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Le journal télévisé de Martinique 1ère ce mercredi soir a pu étonner par la succession de sujets à charge contre l’alliance entre la liste conduite par Alfred Marie-Jeanne et celle menée par Yan Monplaisir. Mais le choc des mots prononcés par le Procureur de la République, Eric Corbaux, face au déchainement de violence qui a fait 3 morts dans la discothèque « Paparazzi» a couvert tous les bruits dérisoires de cette campagne électorale médiatique. Le chef du parquet confirme ce qui se disait déjà anbafèy : Les voyous qui ont tirés 25 coups de fusil ce dimanche matin risquant « un carnage », qui se déplaçaient armés, « connus pour être des individus violents », titulaires d’un « casier judiciaire fourni », étaient employés par le Conseil Régional et la mairie de Basse-Pointe. Donc payés avec l’argent public, au détriment de jeunes chômeurs titulaires eux, de leur bonne conduite.

 

Le Procureur de la République n’a pas mâché ses mots face à ce déferlement de violence  au sein de la discothèque le Paparazzi encore remplie de clients, tôt ce dimanche matin. Des clients qui ont été exposés aux dizaines de balles tirées par les deux voyous, qui venus là régleur leurs comptes, ont vidé leurs armes.

Le chef du parquet est d’autant plus en colère que l’enquête révèle que les deux protagonistes de cette fusillade dont l’un portait un bracelet électronique, sont titulaires d’un « casier judiciaire fourni ». Pourtant les deux étaient embauchés par des collectivité publiques. Le tireur qui était recherché depuis la fusillade et qui s’est finalement rendu à la police, Yoann Candale dit Kankan, est le chauffeur de la maire de Basse-Pointe. Il avait été interpellé il y a quelque temps avec un pistolet 357 Magnum précise Eric Corbaux. L'autre, Ronaldo Saint-Philippe dit l'américain, était employé par le Conseil Régional.

« Et alors qu'ils étaient connus pour être constamment porteurs d'armes, Ronaldo Saint-Philippe et Yoann Candale étaient également employés de collectivités territoriales. Je trouve troublant de constater que, derrière toutes les belles déclarations « halte à la violence » , cela ne trouble personne de le savoir et que ces individus se retrouvent dans un système qui semble arranger tout le monde » .

 

Arranger tout le monde ?

La preuve quand quelques heures après la fusillade, les faits n’étant pas encore éclaircis par l’enquête, Catherine Conconne la première vice-présidente de la Région, poste sur sa page Facebook un hommage à « l’américain » le tireur décédé.

Le post n’a pas manqué de choquer et il a fait le tour du Net avant d’être supprimé par son auteur, qui a oublié de rendre hommage aux familles des victimes. Candidate en 2ème position sur la liste EPMN conduite par Serge Letchimy, elle en profite pour utiliser ce drame intervenant en pleine campagne électorale, pour essayer de grappiller quelques voix.

Sa dernière phrase vise sans le nommer, Alfred Marie Jeanne, adversaire politique pour cette élection à la CTM (Collectivité Unique de Martinique ) :

« Hommage à mon pote « l’américain ». Dernier moment inoubliable avec toi, ton sourire pour m’offrir de l’eau jeudi à la cantine de la Région. Toi au passé douloureux mais qui nous faisait croire que finalement ça allait tellement mieux. Je pense à Jean-François Lafontaine que tu surnommais Père tellement il s’était engagé dans ta métamorphose. On est triste l’Américain, on est triste. Pas toi… non pas toi ! Je suis effondrée… tellement. Paparrazzi ce matin…

Ce « droit sacré de tuer » dont parlait un énergumène encore à la télé, un candidat qui faisait l’apologie d’un révolver… Voilà ».

 

 

Les révélations du Procureur sur le profil de celui, dont le verre d’eau a laissé un souvenir impérissable à la Première vice présidente de la Région, interroge :

Catherine Conconne pouvait t-elle ignorer le profil de délinquant violent de son « pote » « l’américain » quand sans attendre de connaître le déroulement des faits (rapidement racontés dans le pays par les nombreux clients présents), elle publie un tel hommage ?

Elle avait habitué la population à ses hommages ou solidarités sélectives quand en avril 2012, elle exprimait dans France-Antilles « sa solidarité au directeur départemental de la sécurité publique, Cyril Alavoine, dans cette période difficile de sa carrière.
Nous avons apprécié, durant les quelques mois où il a été à la tête de la police nationale, ses qualités professionnelles, son sens de l'écoute et du partenariat » .

Directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) en Guyane de 2008 à 2011, avant son affectation en Martinique, le commissaire Alavoine avait ponctionné 4.700 euros d’une somme d’argent saisi lors d’une perquisition dans une affaire de meurtre. L’argent avait été placé dans le coffre de son bureau. Lors de son procès à Cayenne le 11 décembre 2012, le procureur de la République, Ivan Auriel, avait requis six mois de prison avec sursis à son encontre. En janvier 2013  le jugement a été prononcé et le commissaire a été condamné à 10 mois de prison avec sursis pour « détournement de fonds » et « recours au travail dissimulé » .

Regarder la part de lumière de tout homme mais sans utiliser sa part d'ombre

Le procureur révèle que Yoann Candale dit Kankan, employé comme chauffeur du maire de Basse-Pointe, « avait bénéficié d'un aménagement de peine sous bracelet électronique, notamment grâce à cet emploi au sein de la collectivité. »

Tous les journalistes qui suivent les affaires judiciaires n’ont pas manqué d’assister à ces moments où des prévenus (ou leur avocat), présentent à la barre du Tribunal Correctionnel des engagements d’embauche, permettant d’échapper à la prison ou d’en sortir plus tôt.

Exemple ce prévenu qui présente il y a quelques mois,  sa promesse d’embauche comme médiateur à la ville de Fort-de-France. Sans résultat puisqu'il ne convainc pas la présidente du Tribunal qui l’envoie faire le médiateur à la prison de Ducos, en prononçant un mandat de dépôt à l’audience.

Personne n’ignore que c’est une habitude du PPM et pas seulement ce parti, de s’entourer de délinquants qui font les gros bras pendant les campagnes électorales.

On a vu, dans un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, des hommes de main du RPR recrutés par un important média. Mais là, la réinsertion a été réussie !

A l’école de la violence pas de deuxième chance comme annoncée

Au delà du discours sur la deuxième chance à donner à ceux de nos jeunes qui sombrent dans la délinquance, certains responsables politiques utilisent nombre d’entre eux à cause de leur violence connue, comme garde du corps ou soldats du parti. Le message envoyé à ces jeunes est dévastateur. C’est comme si on leur disait : votre violence peut encore servir, nous payons cash.

On se souvient encore d’un temps que les moins de vingt ans n’ont pas connus, mais que la réalité actuelle dessine :  C’était en 1978 quand lors d’un meeting sur la Savane, Théolien Jalta a été tué. Membre du service d’ordre de Michel Renard, maire à l’époque du Marigot  (1947 à 1995) et candidat RPR opposé à Aimé Césaire (PPM) aux élections législatives, Jalta a reçu plusieurs coups de rasoirs. Les personnes accusées, dont deux employés de la mairie de Fort-de-France, ont été jugées et acquittées par une cour d’assises.

On ne sait toujours pas jusqu’à aujourd’hui qui a tué Théolien Jalta. Il est important de souligner que le PPM a les mêmes mauvaises habitudes que la Droite qui régnait sur le pays, avec des méthodes macoutes.

La violence est au centre de la politique pour certains élus en Martinique qui n’ont pas une haute idée de la démocratie. Il faut être pour ou contre eux, sinon… Avec les violences verbales, les menaces, les provocations, la peur s'installe et entraîne un silence inquiétant.

Une violence verbale qui s’expose régulièrement aux séances plénières du Conseil Régional depuis la mandature de Serge Letchimy, qui lui même n’est pas un exemple de zenitude. A un élu de l’opposition, Vincent Duville, qui osait le contredire, il n’a pas hésité à proférer cette menace : « Sé lè ou lé, la ou lé ! » ( C’est où tu veux, quand tu veux !). Si les questions des élus de l'opposition dérangent, la parole leur est enlevée en coupant les micros. Sur les réseaux sociaux, certains se lachent sans crainte.

Violence physique aussi au sein du Conseil Régional

L’avocat maître Emmanuel Germany doit encore se souvenir du courroux du Président du Conseil Régional, qui une chaise en main l’a menacé, ne supportant pas sa présence aux cotés des marins pêcheurs qui l’avaient choisi comme conseil, pendant un mouvement de grève en décembre 2012, avec blocage du Port de Fort-de-France. 

A la sortie de cette rencontre où s’est exprimée l’incompréhensible violence de Serge Letchimy, le syndicaliste Bertrand Cambusy qui s’est interposé pour éviter le geste malheureux du président, a montré à la foule réunie au Port de Fort-de-France, les traces laissées sur son buste par celui qu’il tentait de calmer et qui l’a soulevé de colère. L'avocat a lui aussi raconté son agression :


 

Des gestes indécents en séance plénière

Il y a eu ce doigt d’honneur du conseiller régional PPM Camille Chauvet en direction de l’opposition en pleine séance plénière où ses vociférations résonnent régulièrement. Journée de la femme : le chemin de croix d’une Martiniquaise dirigeante | Free Pawol

Ce même conseiller régional est l'auteur d’un photomontage publié sur sa page Facebook, montrant la Présidente de l’Université Corinne Mencé-Caster avec une tête de chien, aux cotés du Président de la République François Hollande. Il a trouvé de nombreuses femmes pour le féliciter d’un « j’aime ». Exemple une conseillère régionale de son groupe, Chantal Maignan transfuge de l’UMP, ancienne groupie de Nicolas Sarkozy, qui il est vrai l’avait habitué aux outrances.

Plus récemment il a insulté une femme de 78 ans, coupable d’avoir commenté sur sa page Facebook un de ses posts, sans l’approuver comme le font tous ses affidés. Le nom arabe de Madame Alisette Ben Mohamed lui a été envoyé comme une insulte avec la promesse d’une « fiche S», « comme S…pe ». Cette mère de famille, grand mère et arrière grand-mère associée au terrorisme à cause de son nom. Vous avez dit violence ? Le Conseiller Régional PPM Camille Chauvet insulte une femme parce qu'elle porte un nom arabe | Free Pawol

L'éthique et la morale qui sont évoquées dans les dicours se traduisent par toutes ces dérives. Au Conseil Général où la majorité PPM est aux commandes, on a vu un de leur élu, Raphaël Séminor dont le fils a été arrêté dans le cadre d'un important trafic de drogue, utiliser la tribune de l'assemblée pour exprimer son émotion et s'indigner que l'affaire ait été relatée. Il a déclaré que son fils n'étant selon lui qu'une « petite main.» Une intervention qui a laissé sans voix beaucoup de familles confrontées aux conséquences de la drogue dans leur foyer.

La presse aux ordres et taisez-vous !

Dimanche 6 décembre, à l’occasion du premier tour de l’élection pour la Collectivité Unique de Martinique, une nouvelle démonstration du macoutisme ambiant a été donnée à la mairie de Fort-de-France, lors du dépouillement. Les journalistes sur place, chargés d’informer la population des résultats du scrutin, ont été empêchés de faire leur travail. Instruction a été donnée au personnel de ne pas leur parler, de ne rien leur communiquer. Une situation dénoncée en direct par une jeune journaliste de la chaîne privée ATV, Fanny Marceau, et elle n’était pas la seule. La directrice qui se faisait gendarme de la communication de la ville, Nadia Lacroix, est pourtant journaliste, débauchée de la télévision publique « Martinique 1ère ».

Sur sa page Facebook la courageuse journaliste d'ATV a osé revenir sur cette soirée électorale. Son post n'y apparaît plus, ni sur le site « Politiques Publiques » qui l'avait publié. On s’étonne ?

Dans ce climat où la liberté s’use, faute pour la presse de s’en servir, beaucoup de journalistes détournent le regard, se taisent, quand ils ne participent pas aux lynchage des impertinents. Ceci d’autant plus que la crise économique que traversent les médias n’apporte pas un vent de liberté. Télés, radios ou journaux ont reçu des aides financières semées par la Région, ce qui ne fait pas pousser des plumes qui délivrent des maux.

Celles et ceux qui osent dire, relater les faits qui dérangent le pouvoir politique ou économique, les deux étant souvent liés, sont voués aux gémonies.

S’habituer au macoutisme ?

Dans cette Martinique où on est très actif pour commenter où dénoncer ce qui ce passe ailleurs, ces atteinte graves à la démocratie ne semblent pas déranger grand monde. Comme si le pouvoir politique avait déjà réussi à distiller la peur. Une peur plus facile à répandre quand le chômage sévit. Peur de ne pas obtenir un emploi ou une aide pour sois même ou pour les enfants qui végètent et que la consommation et le trafic de drogue menacent, à chaque coin de rue.

Le Procureur de la République a secoué le cocotier en annonçant une enquête visant à déterminer dans quelles conditions les deux auteurs de la fusillade du Paparazzi sont employés dans le domaine de la sécurité, mais également au sein des collectivités. Un petit tremblement de terre a secoué l'hôtel de Plateau Roy ce mercredi soir.

« L'objectif des investigations sera de vérifier si on a produit des contrats pour leur éviter d'aller en prison et derrière les contrats mis en avant, si les deux hommes n'étaient pas employés autrement ». 

Allez on le dira avec d’autres mots ou maux :

Savoir si les missions qui leur sont confiées, n’exigeaient pas une seule compétence obligatoire : savoir faire peur et plus si pas d'affinités !

 

Lisa David

 

 

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