Le Président donne lecture de la liste des noms de contribuables futurs partie-civile

La justice étant rendue au nom du peuple français, les audiences sont publiques dans les tribunaux. Le Président du Tribunal a donc lu la liste des personnes représentant les contribuables futurs partie-civile. L’engagement de plusieurs d’entre eux pendant la campagne, pour Serge Letchimy, tracé en photos et textes sur leurs profils, fait déjà le buzz sur les réseaux sociaux.

Alfred Marie-Jeanne savait déjà les noms cités par le Président du Tribunal, pour avoir reçu un courrier de l’avocat William, notifié par huissier le 26 février, pour faire connaître les 9 clients qu’il représente et qui envisagent de se constituer. À la fin de l'audience on ne savait plus combien de contribuables se sont sentis lésés par une éventuelle prise illégale d'intérêt.

La défaite électorale étant dure à avaler, les perdants comptent sur la justice pour faire le sale boulot et la liste est encore en train de s’étoffer.

Si le jeune avocat a comme tout citoyen, le droit d’être militant et agir pour un parti, il ne peut reprocher à celles et ceux qui veulent débusquer la vérité de connaître ses accointances. Même les francs-maçons n’arrivent plus à cacher leur appartenance. En dehors du prétoire il mène une autre campagne, celle de faire grossir le nombre de « contribuables. » Dès le lendemain du procès, il a annoncé sur sa page Facebook : « 5 personnes de plus ont décidé de se constituer partie civile dont .... shut!!!!! » Serge Letchimy a t-il trouvé le courage de venir à la barre du tribunal face à Alfred Marie-Jeanne ?

Appuyé par son mentor Chantal Maignan avec qui il s’est lancé au Robert dans sa première campagne électorale, devenant conseiller municipal d’opposition, Maître William a aussi annoncé sur sa page : « Le collectif Vigilance citoyenne est né ».

Reste à savoir quel tour il reste à la justice, qui comme l’ont dénoncé les avocats de la défense, a renvoyé un procès pour des fantômes. Mais « shutt » !

Même si Maître Jiovanni William a affirmé dans la presse que ce n’est pas un procès politique, une simple recherche permet de constater que ce sont des militants ou proches du PPM (Parti Progressiste Martiniquais), qui figurent sur la liste des personnes qui veulent protéger leurs intérêts. On trouve un couple, monsieur et madame Ayet Antoine, l'épouse, Constance, a été conseillère municipale de Volga quand Aimé Césaire était le maire de la capitale. Elle a occupé cette fonction avec les maires qui ont suivi : Serge Letchimy,  puis Raymond Saint-Louis Augustin.

Des militants et proches du PPM qui ne sont lésés que politiquement après l’écrasante défaite de Serge Letchimy qui n’avait pas une seconde, imaginé qu’il ne serait pas le président de la nouvelle CTM (Collectivité Territoriale de Martinique). On connaît l’origine de cette montée de tension qui fait tourner ou exploser les têtes dans et autour de ce parti politique.

Lisa David

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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