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Né le 13 août 1926 à Birán dans la province de Holguín, Fidel Castro Ruz fête aujourd’hui ses 90 ans. Ce grand homme qui a renversé en 1959 le dictateur Fulgencio Batista, allié des Etats-Unis et ennemi du peuple cubain, a survécu à plus de 600 tentatives d’assassinat derrière lesquelles se cachaient les mains de Washington. Le père de la révolution cubaine a marqué l’histoire des luttes révolutionnaires et reste un héros pour tous les anticolonialistes du monde. 

Nous avons choisi de publier un extrait des Mémoires de Fidel Castro, publiées en 2010 à Cuba sous le litre original « Por todos los caminos de la Sierra : la victoria estratégica », puis en français en 2012 aux Editions Michel Laffont). Ce passage consacré à son enfance en dit long sur l’homme qui refusera les injustices,  ce révolutionnaire qu’est devenu Fidel Castro.

« Crée par les Etats-Unis après leur intervention dans l’île, pendant la seconde guerre d’Indépendance menée par José Marti[1], l’armée cubaine était en fait un instrument efficace aux mains des entreprises nord-américaine et de la haute bourgeoisie cubaine. 

La grande crise économique qui sévit aux Etats-Unis au début des années trente impliqua des sacrifices énormes pour notre pays : les accords commerciaux imposés par les Américains nous rendent totalement tributaires des produits de leur industrie et de leur agriculture. Le cours d’exportation du sucre était pratiquement réduit à néant. Non seulement nous n’étions pas indépendants, mais nous n’avions pas le droit de nous développer. On peut difficilement imaginer les pires conditions pour la vie d’un pays d’Amérique latine.

Le pouvoir de l’impérialisme avait grandi au point de faire des Etats-Unis la première puissance mondiale. Et le régime tyrannique du général Fulgencio Batista, chef de la junte militaire depuis 1933 et qui allait devenir président de la République de Cuba en 1940, était totalement soumis aux diktats américains. Dans ces conditions, initier une révolution  Cuba semblait bien difficile. Nous fûmes peu nombreux à en rêver, et au final personne ne peut s’attribuer de mérites individuels dans la prouesse que nous avons réalisée : ce fut bien la réunion d’idées, d’actes et de sacrifices d’un grand nombre de gens, pendant de longues années, dans de nombreuses parties du monde, qui nous mena à la victoire. C’est grâce à tous que l’indépendance pleine et entière de Cuba a pu être conquise, et que la révolution sociale résiste avec honneur depuis plus de cinquante ans aux agressions et au blocus des Etats-Unis.

A cette étape de ma vie, me voilà en mesure d’offrir mon témoignage sur l’histoire de mon pays. J’ai l’espoir qu’il aura une certaine valeur pour les futures générations. Il est aussi le fruit du travail et de la rigueur de chercheurs qui, dix ans durant, ont réuni les documents permettant de constituer une grande partie de ce livre. Ces cartes, ces lettres, ces notes, démontrent concrètement quelle stratégie nous avons suivie sur ces chemins de la victoire.

….

         Les circonstances qui m’ont conduit au combat restent gravées dans ma mémoire. J’ai plaisir à le les remémorer. Elles expliquent comment je suis arrivé aux convictions qui ont finalement déterminé le cours de mon existence : je ne suis pas né avec les réalités du monde… mais je les ai vite saisies.

         Dans la ville natale de Birán[2], seules deux institutions n’appartenaient pas à ma famille : le télégraphe et l’école publique. Très tôt, à défaut de garderie ou de jardin d’enfants, on choisit pour moi : on me faisait asseoir chaque matin au premier rang d’une classe. C’est ainsi que, par la force des choses, j’appris à lire et à écrire.

        En 1933, alors que  je n’avais pas franchi le cap des sept ans, la maîtresse changea le cours de mon existence. Convaincue de mon intelligence, cette femme très dévouée à son pays – elle ne percevait même pas le salaire qui lui était dû -, encouragea mes parents à m’envoyer à Santiago de Cuba, où résidait ma famille, pour y poursuivre mes études. Je fus logé dans une pauvre habitation de bois presque dénuée de meubles et qui gouttait de partout lorsqu’il pleuvait. Mais là, je ne fus même pas inscrit dans une école de la République comme celle de Birán ! De longs mois s’écoulèrent sans que je suive le moindre cours. Je ne faisais qu’écouter les exercices de solfège que répétait sur un vieux piano la sœur de mon ancienne institutrice, professeur de musique au chômage. J’appris à additionner,  soustraire, à multiplier et à diviser grace aux tables de calcul imprimées au dos d’un cahier rouge : on me l’avait donné pour que je m’entraine à la calligraphie. Personne ne me fit faire la moindre dictée ni ne vérifia quoi que ce soit de mes travaux. Chaque jour, on apportait une cantine dans la vieille maison. Elle contenait de quoi alimenter sept personnes, dont la sœur et le père de ma maîtresse. J’ai connu la faim, tout en croyant que c’était de l’appétit. À l’aide d’une des dents de ma petite fourchette, je pêchais le dernier grain de riz. Je réparais mes chaussures avec du fil à coudre.

         Juste en face de notre modeste maison, un institut d’études secondaires était occupé par l’armée. C’est là qu’un jour me conduisit ma maîtresse, dans une société où l’argent régnait de façon absolue. Ma famille n’en avait pas été informée. Cette expérience me fit perdre du temps sur le plan scolaire, mais elle fut en même temps riche d’enseignements : j’y ai vu des soldats qui frappaient des gens avec la crosse de leur fusil. Je pourrais écrire un livre entier avec ces souvenirs…

        Après quelques péripéties, je fus enfin envoyé au cours préparatoire de l’école des Frères La Salle, à proximité de la première cathédrale érigée par les Conquistadors espagnols à Cuba. Nous étions en janvier 1935, j’avais huit ans, un nouvel apprentissage commençait.

         J’étais externe dans cet établissement et je vivais désormais dans une nouvelle maison, très proche de celle que j’ai évoqué plus haut. La sœur de ma maîtresse, celle qui enseignait la musique, venait de s’y installer. Le consul d’Haïti habitait avec nous, ayant épousé une femme de la famille. Mon frère Ramón et ma sœur Angelita m’avaient rejoint : mes parents payaient une pension pour chacun de nous. Au moins, nous ne souffrions pas de la faim.

         Je révisais jusqu’à plus soif les règles d’arithmétique. C’était mon seul plaisir. Dans cette maison, on ne jouait pas. J’étouffais. On ne m’avait même pas emmené une seule fois au cinéma ! Pour la première fois de ma vie, je me rebellais de façon consciente. Je refusais de manger les légumes insipides qu’on m’imposait et j’enfreignais les règles d’éducation en vigueur dans ce foyer de culture française. Je devins tellement réfractaire à toute discipline qu’ils décidèrent de m’envoyer à l’internat de l’école. Ils m’en avaient menacé plus d’une fois pour me faire plier, sans savoir que c’était exactement ce que je cherchais. Ce que tant d’autres redoutaient signifiaient pour moi la liberté. J’allais enfin jouir des délices de l’internat. Ce fut la première récompense que je reçus de ma vie. J’étais heureux.

         A partir de là, mes problèmes allaient devenir tout autres. J’étais arrivé à Santiago avec deux ans d’avance ; j’entrai chez les Frères La Salle avec un an de retard. Je suivis facilement les deux premières années. La vie dans cette institution était merveilleuse avec Ramón et mon autre frère, le petit Raúl, qui y avait été inscrit avec nous. Comme tous les autres garçons, nous rentrions chez nous trois fois par an : pour Noël, pour la Semaine Sainte et pour les vacances d’été, pendant lesquelles Ramón et moi vivions en totale liberté.

         Grâce à mes bonnes notes, je sautai une classe et passai directement en quatrième année, rattrapant ainsi le temps perdu. Pendant le premier trimestre, tout se passa bien. J’obtenais des résultats satisfaisants et j’entretenais d’excellentes relations avec mes nouveaux camarades de classe. Chaque semaine j’obtenais un bin point pour ma conduite, tout en me comportant comme n’importe quel autre élève. Puis, il y eut un incident avec un des plus sévères surveillants de garçons de l’internat.
         L’école disposait d’un vaste terrain situé de l’autre coté de la baie de Santiago : Renté. C’était le lieu de détente de la congrégation. On y emmenait les pensionnaires les jeudis et dimanches, jours où nous n’avions pas d’activité scolaire. Il y avait un beau complexe sportif. Je nageais, je pêchais et j’effectuais des explorations. Non loin de l’entrée de la baie, on apercevait les vestiges de la bataille navale de Santiago[3] sous la forme de grands projectiles qui ornaient l’entrée des constructions. Un dimanche, sur le chemin du retour entre Renté et le quai de Santiago, je me chamaillai avec d’autres pensionnaires. Nous n’étions pas encore arrivés à l’école que nous étions déjà réconciliés. Néanmoins, le surveillant auquel j’ai fait allusion me prit à part. Il faisait déjà presque nuit quand il m’emmena dans un long couloir où personne ne pouvait nous voir. Dans l’obscurité, et sans me laisser l’opportunité de m’expliquer, il me donna une gifle monumentale. C’était un homme jeune et costaud. J’en fus tout étourdi et la claque résonna longtemps dans mes oreilles… Deux ou trois semaines plus tard, il chercha de nouveau à m’humilier : il me donna une tape sur la tête en prétextant que j’avais bavardé dans les rangs. En fait, ce n’était pas moi… Cette fis-ci, j’étais un des premiers à sortir de la salle du petit déjeuner (nous essayions toujours de la quitter rapidement pour avoir le temps de jouer à la balle avant le retour en classe). Je tenais un petit pain beurré dans la main, comme nous en avions l’habitude quand nous quittions le réfectoire après avoir avalé précipitamment notre repas. En réaction à la frappe du surveillant, je lui jetai le pain au visage et lui administrai une rafale de coups de poing. Mon éclat de colère se produisit devant l’ensemble des élèves, internes et externes, si bien que l’autorité et les méthodes abusives de ce surveillant perdirent considérablement de leur pouvoir. On raconta mon exploit dans l’école pendant pas mal de temps.

         J’avais presque onze ans alors, et aujourd’hui encore, je me souviens parfaitement de son nom. Je ne le répéterai pas. Je n’en ai plus entendu parler depuis plus de soixante dix ans et je ne lui garde pas rancune. Quant à mon ami bavard à l’origine de l’incident, j’ai su, bien des années après le triomphe de la Révolution, qu’il avait eu une conduite exemplaire !

         Cet incident ne resta pas sans conséquences pour moi. Il avait eu lieu quelques semaines avant Noël. Nous allions pouvoir partir pour plus de quinze jours de vacances. Le surveillant restait surveillant et moi, j’étais toujours élève. Nous nous ignorions mutuellement. Par dignité, je veillais à me conduire de façon irréprochable. Lorsque nos parents vinrent nous chercher, manifestement convoqués par les dirigeants de l’école,  ces derniers leur mentirent sur les faits : ils nous accusèrent Ramón, Raúl et moi, d’un comportement inadmissible. » Vos trois fils sont les pires voyous qui soient passés dans notre école », dirent-ils à mon père. Je l’ai su plus tard par des amis agriculteurs à qui celui-ci avait rapporté tristement ces propos lors d’une visite pour la fin de l’année. Mon frère Raúl avait à peine 6 ans, Ramón a toujours été remarquable de bonté et je n’avais rien d’un voyou.

         J’eus bien du mal à supporter qu’on me renvoie étudier seul à Santiago après les vacances. Ramón et Raúl, qui n’avaient rien à voir avec cette affaire, finirent l’année à Birán. Moi, en janvier 1938, je fus inscrit comme externe à l’école Dolores, dirigée par des jésuites, un établissement beaucoup plus exigeant et rigoureux en matière d’études que son rival des Frères La Salle. Je résidais maintenant chez un commerçant espagnol ami de mon père. Cette fois, je n’eus à souffrir d’aucun manque, mais je me sentais étranger dans cette maison.

         Au début de l’été, Angelita, ma sœur ainée, me rejoignit à Santiago dans le but de préparer son examen d’entrée au collège. Une enseignante noire fut engagée pour l’aider. Elle se servais d’un énorme livre qui contenait toutes les matières à étudier pour le test. J’assistais au cours. C’était le meilleur professeur, et peut-être aussi la meilleure personne que j’ai connue dans ma vie. Il lui vint à l’idée que je pourrais étudier en même temps que ma sœur puisque je devais passer le même concours un an plus tard seulement. Elle éveilla en moi un intérêt indéfectible pour le savoir. Elle était l’unique raison pour  laquelle j’étais disposé à supporter la maison du commerçant espagnol en cette période estivale.

         Tombé malade à la fin ce l’été, je dus être hospitalisé pendant trois mois à l’hôpital de la Colonie Espagnole de Santiago de Cuba. Pas de vacances pour moi cette année-là… Dans cet hôpital mutualiste, pour deux pesos par mois (l’équivalent de deux dollars), on avait droit aux soins médicaux. Une maigre somme et pourtant, bien peu de gens pouvaient s’offrir ce luxe. Dix jours après mon opération de l’appendicite, la plaie s’est infectée. Mes projets d’études avec le professeur s’envolèrent en fumée et mon séjour à l’hôpital dura quelques semaines supplémentaires.

         A la fin de cette année 1938, mes frères et moi fûmes de nouveau réunis en internat au collège Dolores. Je dus faire des efforts pour rattraper le temps perdu. Une nouvelle étape commençait. J’approfondis mes connaissances en géographie, astronomie, arithmétique, histoire, grammaire et anglais.

         Un jour j’écrivis une lettre au Président des Etats-Unis : dans son fauteuil roulant, avec le ton de sa voix et son visage avenant, Franklin Delano Roosevelt avait attiré ma sympathie. S’ensuivit une longue attente, jusqu’à ce que, les autorités de l’école annoncent ce succès inespéré : « Fidel correspond avec le Président des Etats-Unis. » Roosevelt avait répondu à ma lettre. Enfin, c’est ce que nous croyions. Ce qui arriva était, en réalité, une note des membres de l’ambassade : ils nous informaient qu’ils avaient reçu ma lettre et qu’ils m’en remerciaient. Nos rapports se sont arrêtés là mais d’après ce que j’ai appris sur l’homme par la suite, je pense que Franklin Delano Roosevelt, d’une santé fragile et qui adopta une position exemplaire face au fascisme, n’aurait pas pu ordonner l’assassinat d’un adversaire. Il est très probable qu’il n’aurait pas lancé les bombes atomiques contre deux villes sans défense du Japon, ni déclenché la Guerre froide, deux actes inutiles et dont les conséquences furent terribles[4].

L’école Dolorès était tenue par la vieille bourgeoisie de la province principale de Cuba, qui est aussi la plus orientale. Il y régnait davantage de rigueur académique et de discipline que dans celle de La Salle. Les jeunes, presque tous d’origine espagnole, avaient été ordonnés prêtres après une formation avancée et ils devaient exercer une tâche ou une responsabilité en tant que membres de cet ordre. Le préfet de l’école, le père Garcia, était un homme droit, mais aimable et accessible, qui discutait volontiers avec les élèves.

         Depuis ma première année d’études jusqu’au baccalauréat, je passais toujours mes vacances à Birán, région de plaines et de plateaux d’environ mille mètres d’altitudes. Au milieu des bois et des pinèdes parsemées de mares coulaient des ruisseaux. Là je m’imprégnais de la nature. Je m’y sentais libéré, loin des contrôles que m’imposaient les écoles, des familles qui m’hébergèrent à Santiago, et même de mes proches à Birán. Certes, chez moi, j’étais toujours défendu par ma mère, et mon père m’accordait sa tolérance : grâce à mes résultats prometteurs dans mes études, je bénéficiais d’un prestige croissant dans ma famille.

 

         Je pris moi-même la décision de partir de l’école Dolores pour m’inscrire au Collège Belén à la Havane. Là, à l’inverse de ce qui s’était passé à La Salle, le responsable le plus direct des pensionnaires – nous étions plus de cent – ne se montrait pas autoritaire, et loin de se comporter en ennemi, il devint un ami. Espagnol de naissance comme la plupart des jésuites de ce collège, le père Llorente devait être bientôt ordonné prètre. Son frère ainé exerçait son sacerdoce chez les Esquimaux d’Alaska. Sous le titre Au pays des glaces éternelles, il avait décrit le quotidien, les coutumes et les activités de ce peuple indo-américain qui vivait dans une nature vierge, ce qui nous emplissait d’étonnement. Llorente avait été officier du service de santé pendant la guerre civile d’Espagne. Il nous racontait l’histoire dramatique des prisonniers fusillés… Son travail consistait à certifier qu’ils étaient bien morts avant qu’on les enterre. Le Père Llorente ne parlait pas de politique ; je ne me souviens même pas de l’avoir entendu aborder ce sujet. C’était un jésuite fier de son ordre religieux. Il encourageait les activités qui éprouvaient l’esprit de sacrifice et le caractère de ses élèves. Tous deux, nous avons planifié une chasse aux crocodiles dans la Cienaga de Zapata où se trouvaient des milliers de ces reptiles, et, plus tard, nous avons organisé une escalade du pic Turquino. Mais la goélette qui devait nous conduire par mer de Santiago à Ocujal ne réussit jamais à démarrer et il n’y avait pas d’autre moyen d’y aller. Nous dûmes abandonner notre projet… Je me souviens que je portais un des fusils automatiques calibre douze que j’avais pris chez mon père. Comme il m’aurait été utile, plus tard, lorsque je me suis engagé dans la guérilla dont le fortin principal se situait précisément dans cette zone !

 

Lorsque j’obtins mon baccalauréat en lettres, à dix huit ans, j’étais sportif, explorateur, alpiniste, amateur d’armes – mon père m’avait appris à les utiliser – et bon élève dans les matières dispensées dans le collège ou j’étudiais. Cette année-là, je fus nommé meilleur athlète de l’école et chef des explorateurs avec le plus haut grade. Ma mère écouta avec ravissement les applaudissements de l’assistance lors de la soirée de remise de diplômes. Pour la première fois de sa vie, elle s’était confectionné une robe du soir. C’est toujours elle qui m’a le plus soutenu dans mon projet d’étudier.

         Dans l’annuaire du lycée correspondant à la promotion, on voit une photo de moi avec la légende suivante : « Fidel Castro (1942-1944). S’est distingué dans toutes les disciplines en relation avec les lettres. Excellent, il a été un véritable athlète, défendant avec courage et fierté les couleurs du collège. A su gagner l’admiration et l’affection de tous. Poursuivra la carrière du droit et nous ne doutons pas qu’il remplira de pages brillantes le livre de sa vie. Fidel a l’étoffe, sans compter qu’il est un artiste. »

         En réalité, je dois dire que j’étais meilleur en mathématiques qu’en grammaire. Je les trouvais plus logiques, plus exactes. J’ai étudié le droit parce que je parlais beaucoup : tout le monde affirmait que je deviendrais avocat. Je n’ai pas pris ce chemin par vocation.

         À cette époque, les écoles d’élite lançaient dans la vie active une masse de bacheliers dépourvus de tout culture politique. Sur un thème essentiel comme l’histoire de l’humanité, on nous racontait seulement les inévitables aventures guerrières depuis les Perses, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Histoires qui, bien entendu, captivaient les enfants et les jeunes gens. La production et la vente de jeux guerriers est une affaire aussi rentable que celle des armes… En revanche, on ne nous a jamais dit un mot du système social qui mène aux conflits eux-mêmes. À l’école, on nous instruisait sur l’histoire de la Grèce antique et de Rome, mais on mentionnait à peine les civilisations plus anciennes comme celles de l’Inde ou de la Chine, sinon pour nous raconter les campagnes d’Alexandre le Grand ou les voyages de Marco Polo. Aujourd’hui, il est impossible d’écrire l’histoire en occultant ces deux pays. Et bien sur, inutile d’imaginer qu’on ait pu parler des civilisations maya, aymara-quechua, du colonialisme et l’impérialisme.

         Lorsque j’ai obtenu mon baccalauréat, il n’existait qu’une université à la Havane. Nous y entrions sans la moindre conscience politique. Sauf exception, tous les élèves étaient issus de familles de la petite bourgeoisie qui souhaitaient ardemment un avenir meilleur pour leurs enfants. Presque aucun étudiant n’appartenait aux secteurs les plus défavorisés de la société. Beaucoup de fils de familles détentrices du pouvoir poursuivaient leurs études supérieures aux Etats-Unis, s’ils n’y étaient pas allés plus tôt. Il ne s’agissait pas de choix individuels : c’était l’héritage de leur classe. La participation de la grande majorité des étudiants de l’université à la Révolution à Cuba est une preuve de la valeur de l’éducation et de la conscience de l’être humain. Tous les éléments que j’ai mentionnés jusqu’ici peuvent aider à comprendre ce qui arriva par la suite. »

Extrait de l’introduction du livre mémoires de Fidel Castro : « Les chemins de la victoire. »




[1] Le Cubain José Marti (1853-1895) a passé sa vie à lutter contre la domination espagnole. Il a été tué au cours d’un combat. Trois ans plus tard, les colons quittaient le pays.

[2] Petite ville de la province de Holguin, dans le sud-est de Cuba.

[3] Le 3 juillet 1898, cette bataille opposa les Etats-Unis d’Amérique à l’Espagne dans le cadre de la Guerre hispano-américaine qui se termina en 1901, par l’indépendance de Cuba.

[4] Franklin Roosevelt mourut en avril 1945 et c’est son successeur, Harry Truman, qui prit l’initiative du bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki, et qui participa activement à l’instauration de la Guerre froide.

 

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