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Depuis 3 jours des femmes et des hommes soucieux de l’avenir de la jeunesse martiniquaise, viennent  brandir leurs affiches ou banderoles devant le Campus de Schoelcher où des poubelles sont alignées, pour un barrage filtrant. Entre 6 h et 13 h, ces Martiniquais qui se relaient viennent dire qu’ils refusent avec  les enseignants et personnels administratifs mobilisés, que les protagonistes du détournement de 10 millions d’euros de fonds européens au CEREGMIA, ne reprennent tranquillement leur activité d’enseignants, sans que la justice qui instruit ce dossier depuis avril 2014, ne se soit prononcée sur ce scandale financier.  

Le scandale du CEREGMIA n’est ignoré de personne en Martinique. La presse en a largement fait écho et depuis quelques jours des banderoles ont fait leur apparition sur des ponts de la Rocade à Fort-de-France. Ce scandale dont les protagonistes bénéficient du soutien actif des responsables politiques, autant en Martinique qu’en Guadeloupe, choque de plus en plus de Martiniquais.

Sur les barrages où se côtoient jeunes et moins jeunes, on évoque les prises de position des élus qui sont intervenus publiquement pour s’indigner que les noms de trois jeunes martiniquais arrêtés dans le cadre d’un trafic de drogue international, ayant des ramifications jusque dans la mafia italienne, aient été révélés par la presse.

Les trois présumés trafiquants, dont l’un portait une valise contenant plus de 500 000 euros, ont le même nom que certains élus, d’où le silence de la presse pendant quelques semaines.

Un conseiller général, Raphaël Séminor a utilisé la tribune de l’Assemblée départementale pour exprimer sa douleur après l’arrestation de son fils, qu’il a qualifié de « petite main » dans ce trafic international et condamner au milieu de ses larmes, un lynchage médiatique.

Le président du Conseil régional, Serge Letchimy, n’a eu qu’à solliciter les grands médias pour s’indigner et déclarer qu’il ne connait pas celui qui porte le même nom que lui, quelqu'un qui fait pas partie de sa famille.

Aucun de ces élus, ni leurs alliés, n’ont eu de mots pour toutes les victimes de la drogue en Martinique, donc du trafic. Aucune pensée exprimée pour ces familles dévastées par ce fléau qui touche le pays.

Les demandeurs de justice qui viennent sur le barrage de l’Université sont scandalisés par les réactions de ces élus qui ne peuvent ignorer, qu’aucun quartier, aucune commune de l’île n’est épargnée par le trafic et la consommation de drogue, par la violence qui en découle. 

Les médias dont les élus attendaient le silence complice relatent quotidiennement les vols, braquages, agressions armées, les crimes et délits liés à la drogue qui rythment les audiences du tribunal correctionnel et dont les auteurs vont remplir la prison surpeuplée de Ducos. A Schoelcher, les discussions des indignés tournent autour de ce constat et des interrogations qu’elles suscitent :

Les autorités politiques en France et en Martinique ont-elles choisi de laisser la jeunesse martiniquaise s’enfoncer dans le rêve menteur de la drogue, pour ne pas avoir à répondre de leurs engagements pris avant élection, de réduire le chômage massif qui les touche ?

Le choix est-il fait de la laisser se détruire avec la drogue pour qu’elle ne réfléchisse pas et face à la situation désespérante du pays, manifester sa colère ?

A t-on choisi de fermer les yeux sur le trafic de drogue qui permet à certains de vendre les milliers de caisses de champagne importées, les bateaux et automobiles hors de portée des salariés, payés au lance-pierre et qui finissent leur carrière avec moins de 100 euros au dessus du SMIC ?

A t-on choisi de laisser les jeunes dans le cauchemar de la drogue pour que leurs parents désespérés n’aient pas la force de se lever pour lutter, exiger des choix politiques différents ?

Affaiblis par des enfants devenus violents ou des loques, ces parents sont plus aptes à aller voter pour ces candidats qui attendent des hordes de désespérés, prêts à avaler les promesses des plus beaux parleurs, des plus manipulateurs, qui continueront à maintenir les rouages du désespoir.

A l’entrée du campus, dans une ambiance conviviale on s’interroge sur le silence de ces mêmes responsables et candidats politiques, sur le scandale du CEREGMIA et ses conséquences pour l’Université qui doit rembourser, réduisant les outils de travail des étudiants antillais.

Ces étudiants qui pour la plupart boursiers n’ont pas les moyens d’aller étudier ailleurs, ou restent parce qu’ils ont envie de croire en leur pays.

Dans cette Martinique où tout se dégrade, au Centre Hospitalier Pierre Zobda Quittman, l'hôpital vétuste, abandonné, au bord de la faillite, les professionnels de santé savent qu'ils auront à soigner, sauver des jeunes qui pendant ces vacances seront victimes des violences et des accidents de la route provoqués par les chauffeurs consommateurs du dangereux mélange stupéfiants + alcool. Certains finiront sur des chaises roulantes.

Dans ce pays où on entend des élus politiques défendre plus facilement les voyous en col blanc de la délinquance financière et les trafiquants aux petites mains, les valeurs de respect, de solidarité, prennent la poudre d’escampette.

L'espoir prend le visage de ces Martiniquais qui veulent défendre, sauvegarder l’essentiel, préserver notre jeunesse de la délinquance.  Exemple, celles et ceux qui viennent devant l’Université, en signe de solidarité avec les enseignants et personnels administratifs qui ne veulent pas que nos enfants étudient dans une université transformé en poubelle de la morale.

Dans le rond-point , les banderoles et slogans attirent le regard des automobilistes dont certain viennent un instant pour échanger avec les manifestants, pour en savoir plus sur cette sale affaire de détournements de fonds publics.

Hier, une photo faisait le tour des grandes mains de la solidarité : celle de la voiture de l’un des protagonistes du scandale, garée sur une place réservée aux  handicapés, non loin du cabinet de son avocat.

Puisque dans notre pays, le rire aide souvent à ne pas tomber dans le désespoir total, une jeune femme commentait ainsi cette incivilité : « Peut-être a t-il pensé que la place est réservée aux accidentés du CEREGMIA, aux étudiants qui ont raté leur examen à cause du manque de sérénité sur le campus !

Au milieu des rires et sourires, elle ajoutait : « Ces gens là sont capables de repasser sur le corps de leurs victimes, ils sont tellement certains de leur impunité ! »

Devant le campus de Schoelcher, ce jeudi, la mobilisation citoyenne de celles et ceux qui ne sont pas à la recherche de poste politique au sein du machin CTM (Collectivté Unique de Martinique), se poursuit. Les indignés de l’Université des Antilles ont été rejoints par des associations, dont l’AVCA, (l’association des victimes du Crash Aérien) qui attend que justice soit enfin rendue aux 152 Martiniquais qui ont perdu la vie dans le crash aérien du 16 août 2005.

Le comité de soutien présidé par Suzy Sorel et le « Komité justice égalité » récemment créé, qui ont adressé hier une demande d’audience à la  Rectrice d’académie et au maire de la ville de Schoelcher, pour exposer leur position sur la situation de l’Université des Antilles, devraient être reçus dans la journée.  Ils irons dire que l’image, le fonctionnement et l’avenir de l’Université des Antilles ne peuvent continuer à être brouillés par le scandale CEREGMIA

Lisa David

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