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Y a t-il encore un citoyen en France et surtout dans les anciennes colonies de la France pour croire en la justice ? La question reste posée. En Martinique, entre les arrestations régulières de trafiquants de drogue et la corruption qui s’installe, le pays inquiète les plus optimistes. Le scandale de détournements de 10 millions de fonds européens du CEREGMIA démontre à lui seul les dérives mafieuses qui menacent la société martiniquaise. La lettre ouverte de Raphaël Confiant, Doyen de la Faculté de Lettres de l'Université des Antilles au Procureur de la République donne une insupportable démonstration de la citation de Jean De La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » 

LETTRE OUVERTE AU PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE SUR L’ANNONCE D’UNE ANNULATION DE MISE EN EXAMEN   

 

                        Monsieur le Procureur de la République à Fort-de-France,

   Je me permets de vous adresser la présente missive afin de vous faire part de ma stupéfaction et de mon indignation tout à la fois. En effet, il y a quelques jours, chacun a pu entendre déclarer sur les antennes d'une radio qu’un non-lieu serait demandé par la partie publique, quant à la mise en examen ainsi que la mise en examen supplétive de M. Fred Célimène, ex-directeur du CEREGMIA, et les mises en examen de MM. Logossah et Carpin, respectivement ex-directeur adjoint du CEREGMIA et doyen de la Faculté de Droit et d’Economie.

   Cette mise en examen avait été prononcée sur la base de plusieurs dizaines de courriels injurieux et diffamatoires à l'encontre de Mme Corinne Mencé-Caster, présidente de l'Université des Antilles, courriels adressés par M. Célimène à l'ensemble de notre communauté universitaire et même au-delà de cette dernière. Une mise en examen supplétive avait été ensuite prononcée parce que ce monsieur avait continué son manège en dépit de la première mise en examen. 

   Or, nous avons entendu l’avocat de ces personnes mises en examen déclarer qu’il n’était pas certain que ses clients soient les auteurs de ces mails infâmes. Dois-je rappeler à la partie publique que M. Célimène et ses comparses n'ont jamais nié avoir été les auteurs de ce tombereau de mails injurieux déversés durant deux ans. JAMAIS ! Ils s’en sont même vantés haut et fort à travers toute l’université et dans la société. 

   Par ailleurs, lors de la phase contradictoire du rapport de l’IGAENR sur le CEREGMIA, MM. Célimène et Logossah n’ont jamais démenti être les auteurs de ces mails, puisque le PV de la commission de jugement acte bien que la paternité de ceux-ci relève bien des personnes précitées. Une telle conclusion, inscrite dans ledit PV, démontre une fois de plus, s’il en était besoin, que ces enseignants n’ont pas démenti non plus devant la section de jugement de Toulouse, être les auteurs de ces courriels injurieux et menaçants. Voici un florilège de leurs accusations : "délinquants", "crétin sonore", "folle", "incompétents", "voyous », « macoutes » « petits négriers » etc...

 Aussi lit-on, dans le jugement prononcé par le conseil de discipline de Toulouse 1, ceci :

   "Considérant que dans le cadre d'un contexte délétère inadmissible de relations professionnelles tendus entre différents membres de la communauté universitaire des Antilles et de la Guyane, Monsieur Fred CELIMENE a tenu des propos particulièrement inappropriés envers la présidente de l'université et son équipe ; que ces propos ont été souligné par le rapport de l'IGAENER du 13 mai 2014, qu'ils ont été tenus notamment par voie de courriels adressés à l'ensemble de la communauté universitaire, ce qui constitue un manquement  à la déontologie professionnelle et au bon fonctionnement de l'université, qu'en conséquence de quoi, il y a lieu de prononcer une sanction à l'encontre de Monsieur Célimène."

   Tous ces éléments attestent donc que MMM. Célimène, Logossah ont bien adressé des courriels injurieux à Mme la Présidente, d’une part, parce qu’ils n’ont jamais contesté nulle part cette paternité et d’autre part, parce qu’une simple réquisition permettrait de retrouver l'adresse-IP des ordinateurs à partir desquels ces mails ont été envoyés. 

   Cela est d'autant plus curieux qu'il y a une dizaine d'années de cela, j'avais adressé 1 mail à 12 personnes que je croyais toutes amies, mail dans lequel j'adressais de vives critiques à quelqu'un. L'un de mes destinataires a transmis mon mail à ce dernier qui a porté plainte. Aussitôt la machine judiciaire s'est mise en route : mon bureau du bâtiment L (n° 55) de la Faculté des Lettres et Sciences humaines (je n’étais pas encore doyen à cette époque) a été investi par deux inspecteurs de police qui ont saisi les disques durs de mon ordinateur de bureau et de mon ordinateur portable, disques durs qu'ils ont mis sous scellés devant moi avant de me faire signer une déposition. Cela s'est passé un mercredi. Mais ils eurent beau chercher, ils ne trouvèrent pas trace dudit mail dans mes deux disques durs. Que fit la justice ? Elle fit venir tout exprès de Paris un informaticien de haut niveau qui bloqua 2 jours durant (le jeudi et le vendredi donc) le serveur informatique (CRI-M) du campus de Schoelcher, empêchant 4.500 personnes (étudiants, enseignants et personnels administratif) de travailler comme si j’étais un dangereux terroriste. Cela jusqu'à ce qu'il finisse par retrouver mon mail. 

   Comparons donc : pour 1 mail envoyé à 12 personnes, votre justice mobilise toute une armada, fait venir un informaticien tout spécialement de Paris, dépense donc sans compter en billet d'avion et frais d'hôtel, tout cela parce qu'1 personne avait porté plainte. Par contre pour plus de 150 mails envoyés durant 2 ans contre la Présidente de l'Université et ses collaborateurs et adressés à 13.000 personnes (communauté universitaire + destinataires extérieurs), vos services se déclarent, si l’on en croit l’avocat du CEREGMIA, incompétents.

   Ce serait risible, si ce n'était pas insultant pour les Martiniquais, car je me sens insulté. De nos jours, retrouver une adresse-IP, surtout quand ces gens ont utilisé leur adresse professionnelle (celle de l'Université), est, répétons-le, simple comme bonjour. Surtout quand le conseil de discipline de Toulouse 1, qui les a entendus par deux fois, écrit qu'ils ont bien adressé des mails injurieux. Si ce n'était pas le cas, pourquoi n'ont-ils pas nié devant ledit conseil ?

   Oui, pourquoi ?

   Monsieur le Procureur de la République, je n'attends pas de réponse à mes questions. Ceci est une lettre ouverte à vous adressée, mais qui a, en fait, pour but de faire prendre conscience à mes compatriotes martiniquais à quel point la justice dans ce pays est à géométrie variable.

                                  Raphaël CONFIANT

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