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Cette obsession du drapeau français sous lequel nous cherchons désespérément une place, ne produit pas toujours le meilleur. Le visuel choisi par la Préfecture pour sa campagne    « Déposez les armes » interroge. Quel est le sens d’une main bleu-blanc-rouge pour recevoir des armes et celui d'une femme pour les déposer ? 

Quand on sait que la France est le troisième plus gros vendeur d’armes au monde, on essaie d’évoquer l’ignorance pour excuser ce choix d’une main Bleu-Blanc-Rouge pour le visuel de cette campagne d’intérêt public.

Invité du journal de la chaine de télévision publique le lundi 11 février, le Préfet de Martinique, Franck Robine, n’a pas été interrogé sur cette bizarrerie. Il a expliqué le sens de cette campagne en forme de publicité, qui viserait aussi les armes dans les foyers qui pourraient être utilisées dans les problèmes de voisinage, les conflits de famille. On pourrait sourire quand on sait que les meurtres qui se multiplient dans le pays et font bêtement la Une des médias, sont surtout liés au trafic de drogue. C’est un fait !

L’actualité récente révélée par la presse le lendemain de l’intervention du représentant de l’Etat à la télévision nous en donne une éclairante et inquiétante démonstration. Sur le site du quotidien local du lendemain, on pouvait écouter le commissaire Jean-Damier Moustier, chef de l’antenne Caraïbe de  l’OCRTIS parler d’une « saisie d’armes assez exceptionnelle au niveau de l’histoire judiciaire »lors d’une opération la semaine effectuée la semaine précédente. « Une dizaine  de fusil d’assaut de type militaire, plus de 17 pistolets automatiques, des révolvers, 37 Kg de munitions. »  

On imagine la suite si la police n’avait pas mis la main sur cet arsenal qui serait en circulation et qui on le devine, n’aurait pas été déposé dans la main bleu-blanc-rouge.

 

Depuis tant d'années que des armes circulent dans le pays, les autorités ne savent-elles toujours pas d'où elles viennent et comment elles entrent chez nous ? Quand on sait qu'il suffirait qu’un préavis de grève générale de tous les syndicats entraînant une manifestation, pour qu’arrivent des contingents de gendarmes. Il n' y aurait pas suffisamment de forces de l'ordre pour arrêter l'entrée des armes en Martinique ?

Que nous dit cette image ?

On peut supposer que cette image d'une main remettant une arme à la France symbolisée par son drapeau, puisse plaire au représentant de l'Etat en Martinique. Mais dans un pays où on va à l’école au moins 12 ans de sa vie, la population imagine bien que l’Etat est l’instigateur de la campagne et le destinataire des armes déposées. Donc la main Bleu-Blanc-Rouge n’avait aucun message essentiel à faire passer. 

Quand à cette main de femme, elle interroge tout autant. Combien de meurtres par armes à feu ont été commis par des femmes en Martinique au cours des dernières décennies ? On aura noté le sens de l’esthétique retenu à travers le vernis parfait sur les ongles de celle qui remet un révolver. 

On aura aussi pensé aux violences faites aux femmes, quand on voit une main féminine poser une arme dans une main qu’on peut imaginer être celle d’un homme dans ce gant du pouvoir. 

La main de la violence remettant une arme à la main de la paix ?

Difficile d’y croire quand depuis 13 semaines on assiste à la multiplication des violences policières qui font des blessés graves, des mutilés, parmi les Gilets jaunes qui ne font qu’utiliser leur droit de manifester, pour l’amélioration de leurs conditions de vie.  Ces armes qui provoquent des blessures de guerre sont toujours autorisées et aucune parole de compassion n’a été prononcée pour les victimes.  Dans un Tweet, le Ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner a même justifié ces violences.


La main de la paix, difficile d’y croire quand dans cette même période, la France reconnaît Juan Guaido auto-proclamé Président du Venezuela, augmentant le risque de guerre civile dans ce pays.

N’était-il plus opportun au moment où l’exemplarité de l’Etat est autant montrée du doigt, de choisir une image plus utile, une main plus rassurante mêlant autorité et affection ? Celle d’une grand-mère par exemple, parce que dans notre Martinique bouleversée quelques valeurs résistent encore, dont celle du respect des ainés. Il est d'ailleurs étonnant que l'importance des valeurs familiales dans la culture martiniquaise, n'ait pas été un critère retenu pour mieux atteindre les cibles visées par cette campagne d'intérêt public. Quant à la main qui dépose l’arme, le bon sens commandait que celle d’un homme soit sélectionnée.

Sur les réseaux sociaux, dont la page Faceboof de la chaine, les commentaires n’ont pas tardé après le journal télévisé de Martinique 1ère. Les Martiniquais ne sont pas dupes, ils regardent la société envahie par les violences, dont celles de l’Etat aussi. Ils constatent la multiplication des blessures et meurtres par armes à feu et doutent de l’efficacité de cette 5ème opération « Déposez les armes ». 

 


Les Martiniquais savent que ​les armes accompagnent le trafic de drogue. Le mois dernier encore, une quantité importante de cocaïne venant de Martinique était saisie dans les Hauts-de-Seine. Dans l'article on apprend que « la drogue saisie avait voyagé depuis Fort-de-France en Martinique dans un container de fret légal rempli de déchets industriels (huile, batteries…) qui ne peuvent être traités sur place. » Reste à connaître le nom de cette entreprise qui expédie en container des échets industriels (huile, batteries…)

On attend le résultat de cette 5ème campagne. Reste que ce visuel « Déposez les armes », dit beaucoup de notre réalité. On le sait, une image peut remplacer milles mots, mais aussi traduire bien des maux. 

Lisa David



 

 

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