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Cinéma

Au début des années 1960, 70 000 « ultramarins » partent pour l’aventure du Bumidom. Promesse d’une vie meilleure vers la mère patrie. Beaucoup découvriront le racisme, les ratonades, la misère. D’autres se dirigeront vers le crime organisé ou la prostitution. Le gang des antillais, s’était spécialisé dans le holdup des bureaux de poste.

Jimmy Larivière, dort avec sa fille dans un entrepôt. Au petit matin, ils sont mis à la porte par le propriétaire. Très rapidement, le film nous entraine au milieu d’un groupe d’hommes qui veulent effectuer un casse. Jimmy est dans le coup. Ça se passera dans un bureau de poste.

De toute évidence Jimmy n’est pas un véritable voyou. Mais bon, on finira bien par comprendre ce choix vertigineux et surtout, on va passer un bon moment de spectacle et de vérité sur cette histoire. L’affiche et le synopsis sont si prometteurs : un film de gangsters qui vont faire des braquages retentissants.

Hélas non, on ne verra pas d’autres braquages. Les types du gang en parlent, c’est tout.  Et il en va ainsi tout le long du film.  Les voyous évoquent de façon répétitive, dans des huis clos étouffants, leurs exploits, le  racisme, l’arnaque du Bumidom. Le tout dans l’inaction la plus totale. Les scènes se répètent sans surprise. Et c’est bien là que le film pêche cruellement : des dialogues interminables, redondants, sans enjeu dramatique, on n’accroche pas. Ah si, une fois quand même, Jimmy a été vu à la poste par une vieille connaissance incarnée par Romane Boringer. Elle ne veut pas le trahir, mais il a comme consigne de s’en débarrasser. Suspens, sueurs froides, tourment ?  Non, il ne s’en débarrassera pas, c’est tout. Affaire très rapidement réglée pour lui, trop rapidement pour nous.

Jean-Claude Barny nous invite, malheureusement, à un film discours, sans caractérisation des personnages, sans émotion. Un scénario qui semble fabriqué comme une pièce montée et  surtout, sans propos dramatique. Un film ou l’inaction en devient mortifère. Les cadres sont serrés, éternellement serrés, comme pour nous plonger à l’intérieur des personnages. Mais aucune émotion ne s’en dégage, et pour cause, il ne se passe rien.  Pas de ville, pas de vie dans la ville, dans les rues, un métro, un bus. Pas de racisme ordinaire montré dans des scènes ordinaires, si ce n’est une petite arrestation par des policiers plus grossiers qu’autre chose. Une scène qui arrive comme un cheveu sur la soupe, censée animer le propos de nos comparses sur le racisme. Malheureusement, un arrangement de scénariste, ça se voit.

Jimmy en prison humiliera sexuellement sa jolie petite amie, interprétée par la ravissante et très charismatique Zita Hanro. Pourquoi fait-il cela ? On ne sait pas vraiment. Une scène qui nous rappelle « Midnight Express », comme un clin d’oeil incongru dans ce film. Tout comme cette autre scène, ubuesque à souhait, de nos gangsters qui se transforment en Big Boss de la Blackspoitation, le tout agrémenté d’une musique « Shaftienne ». Une scène tournée comme un clip de série B. Hélas, ça ne fonctionne pas. N’est pas Tarantino qui veut.

Jean Claude Barny n’a pas réalisé un polar, mais un drame, contrairement à l’invitation de l’affiche. Il a peut-être voulu construire son film sur le « hors champs » (deviner ce qui n’est pas montré), règle d’or au cinéma. Mais avec un scénario sans trame, sans enjeu dramatique, donc sans rebondissement, on n’y arrive pas de toute façon. Les comédiens pourtant de qualité, ne trouvent que peu de place pour exprimer leur talent, les dialogues semblent récités.

 Les ingrédients étaient pourtant tous réunis pour mettre en scène un chef d’œuvre cinématographique : politique, racisme, aventure, argent, amour, désespoir, etc.

Le seul moment de cinéma est à la toute fin du film. Un face à face entre Jimmy et son éducateur Patrick Chamoiseau, interprété par Lucien Jean- Baptiste. Lucien Jean-Baptiste a-t-il imposé son rythme ? Il respire, il donne du sens à son personnage. Du coup, Jimmy interprété pas Djéje Apali respire aussi, et nous avec. Le plan est large et dans le propos. Un nouveau rythme se met en place, les acteurs prennent chair, une odeur se dégage, l’émotion frétille, on commence à s’attacher, à y croire. Mais ça ne dure que quelques petites minutes et c’est la Fin.

Nègre Maron, film prometteur ne semble pas avoir été suivi d’effet sur ce projet. Mais il arrive aussi qu’un film passe à côté, c’est le risque du métier. Gageons que le prochain sera à la hauteur des espérances.

OBM

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