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La Martinique, désormais membre associée de l'AEC (Association des Etats de la Caraïbe) pose un pas de plus dans son environnement naturel.  A ce titre, le Président de Région, Serge Letchimy,  s'est rendu le 30 avril au VI ème sommet des Chefs d'États de la Caraïbe, au Mexique. Légitimée dans sa famille, la Martinique espère bien avancer avec ses frères, en essayant de contourner l'autorité écrasante de la mère patrie.  L'histoire nous dira si le peuple martiniquais se décide à ne plus se contenter des miettes de pouvoir octoyées par la France, pour prendre en main son destin caraïbéen. 

 

 

« Mr le Président des Etats Unis du Mexique, 

Mr le Président du Guatemala, 

Messieurs les chefs d'états et des délégations,

Je voudrais avec une très grande humilité, une grande simplicité, vous dire merci au nom du peuple martiniquais.

Vous savez, nous vivons aujourd’hui un moment historique, un moment important, puisque vous nous ouvrez la porte pour nous permettre de siéger à l'AEC. Vous le faites en plus avec beaucoup d'élégance, merci pour l'accueil de grande qualité que vous nous avez réservé.

Je voudrais aussi remercier Alfunso Munera le secrétaire général. J'ai été personnellement ému des interventions où en permanence, il place la culture, l'éthique et les grandes valeurs comme socles, comme fondations, de toute politique de développement. Ce n'est pas pour moi une utopie, si c'en était une, ce serait une utopie refondatrice. Celle, d'une nouvelle dynamique et d’une nouvelle culture de développement dans ce bassin économique, culturel et patrimonial qu'est la Grande Caraïbe.

Vous le faites avec d'autant plus de ferveur Monsieur Munera, puisque vous rendez hommage en même temps à des poètes comme Gabriel Garcia Marquez, mais aussi à des hommes de grande combativité humaniste comme Norman  Girvan qui a marqué l'AEC. Vous en parlez en plus dans un contexte, où nous aussi en Guadeloupe, en Martinique et ailleurs dans la Caraïbe, nous assumons une dynamique très forte sur le plan culturel.

Vous avez fait allusion Mr le Président des Etats Unis du Mexique à Dereck Welcott de Sainte Lucie, j'aurais pu aussi faire allusion à Aimé Césaire, à Frantz Fanon, ou à Edouard Glissant. Ceci étant, je tiens à vous féliciter et à vous dire notre engagement sans faille pour une dynamique de développement au sein de l’AEC. 

Je salue les initiatives déjà prises. La Martinique y a d’ailleurs contribué par la création de la commission du tourisme durable, commission spéciale qu’elle préside par ailleurs.  Elle s’est très fortement impliquée dans  la création de la zone de développement du tourisme durable de la Caraïbe. C’est une première  dans le monde.  Le tourisme est une filière essentielle pour la grande région caribéenne. . 

Essentielle, parce que c'est un créneau de développement économique incontestable. Nous sommes riches esthétiquement, avec des paysages magnifiques, avec une richesse culturelle et patrimoniale à valoriser. Mais l’exposer ne suffit  pas, il s’agit  de faire de la fréquentation touristique une vraie dynamique de développement et de croissance interne pour valoriser  notre culture et  notre production.  D’ailleurs c’est  en terre Maya, que la Martinique et la Guadeloupe  sacrent leur positionnement comme membres associés de cette importante institution qu’est l’AEC. Nous sommes heureux de cette initiative commune car nous posons du coup,  les jalons modernes de notre histoire.

Vous avez aussi abordé une question qui me semble déterminante pour l'avenir, relayée par la Colombie, par le Panama et aussi d'autres États, c’est l'enjeu du transport, et plus spécifiquement du transport aérien.  Je tiens à insister là dessus car sans connectivité voir même inter-connectivité, il est extrêmement compliqué de pouvoir parler d'échanges dans le domaine commercial et économique dans des bassins aussi éclatés que les îles de la Caraïbe. 

Je voudrais aussi insister auprès de vous  Monsieur le Président,  mais  aussi auprès des différents responsables,  car quand vous parlez de connectivité, il vous faut parler de double connectivité. La connectivité d'Amérique du Sud par rapport à la Caraïbe, et la connectivité interne dans la Caraïbe. Autre sujet, celui du transport maritime, abordé au cours d'une précédente intervention. Sur ce sujet du transport maritime, c'est encore pire.  Si nous voulons diminuer les coûts et avoir une bonne compétitivité en matière de transfert, il nous faut absolument pouvoir connecter la Caraïbe à l'Amérique du Sud dans des conditions meilleures.

Nous avons une situation institutionnelle et politique qui nous lie à la France et à l’Europe. C'est le choix du peuple martiniquais  d'être dans cet ensemble, et nous nous devons de le respecter. C’est aussi un marché potentiel de 500 millions de personnes. Mais nous ne pouvons éternellement rester étranger à notre propre géographie, à notre propre histoire.

C'est dans ce sens, que notre appartenance à la Caraïbe, dépasse le seul cadre institutionnel, c'est véritablement une réconciliation avec notre géographie cordiale, donc avec nous même. C’est la recherche de nouvelles richesses, de nouvelles voies de développement économique. Parmi ces voies de développement, la question de la biodiversité et des changements climatiques sont au cœur  des défis à venir. C'est important, et le Docteur Munera a fait là dessus une remarquable intervention qui devrait nous faire prendre conscience de cet enjeu planétaire. 

Les changements climatiques, ont comme première conséquence, l’aggravation des catastrophes naturelles  face à la vulnérabilité de nos milieux.  Les initiatives prises notamment par le Mexique en matière de prévention des risques majeurs sont essentielles pour l'avenir. C'est fondamental car ces initiatives contribuent à des actions de solidarité vis à vis des peuples du bassin caribéen. Les petites îles sont encore plus exposées aux désastres liés à ces changements climatiques.

Je voudrais aller plus loin, parce que le changement climatique conduit aussi à   l’érosion des paysages, des côtes, et de la biodiversité. Et ce sont justement ces petites îles dont la richesse en matière de biodiversité est essentielle qui pâtissent de ce que l'on peut appeler une forte anthropisation des milieux naturels, par une trop forte empreinte humaine. C'est en ce sens, que je considère que la biodiversité doit faire l'objet d'une attention particulière en terme de connaissance, de protection et de valorisation. C'est aussi un pôle de croissance potentiel important pour l'avenir. J’en ai parlé hier, il faut valoriser la diversité biologique, notamment dans le domaine de la biopharmacie.

Je voulais aussi dire un mot sur l’évolution de la France et de l’Europe sur la coopération.  Nous partageons cette évolution,  vers une conception plus moderne, plus intelligente, plus responsable et inclusive pour nos pays, avec l’instauration du  principe de diplomatie territoriale. Cette orientation devrait ouvrir de nouvelles perspectives dans le domaine économique. D'ailleurs,  l'expression de coopération est une expression un peu dépassée. Si elle facilite les contacts entre les peuples  suivant la conception de l’échange et du partage, elle est limitée dans le domaine économique. La coopération complète le contact des civilisations dans les domaines culturels et sportifs, mais il faut aller beaucoup plus loin en y ajoutant, les stratégies d’investissement, de gouvernance et de convergence. D’ailleurs, le concept de diplomatie territoriale pourrait faire l'objet d'un séminaire de réflexion au sein de notre bassin, celui de la grande Caraïbe. Ceci afin, de construire une dynamique de progrès émancipatrice, une dynamique de démocratie et de paix,  d’autant plus puissante car,  partagée par tous et forte des socles patrimoniaux ancestraux propres à nos régions.

Vous avez aussi fait allusion à la question d’inégalités, notamment linguistique. Oui,  le manque de communication construit l'inégalité. C'est pour cela que nous portons, l’idée d’un ERASMUS Caraïbe, d’ailleurs partagée par  la ministre de l’outre mer,  permettant à de jeunes Mexicains de venir en Martinique, et des Martiniquais de venir au Mexique pour pouvoir échanger sur le plan linguistique,  sous la forme d’une immersion de longue durée. 

Michel Marthély sera heureux de l'entendre, il ne sera plus seul, nous serons plus nombreux à parler français ici, mais j'aurais bien aimé qu'on aille beaucoup plus loin, qu'on parle aussi le créole. Parce qu’il y a plusieurs créoles dans la Caraïbe, cela fait partie d'une dynamique importante de développement où les  cultures, les langues, les patrimoines ne sont pas exclus, mais pris comme fondement d’une démarche du  bien vivre et du bien être.. 

Mr le Président, sur le plan  Européen des outils financiers nouveaux, notamment l’articulation FED-FEDER et  INTERREG, ouvrent de nouvelles perspectives d’investissement avec les Etats  transfrontaliers aux Régions Ultra Périphériques.

Je pense que c'est par des actions concrètes que nous pourrons rendre lisible la politique de développement de la  grande Caraïbe. Au delà de la question de l'intégration c’est désormais en terme de convergence que doit se concevoir la diplomatie territoriale, tant dans sa dimension éthique, économique, sociale, écologique et culturelle. Les mouvements des capitaux et des biens complèteront toutes les stratégies d’investissement publiques ou privées.

Ce sont ces valeurs que nous posons comme socle, pour nous permettre, nous, peuple martiniquais d'être dans un ensemble, comme acteur du développement, dans une nouvelle vision géostratégique , mais aussi comme initiateur de voies nouvelles d’une émancipation politique, culturelle et économique, fiable, durable et moderne.

Merci beaucoup.

Merci de m'avoir écouté. »

Serge Letchimy - 

Yucatan Mérida - 30 avril 2014

 

 

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