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L’amant double ou Freud dans tous ses états, un thriller fantasmagorique et psychanalytique. Un film libre. La dernière production de François Ozon avec dans les rôles principaux Jérémie Renier et Marine Vacth tous deux sublimement énigmatiques, nous offre une œuvre s’articulant entre le suspens et le thriller. Un film très inspiré des grands maitres du genre comme Brian de Palma ou Hitchcock. 

Chloé (Marine Vacth) souffre d’un mal au ventre insoluble. Elle décide de voir un psychothérapeute Paul Werner (Jérémie Renier). Chloé, fragile et anxieuse mène une vie triste et ennuyeuse avec comme unique compagnon son chat Milou.  Le transfert se réalise et les deux tombent en amour. Freud revit. Chloé a trouvé son arbre, solide et fort. Paul sa muse, éblouissante et retenue. Le décor du film est ainsi posé, efficacement et en douceur. Le spectateur est complice, un partenaire actif.

Chloé découvre que Paul lui cache sa véritable identité. Commence alors pour elle une enquête qui l’amène à découvrir l’autre Paul, un jumeau psychothérapeute, sulfureux, violent et redoutablement efficace quand à ses méthodes. Chloé devient sa maitresse. Son amant est un double inversé. Avec l’un elle a un confort de vie, elle s’ennuie un peu, mais elle est reine. Avec l’autre elle obtient et découvre les plaisirs interdits, elle est soumise et maltraitée. Chloé est accomplie.

Tout le récit du film tient dans la dualité entre fantasme et réalité des situations. Le spectateur actif, devient passif et se promène dans les méandres de la narration jusqu’à confondre Paul et Paul. Les deux Paul sont-ils le même ? Sont-ils complices ? François Ozon tient ainsi en haleine le spectateur dans un jeu psychédélique, de bout en bout. La résolution refroidit, car elle ressemble à un arrangement du scénariste pour sortir de sa propre impasse « délirante ». Une anthropologie curieuse sur le concept de jumeau cannibale. Dommage, mais ce n’est pas important au fond.

Car François Ozon nous offre un film délirant de liberté. Il ne se refuse rien et pousse son récit à tiroirs multiples jusqu’au bout, entre paranoïa et schizophrénie. Il nous enferme dans le délire de Chloé. L’amant double est un film libre. Un film qui scrute et regarde les vérités que chacun se cache par convention, par la morale bourgeoise et chrétienne, celle des bobos et féministes de salon.

L’amant double sonde le paradoxe féminin. Il s’accorde à affirmer que l’amour d’une femme est pour celui qui rassure. Il s’accorde à affirmer que les désirs, les plaisirs et la liberté d’une femme s’inscrivent dans un rapport à la soumission au mâle dominant et particulièrement au sexe. C’est ce paradoxe Freudien que François Ozon nous livre dans son processus intégral. Pourchasser, jouir, détenir, puis utiliser, cette chose qu’elles ne possèdent pas, afin d’accomplir le fantasme absolu de ce manque : Pénétrer un homme et le soumettre à son homosexualité. La porte salvatrice crie de la liberté.

Un film amoral, ô combien dérangeant, ô combien anticonformiste. Un chef d’œuvre de la filmographie de l’auteur.

 

Olivier Baudot Montézume

 

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