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Dire que le climat politique actuel en Martinique est détestable, c'est un euphémisme. La chasse est ouverte pour décrocher une bonne place aux élections pour la collectivité unique et tous les tirs sont permis, même ceux dans le dos. Quant aux injures et menaces proférées dans l'enceinte du Conseil Régional, à l’issue de la récente séance plénière du 24 février, elles sont devenues la marque de fabrique de l'institution depuis 2010 et le révélateur de l’absence de convictions idéologiques. On est loin de l'héritage d'Aimé Césaire dont se revendiquent les élus PPM.

« Inbésil, sakré créten, connard, chyen abiyé an moun ! » (chien habillé en homme).

La  première vice-présidente, Catherine Conconne, élue PPM (Parti Progressiste Martiniquais), hurlant des mots-coutelas pour frapper le porte-parole de l’opposition, Daniel Marie-Sainte (MIM Mouvement Indépendantiste Martiniquais),  n’ont rien de l’héritage tant revendiqué d’Aimé Césaire.  L’ancien Député Maire de Fort-de-France critiquait ses adversaires avec des arguments marqués par ses idées de Gauche, son respect pour le peuple martiniquais et sa croyance en la dignité de l’homme.

Dans le vacarme de la Région-boxon, il n’est pas question de confrontation d’idées. L’élue PPM vocifère, tout y passe, même une militante du MIM en prend pour son grade.  L’énervée y va de son propos homophobe :

« i doué lesbiènn, i bizoin mwen fè an bagay épiy, mé i two lèd ! »

Traduction: C’est dans mon cul qu’elle veut voir claire, elle doit être lesbienne et a envie d’un coup avec moi, mais elle est trop laide. 

Inutile pour une élue de l’opposition, connue pour sa courtoisie, Marie-Hélène Léontin, d'essayer de la ramener à plus d’élégance :

« Catherine si tu es énervée comme ça... »

Elle n'a pas le temps de finir sa phrase, la répartie est cinglante :

Fous -moi la paix quant à toi. Tes leçons tu te les gardes. Tu te les gardes, gardes les pour tes élèves ! » Marie-Hélène Léontin est historienne et enseignante.

On entend un élu PPM, Camille Chauvet, répondre à quelqu’un qui est peut-être choqué par tant de poésie :

« Bouches tes oreilles, il y a de l’ambiance ! »

Dans cette « ambiance », l’homosexualité supposée d’une personne est l'objet de mépris dans la bouche d’une élue, qui semble oublier que les jours d’élections, on ne demande pas aux électeurs leur orientation sexuelle avant le passage dans l’urne, pour voter.

Mais quel est donc l’objet du courroux de Catherine Conconne ?

L’élu insulté est tout simplement coupable, d’avoir pendant les débats de la plénière, émis des doutes sur l’attribution d’un marché public à la société Colas.

Il a découvert à la lecture du quotidien local, France-Antilles, (14 février 2015) que cette société bénéficiaire d’un marché, a participé au financement d’une association récemment crée par une conseillère municipale PPM de la ville de Fort-de-France, Claude Formont, afin d’organiser une parade carnavalesque.

Daniel Marie-Sainte qui avance toujours ses arguments avec une grande correction, n’insulte pas ses adversaires. Mais il est vrai qu'il ne laisse rien passer et étudie ses dossiers. Il est  là dans son rôle d'élu.

Il s’agit d’argent public et on ne peut que se réjouir quand des élus exercent leur vigilance, posent des questions et dénoncent quand c’est nécessaire. Nous sommes en démocratie et c’est bien pour cette raison que l’opposition existe.

L'élu de l'opposition peut s’interroger en découvrant dans le journal,  les dires de la responsable de l’association "MI NOU LA", sur le rôle supposé de la vice-présidente de la Région :

« Parmi les personnes aux commandes, mais dans l'ombre, on trouve Catherine Conconne, vice-présidente du Conseil régional. « Nous avons sollicité Catherine, parce qu'elle a un très gros réseau. Elle nous a aidés à monter le projet et à récolter des fonds », explique Claude Formont, qui elle est conseillère municipale de Fort-de-France. » 

Et alors ? On peut tout à fait être élu et président d'association, tant qu'il n'y a pas de prise illégale d'intérêts. Jusqu'ici, ce n'est pas le cas, et Mi nou la n'a pas reçu un euro d'argent public pour un budget prévisionnel de 140 000 euros. Char et logistique, sono, déplacements... et cachets des artistes. Celui de Kassav s'élève à 35 000 euros pour une équipe d'une vingtaine de personnes.

Orange, Sogea, Colas... sont parmi les financeurs. Certains ont fait des chèques allant jusqu'à 15 000 euros. »

L'intervention de Daniel Marie-Sainte 

INTERVENTION  DE DMS A PROPOS DES MARCHES D’ENROBES

 

Je constate que le procès verbal  de la réunion de la CAO (Commission d'Appel d'Offres) du 4 février 2015, au cours de laquelle ont été attribués ces marchés, n’a pas été joint au dossier transmis aux élus, à l’occasion de cette séance plénière.

C’est pour cela que je dirai des choses très graves que m’imposent ma conscience :

Je compléterai l’information de l’Assemblée, sans aller au-delà de ce que l’obligation de discrétion qui doit entourer les délibérations de la CAO, m’impose.

Le classement des offres des entreprises pour le lot 1, concernant « la Fabrication, fourniture, transport et mise en oeuvre de matériaux enrobés aux liants hydrocarbonés dans le secteur géographique Ouest », n’a pas fait l’unanimité au sein de la CAO.

En effet, chose exceptionnelle, les représentants de deux des trois groupes de l’Assemblée n’ont pas approuvé le choix retenu par la CAO.

Il faut savoir que, le plus souvent, les votes sont unanimes au sein de la CAO.

Pour ne pas en dire davantage, je me contenterai d’avouer que j’ai eu la désagréable impression que le rapport d’analyse qui nous a été présenté, sous la responsabilité politique du RPA (Représentant du Pouvoir Adjudicateur), devait aboutir à un résultat prédéterminé.

L’offre, qui a été classée en première position pour l’attribution du lot n°1, ne méritait pas de l’être !

J’ai tenté, en vain, de faire admettre mon analyse, lors de la réunion de la CAO.

La décision des représentants de la majorité m’a laissé dubitatif, car ma position prenait en compte, véritablement, l’intérêt de la Collectivité.

C’est, d’après moi, le rôle premier de la CAO.

Mon doute s’est renforcé, lorsque, une dizaine de jours plus tard, je pris connaissance du contenu d’un article du quotidien ‘France-Antilles paru le 14 février 2015, dont j’ai ici la copie,  qui m’apprend qu’une association, de création récente, ayant pour objet l’animation du carnaval et dont les responsables  sont proches politiquement de la majorité régionale, avait bénéficié d’argent versé par l ‘entreprise à qui a été attribué le lot1.

Je cite un extrait de l’article de France-Antilles qui parle de l’association « MI NOU LA »:

« Parmi le personnes aux commandes, mais dans l’ombre, on trouve Catherine CONCONNE, vice-présidente du Conseil Régional. « Nous avons sollicité Catherine, parce que elle a un très gros réseau, elle nous à aider à monter le projet et à récolter les fonds » explique Claude FORMONT qui est elle conseillère municipale de Fort de France »

Plus loin dans le même article, on peut encore lire que, je cite : « Colas  fait partie des financeurs. Certains ont fait des chèques allant jusqu’à 15.000 euros.» (Fin de citations).

Face à un tel constat fait en deux temps :

1°) Le 5 février je prends connaissance d’un rapport d’analyse des offres qui me semble tendancieux.

2°) Le 14 février, je découvre, dans la presse,  une déclaration d’une conseillère municipale, proche de votre parti, qui nous apprend que  par l’intermédiaire de votre première Vice-présidente, l’entreprise, désignée titulaire du Lot 1, a versé de l’argent à une association  qui vous est proche,

Vous comprendrez, Mr le Président, que je suis très perplexe  et le doute s’installe en moi!

Aussi pour rester dans la ligne que nous avons défendue au sein de la CAO, le groupe des Patriotes Martiniquais et sympathisants demande des votes séparés pour le « lot 1 » et pour le « lot 2 ».

Notre groupe votera :

« contre »  l’autorisation de signer le marché concernant le « lot 1 »

« pour »    l’autorisation de signer le marché  concernant le  « lot 2 »

 

Silence ! sinon gare à l’accusation de harcèlement, aux menaces, aux injures.

Mais dans quel pays vivons nous, nous prépare t-on un pouvoir à la sauce macoutes ? N’importe quel élu respectant son rôle, peut s’interroger et demander des explications.

Catherine Conconne pouvait être vexée du doute exprimé par Daniel Marie-Sainte, mais en sa qualité de Vice Présidente, elle avait à répondre, à donner des explications, que sont en droit d’attendre les citoyens qui paient des impôts et qui ont surtout besoin d’avoir confiance en leurs élus.

Rien ne justifie ce torrent d’injures qu’on entend dans cet enregistrement rendu public sur les réseaux sociaux.

Le Président du Conseil Régional, Serge Letchimy, sur sa page Facebook dénonce un harcèlement.

Mais de quel harcèlement parle t-on ? Le Président de la Région a récemment déclaré que son ami Fred Célimène, directeur du CEREGMIA, largement cité dans plusieurs rapport, dont deux de la Cour des Comptes, à cause de dizaines de millions d’euros détournés dans ce laboratoire, est victime de harcèlement.

Cet ami qui est accusé de faux et usage dans un rapport disciplinaire, pour avoir signé des documents au nom du Président de l’Université, Jean-Claude William, en 1999. Cet ami qui fait un faux pour se faire délivrer un aller/retour Paris et qui par de nombreux actes révéles, contraint l’Université à payer des dettes, au détriment des besoins des étudiants.

Cet ami qui a envoyé des mails injurieux et menaçants à l’actuelle présidente de l’Université, Corinne Mencé-Caster, qui a dû déposer plainte. Pourquoi Serge Letchimy n’a t-il pas dénoncé le harcèlement prolongé dont est victime cette femme, pour avoir dénoncé devant la justice les malversations du CEREGMIA, révélés par deux rapports de la Cour des Comptes et pour lesquels une information judicaire est ouverte pour détournement de fonds public en bande organisée ?

Pourtant ce harcèlement a ému de nombreux Martiniquais, de toutes classes sociales, qui ont signé une pétition pour apporter leur soutien à Mme Mencé-Caster.

Quel message envoyé à tous ces jeunes qui exercent la violence comme un moyen d’expression ?

On l’a vu encore récemment, quand de jeunes voyous arrivent en bande pour s’en prendre au chauffeur d’un camion, sous lequel une moto qui tentait un dépassement dangereux, est allée s’encastrer. Le chauffeur en état de choc, qui n’est en rien responsable du décès du motocycliste et de son passager, a du être évacué par hélicoptère, pour sa protection.

Est-ce que la force qu’octroie le pouvoir politique donné par les urnes, donne le droit d’insulter, de mépriser, de dénier la parole aux opposants ?

Quelle est donc cette peur qu’on cherche à installer dans le pays, quand ce sont les agresseurs, les malhonnêtes gens, qui doivent être défendus, qui doivent attirer la sympathie parce que proches du pouvoir politique ?  Nous vivons chez Poutine ou quoi ?

Retrouver le sens démocratique éviterait toutes ces dérives autoritaires qui nous menacent tous.

Il est aussi évident que Catherine Conconne est l’objet de plus d’attaques, parce qu’elle est une femme. On compte bien des hommes politiques dans les assemblées départementale et régionale qui sont plus agressifs sans être pointés du doigt.

Il y a ceux qu’on n’entend pas parce qu’ils n’ouvrent aucun dossier et touchent leurs indemnités. Il y a ceux qui ont été épinglés pour non respect du droit. Exemple cet adjoint au maire de Sainte-Luce, pour travail clandestin. Dans ce cas, il n’y a pas eu de déchaînement. En revanche, les 330 000 euros de loyers impayés du magasin de Catherine Conconne, au centre commercial Perrinon, ont fait grand bruit.

Il y a eu l’élu PPM, Camille Chauvet, faisant un doigt d’honneur en pleine séance plénière. Là aussi il n’y a pas eu de déchaînement, tellement dans et hors son parti politique, on craint ses injures qui pleuvent en trombe. J’ai même entendu un de ses collègues justifier ses excès, expliquant que cela pouvait être le signe du syndrome de la Tourette.

En sa qualité de femme et de vice-présidente de la Région, Catherine Conconne est plus exposée et son tempérament éruptif ne l’aide pas. Cette femme politique à qui son parti a confié très tôt des responsabilités importantes (ce que d’autres organisations ne font pas), a démontré sa capacité de travail, son courage pour affronter sa charge, mais hélas les habitudes de major en cours au PPM, lui collent à la peau. Quel dommage !

Et il me revient un exemple, qui a suscité un comportement responsable du PPM, qui ne parlait pas de harcèlement :

En septembre 2011, Claude Lise, ancien président du Conseil Général, ancien membre du PPM, parti créer son propre mouvement (Rassemblement Démocratique Martiniquais, RDM) perd son mandat de Sénateur. Pour fêter sa défaite, les militants PPM sont rassemblés sur le parvis de la préfecture et l’un d’eux muni d’un grand « balai-Zo » nettoie les escaliers. L’homme qui fait ce geste n’est pas balayeur de profession, ce policier à la retraite est le père de Catherine Conconne.

Il n'y a pas eu de déchaînement contre lui et le PPM a dénoncé, dans un communiqué « toute forme d’humiliation des élus, notamment par l’utilisation de propos diffamatoires ou injurieux, de gestes méprisants ou de coup de balai, à l’endroit d’un élu martiniquais. » Il faut dire qu'un des gardiens de l’honneur du parti, avec Aimé Césaire, le docteur Pierre Aliker était encore vivant.

Il n’y a plus de gardien d’honneur pour condamner ses « propos injurieux et diffamatoires » et la vice-présidente, que de nombreux hypocrites vont féliciter sur les réseaux sociaux, tout en tenant un autre discours dans son dos, se laisse aller à des injures qui ne la grandissent pas.

Catherine Conconne qui sait aussi invectiver à l’intérieur de son parti, n’ignore pas que là aussi, elle ne compte pas que des amis. Passé les portes de Trénelle, c’est souvent de sa « vulgarité » dont parlent nombre de militants ou d’élus, d’un air dépité.

Il y aura des élections en décembre 2015. La population est en droit d’espérer que les réflexes démocratiques et un peu d'idéologie politique, assainiront le climat politique, dans le pays d'Aimé Césaire.

Lisa David

 

 

 

 

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