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La lettre du Président de la République adressée aux Français est rendue publique. Deux jours après l'acte IX de la mobilisation des Gilets Jaunes, une annonce retiendra l'attention : Emmanuel Macron exclut de revenir sur la suppression de l'ISF. Le rejet de cette revendication essentielle pour les millions de citoyens qui manifestent chaque samedi dans toute la France, risque bien de renforcer la mobilisation. Les manifestants victimes des violences policières se comptent déjà par centaines, le Président de la République, à moins d'attendre qu'il y ait des morts, risque bien de revoir sa copie, dans les prochaines semaines.

Chères  Françaises, chers  Français,  mes chers  compatriotes, 


Dans  une période d’interrogations  et  d’incertitudes  comme celle que nous traversons, nous  devons  nous rappeler  qui  nous sommes. 

La  France  n’est pas  un  pays comme les  autres. 

Le  sens des  injustices  y  est  plus vif  qu’ailleurs.  L’exigence d’entraide  et  de solidarité plus  forte.  

Chez  nous,  ceux qui  travaillent  financent les  pensions  des retraités.  Chez nous,  un grand  nombre  de citoyens  paie  un  impôt  sur  le revenu,  parfois lourd,  qui réduit  les  inégalités. Chez  nous,  l’éducation, la  santé,  la sécurité, la justice  sont accessibles  à tous  indépendamment  de la  situation  et  de la fortune.  Les  aléas de la  vie,  comme le chômage,  peuvent  être surmontés, grâce à  l’effort partagé  par  tous. 

C’est  pourquoi la France est,  de toutes  les  nations, une des  plus fraternelles  et des  plus  égalitaires. 

C’est  aussi  une des plus  libres,  puisque chacun  est  protégé dans  ses  droits et dans  sa liberté d’opinion,  de conscience,  de  croyance ou de  philosophie. 

Et  chaque  citoyen a le  droit  de choisir  celles  et ceux  qui  porteront sa voix dans  la  conduite du pays,  dans  la conception  des  lois, dans  les  grandes décisions  à prendre.  

Chacun  partage le destin  des autres  et  chacun est  appelé à  décider du destin de  tous  : c’est  tout  cela, la  nation  française. 

Comment  ne  pas éprouver  la fierté d’être Français ? 

Je  sais, bien sûr,  que certains  d’entre nous sont  aujourd’hui insatisfaits  ou en  colère. Parce que les  impôts  sont pour  eux  trop élevés,  les  services publics  trop éloignés,  parce que les salaires  sont  trop faibles  pour  que certains puissent  vivre dignement  du fruit  de  leur travail,  parce que  notre pays n’offre  pas  les mêmes  chances  de réussir  selon  le lieu ou  la famille d’où  l’on vient. Tous  voudraient  un pays  plus  prospère et une société  plus juste. 

Cette impatience,  je  la partage. La société que nous  voulons  est une société dans  laquelle pour  réussir on ne  devrait pas  avoir  besoin de relations  ou de  fortune,  mais d’effort  et  de travail.  

En France,  mais  aussi en  Europe  et dans  le monde,  non seulement une grande inquiétude,  mais  aussi un  grand  trouble ont gagné  les  esprits. Il nous  faut  y répondre par  des  idées claires. 

Mais  il y  a pour  cela une  condition  : n’accepter aucune  forme de violence. Je n’accepte pas,  et  n’ai pas le droit  d’accepter  la pression et  l’insulte, par exemple sur  les  élus du  peuple,  je n’accepte pas  et  n’ai pas le droit d’accepter  la mise en accusation générale,  par  exemple des médias,  des journalistes,  des institutions  et  des fonctionnaires.  Si  tout le  monde  agresse tout le monde,  la  société se défait ! 

Afin que les  espérances  dominent les  peurs,  il est  nécessaire et  légitime que nous  nous reposions  ensemble les  grandes questions  de notre avenir. 

C’est  pourquoi j’ai  proposé et je lance  aujourd’hui  un grand débat  national qui se déroulera jusqu’au 15 mars prochain.   

Depuis  quelques  semaines, de nombreux  maires  ont ouvert  leurs  mairies pour que vous  puissiez  y exprimer vos  attentes.  J’ai eu de nombreux retours  que j’ai pu prendre en  compte. Nous  allons  désormais entrer  dans une phase  plus ample et  vous  pourrez participer  à des  débats près  de  chez vous ou  vous  exprimer sur  internet  pour faire valoir  vos  propositions et  vos idées.  Dans l’Hexagone,  outre-mer  et auprès  des  Français résidant  à l’étranger.  Dans les  villages,  les bourgs,  les  quartiers, à l’initiative des maires,  des  élus, des  responsables  associatifs, ou  de simples  citoyens… Dans  les assemblées  parlementaires  comme régionales  ou départementales.   

Les  maires  auront un rôle essentiel  car  ils sont vos  élus  et donc l’intermédiaire légitime  de  l’expression des  citoyens. 

 Pour moi,  il  n’y  a pas  de questions  interdites.  Nous ne serons  pas  d’accord sur tout,  c’est  normal, c’est  la démocratie.  Mais au  moins  montrerons-nous que nous  sommes un peuple qui n’a pas  peur  de parler,  d’échanger,  de débattre.  

Et  peut-être découvrirons-nous  que nous pouvons  tomber  d’accord, majoritairement,  au-delà de nos  préférences, plus  souvent  qu’on ne le croit. 
 

Je n’ai pas  oublié que  j’ai été  élu sur  un projet,  sur  de grandes  orientations auxquelles  je demeure fidèle.  Je pense toujours  qu’il  faut rendre à  la France  sa prospérité pour  qu’elle puisse être généreuse,  car  l’un va avec l’autre.  Je pense toujours  que  la lutte contre le  chômage  doit être notre grande priorité, et  que l’emploi  se crée  avant  tout dans  les  entreprises, qu’il faut  donc  leur donner  les  moyens de  se  développer. Je pense toujours  qu’il faut  rebâtir une  école de la  confiance, un système  social  rénové pour mieux protéger  les  Français et  réduire les  inégalités à la  racine.  Je pense  toujours que l’épuisement  des  ressources naturelles  et  le dérèglement  climatique nous  obligent à repenser notre modèle de développement.  Nous devons inventer  un  projet productif,  social,  éducatif, environnemental  et  européen nouveau,  plus juste  et  plus efficace.  Sur  ces grandes  orientations,  ma détermination  n’a pas changé. 

Mais  je pense  aussi que de ce débat  peut  sortir une clarification de notre projet  national et  européen,  de nouvelles  manières  d’envisager l’avenir,  de nouvelles  idées. 

À  ce débat,  je souhaite que le  plus  grand nombre de Français,  le plus grand nombre d’entre nous,  puisse participer.   Ce débat  devra répondre à  des questions  essentielles  qui ont émergé  ces dernières  semaines. C’est  pourquoi,  avec le Gouvernement,  nous  avons retenu quatre grands  thèmes  qui couvrent  beaucoup des  grands enjeux  de la nation  :  la fiscalité  et  les dépenses  publiques,  l’organisation de l’Etat  et des services  publics,  la transition écologique,  la démocratie et  la citoyenneté.  Sur chacun  de ces  thèmes, des  propositions,  des questions sont  d’ores  et déjà exprimées.  Je  souhaite en formuler  quelques-unes qui n’épuisent  pas  le débat mais  me  semblent  au cœur  de nos  interrogations. 

Le  premier  sujet porte sur  nos  impôts, nos  dépenses  et l’action  publique. L’impôt  est  au cœur  de notre solidarité  nationale.  C’est lui  qui  finance nos services  publics. Il  vient  rémunérer les  professeurs,  pompiers, policiers, militaires, magistrats,  infirmières  et tous  les  fonctionnaires  qui œuvrent à votre service.  Il  permet de  verser  aux plus  fragiles  des prestations  sociales mais  aussi de  financer  certains grands  projets  d’avenir, notre  recherche, notre culture,  ou  d’entretenir nos  infrastructures.  C’est aussi  l’impôt  qui permet de  régler  les intérêts  de  la dette très importante  que  notre pays a contractée au fil  du  temps.  

Mais  l’impôt,  lorsqu’il est  trop élevé,  prive notre économie des  ressources qui  pourraient utilement  s’investir dans  les entreprises,  créant  ainsi de l’emploi et  de  la croissance.  Et  il prive les  travailleurs  du fruit  de  leurs efforts.  Nous ne reviendrons  pas  sur les  mesures  que nous avons  prises pour  corriger cela afin d’encourager  l’investissement  et faire que le  travail paie davantage.  Elles  viennent d’être votées  et  commencent à peine à  livrer leurs  effets. Le  Parlement  les  évaluera  de manière transparente et  avec  le recul indispensable.  Nous devons  en revanche  nous interroger  pour  aller plus loin. 

Comment  pourrait-on rendre notre fiscalité plus  juste et  plus efficace ? Quels  impôts  faut-il à vos  yeux  baisser en  priorité ? 

Nous  ne pouvons,  quoi  qu’il en  soit,  poursuivre les  baisses d’impôt  sans baisser  le niveau global de notre dépense publique.   

Quelles  sont  les économies  qui vous  semblent prioritaires  à  faire ?

Faut-il  supprimer  certains services  publics  qui seraient  dépassés  ou trop chers  par  rapport à leur  utilité  ? A l’inverse,  voyez-vous  des besoins nouveaux  de  services publics  et  comment les  financer  ? 

Notre modèle social  est  aussi mis  en  cause. Certains  le jugent  insuffisant, d’autre trop cher en raison des cotisations qu’ils paient.  L’efficacité de la formation  comme des  services de l’emploi  est  souvent critiquée.  Le gouvernement  a commencé à y  répondre,  après de larges  concertations,  à travers une  stratégie pour  notre santé,  pour  lutter contre la pauvreté,  et pour  lutter contre le chômage 

Comment  mieux  organiser notre pacte  social  ? Quels objectifs  définir  en priorité ? 

Le  deuxième sujet  sur lequel  nous  devons prendre des  décisions,  c’est l’organisation  de l’Etat et  des  collectivités publiques.  Les  services publics ont  un  coût, mais  ils  sont vitaux  :  école, police,  armée,  hôpitaux, tribunaux sont  indispensables  à notre cohésion  sociale. 

Y a-t-il  trop d’échelons  administratifs  ou de  niveaux  de collectivités locales ? Faut-il renforcer  la décentralisation et  donner  plus de pouvoir  de décision  et d’action  au  plus près  des  citoyens ? A  quels  niveaux et  pour quels  services ? 

Comment  voudriez-vous  que l’Etat soit  organisé  et comment  peut-il améliorer  son action  ? Faut-il  revoir le fonctionnement  de  l’administration  et comment ?  

Comment  l’Etat  et les  collectivités  locales peuvent-ils  s’améliorer  pour mieux répondre aux  défis  de nos territoires  les  plus en  difficulté et  que proposez-vous  ? 

La  transition  écologique est  le troisième thème,  essentiel  à notre avenir.  Je me suis  engagé sur  des objectifs  de  préservation de  la biodiversité et  de lutte contre le réchauffement  climatique et  la pollution  de l’air. Aujourd’hui personne ne  conteste l’impérieuse  nécessité d’agir  vite. Plus  nous  tardons à nous  remettre en cause,  plus ces  transformations  seront douloureuses. 

Faire la  transition  écologique permet  de réduire les  dépenses contraintes des  ménages  en carburant,  en  chauffage, en  gestion des  déchets et en transports.  Mais  pour réussir  cette transition,  il faut  investir massivement  et accompagner  nos concitoyens  les  plus modestes. 

Une solidarité nationale est  nécessaire pour  que tous  les Français  puissent y  parvenir.  

Comment  finance-t-on  la transition écologique  : par  l’impôt,  par les  taxes  et qui doit  être  concerné en priorité  ? 

Comment  rend-on  les solutions  concrètes  accessibles à tous,  par  exemple pour remplacer  sa vieille  chaudière ou  sa vieille  voiture ? 

Quelles  sont  les solutions les  plus  simples et  les  plus supportables  sur  un plan financier  ? Quelles  sont les  solutions  pour se  déplacer,  se loger, se chauffer,  se nourrir qui  doivent être conçues  plutôt  au niveau local que national  ? Quelles propositions  concrètes  feriez-vous pour  accélérer  notre transition environnementale ? 

La  question de la  biodiversité se  pose aussi à  nous tous.   

Comment  devons-nous  garantir scientifiquement  les  choix que nous  devons faire à  cet égard  ?  Comment faire  partager  ces choix  à l’échelon européen et  international  pour que nos  producteurs  ne soient  pas  pénalisés par rapport  à leurs  concurrents étrangers ?  

 Enfin, il  est  évident que la  période que  notre pays traverse  montre qu’il nous  faut redonner  plus  de force à  la démocratie et  la citoyenneté.  Être citoyen, c’est  contribuer  à décider de l’avenir  du  pays par  l’élection de représentants à  l’échelon local,  national ou  européen.  Ce système de représentation est  le socle de notre République, mais  il  doit être amélioré car  beaucoup  ne se sentent pas  représentés  à l’issue des élections.   

Faut-il  reconnaître le vote  blanc ? Faut-il  rendre le vote  obligatoire ? 

Quelle est  la bonne  dose de proportionnelle aux  élections législatives  pour une  représentation plus  juste de tous les  projets  politiques ?  

Faut-il,  et  dans quelles  proportions,  limiter le nombre  de  parlementaires  ou autres catégories  d’élus ? 

Quel  rôle  nos assemblées,  dont  le Sénat et  le Conseil  Economique, Social et  Environnemental  doivent-ils jouer  pour représenter  nos  territoires et  la société civile ? Faut-il  les transformer  et  comment ? 

En outre,  une  grande démocratie comme la  France doit être  en  mesure d’écouter  plus souvent  la voix  de ses  citoyens.   

Quelles  évolutions  souhaitez-vous  pour rendre la  participation citoyenne plus  active,  la démocratie plus  participative ?   

Faut-il  associer  davantage et directement  des  citoyens non élus,  par exemple tirés  au sort, à la  décision publique ?   

Faut-il  accroître le recours  aux référendums  et  qui  doit en  avoir  l’initiative ?   

La  citoyenneté,  c’est aussi  le fait  de vivre ensemble. 

Notre pays  a toujours  su accueillir ceux  qui  ont fui les  guerres,  les persécutions  et ont  cherché refuge  sur notre sol  :  c’est le devoir  de  l’asile, qui ne  saurait  être remis  en  cause. Notre communauté  nationale  s’est aussi toujours  ouverte à  ceux qui,  nés  ailleurs, ont  fait  le choix de  la France,  à la recherche d’un avenir  meilleur :  c’est  comme cela  qu’elle s’est  aussi construite.  Or, cette  tradition est  aujourd’hui bousculée par  des  tensions et des  doutes  liés  à l’immigration et  aux  défaillances de  notre  système d’intégration.   

Que  proposez-vous  pour améliorer  l’intégration dans  notre Nation ? En matière d’immigration, une fois  nos  obligations d’asile remplies,  souhaitez-vous  que nous  puissions  nous fixer  des  objectifs annuels  définis  par  le Parlement ?  Que  proposez-vous afin  de  répondre à ce  défi  qui  va durer ? 

La  question  de la laïcité est  toujours  en France sujet  d’importants  débats. La laïcité est  la valeur  primordiale pour  que puissent vivre ensemble,  en bonne  intelligence et  harmonie, des  convictions  différentes, religieuses  ou philosophiques.  Elle  est synonyme  de  liberté parce qu’elle permet  à chacun de vivre selon ses  choix. 

Comment  renforcer  les principes  de  la laïcité française,  dans  le rapport entre l’Etat  et  les religions  de notre pays ? Comment  garantir  le respect par tous  de  la compréhension  réciproque  et des  valeurs  intangibles de la République ? 

Dans  les semaines  qui  viennent, je vous  invite à  débattre pour répondre à ces  questions  déterminantes pour  l’avenir de notre nation.  Je  souhaite aussi  que vous puissiez,  au-delà de ces  sujets que je  vous  propose, évoquer  n’importe quel  sujet  concret dont  vous  auriez l’impression qu’il pourrait améliorer  votre existence au quotidien.  

Ce débat  est  une initiative inédite  dont  j’ai la ferme volonté de tirer  toutes les conclusions.  Ce n’est  ni une élection,  ni un référendum.  C’est  votre expression personnelle,  correspondant  à votre histoire,  à vos opinions,  à vos  priorités, qui  est  ici requise,  sans  distinction d’âge  ni de condition sociale.  C’est, je crois,  un  grand pas  en  avant pour  notre République que de  consulter ainsi  ses  citoyens. Pour  garantir  votre liberté de parole,  je veux que cette  consultation  soit organisée  en  toute indépendance,  et soit encadrée par  toutes  les garanties  de  loyauté et de transparence.   

C’est  ainsi  que j’entends  transformer  avec vous  les  colères  en solutions.     

Vos  propositions  permettront donc  de  bâtir un  nouveau  contrat pour  la Nation,  de structurer  l’action du Gouvernement  et  du Parlement,  mais  aussi les positions  de  la France au niveau  européen et  international.  Je vous en rendrai compte directement dans  le mois  qui suivra la  fin du  débat.  

Françaises,  Français,  je souhaite que  le  plus grand  nombre d’entre vous puisse participer  à ce grand  débat afin  de faire  œuvre utile pour  l’avenir de notre pays. 

En confiance, 

Emmanuel  MACRON

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