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Caraïbes

Margaret Papillon est née sous la dictature Duvaliériste. Elle a commencé à écrire à 13 ans, dans ces années où les maisons étaient régulièrement fouillées, à la recherche de livres sur le communisme.  Cette romancière haïtienne installée en Floride,  s’est fait connaître avec son premier roman,  « La Marginale »,  publié en 1987,  un an après la chute du régime Duvalier. Avec « Crime Royal » elle nous entraine dans Haïti des années Duvalier où la vie des femmes et des hommes ne leur appartenait pas.

Elle avait dû s’humilier pour emprunter 3000 dollars à un ancien fiancé, pour sauver son mari adoré Selondieu Legrand, « traqué par les makoutes qui voulaient lui faire la peau sous prétexte de communisme. »  « Elle avait mis son orgueil dans un placard, fermé la porte à double tour pour avoir le courage de quitter la maison et faire le geste de tendre la main.

Parti à Saint Domingue, était-il vraiment sauvé ? Il ne donnait pas de nouvelles. Claca devait partir pour s’assurer du bien-être de son très cher.  « Tout l’argent de sa dernière paye fut englouti dans ce projet de voyage. Bah, qu’était-ce l’argent si on ne devait s’en servir  que pour payer les factures et en mettre de côté.  L’argent, quand il ne jouait pas à cache-cache, jouait tout le temps à l’important alors qu’au fait, il n’était rien ! On avait beau en avoir que ce n’était jamais assez. Rien qu’un élément fuyant, qui vous file toujours entre les doigts. »

Arrivée à Saint-Domingue, sous le son du meringue l’attendait la trahison. Selon était déjà dans les bras d’une santodomingo.

      - « Qu’est ce que tu fous ici ? Ne t’avais-je toujours pas dit d’attendre que je t’appelle ?

Abasourdie, Claca ne pu dire mot.

           Et, lui en profita pour l’abreuver d’injures, pour l’accuser de jalousie chronique. Elle s’entendit, comme dans un rêve, traiter de tous les noms. Et c’est dans un flou total qu’elle se vit pousser avec rudesse hors de la maison alors qu’elle venait tout juste d’y pénétrer. Une maison  payée avec l’argent de… l’humiliation… »

                                                                                 Miami,Florida, le 14 février 2012

                                                                                 Un jour de la Saint-Valentin.

« Crime Royal » nous plonge dans les années de cauchemar  du pouvoir sanguinaire des Duvalier,  où les meurtres et les disparitions rythmaient le quotidien du peuple haïtien. Quand de jeunes étudiants, passionnés de mécanique veulent rendre fier leur quartier en faisant voler un avion, le rêve ne décollera jamais. Ainsi en a décidé la dictature, par la voix du chef de la milice duvaliériste, venu menacer Robert, un des créateurs de l’engin. « De sa voix de crécelle qui cadrait très mal avec sa réputation de méchant notoire, Ozaguet prononça la sentence la plus affreuse que je n’ai jamais entendue.

              -  « Jeune homme, votre avion ne volera pas, foi d’Ozaguet Cherenfant ! Et, je ne répèterai pas sur le sujet !

A ces mots je sentis la terre se dérober sous mes pieds. Mon rêve le plus cher venait d’être sapé par cette simple phrase, et ceci,  de la plus abjecte des manières.

Ozaguet,  sur sa lancée,  poursuivit :

              - Cela fait quelques jours que j’espionne votre manège vos amis et vous… je suis toujours aux aguets, cher enfant..., que personne ne s’y trompe… et je ferai mon rapport au président Duvalier.  Tout ceci est considéré par lui comme une atteinte à la sûreté de l’Etat. Cette mécanique va certainement être utilisée pour larguer des bombes sur le Palais National !

              La révolte gronda en moi.

             - Mais nous ne faisons rien de mal, nous n’avons pas d’explosifs ! protestai-je énergiquement,  c’est juste une expérience qui pourra servir au pays. Cet engin sera le premier à avoir été conçu par des Haïtiens… Ne seriez-vous pas fier de nous voir réussir un tel exploit ?

              Mais Ozaguet resta intraitable.

           - Moi, je vous le dis… si cet avion décolle… vous êtes des hommes morts ! me menaça-t-il avec une lueur méchante au fond des yeux.

Il avait une tête de chacal prêt à bondir sur sa proie. »

Mais comme les macoutes sous le règne de Duvalier se nourrissait de sang des filles et fils de la patrie,  l’avertissement se précisa.

« Ozaguet ne se contenta pas de cette simple menace. En effet, en début de soirée, ses hommes, armés jusqu’aux dents, à bord d’une Jeep DKW, firent des va-et-vient incessant dans la rue qui abritait la maison familiale, en tirant de temps en temps des coups de feu en l’air.

La méthode d’intimidation porta sur-le-champ ses fruits. Mes parents, craignant pour ma vie, prirent la décision de m’envoyer illico à l’étranger. »

Avec « Crime Royale », Margaret Papillon continue à suivre les marques des injustices et violences de la dictature,  inscrites dans la mémoire collective haïtienne.  Huit nouvelles d’une écriture légère,  qui défie le poids des souffrances,  et l’oubli. Une écriture sépulture.

Lisa David

BWÈT ZOUTI

Pendant 28 ans et 5 mois, Francois Duvalier (de 1957 à 1971), puis son fils Jean-Claude (de 1971 à 1986), dirigent un régime autoritaire en Haïti.  Toutes ces années, des arrestations arbitraires et des assassinats perpétrés par la milice des tontons macoutes sèment la peur. La France et les États-Unis appuient la dictature des Duvalier, pendant que de nombreux Haïtiens en exil, tentent de créer un mouvement d'opposition au régime.

En Haïti, la résistance à la dictature n’a jamais cessé. En 1986, la révolte populaire gronde pendant plusieurs mois. Jean-Claude Duvalier instaure la loi martiale et multiplie les arrestations. Dans les villes et villages du pays, les citoyens continuent à manifester leur opposition au dictateur. Des foules pillent les résidences de hauts dignitaires du régime et les casernes des tontons macoutes. Le 3 février, la grève générale est déclarée dans tout le pays. Le deuxième dictateur Duvalier,  Bébé Doc,  s’est enfui  d’Haïti le 7 février 1986, à bord d’un avion de l’US Air Force.             

Romans de Margaret Papillon :

  • La Marginale. Port-au-Prince: Deschamps, 1987.
  • Martin Toma. Port-au-Prince: Imprimeur II, 1991.
  • La Saison du pardon. Port-au-Prince: Pressmax, 1997.
  • Mathieu et le vieux mage au regard d'enfant. Port-au-Prince: Imprimeur II, 2000.
  • Innocents Fantasmes. Port-au-Prince: Imprimeur II, 2001.
  • La Mal-aimée. Coconut Creek (Florida): EducaVision / Montréal: CIDIHCA, 2008.
  • Douce et tendre luxure. Miami: Butterfly Publications, 2011.
  • La Promise, tome I (Rachel, la mystique). Miami: Butterfly Publications, 2012.
  • La Promise, tome II (L'héritier du Prince). Miami: Butterfly Publications, 2013.

Romans jeunesse :

  • La Légende de Quisqueya. Port-au-Prince: Éditions Mémoire, 1999.
  • La Légende de Quisqueya, II ; Xaragua, la cité perdue. Port-au-Prince: Imprimeur II, 2001.
  • Le Trésor de la Citadelle Laferrière. Port-au-Prince: Imprimeur II, 2001.
  • Sortilèges au carnaval de Jacmel. Port-au-Prince: Imprimeur II, 2002.
  • L'île mystérieuse du capitaine Morgan. Miami: Butterfly Publications, 2012.

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