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Serge Ménil qui n'est pas connu pour être un syndicaliste excessif dans ses propos, dit aujourd'hui les quatre vérités concernant ces fonctionnaires qui sont envoyés, tels des éléphants malades, mourir sous les cocotiers.

Lettre ouverte à Madame la Rectrice

L’histoire de notre académie est singulière. Jusqu’en 1973, la Martinique était rattachée à l’Académie de Bordeaux, avec un vice-rectorat domicilié à Fort-de-France.

Secrétaire général du SNIPEGC, aujourd’hui Syndicat des Enseignants, j’ai rencontré, à ce titre, tous les recteurs qui se sont succédés de 1973 à 1996.

J’affirme que 23 ans durant, le gouvernement a trop souvent nommé, en forme de sanction-promotion, et à un premier poste de recteur, des fonctionnaires n’ayant aucune connaissance de l’éducation nationale, des réalités économiques, humaines et culturelles de la Martinique.

Pourquoi ces nominations hasardeuses et risquées ? L’histoire suggère que ces fonctionnaires étaient devenus indésirables dans leurs administrations d’origine sur le territoire national.

Ils se sont tous, ou presque, appliqués à opposer entre eux, les trois pays qui composaient alors l’Académie des Antilles et de la Guyane.
 Je les accuse collectivement d’être pour quelque chose dans la crise qui affecte aujourd’hui l’Université dans nos régions.

J’ai toujours mal vécu cette indélicatesse faite à la Martinique par les gouvernements successifs.
 Je n’accepte pas que l’on fasse de la Martinique une manière de bagne confortable pour fonctionnaires inopérants en France.

S’agissant des nominations de recteur, je dois à la vérité de souligner une exception heureuse : celle du recteur Bertène JUMINER, un nègre qui se présentait comme tel, et qui invitait au rendez-vous du donner et du recevoir et dont je salue la mémoire.

Si je m’exprime à la première personne, n’y voyez aucune prétention incongrue, ce qui est toujours détestable. Simplement c’est qu’aujourd’hui, libéré de toute responsabilité, mes propos n’engagent que moi. Et moi seul.

La génération de militants à laquelle j’appartiens a toujours su se hisser au niveau d’engagement de mobilisation qu’imposaient les situations :
  

Dénonciation de l’arbitraire qui frappait le professeur Raoul BERNABE.
    

Combat réussi contre la volonté du Ministre de l’Éducation Nationale de l’époque de licencier quelques 600 instituteurs suppléants qu’il refusait d’inscrire sur la liste des instituteurs remplaçants du Département.
    

Défense du pouvoir d’achat des fonctionnaires.
    

Lutte contre l’ordonnance du 15 octobre 1960 qui frappait de déplacement d’office tout fonctionnaire dont le comportement serait de nature à troubler l’ordre public.
    

Rappel en France de ce recteur ventripotent, amoureux des océans, qui avait osé déclarer « qu’il fallait faire venir des enseignants métropolitains  pour relever le niveau de l’enseignement en Martinique ».  Mal lui en a pris.

J’observe aujourd’hui qu’il a des émules.

Je n’ai aucun doute sur la capacité d’indignation des syndicalistes d’aujourd’hui et sur leur détermination à refuser l’inacceptable.

Aujourd’hui, selon la presse, il est question d’une enquête interne doublée d’une enquête judiciaire. Elles seraient destinées à élucider les conditions dans lesquelles des recrutements d’agents sont intervenus. Il y aurait-il eu favoritisme ? Pourquoi ? Pour qui ? Depuis quand ?

Pour qu’il y ait enquête administrative et enquête judiciaire, il faut que les présomptions de fautes soient sérieuses !
Aussi est-il essentiel que ces enquêtes soient conduites jusqu’au bout et qu’elles ne se limitent pas à charger des agents de second plan.

Elles ne doivent surtout pas chercher à épargner au sommet de l’administration un secrétaire général qui, sous votre autorité, est en charge du fonctionnement des services académiques.

Des esprits malveillants ou coupables de non assistance  à personnes en danger, m’accuseront de racisme à rebours et me renverront à ma retraite.
J’entends déjà les cris d’orfraie, mais tout ce que j’écris est incontestable et vérifiable.

Et puisque la nouvelle gouvernance en cours dans le pays est aux procès, que l’on m’en fasse un. Ce sera l’occasion d’un débat public sur le fonctionnement du rectorat chez nous.

A toutes fins utiles, je rappellerai deux choses :

La première, le Conseil Général a perdu tous les procès qui l’ont opposé à des agents frappés de mesures injustes et discriminatoires à l’occasion du changement de majorité à l’assemblée départementale.

La deuxième, essentielle, Serge MENIL est un citoyen martiniquais libre, et personne n’a d’autorité sur lui. Seule sa conscience exigeante lui impose ses choix.

J’appelle solennellement Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale à diligenter une enquête interne sur le fonctionnement de notre académie.

Je m’autorise à l’exhorter à n’épargner personne, à en tirer toutes les conséquences et à rappeler ses services à l’exigence d’exemplarité.
Pour ma part, je considère que la situation relève de l’urgence sanitaire.

J’appelle avec force, les agents du rectorat à la solidarité avec leurs collègues victimes d’injustice et à bannir l’agenouillement.
La dignité n’a pas de prix. Le temps du servage est passé.

La Martinique et les Martiniquais ont droit à plus d’égard de la part des autorités nationales et décentralisées.
Encore faut-il que nous le leur imposions !

Je vous prie de croire, Madame la Rectrice, à mon dévouement entier à la cause de l’Éducation Nationale en Martinique.

Serge MENIL
 Ancien Secrétaire Général du Syndicat des Enseignants,
 Ancien Président du Conseil de la Culture, de L’Éducation et de l’Environnement.

Copie à :

Monsieur le Président de la République.   

Monsieur le Premier Ministre                                                                       

Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale

Monsieur le Ministre des Outre-mer

Monsieur le Secrétaire Général du SE-UNSA en France

Monsieur le Secrétaire Général du SE-UNSA en Martinique

Messieurs les Parlementaires de Martinique

La presse française

La presse locale, écrite et parlée.

 

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