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« Pas de panique », « pas de psychose », « la grippe est dix fois plus rapide en terme de contamination »… Nous sommes priés de croire qu’on s’occupe de notre santé. Mais non ça ne suffit pas ! A moins d’être des moutons prêts à aller à l’abattoir sans gémir, on a le droit de savoir quelles mesures ont été prises par les autorités sanitaires sous la responsabilité de l’Etat, pour protéger les citoyens martiniquais du risque Ebola.

Depuis des semaines, le 11 août, précisément, nous avons essayé à Freepawol.com, d’avoir des informations pour connaître les mesures prises au niveau sanitaire pour protéger la population martiniquaise. J’ai essayé de joindre des médecins dont le Dr Dubois, responsable des NRBC (Nouveaux Risques Biologiques et Chimiques) Il n’a pas souhaité répondre à mes questions et m’a envoyée vers l’ARS où je n’ai pu avoir que le service communication mais aucun interlocuteur chargé de traiter ce dossier. 

Le 10 août, le Directeur Général de l’ARS répondait à d’autres médias puisqu’on pouvait l’entendre déclarer sur RCI (Radio Caraïbe Internationa) :

Evidemment aujourd’hui il y a peu de chances que la maladie soit dans la Caraïbe. Elle n’est pas encore recensée en Europe. Mais on sait très bien qu’un virus contagieux, une fois qu’on entre dans une phase d’extension épidémique, il y a un risque pour l’ensemble de la planète. Nous sommes une toute petite planète qui est ronde avec un niveau de circulation impressionnant des gens aujourd’hui. Donc notre seule responsabilité est de prendre toutes les mesures pour si jamais nous avons un cas - d’autant qu’il y a à peu près 21 jours de période d’incubation, la personne peut avoir la maladie sans avoir les premiers signes cliniques important – On peut être confronté à ça un jour ou l’autre. Il faut dès maintenant se préparer, c’est ce que nous faisons.

 Question de la journaliste : Vos services ne sont pas seulement en veille, ils se préparent concrètement à un éventuel cas ? Christian Ursulet répond :

«  Ils se préparent concrètement, dans le monde entier. En Europe, en France et à la Martinique, à la Guadeloupe, en Guyane, partout. Nous avons une mission multidisciplinaire qui rassemble tous les services qui peuvent être concernés par la chose en Martinique et il y a, au nivrau du CHU, mis en place une cellule de coordination de l’ensemble des professionnels de santé qui doivent aujourd’hui traiter les problèmes d’accueil d’un éventuel malade, de transport de ce malade, de prise en charge de façon isolée, de spécification des moyens médicaux, radiologiques et biologiques pour prendre en charge la maladie, les questions de formation du personnel. Tout cela est lancé et pas plus tard qu’hier il y a eu une réunion à l’ARS avec l’ensemble de ces professionnels pour traiter de l’ensemble de ces questions. »

 Nos tentatives pour avoir plus d’informations à l’ARS sont restées vaines

Le 3 octobre après l’information tombée dans la journée, qu’une aide soignante espagnole qui avait fait partie de l’équipe de soins du médecin missionnaire espagnol rapatrié du Libéria et décédé en Espagne, j’ai à nouveau appelé le même médecin au CHUM qui m’a gentiment renvoyé vers l’ARS.

Le service communication à qui j’ai rappelé que j’avais déjà demandé de pouvoir parler à un responsable chargé de suivre l’organisation mise en place en août, m’a répondu qu’il n’y avait rien de nouveau à déclarer, ajoutant que le DG s’est exprimé en août.

Au CHUM des informations au goutte à goutte pour le CHSCT

Des lecteurs nous ont plusieurs fois interrogés après avoir lu sur notre site, des articles sur les initiatives prises dans des pays anglophones de la Caraïbe, pour protéger les populations. Depuis la contamination de l’aide soignante espagnole, l’inquiétude grandit et c’est légitime. La population martiniquaise n’est pas plus idiote qu’ailleurs et elle en en droit d’avoir des informations plus précises que celles données jusqu’à présent par l’Agence Régionale de Santé, qui accapare la communication.

A voir les réactions tardives pour traiter l’arrivée et la décomposition des Sargasses qui dégagent leur gaz toxique, on peut au moins être envahi de doute sur les capacités des autorités locales à protéger la population. Nous savons que la vigilance qui s’exerce sur le territoire national français, n’est jamais la même dans nos départements et ce n’est que depuis deux semaines que nos élus prennent leur plume pour demander l’aide de l’Etat pour combattre l'arrivée massive des algues Sargasses.

Au Centre Hospitalier Pierre Zobda Quittman, des représentants syndicaux que nous avons interrogés au mois d’août et ces derniers jours, ne sont pas particulièrement informés de l’organisation mise en place. Des membres du CHSCT (Comité d’Hygiène, Sécurité et Conditions de Travail) disent avoir été informés « oralement au goutte à goutte»  et «parce que nous avons demandé. »

«Nous savons que des travaux doivent commencer pour isoler le lieu dédié, ce sera l’ancien service des grands brûlés.»  (Le service n’existe plus en Martinique,  les grands brulés sont transférés en France et les cas les moins graves sont traités à l’hôpital Mangot Vulcin.)

J’ai insisté : le lieu sera isolé, il ne l’est pas encore ?  Sans hésiter le représentant du CHSCT a répondu : « Nous n’avons pas vu de travaux ».  Un autre regrette ce manque de communication qui plus transparente « permettrait au personnel de se sentir plus concerné. » 

Où en est la formation du personnel depuis qu’un appel à candidature a été lancé ? Là encore, le manque d’information du CHSCT est évident. « Nous ne savons pas si, ou combien de personnes ont accepté. »                             

J’ai pu savoir que « deux chambres isolées sont prévues dans le service et un laboratoire, détaché des autres bâtiments est déjà prêt avec des sas d’isolement. Les tenues adéquates seraient déjà gardées dans un lieu protégé. »

Aucun hôpital de Martinique ne figure sur la liste des lieux habilités du ministère de la Santé

Est-ce que parce que les équipements en Martinique ne sont pas vraiment prêts pour accueillir un éventuel porteur ou malade du virus Ebola, que le ministère de la Santé n’a pas inscrit sur sa liste l’hôpital Pierre Zobda Quitman, parmi les lieux de soins habilités ?  Allo l’ARS ? Allo la Préfecture ?                                                  

Les journalistes sont trop souvent considérés comme des agents de communication qui sortent leur micro et plume que quand les autorités de l'Etat les invitent à le faire. Et trop souvent des journalistes acceptent de jouer ce rôle. Est-il normal qu’il soit impossible de parler à un responsable et lui poser toutes ces questions qui relèvent de l’information élémentaire due à la population, face à ce virus dangereux qui semble déjouer tous les pronostics et messages rassurants.

Peut-on se contenter des éléments de langage du responsable de l’ARS entendus sur les ondes de RCI et repris sur RFO/Martinique 1ère au mois d’août,  le lendemain de la déclaration « Urgence mondiale » déclarée par l’OMS pour le virus Ebola :

« L’information passe au niveau des aéroports pour les passagers, leur faire savoir qu’il y a un temps d’incubation qui est de 21 jours, que si ils ont une fièvre, si ils reviennent d’une zone des quatre pays où la maladie circule aujourd’hui, qu’ils se fassent connaître tout de suite si ils ont un problème. Si Jamais l’épidémie s’étend déjà, qu’elle touche l’Europe, la France, qu’on a des risques plus importants, il y a des mesures qui sont prises dans un deuxième temps, de détection de la fièvre pour les passagers qui arrivent comme cela se fait déjà ailleurs. »

Et Christian Ursulet tempère :

« La grippe est dix fois plus rapide en terme de contamination que cette maladie. Il faut le contact pendant plusieurs heures, de façon prolongée avec un malade ou quelqu’un qui est déjà infecté et qui ne sait pas, pour avoir une chance de contracter la maladie. Ce n’est pas le cas pour le moment. »

Un membre du CHSCT du CHU nous a dit s’inquiéter, surtout « parce que déjà on manque souvent de matériel ». Mais puisque le silence règne autour de la préparation à éventuellement affronter un cas Ebola, croisons les doigts. En Espagne, dans un rapport accablant, un médecin espagnol décrit les manquements qui ont favorisé la contagion dans l’hôpital (Le parisien.fr 09.10.2014) :

« Un médecin ayant soigné la malade espagnole d'Ebola a dénoncé, dans un rapport révélé par deux journaux, les conditions de sa prise en charge: de la combinaison aux manches trop courtes, aux demandes sans réponse de transfert vers un l'hôpital spécialisé. «Les manches étaient trop courtes pour moi tout le temps» et une partie des poignets est restée à découvert, écrit notamment le docteur Juan Manuel Parra, le médecin urgentiste de 41 ans qui a été placé en observation mercredi soir. Dans ce rapport publié par El Mundo et El Pais, il raconte précisément comment il s'est occupé pendant presque 16 heures de l'aide-soignante, elle même contaminée en s'occupant d'un religieux espagnol atteint d'Ebola et rapatrié, décédé le 25 septembre. »

Dans la même édition du Parisien on apprend que :

« La ministre de la Santé Marisol Touraine qui travaille à obtenir un renforcement des contrôles au départ auprès des pays touchés par l'épidémie a indiqué sur i-Télé : «Il n'y a aucun cas de malade d'Ebola sur le territoire français ni aucune personne qui serait sous surveillance. » Toutefois elle ajoute : «Le risque zéro n'existe pas. On ne peut pas écarter un cas Ebola sur le territoire français. » «Nous sommes en situation de vigilance active. C'est une situation en évolution et je ne m'interdis pas de nouvelles annonces. »

Interrogée sur le contrôle renforcé dans les aéroports, comme l'ont fait les Etats-Unis, elle a affirmé ne pas fermer la porte à cette mesure, mais temporise. «La discussion est ouverte. C'est une mesure de bon sens. Donc nous travaillons actuellement avec les autorités des pays concernés - qui sont des autorités souveraines -, pour voir dans quelles conditions nous pourrions renforcer les contrôles au départ», a-t-elle dit. Et d'ajouter : «Les contrôles à l'arrivée, vous savez, d'abord on peut ne pas avoir de symptômes, on peut venir d'une autre destination (...). Ne faisons pas comme si le contrôle à l'arrivée était la solution miracle», a-t-elle souligné. »

En Martinique, personne ne demande aux responsables de la santé publique d'être parfaits pour réagir face cette crise sanitaire mondiale, mais on est en droit, d’être au moins bien informé sur notre capacité à faire face à une situation de crise si ce virus arrive dans le pays. Sachant que le risque zéro n’existe pas.

Lisa David

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