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Société

« Alors, ça fait quoi d’être un problème ? » W.E.B Dubois

Cet historien et professeur à l’Institut d’Etudes Politique de Paris a été invité par Mr Patrick Odent-Allet, le responsable de la vie culturelle de la bibliothèque. Dès le début du projet, il m’a associé à cet événement auquel j’ai pris part avec beaucoup de plaisir et d’intérêt.

En arrivant à la bibliothèque, c’est un homme serein et agréable à qui j’ai sérré la main. Il était visiblement honoré et content d’être sur nos terres. En bon chercheur, il en profitait pour mener des entretiens pour son prochain livre. En bon collègue enseignant l’histoire des Etats-Unis, il s’est renseigné pour savoir ce que nous enseignons et a été agréablement surpris par certains cours. L’assistance était plus nombreuse que d’habitude, environ une bonne soixantaine de convives. Son nom et ses thématiques attirent du monde.

Son ouvrage « La condition noire : essai sur une minorité française », publié en 2008, est venu combler un vide anormal dans la recherche universitaire française. Il existait plus de recherches faites sur les Africains-Américains que sur les Noirs de France. Ils avaient rarement été considérés comme une population à part entière en France. La famille africaine, les antillais, le phénomène des cités et bien d’autres thématiques avaient déjà été étudiés mais la France noire restait encore loin des centres d’intérêt universitaires. A mon pourquoi, Pap Ndiaye répondit que l’universalisme républicain avait sans doute été un frein à l’étude de cette France. L’étudier revenait à cautionner le communautarisme et dire que la République réservait un traitement différent à ces populations. Elle est censée être aveugle à la couleur de peau.

Le première question que je lui ai demandé d’évacuer était celle du vocabulaire, à savoir les mots « condition » et « noire », ce qu’il fit assez clairement. Bien sûr, le chercheur opère des choix tout en étant conscient des limites de ses outils. La condition renvoyait à des réalités sociales passées et présentes partagées par les personnes dites noires en France. « Faire de l’hisoire par le bas », c’est partir des expériences des gens et non pas des leaders d’opinion et des représentants. Il a mené une enquête auprès de 700 personnes afin d'établir un échantillon représentatif. Puis le mot « noir » renvoyait à la couleur de peau. Cette couleur de peau est le plus petit dénominateur commun qu’il a voulu considérer au départ bien avant la classe sociale, le lieu de résidence et l’ethnicité.

Pour expliquer ses conclusions, Pap Ndiaye faisait naturellement un va et vient entre les Etats-Unis et la France. Pourquoi ? Il avait des outils sociologiques et anthropologiques pour analyser la situation d’une minorité. Ses inspirations, entre bien d’autres, étaient des sociologues et des historiens Africains-Américains. En tant qu’américaniste de formation, il travaillé sur une situation française mais avec ses réflexes. Le concept de minorité lui a paru intéressant pour rendre compte de la situation des Noirs en France. Son livre aussi surtout rend compte des discriminations vécues par cette population, des solidarités, des réactions face à ces dernières. Afin de les repérer et de les corriger par des politiques publiques adaptées, il plaide pour l’utilisation des statistiques ethniques. Non, plutôt des statistiques anti-discriminatoires pour employer le bon vocable selon lui. Cette position est minoritaire en France mais il me semble que prendre conscience du mal, c’est le début de la guérison. Et comment prendre conscience du mal de manière subjective sans chiffres ?

Pap Ndiaye a évoqué les expériences et les rencontres qu’il a faites depuis la sortie du livre. Il a découvert des histoires d’hommes et de femmes dans cette France mais aussi des gens comme lui, des hommes et des femmes à l’intersection entre la France Noire et la France Blanche. Il eut aussi à subir le courroux de certains groupes qui ne le trouvaient pas assez tranchant dans son discours. Il n’a pas pour autant ravalé ses propos. Ce sont les risques de l’engagement et de la parole publique dira t-on. Lorsque je lui ai demandé s’il ne craignait pas d’être taxé de chercheur inconstant à cause son activisme au sein du CRAN, il m’a répondu qu’il devait être jugé sur son travail scientifique et que tout compte fait, il valait mieux qu’il s’attaque à ces questions que de les laisser en jachère...Six ans après, de plus en plus de recherches s’intéressent à cette France, des travaux de thèse, de master. Avant de le laisser entre les questions de l’auditoire, nous avons évoqué l’élection et les mandats de Barack Obama, le premier maire noir de France, le martiniquais Raphaël Elizé et le courant assimilationniste de l’époque qu’il représentait. L'homme a une réflexion large mais qui reste intelligible  et je crois que c'est une qualité pour un chercheur, un intellectuel : se faire comprendre et donner envie aux gens d'aller plus loin.

Enfin, je n’ai pas oublié de lui demander ce que signifiait pour lui ce voyage en Martinique en tant qu’historien, d’homme qui suit la trace des hommes. Le voyage tombe très bien car son prochain livre porte sur les mouvements révolutionnaires en Martinique durant les années 50 et 60 en lien avec ceux d’ailleurs. Il cherche à voir comment la situation internationale influençait les activistes de l’époque et vice-versa, une manière d’étudier l’histoire par de-là les frontières strictement nationales. Nul doute que la Martinique saura l’accueillir à nouveau pour cueillir le fruit de ses recherches...

Steve GADET

​Conversation avec Pap Ndiaye à la bibliothèque universitaire de Shoelcher, le 8 avril 2014.

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