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Actualité

Les précisions scientifiques confirmant les conséquences dramatiques du Chlordécone sur la santé des Martiniquais et des Guadeloupéens se succèdent. Plus personne n’ignore que la France a choisi délibérément d’autoriser, par dérogation, et en toute connaissance de cause, l’utilisation de ce pesticide dans les plantations de bananes de ces pays. Alors que les populations découvrent que ce poison mortel laissera des traces indélébiles dans le corps de leurs enfants et dans la terre de leur pays, le gouvernement et Emmanuel Macron renvoient l'habituel mépris colonial, ils se taisent. Les planteurs békés continuent à utiliser des produits dangereux pour la culture de la canne à sucre, qui reprend place sur les terres empoisonnées où poussait la banane subventionnée. Ils observent le même silence pendant que tombent dans leurs caisses les millions de la Politique Agricole Commune (PAC) qui au pays empoisonné, s'apparente à une Politique Assassine Coloniale. 


Le site ayant été piraté, voir ici : La Banane m'a tué : Complicités politiques Subventions et Empoisonnement | Le Club de Mediapart
et ici  : Chlordécone : Avec la complicité de l'Etat et des politiques | Le Club de Mediapart

Le Chlordécone connu pour ses risques sur la santé fut homologué en France au début des années 1980, puis a été interdit en 1990. La France a autorisé son utilisation par dérogation aux Antilles, au nom des intérêts des grands planteurs békés arrosés de confortables subventions européennes, qui augmentent chaque année en même temps que les cancers des populations antillaises.

Victimes des effets dévastateurs du poison de la honte, les Martiniquais et Guadeloupéens exposées pendant des années à l’utilisation de ce pesticide dangereux, commencent à prendre conscience de l’ampleur du crime colonial. 

Quant aux grands planteurs, ils continuent à percevoir leurs cadeaux européens, en millions d’euros. Exemple, les derniers versements de la PAC au titre des aides POSEI (Programme d’Options Spécifiques à l’Eloignement et à l’Insularité) pour les périodes du 16 octobre 2014 au 15 octobre 2015 et du 16 octobre 2015 au 15 octobre 2016.

Chaque année les grands planteurs békés et grands groupes français bénéficient de cette manne qui ne se répercute pas sur l’emploi. Les jeunes, avec ou sans diplômes quittent l’ile pour aller subir le racisme et le cortège de discriminations qui l’accompagnent, en France et dans toute l’Europe.

Epandage de subventions sur les plantations du Lamentin

Si les champs de bananes toujours nourris aux pesticides ne sont plus arrosés par épandage aérien, l’avion de l’Europe arrose toujours de millions de subventions les plantations de Jean-Michel Hayot.

L’Europe transforme son « Petit Morne » en Everest des subventions avec pour l’année 2014 avec plus de 4 millions d’euros (4 550 322,75 €) et autant en 2016 (4 144 919,74€). Pour « Bochet » toujours au Lamentin, en 2015 la somme s’élève à 1 409 140,16 €, et pour 2016  un peu moins avec 1 386 936,23 €.

Les millions de subventions de la Politique Agricole Commune attribuées à l'agri-millionnaire ne contribuent pas à l’amélioration des conditions de travail des ouvriers dans ses exploitations. La preuve ici à « Bochet », où la représentante syndicale constate les risques d’accidents pour celles et ceux qui avancent dans les traces, sans aucune visibilité. Cette syndicaliste est attaquée, menacée de licenciement, coupable de ne pas se taire.

Qu'importe les conditions de travail, les euros ne connaissent pas la souffrance des travailleurs et sur l' Habitation Trianon de Jean-Michel Hayot ils tombent joyeusement : 1 416 296,44 € en 2015 et 1 393 979,57€ en 2016. 

Sa plantation « Petite Grenade » perçoit 1 921 440,15 € en 2015 (Remboursement de la discipline financière 51 083,30 – Soutien à la modernisation des exploitations agricoles 69 347,08 – Aides Posei 1 801 009,77). C’est encore bingo en 2016 avec presque 2 millions (1 879 993,01 €).

La Désirade de Jacques Plissonneau Dusquesne s’approche depuis des années du million. En 2015 avec 904 463,52 € et pour 2016 un peu moins (875 073,58 €). Pour son Groupement Foncier Agricole « Chancel » 833 780,36 € en 2015 et un peu plus (941 146,08 €) en 2016.

« La SARL Union » de Cyrille De Reynal De Saint Michel est toujours porteuse en millions. En 2015 elle bénéficie de 1 775 657,37 € et pour la période du 16 octobre 2015 au 15 octobre 2016 : 1 758 317,70 €.

La justice enquête sur l’AMIV qui pendant ce temps s’engraisse de subventions

L’AMIV (Association Martiniquaise Interprofessionnelle des Viandes) a connu une célébrité bien inattendue, quand à l'occasion d'une conférence de presse à la CTM, le 11 février 2017, le président de l'Exécutif, Alfred Marie-Jeanne a dénoncé « un certain nombre de dysfonctionnements, à l'avantage d'un petit nombre. » et « une privatisation de l’ensemble des ressources attribuées au développement des filières d’élevage par un petit nombre de personnes. »



Quelques mois plus tard, le 10 juillet, le Procureur de la République de Fort-de-France a ouvert une information pour « abus de confiance, escroqueries en bande organisée, faux et usage de faux, détournement de fonds publics. »  Mais l’AMIV peut continuer à s’engraisser avec les aides européennes.

La viande martiniquaise est autant subventionnée que chlordéconée.

L’AMIV classée chez les agri-millionaires du Lamentin, ramasse les millions à la pelle. En 2015 elle a remporté plus de 3 millions d’euros (3 520 140,30 €). Pour l’année 2016 on se demande où ira la coquette somme qui frôle les 4 millions (3 993 818,83 €). Ira-t-elle contribuer à dépolluer les savanes empoisonnées au chlordécone où se nourrissent ovins, bovins ?

Gros lot toujours assuré pour MNA

Martinique Nutrition Animale (MNA, nom commercial PROMA) d’Emile Mussard reste toujours agri-millionnaire en 2015 avec un confortable matelas d’euros de 2 millions (2 098 727,12). Légère diminution en 2016 avec 1 946 318,0 €.

 

A Saint-Joseph l'agri-millionnaire Jean Simonet garde son statut

Pour sa SAS Caféiere, le multi chef d’entreprise remporte le gros lot avec 4 millions (4 000 923,93 €) en 2015. Pour 2016 un peu moins d'un million : 937 823,00 €.

Sa « SARL Rivière Lézarde » frôle le million et demi en 2015 avec 1 4107 888,46 € et en 2016, le million : 1 385 704,28 €. 

 

Au Gros-Morne, un seul agro-millionnaire avec 4 millions pour 2 ans

La plantation « Bagatelle » de Gilles de Reynal de Saint Michel a reçu la coquette somme de 2 millions en 2015 (2 077 368,80 €) et en 2016 c'est encore la jackpot : 2 044 620,57 €.

Au Robert « Le Moulin » détenu par la Société CEM, un fonds de placement et entités financières similaires, géré par Xavier Augier de Moussac, remporte plus d’un million et demi en 2015  (1 699 953,68 €) et 1 559 179,16 €. en 2016.

Au Francois au-dessus des Fonds blancs se promène un vent d’euros venu d’Europe

La distillerie du Simon n’a pas atteint le million en 2015 avec 888 139,40 €. La distillerie qui fait partie des nombreuses entreprises des familles békés Hayot et Garçin perçoit 976 917,68 € en 2016. 

Le Groupe Hayot classé 235 ème fortune de France, encaisse ses millions annuels. En 2015 au nom de la PAC, la « SA Bamaryl » a obtenu son million et demi (1 687 715,86 €) et les caisses grossissent encore avec 1 743 171,69 € en 2016.

Sur les terres d’Alain Viviès les millions parcourent les fonds pour alimenter les plantations en euros. La plantation « Ti-Fonds » frôle les 2 millions (1 893 517,22 € ) en 2015 et avec 1 795 540,46 €, s’en approche en 2016.

 

La plantation « Siban » d’Henri Simonet récolte comme d'habitude ses millions. En 2015 le montant atteint le million et demi (1 537 582,10 €, autant qu'en 2016 : 1 513 351,41 €.

Au François les désherbants, autre agression polluante dans la banane 

En nous arrêtant à côté d’une plantation de bananes au quartier Perriola, une mauvaise odeur et la couleur des herbes dans les traces nous ont interpellés. En allant voir de plus près nous avons constaté que les herbes et feuilles aux pieds des bananiers ont subi la pulvérisation d’un désherbant. Les mains de quelques jeunes au chômage, qui trouveraient l’occasion d’exercer un petit boulot en coupant les herbes, n’ont pas été sollicitées. 

 

Au Vauclin on l’appelle Sigy

« On l’appelle Sigy, c’est une plantation de Jean-Michel Hayot, vraiment très gros agri-millionnaire, chaque année l’Europe y sème le million et en 2015 ça résonne dans les caisses : 1 535 907,00 €.  Autant en 2016 : (1 511 702,75 €).

 

​En ajoutant les 11 761 318,88 € pour ses exploitations agricoles du Lamentin, le multi chef d’entreprises, Jean-Michel Hayot a obtenu de l'Europe, près de 15 millions de subventions agricoles (14 808 928,63€) pour les années 2015 et 2016 .

Le « Paquemar » de Jean Asselin et Michel Gros Dubois avec 982 145,74 €  en 2015, s’approche du million qui arrive en 2016 avec 1 511 702,75 € (dont 78 506,50 € en « soutien aux investissements physiques ».

NDLR : Le « soutien aux investissements physiques » est une mesure qui devrait contribuer à l’amélioration des performances économiques et environnementales des exploitations agricoles et des entreprises rurales, à l’accroissement de l’efficacité́ du secteur de la commercialisation et de la transformation des produits agricoles, à la mise en place des infrastructures nécessaires au développement de l’agriculture et de la foresterie, et au soutien aux investissements non rémunérateurs nécessaires à la réalisation des objectifs dans le domaine de l’environnement.

A Rivière-Pilote on ne compte aucun agri-millionnaire, le montant le plus élevé d’aides payées est de 41 126,52 €. On espère que l’agriculteur qui n’a obtenu que 135,18 € n’a pas eu à engager des frais pour établir son dossier de demande de subvention.

 

Les planteurs millionnaires du Nord et les cancers

Le deuxième groupe français des spiritueux de Jean Pierre et Edith Cayard  (62ème fortunes de France) obtient en 2015 pour le Rhum Saint-James à Sainte-Marie, presque 2 millions (1 909 623,86) d’aides européennes. Le montant a diminué en 2016 avec 891 143,83 €.

Le Rhum Saint-James parent d'Albioma

Jean-Pierre Cayard est aussi administrateur d'ALBIOMA en Martinique. Selon le magazine économique « Challenges », « Ce couple contrôle le n° 2 français des spiritueux (CA : 900 millions) et ses marques Porto Cruz, Label 5, Saint- James. Ils sont aussi montés à 22 % dans Marie-Brizard. »



A Trinité l’usine du Galion avec sa chaudière de la manipulation, fait partie des agri-millionnaires

De nombreux Martiniquais ont suivi en direct les débats houleux du 20 décembre 2017 à la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), jour où les élus étaient invités à voter en plénière, une décision pourtant déjà prise par le Conseil d’Administration de la SAEM de production sucrière et rhumière du Galion : celle de son raccordement à l'usine de Biomasse Albioma, qui inquiète la population qui y voit une nouvelle pollution, cette fois, aux particules fines.

A ce débat pour moutons de la CTM la population a découvert que les défenseurs de la multinationale ALBIOMA se comptent dans tous les camps politiques : des élus de Droite, du PPM et même certains dits indépendantistes et un communiste. Ces élus du peuple n’ont pas parlé des millions de la PAC qui arrivent à l’usine et qui n’ont pas servi à réparer la chaudière-vèglaj.

La SAEM de production sucrière et rhumière du Galion a reçu en 2015 une aide Posei de 1 066 000,00 € et autant en 2016 (1 066 000,00 €).
 

La banane ce sera malgré tout

A Trinité,la bien nommée « Bananes du Malgré Tout » de Cyril Georges Picot continue à percevoir ses millions malgré le scandale du Chlordécone qui condamne la population à mort avec les cancers en augmentation constante. En 2015 l’ange de la PAC est passée et 1 109 770,86 € sont tombés dans les caisses, juste avant le versement de 1 205 664,94 € en 2016.

La SARL « La Richard » de Gilles De Reynal De Saint Michel reste obstinément agri-millionnaire tous les ans, même si elle a connu un redressement judiciaire en 2007 et un plan de continuation-redressement un an plus tard en 2008. En 2015 l’exploitation reçoit presque 2 millions d’aides Posei (1 925 923,01€) et légèrement moins (1 895 564,50 €) en 2016. 

A Sainte-Marie c’est toujours sans tambour ni trompette que les subventions agricoles arrivent chez les mêmes agri-millionnaires.

Ajoutés au plus de 3 millions de « Siban » au François, Henri Simonet remporte encore deux autres pour sa plantation « CITEFI » : 1 172 423,30 € en 2015 et 1 153 954,62 € en 2016.

Pour leur habitation « Concorde » Alice Beuzelin et Raymond Gouyé ont frôlé le million et demi en 2015 avec 1 414 335,50 € et en 2016 un peu moins (1 333 846,83 €)

Pour son « Habitation Bellevue » Jean-Jacques De Jaham a perçu en 2015 un peu moins d’un million (925 970,34 €) et en 2016, le montant est de 911 390,57 €.

A Basse Pointe, l’Habitation Pécoul qui avait comme dirigeant mandataire le Groupe Bernard Hayot jusqu’au 1erdécembre 2016, a depuis la même date « Bernard Groupe » comme président. Elle obtient 1 800 553,02 € en 2016. L’année précédente le montant était de 1 745 867,71 €.

A Macouba, « Héritiers Crassous de Medeuil » du Groupe Bernard Hayot reste toujours agri-millionnaire avec 1 296 569,92 € pour l’année 2015 et un peu plus en 2016 (1 321 543,04 €).

L’Habitation « Le Verger » de Bertrand Aubéry garde ses millions avec en 2015 la somme de 1 576 900,35 € et 1 602 149,87 € pour 2016.

L’Habitation « Gradis » dont la gérance est passée de Bertrand à Patrick Aubéry depuis février 2017, a perçu en 2015 son million en 2015 (1 439 535,20 €) ainsi qu’en 2016 (1 416 851,64 €).
Pour son habitation « Moulin l’Etang » le million est tombé sur la banane en 2015 : (1 529 975,74 €) et en 2016 (1 523 951,73 €).

A Basse-Pointe l’Habitation « Capote » qui avait pour dirigeant Bertrand Aubéry jusqu’en avril 2013, est passée sous la gérance de Joel Gourapa. Le montant des subventions agricoles n’a pas changé, le million est toujours annuel avec 1 555 801,29 € en 2015 et 1 531 283,12 € en 2016.

À Macouba, l’Habitation « Dupotiche» dont Thomas Galva est gérant (anciennement gérée par Olivier Davout) a gardé ses millions, en 2015 avec 1 493 211,29 € et 1 469 680,76 € en 2016.

Thomas Galva est aussi devenu après Olivier Davout, le gérant de l’ «Habitation Eyma » qui garde elle aussi ses millions : 1 527 743,78 € en 2015 et 1 503 668,34 € en 2016.

« Macouba » de Marie-Joseph Marraud Des Grottes remporte en 2015 sa cagnotte (1 444 912,51 €) et autant en 2016 (1 453 948,09 €).

Le « Jardin Clément » de Jean Mouilou reçoit en 2015 la somme de 1 458 639,38 € et en 2016 un peu moins (1 435 654,37 €).

Au Lorrain, Mme Marie-Josephe Genin est la seule agri-millionnaire. Pour son « Habitation Assier » elle obtient 1 211 755,23 € pour l'année 2015 et 1 192 665,93 € en 2016.

Au Marigot, trois heureux agri-millionnaires

« Horti Fruits » de Laurent et Guillaume Lagarrigue De Meillac a bénéficié de 1 224 566,37€ en 2015 et 1 304 512,14 € en 2016.

Pour sa plantation « Duhaumont » l’agri-millionnaire Laurent Lagarrigue De Meillac obtient 1 567 323,85 € en 2015 et pour 2016 un nouveau million et demi (1 592 759,79 €).

La « Vallée du Lorrain » de Steve Marcelin, en augmentation en 2016, frôle les 2 millions avec 1 186 965,70 €. En 2015 le montant était de 1 205 963,61€.

 

Pendant que l'Europe sème des millions de subventions, le cancer de la prostate fait des dégats en Martinique

Le 21 janvier dernier, la journaliste Barbara Jean-Elie a publié sur Facebook le témoignage de son père, touché par le cancer de la prostate.

Edouard Jean-Elie est né à Ajoupa-Bouillon où il a été le chef de l'édilité de 1971 à 1995. Cet ancien maire de Gauche (GRS) sait en effet de quoi il parle et il peut d’autant plus le dire qu’il souffre aujourd’hui du cancer de la prostate. Un cancer qui en Martinique bat le record du monde 

Dans la commune d'Ajoupa Bouillon d’autres connaissent l’EDEN des subventions agricoles européennes, baptisées aides.

La société d’exploitation de l’habitation « Eden » de Paul De Reynal de Saint Michel gagne ses millions annuels de la PAC. En 2015, ce sont 2 millions qui tombe dans ses caisses (2 017 576,66 €), une somme en légère diminution (1 985 771,91€) en 2016.

Sous la montagne qui pleure des lahars, il pleut des euros de subventions agricoles

A Saint-Pierre pour l’Habitation « Parnasse » de Serge Ernoult, les millions de l’Europe se déversent chaque année. 1 059 861,07 € en 2015 et 1 043 425,90 € en 2016.

La Société Agricole Perinelle de Jean-Claude Marraud Des Grottes a obtenu 1 275 208,64 € en 2015 ( dont 43 370,56 € en Aides agro-environnentale.

La banane  « rien ne peut la battre »

Ce slogan avait été choisi pour la campagne de promotion lancée en octobre 2005 par l’UGPBA (Union des Groupements de Producteurs de banane des Antilles). La même année on parle déjà des effets néfastes du chlordécone sur l’environnement et sur la santé des populations antillaises. 

Quelques mois avant cette grande campagne nationale, ont été rendues publiques les conclusions des travaux d'une mission d'information présidée par Philippe Edmond-Mariette, (qui était Député en remplacement de Pierre Samot dont l’élection a été invalidée par le Conseil Constitutionnel le 27 février 2003). L’ancien Député-maire de Trinité, Louis-Joseph Manscour faisait partie des membres de cette mission. 

Mais les planteurs se fichent des rapports. Qu’importent les connaissances du public sur ce crime colonial, ils ne pensent qu’à leur enrichissement. Le président de leur groupement, Eric De Lucy, fait appel à l’image de quatre sportifs d’origine antillaise, dont l’épéiste championne olympique, Laura Flessel, actuellement ministre des Sports d'Emmanuel Macron.

Les planteurs n’ont pas hésité à débourser 9.15 millions d’euros pour cette campagne de promotion pour laquelle la sprinteuse Christine Arron, le tennisman Gaël Monfils et le footballeur Nicolas Anelka, ont aussi vendu leur image.

 

A ce prix là tout devient possible, la campagne de promotion a largement été relayée dans par médias. On peut imaginer le fou rire qui a dû résonner au dessus des villas coloniales du Cap-Est au François, quand les békés ont lu l'article de « emarketing.fr. » : Les Antilles unies derrière la banane des droits de l'Homme. » !

 

« Des droits de l’homme Blanc » conviendrait certainement mieux, quand on sait que le Chlordécone a été interdit en France en 1990 pour protéger la santé de la population alors que l'Etat, à la demande des planteurs Békés, l'autorisait aux Antilles, dans ses colonies.

Les Etats-Unis, qui ne sont pas les rois de la protection de l’environnement avaient déjà pris la décision d'interdire le poison dès 1976, après une catastrophe chimique impliquant un fabriquant du pesticide Képone à Hopewell, en Virginie. La manipulation et le déversement de la molécule dans la rivière Saint-James aux États-Unis, dans les années 1960 à 1970, avaient révélé au pays les effets toxiques sur les humains et la faune.

Le principe de précaution appliqué pour la population française mais pas pour les colonisés des Antilles françaises

Quand en 2005 le groupement des planteurs de bananes lance sa couteuse campagne de promotion « La banane rien ne peut la battre », la France entière sait déjà que les légumes antillais sont empoisonnés au chlordécone. L’arrivée des patates de Martinique au port de Dunkerque en 2002 a rendu l’affaire publique. Sans aucune hésitation, au nom de la santé de la population française, les patates empoisonnées ont été détruites. Agnès Buzyn n'était pas encore ministre de la Santé pour oser l'argument indigne de LMR « protectrices » (Limite Maximale de résidus). L’article de « Libération » (12 octobre 2002) raconte :


« Une tonne et demie de patates douces accommodées au chloredecone, un insecticide ultra-toxique strictement interdit en France depuis 1990. Voilà ce qu'ont découvert les limiers de la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF), le 23 août, sur le port de Dunkerque, en provenance de la Martinique.

Dans les flancs du cargo Douce France alpagué par les services de Bercy «sur information» (c'est-à-dire sur renseignement ou dénonciation), les flics des fraudes ont trouvé 23 «cartons» de patates douces, toutes vérolées comme l'ont confirmé les analyses réalisées sur place. Expéditeur : le groupe Gipam, un groupement d'exportateurs de bananes en Martinique. Destination finale prévue : Rungis et son Marché d'intérêt national.

Destination finale réelle : un incinérateur pour destruction totale et discrète de la marchandise, après signalement au parquet. «Nous avions là un gros problème de police sanitaire, il fallait agir très vite», commente l'un des protagonistes du dossier.

«Ce n'est pas que le chloredecone se trouvait en quantités très importantes sur ces patates douces : les traces retrouvées étaient assez faibles, quoique potentiellement dangereuses pour certains sujets», tente de rassurer un responsable de la santé publique. «Mais l'interdiction doit être strictement respectée. Il n'y a pas, en l'espèce, de seuil tolérable ou de liberté à prendre avec la loi», explique-t-il. »


La France interdit le Chlordécone sur son territoire en 1990, mais l’autorise dans ses colonies où pleuvent les millions d'aides aux semeurs de mort

Les conséquences sanitaires de l’usage de ce pesticide organochloré (commercialisée sous les noms de Kepone puis de Curlone), répandu aux Antilles de 1972 à 1993 contre le charançon du bananier, ont été mises en évidence dès 1999, par la Direction de la Santé et du Développement Social (DSDS) de Martinique. Donc aucun des gouvernements qui se sont succédés ne les ignorait.

La lecture du rapport de la mission présidée par Philippe Edmond Mariette démontre une fois de plus la culpabilité des grands planteurs et de l’Etat dans l’empoisonnement des populations des Guadeloupe et de Martinique : 

 

UNE AUTORISATION RETIRÉE EN 1990,  MAIS UN USAGE QUI SE PROLONGE JUSQU'EN 1993

 

A.- LE RETRAIT DE L'AUTORISATION DE VENTE

Les éléments fournis par le Ministère de l'agriculture à la mission font état d'une décision de retrait de l'autorisation de vente du Curlone intervenue le 1er février 1990.

Il a également été remis à la mission copie d'une décision du 1er février 1990 adressée aux établissements Laurent de Laguarique (sic), signée par le chef du Service de la protection des végétaux, et notifiant le retrait de la spécialité Curlone, dont le numéro d'autorisation de vente est le 8100271, autorisation délivrée en 1981 (annexe I-B).

D'après les informations fournies à la mission par le Ministère de l'agriculture, c'est à l'occasion du réexamen d'un ensemble de dossiers que la Commission d'étude de la toxicité s'est prononcée, en septembre 1989, pour l'interdiction du chlordécone, dont elle a estimé qu'il s'agissait d'un insecticide persistant, relativement toxique et dont il n'était plus possible d'obtenir la mise à jour (courrier joint en annexe I-C).

D'autres recherches effectuées par la mission font quant à elles apparaître un arrêté du 3 juillet 1990, dont l'article 6 dispose que « à l'article 3 de l'arrêté du 5 juillet 1982 modifié relatif aux conditions de délivrance et d'emploi en agriculture de substances vénéneuses, le chlordécone [...] est supprimé de la liste [...] » (annexe I-D).

En outre, une note du 11 juillet 1997 à l'attention du Directeur départemental de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes de Guadeloupe, mentionne « l'arrêté du 3 juillet 1990 relatif aux conditions de délivrance et d'emploi, en agriculture, de substances vénéneuses et dangereuses. Cet arrêté, pris sur la base du code de la santé publique, (article L. 626 et R. 5149 à R. 5170) a abrogé les dispositions de l'arrêté du 5 juillet 1982 qui autorisait l'emploi du chlordécone pour le traitement des bananiers. Par conséquent, la délivrance et l'emploi de cette substance après les délais fixés constituent une infraction aux articles correspondants du code de la santé » (annexe I-E).

On peut tout d'abord se demander pourquoi la substance active est interdite après la spécialité commerciale. Cela peut logiquement découler du fait que c'est dans le même ordre que l'homologation avait été accordée. 

De plus, la formule commerciale peut comporter des risques qui ne tiennent pas à la substance active elle-même, ce qui justifie l'interdiction de la spécialité commerciale en premier lieu. 

B.- LA COMMERCIALISATION S'EST POURSUIVIE PENDANT DEUX ANS APRES LE RETRAIT D'HOMOLOGATION

Lors du retrait de cette autorisation de vente, des voix s'étaient élevées parmi les planteurs pour réclamer un délai d'utilisation supplémentaire de trois ans, au motif que les solutions antiparasitaires de substitution s'avéraient inopérantes ou en cours d'expérimentation.

Cette demande avait notamment été relayée auprès du Ministre de l'agriculture de l'époque, M. Henry Nallet, par M. Guy Lordinot, député de la Martinique, à l'occasion d'une question écrite du 23 avril 1990, ainsi que d'un courrier du 30 avril 1990 (annexes I-F et I-G). 

Les réponses du ministre (annexes I-H et I-I) rappelaient tout d'abord qu'en tout état de cause, et conformément à l'article 8 de l'arrêté du 1erdécembre 1987 précité, « lorsqu'une spécialité est l'objet d'un retrait d'homologation, la vente, la mise en vente ainsi que toute distribution à titre gratuit par le demandeur responsable de la mise sur le marché français doivent cesser un an après la notification de ce retrait. Toutefois, un délai supplémentaire d'un an est toléré dans les mêmes conditions que ci-dessus ».

La vente du Curlone pouvait donc se poursuivre, conformément au droit commun, deux ans après le retrait de l'autorisation de vente intervenu le 1er février 1990.

Mais le Ministre précisait aussi que « si à l'issue de cette période, un délai supplémentaire d'un an s'avérait nécessaire, [il] ne serait pas opposé à l'accorder ».

 

Les Premier ministres et ceux de l’Agriculture qui ont accordé les dérogations, Henri Nallet en 1990, Louis Mermaz en 1992 et Jean-Pierre Soisson en 1993 ont choisi les intérêts des grands planteurs békés, un lobby dont la puissance financière ouvre sans contrôle, les portes de l’Elysée.

Le reportage de Canal Plus « Les derniers maîtres de la Martinique » (de Romain Bolzinger : https://vimeo.com/3221400) diffusé le 6 février 2009, en plein conflit social antillais, en a été une démonstration. Les Martiniquais ont pu voir Eric De Lucy passer les grilles de l’Elysée, sans pièce d’identité.

Les populations de Martinique et de Guadeloupe ont perdu leur créole en entendant estébékwé (bouche bée), le béké Alain Huygues-Despointes, regretter que les historiens ne s'intéressent pas « aux bons côtés de l'esclavage » et affirmer « vouloir préserver sa race ».

Le multi chef d’entreprise se lâche devant la caméra, il exprime sa désapprobation du métissage  « Quand je vois des familles métissées avec des Blancs et des Noirs, les enfants naissent de couleurs différentes, il n'y a pas d'harmonie. »

Secrétaire d'Etat à l’outre-mer atypique, ou pas assez bien informé de la réalité coloniale, Yves Jego a osé désapprouver (« Le Monde » 13.02.2009) en jugeant ces propos « parfaitement ignobles » et annoncait que le parquet de Martinique avait ouvert une information judiciaire pour « apologie de crime contre l'humanité et incitation à la haine raciale ».

 

Les gouvernements français successifs ont toujours pu compter sur la complicité active ou silencieuse d'élus de Martinique et de Guadeloupe. Le lobby de la banane y veille.

La France a toujours pris soin des grands planteurs békés des Antilles, même si ce sont les petits agriculteurs qu’on entend le plus et plus fort. Difficile d’être libre quand espérer agrandir son exploitation oblige à passer par la case béké.

Grands propriétaires terriens les planteurs-importateurs ont la clé des champs. Ils ne vendront pas un hectare de plus aux contestataires de leurs privilèges sortis de la plantation esclavagiste.

Ainsi va l’histoire de la colonie depuis ce temps où les colons ont été indemnisés de la perte de leurs esclaves après l’abolition, sans qu’il soit prévu une redistribution des terres au profit des femmes et hommes qui par leur combat avaient obtenu leur liberté.

Des siècles plus tard, la réparation de ce crime est refusée par la France qui continue à protéger les privilèges des descendants des colons. Les siècles de servitude ont laissé des marques dans l’inconscient collectif, et ceux qui en tirent les bénéfices sont toujours les mêmes.

Les Antillais acceptent encore beaucoup, jusqu’à être empoisonnés. Quand celles et ceux qui ont choisi de perpétuer la résistance des Nèg mawon tentent de se soulever, les békés s’en amusent et parlent de « jeu de rôle ».

C’est d’ailleurs l’expression qu’utilise Frédéric de Reynal dans le reportage de Canal Plus (à 09 mn.08). Le président du syndicat des planteurs BANAMART qui a demandé au Préfet en 2009 de faire libérer les accès du Port bloqué par des grévistes, répond au journaliste qui l’interroge sur le dialogue social en Martinique : « C’est une spécificité liée aux Antilles françaises… (il rigole !)

Ça veut dire quoi demande le journaliste : « C’est toutes les complexités du dialogue social, plus les complexités qu’on peut retrouver aux Antilles. »
« Ils sont assez virulents en face » commente le journaliste. Frédéric De Reynal, très amusé ajoute :

« Ils ne sont pas virulents, c’est un jeu de rôle, on est dans un jeu, c’est du cinéma ! »

Au fond de la salle où les békés sont réunis, on aperçoit un Noir. Ainsi va le « jeu de rôle » depuis les heures sombres de la plantation esclavagiste. Les maîtres d’aujourd’hui peuvent compter sur une armée de larbins, capables d’être plus féroces qu’eux, face aux opposants à l’ordre établi. Dans son « Discours sur le colonialisme », Aimé Césaire écrivait « Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme. »

La scène dans le port qui est montré après cette séquence d’amusement du président de BANAMART, mérite d’être revue, même si elle se renouvelle à chaque conflit social aux Antilles. Le journaliste souligne que ce sont les policiers Noirs qui sont envoyés en avant pour affronter les manifestants.

 

Les jeux de rôle et le larbinisme ne sont pas propres au secteur de l’agriculture. Le monde politique remporte haut la main toutes les médailles. 

On pourrait écrire des romans sur le jeu ou-wèy, ou-pawèy des élus des colonies. Mais restons-en à leur « jeu de rôle » dans l’affaire du Chlordécone, la molécule destructrice interdite depuis 1973 aux Etats-Unis, puis en France en 1990. Cette même année, où les planteurs békés obtiennent une dérogation du ministre socialiste de l’Agriculture, Henri Nallet, pour empoisonner le pays.

Henri Nallet est alors ministre socialiste du 2ème gouvernement de Michel Rocard et le ministre de l’Outre-mer est Louis Le Pensec (28 juin 1988  30 mars 1993). La Gauche est donc au pouvoir depuis 1981, prête à écouter le criant besoin de responsabilité que réclame la Gauche martiniquaise depuis tant d’années, mais c’est un Moratoire que lui offre le nègre fondamental.

Louis Le Pensec arrive sur les terres déjà empoisonnées de Martinique à l'occasion de la rencontre entre les présidents Bush et Mitterrand, le 14 mars 1991. Le Député de Gauche, Guy Lordinot, a déjà joué son rôle de larbin des colonies au service des puissants planteurs. Il a relayé le souhait des békés de continuer à empoisonner les terres et les habitants de Martinique. «  Cette demande avait notamment été relayée auprès du Ministre de l'agriculture de l'époque, M. Henry Nallet, par M. Guy Lordinot, député de la Martinique, à l'occasion d'une question écrite du 23 avril 1990, ainsi que d'un courrier du 30 avril 1990 (annexes I-F et I-G). » 

 
C’est à l’Habitation Clément du plus riche et plus puissant béké des Antilles, Bernard Hayot, que se posent l'hélicoptère du Président de la République française et celui du Président des Etats-Unis. Dans la maison du maître de l’habitation, entourée de champs de bananes arrosés au chlordécone, le couvert est mis. Celles et ceux qui découvriront le menu sont triés sur le volet mais tous les élus, sapés comme jamais, viennent avoir l’honneur de serrer la pince des Présidents. Ni les politiques, ni la presse n’évoquent à cette occasion la dérogation donnée un an plus tôt aux planteurs pour empoisonner le pays.
 
 
Louis Le Pensec revient en Martinique le 3 septembre 1992, la deuxième dérogation pour empoisonner a déjà été accordée à titre dérogatoire le 6 mars 1992 par le nouveau ministre de l’Agriculture, Louis Mermaz. Quand ce ministre de l’Agriculture et de la Forêt, (des gouvernements Cresson et Bérégovoy du 3 octobre 1990 au 2 octobre 1992), signe cette nouvelle dérogation pour un délai supplémentaire d'un an d'utilisation du Curlone (n° 8100271), il n’ignore pas que son pays a interdit l’usage de ce pesticide à cause de son caractère persistant et bioaccumulable, avec des conséquences irrémédiables sur la santé et l’environnement. 
 
 
Aucune voix politique ne vient perturber le voyage du ministre de l'Outre-Mer lors de ce deuxième voyage au pays du cancer de la prostate. Les ministres viennent aux Antilles au chevet de la banane, au chevet de l’agriculture et surtout pas pour déplaire aux planteurs qui les reçoivent ou qui les rencontrent, à la table du Préfet. 
 

Le « jeux de rôle » dont les békés ont les règles

Quand en 2009, Frédéric de Reynal demande et obtient que les ouvriers agricoles soient expulsés du Port par les gendarmes et les policiers, il peut en rire. Il n’a pas oublié qu’en novembre 1992, quand ils ont pris la décision de bloquer la piste de l’aéroport, pour protester contre la règle des quotas d'importation des bananes antillaises sur le marché national, le Préfet n’a pas bougé. Pourtant si dans le port circulent les marchandises, l’aéroport est seul le seul point d’entrée et de sortie des personnes dans l’île.

 

Le gouvernement n'a pas la même notion de « l'ordre public » quand il s’agit des intérêts des békés. Il se garde bien de faire évacuer l'aéroport que les planteurs occupent du 22 au 25 novembre. Louis Le Pensec est toujours ministre de l'Outre-mer. Le ministre de l'Agriculture (1992-1993) de Pierre Beregovoy est alors Jean-Pierre Soisson, celui qui signera un an plus tard, en février 1993, une nouvelle dérogation pour l’utilisation du Chlordécone. Un nouveau permis d’empoisonner.

Jean-Pierre Soisson a servi sous 5 présidents, a participé à 8 gouvernements, a été ministre de Jacques Chirac et Raymond Barre sous Giscard d’Estaing mais aussi de Michel Rocard et Pierre Bérégovoy sous François Mitterrand. C’est dire s’il connaissait le monde béké !

Ministre de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs du gouvernement de Droite de Raymond Barre, il était venu en 1980 en Martinique. Le Chlordécone était déjà déversé par tonnes et sans contrôle sur le pays. Les deux Sénateurs de Martinique de l'époque étaient aussi de Droite, Roger Lise et Edmond Valcin. 

Jean-Pierre Soisson qui a annoncé sa retraite politique en 2011, n’avait pas hésité à faire alliance avec le Front National pour se faire réélire en 1988 la tête du conseil régional de Bourgogne. 

Les frères la gratouille n’ayant pas supporté cette alliance avec l’extrême droite, Le Grand Orient l’avait immédiatement exclu après son élection. Si en France pour certains cette connivence avec le parti raciste constitue « une tache » dans la carrière politique de celui qui a su passer de Droite à Gauche au cours de sa longue carrière politique, en Martinique les békés ont continué à apprécier et à recevoir l’ancien ministre qui a toujours défendu leurs intérêts à Paris et à Bruxelles.

En mai 2008, Jean-Pierre Soisson est revenu en Martinique où il a été reçu à l’« Habitation Sigy » de l’agri-millionnaire Jean-Michel Hayot. C’est bien connu, aux Antilles la mémoire est plus volatile que le Chlordécone, (ou à cause ?), personne n’évoque les assassines dérogations, personne n’évoque l’empoisonnement des terres et de la population. Le quotidien « France-Antilles » titre « Plaidoyer pour la banane » !


L’article nous apprend que :


« Profitant d'un court séjour en Martinique, le député de l'Yonne Jean-Pierre Soisson ancien ministre de l'Agriculture de 1992 à 1993 a visité l'habitation Sigy. Il avait en 1993 participé amplement à la signature de l'organisation commune de marché de la banane pour aider à la compétitivité du fruit jaune sur le marché européen confronté à des handicaps structurels. Quinze années après le marathon qui avait conduit à la signature de l'OCM Banane, l'ancien ministre du gouvernement de Pierre Bérégovoy redécouvre la production bananière. Il s'est souvenu des longues heures de négociations qui ont mené à la signature de l'OCM Banane en 1993, après des nuits de négociations, « cette signature n'aurait pas suffi, précise l'ancien ministre de l'Agriculture, si tous les producteurs de Martinique et Guadeloupe ne s'étaient pas réunis... »

 

Sigy, on l’appelle Sigy, c’est une plaisanterie.

Jean-Pierre Soisson a osé : « Il faut lui expliquer que la banane antillaise est la plus saine, que c'est l'une des productions qui emploie le moins de pesticide »

Dans le « jeu de rôle » antillais, toutes les outrances étant permises, on peut donc lire sans surprise la suite :


« Pour défendre la banane il y a un effort quotidien à faire notamment à Bruxelles car, c'est là que les décisions se prennent... ». En venant visiter l'exploitation Sigy, l'ancien ministre d'ouverture de François Mitterrand s'est dit ravi de ce qu'il a découvert. « Sur cette exploitation, les ouvriers sont hautement qualifiés, les techniques les plus modernes sont utilisées, c'est cela l'avenir de la banane... ».

En échangeant avec les ouvriers, il a semblé être très intéressé et très au fait des problématiques qui se posent pour cette production dans l'économie Martiniquaise. « Il faut maintenant aider le consommateur français à faire le bon choix. Il faut lui expliquer que la banane antillaise est la plus saine, que c'est l'une des productions qui emploie le moins de pesticide… ».

C'est donc un véritable plaidoyer pour la banane que Jean-Pierre Soisson a voulu faire transmettre aussi bien aux salariés qu'à la délégation qui l'accompagnait. »

Pour les antillais qui ont déjà surnommé Jean-Pierre Soisson « le sinistre de l’Agriculture », son alliance avec le Front Nationale, n’est pas la seule tache de sa carrière politique.

Les ministres français ne passent aux Antilles qu’au chevet de la banane des grands planteurs békés, devant lesquels les politiques locaux se plient. Une réalité coloniale qu’il faut nommer.

La France protège ceux qui garantissent le prolongement de l’histoire coloniale. Elle les goinfre d’aides en subventions diverses, lâche l’armée ou la police quand leurs intérêts sont menacés.

L’ancien ministre de l’Outre-mer Yves Jégo l’a appris à ses dépens et s’in n’a pas osé titrer son livre « Le béké m’a tuer », il n’en pense pas moins, comme on peut le constater à la lecture de ce livre-témoignage sur son expérience de ministre des colonies, « 15 mois 5 jours entre faux gentils et vrais méchants ».

Yves Jégo s’est fait virer sans ménagement du gouvernement Fillon, sous la présidence de Nicolas Sarkozy. A travers les 135 pages de son livre, il  se souvient de la grève aux Antilles en 2009. Il a découvrait la réalité de ces pays qu’on qualifie de « Département français » mais qui reste des iles-habitation :


« A Paris on croyait qu’il s’agissait uniquement d’une crise sociale et je comprenais peu à peu qu’il s’agissait en fait d’une crise identitaire beaucoup plus profonde et de ce fait beaucoup plus dangereuse au regard de l’histoire des cinquante dernières années.

La classe politique était aussi violemment mise en cause. Il y avait là deux options qui se présentaient à moi. Soit essayer de donner de la légitimité aux élus. Soit faire sans eux. Malgré les difficultés et les divergences politiques qui avaient pu être fortes, j’estimais indispensable de travailler avec eux. Je me suis efforcé de rassembler et d’associer tous les élus de gauche, plus nombreux, comme ceux de droite. A mon sens, les élus doivent incarner leur pays et ils avaient toute légitimité pour représenter la Guadeloupe. Même si je n’oublie pas que certains, y compris dans ma propre famille, ont passé leur temps à taper sur le ministre pour masquer leur propre impuissance.

Mais il y avait un hic de taille. Les représentants du patronat, qui étaient directement concernés par les revendications salariales, refusaient toute idée de négociation et plaidaient pour l’ordre public avant tout ! Juste avant mon arrivée, il y avait eu une grande réunion des représentants des patrons à Point-à-Pitre. Plusieurs de centaines de chefs d’entreprises étaient rassemblés. Cette réunion de crise avait débouché sur l’annonce de la création du Mouvement des Entrepreneurs de Guadeloupe. Bien. Mais alors que le territoire était bloqué depuis plus de 10 jours par une grève générale, alors que le cœur des revendications du LKP concernait les salaires, le patronat au sortir de ce grand show ne proposait rien !

La plate-forme du patronat dont avait accouché la grande réunion n’était qu’un catalogue n’était qu’un catalogue de revendications vis-à-vis de l’Etat. Il n’y avait que des demandes de baisse de TVA et de toutes sortes de soutien de l’Etat. Les trucs classiques.

A aucun moment, le texte ne parlait d’engager des discussions avec les syndicats de salariés, ni même d’un début de proposition concernant les augmentations salariales. Rien. J’étais ébahi.

J’ai d’ailleurs eu l’occasions de le dire aux patrons en m’interrogeant pour savoir si par hasard ce n’était pas en fait eux qui étaient en grève contre l’Etat et s’ils avaient bien mesuré les attentes de la population vis-à-vis d’eux !

Comme si la revendication salariale qui avait mobilisé 5 à 10% de la population à l’occasion d’une manifestation monstre et bloquait la Guadeloupe depuis 10 jours, n’existait pas. Voilà un patronat dont la seule rengaine était : « Qu’est ce que l’Etat va nous donner ? Il faut que l’Etat nous accorde davantage d’aides. »

 

Pire encore, une partie du patronat qui s’est révélée par la suite très influente à Paris, ne plaidait que pour une chose : la matraque. J’ai encore le souvenir d’une conversation téléphonique avec un de ces patrons emblématiques de ce qu’on appelle le pouvoir béké : « Mais monsieur le Ministre, faites-nos confiance nous avons l’habitude. Il ne faut pas discuter, rétablissez l’ordre public »

 

​Pendant ce temps en Martinique se produisait le même scénario. Mais en pire. Le représentant de l’Etat, le préfet Ange Mancini, autorise une manifestation de planteurs qui entrent avec leurs camions et tracteurs, dans la capitale où manifestent pacifiquement des milliers de grévistes. Il y eu une salutaire réaction de résistance bien maitrisée. Si des tracteurs ont brulé, Il n'y a eu ni blessés, ni mort. Ce fut un miracle.

Le ministre de l'outre-mer Yves Jégo n'avait pas eu le temps de se renseigner sur la férocité des descendants des colons, ni sur la capacité de soumission de nombreux descendants des femmes et hommes qui avaient été mis en esclavage pendant des siècles.

Les planteurs békés ont pu compter une fois de plus sur la complicité des élus locaux qu’ils peuvent mettre dans leur poche plus facilement encore que les euros. C’est dire ! 

Le pouvoir français a ses clows et ils ont été bien formés à faire le rire le peuple, à l'inviter à son propre carnaval. 

C’est ainsi qu’on vit Serge Letchimy, maire de Fort-de-France qui rêvait de déchouker Alfred Marie-Jeanne de la présidence du Conseil Régional, fait le révolutionnaire en 2009 en défilant avec les manifestants, une habitude qu’on ne lui connaissait pas. Il va jusqu’à s’interposer entre les manifestants et les gendarmes qu’il est venu, en compagnie du Directeur de la police, sauver des projectiles à TréneIle. Si le maire de la capitale a lui aussi connu à cette occasion, les effets des gaz lacrymogènes, il n’est pas allé jusqu’à lever le poing. Personne n’ignorait que dans la colonie, ce sont les trois points qui règlent les conflits.



Au Théâtre de la plantation, Serge Letchimy est bon acteur. Président du Conseil Régional, de 2010 à 2015, il ne s’est jamais prononcé contre l’épandage aérien de pesticides sur le pays déjà empoisonné au Chlodécone. Pour justifier son silence complice, il répond dans une ITW  au journal « France-Antilles » (2 juin 2014) : « Parce que, pour les dérogations, il n'y a pas d'avis demandé aux collectivités. »

La journaliste qui l’interroge s’étonne : « Mais il y a bien d'autres sujets sur lesquels vous donnez votre avis sans y être invités, non ? » Et il finit par avouer : « Personnellement, j'aurais donné un avis favorable sur ces dérogations, à titre temporaire, le temps d'avoir les solutions alternatives. Je n'ai d'ailleurs pas voté l'amendement proposé par les écologistes à l'Assemblée nationale, qui proposaient un arrêt immédiat de l'épandage. »

Pour la santé des Martiniquais, il y a eu le long combat de l’association écologiste ASSAUPAMAR, obtenant même du Tribunal administratif que soit suspendu l’épandage aérien du Banol. Un pesticide qui avec le vent atteignait les maisons et jardins des particuliers, ayant le malheur d’habiter dans les communes arrosées.

Le Préfet de l’époque, Laurent Prévost était passé outre, justifiant l’injustifiable faute dans l’intérêt des planteurs encore :

« Ce qui m'a conduit à prendre cette décision, c'est, d'abord, le dossier déposé par les producteurs, au vu de l'état d'avancement des recherches pour des moyens alternatifs, ainsi que les diverses opinions qui se sont exprimées. Je constate aujourd'hui il n'y a pas de moyens plus efficaces que le traitement aérien pour mettre en oeuvre l'obligation de traiter la banane contre cette maladie. » (FA 11 mars 2013)

Depuis le reportage de Martinique 1ère sur le chlordécone, tous les élus crient Chlordécone !

On ne change pas un homme politique au service des puissants. Serge Letchimy est le président du PPM (Parti Progressiste Martiniquais) dont les élus ont tous levés la main de la honte le 20 décembre dernier à la CTM, pour voter dans le sens des intérêts de la Multinationale ALBIOMA. Entendra t-on dans quelques années le Député s’élever contre l’empoisonnement de la population aux particules fines ?

Maire de Fort-de-France pendant 6 ans, et autant passés à la présidence du Conseil Régional, on ne l’a pas entendu s’inquiéter de la présence du Chlordécone dans l’eau dite potable que consomment les Martiniquais.  

Mais voilà qu’un reportage sur les ravages du Chlordécone réalisé par deux journalistes de Martinique 1ère, Cécile Marre et Eddy Bellerose, secoue les Martiniquais. Le Député sentant venir les répliques de la secousse médiatique, se lève brusquement en virulent défenseur de la santé des Martiniquais : « C’est une affaire d’état, interprétable comme un crime d’Etat ! » s’indigne t-il à l’Assemblée Nationale.

Au Théâtre de la plantation, la mise en scène ne change pas et même si le jeu des acteurs peut être différent, les textes écrits depuis trop longtemps par l’auteur-maître finissent par être connus des spectateurs, qui s’endorment. Une forme d’art colonial.

Alors que la menace de pollution aux particules fines de la centrale Albioma est connue, le leader du Mouvement indépendantiste Martiniquais et président de la CTM, Alfred Marie-Jeanne, avait donné pour consigne à son camp de voter la solution ALBIOMA le 20 décembre dernier. Un camp qui ne l’a pas suivi et l’élu et Député Jean-Philippe Nilor, a même osé une belle intervention argumentée contre le couplage Galion-Albioma.

Quelques semaines plus tard, le 9 février dernier, le Préfet Franck Robine était invité à venir à la CTM pour expliquer la position de l’Etat sur le scandale du chlordécone. C’est Jean-Philippe Nilor qui a interrogé le représentant de l’Etat sur l’utilisation d’un autre poison tout aussi dangereux, dans les plantations de cannes à sucre : le désherbant Asulox. Après avoir détaillé les dangers connus de ce produit, le Député a été le seul à mettre les mots sur les faits : « ce génocide par empoisonnement perpétré au nom des seuls intérêts financiers. »


La Droite qui n’a jamais condamné l’utilisation du Chlordécone, ni l’épandage aérien de pesticide dans le pays, s’est contentée de poser quelques questions au représentant de l’Etat, jouant elle aussi son rôle au Théâtre de l’Habitation. Personne n’a oublié les deux mains levées de son chef de file, Yan Monplaisir, pour voter le 20 décembre 2017, en faveur de la centrale de la multinationale Albioma. Le multi chef d’entreprises sait où se situe ses intérêts.

Lors de cette plénière où le Préfet était invité, il n’y a eu ni doigt, ni bras d’honneur. Catherine Conconne n’a pas vu de « chien abiyé an moun ». Jhonny Ajjar et Fred Lordinot ne se sont mis à vociférer. L'élu PPM Fred Lordinot a même loué le courage du Préfet, même si « L’Etat n’a pas toujours eu une attitude exemplaire dans la question du Chlordécone » : « Qu’il vienne subir cette série de questions directes des représentants des Martiniquais, c’ést une bonne chose. ».

Le représentant de Etat a avoué qu'on ne sait pas encore dépolluer les terres empoisonnées par le chlordécone. Alfred Marie Jeanne qui dénonce régulièrement des complots dans son camp, n’a pas parlé de complot d’Etat contre les Martiniquais.

L’empoisonnement aux pesticides peut encore continuer, les scandales comme celui du CEREGMIA peuvent encore se renouveller, le mépris colonial sévit, sans résistance. Le peuple est endormi.

Alors la ministre de la Santé peut, sans rire, parler de limites « protectrices » du taux de chlordécone dans les denrées alimentaires d’origine animale, que consomment les Martiniquais. La Député Joseph Manin à qui elle répondait n’a pas bronché. Elle n’a pas eu le courage de se lever et quitter les bancs de l’Assemblée, pour marquer son indignation face à ce mépris renvoyé aux populations des Antilles où le cancer de la prostate fait des ravages.

La suite ici : Chlordécone : Avec la complicité de l'Etat et des politiques | Le Club de Mediapart

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