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Cinéma

Olivier a vu pour nous « Détroit ». Un film de Kathrin Bigelow, avec Will Poulter, Algee Smith, John Boyega. Un film choc sans compromis. Détroit s’ouvre sur des cartons coloriés nous offrant un succinct résumé de l’histoire du peuple noir américain : Migration (esclavage) depuis l’Afrique, exode rural massif consécutif à la fin de la période vers les grandes villes pourvoyeuses d’emplois, ségrégation raciale, émeutes raciales à Détroit en 1967. Détroit, ville dont la police locale est exclusivement composée de blancs. 

C’est ainsi, et sans détour, que Kathrin Bigelow pose le cadre et ses intentions scénaristiques : « les violences raciales aux Etats Unis ». Un film évidemment en échos aux évènements actuels suite aux multiples « bavures » des policiers américains sur la population noire. Un film inspiré d’une histoire vraie.

En pleine guerre du Vietnam, la vile de Détroit s’enflamme sur fond de droits civiques et d’anticolonialisme. Emeutes, pillages, incendies, l’état d’urgence est déclaré. La police rôde avec ordre de ne pas tirer sur les pillards. Un jeune pilleur est poursuivi et abattu dans le dos par un jeune policier blanc qui ironise « Il courait vite celui la ». Une patrouille de policier dirigée par un flic noir en civil fait un contrôle viril dans une soirée pour vente d’alcool illicite. Le décor est bien posé : La vie est dure pour les afro-américains aux états unis.

Bigelow resserre ensuite son champ d’investigation et son cadre à la rencontre d’un groupe de jeunes chanteurs de motown, les Dramatics, qui rêvent de succès à travers cette musique très appréciée par le public blanc. Elle nous dirige ensuite vers un employé de Ford, vigile occasionnel dans une boutique face au Motel l’Algier. Les émeutes de la ville (auxquels ils ne participent pas) vont conduire les quatre jeunes vers le Motel. En quête d’amusement et de drague, ils y rencontrent une équipe de gais lurons parmi lesquelles deux jeunes femmes blanches.  C’est la que le drame va se produire quand nos policiers vont débarquer au prétexte qu’un coup de feu y a été entendu. Le film se resserre de plus en plus dans un huis clos infernal. La mise en scène par succession de gros plans nous plonge avec les jeunes dans un crescendo de violences gratuites, sadiques, racistes et sexistes. Oui, le sexe, il est bien présent, en sourdine, sournoisement, fantasmé, en échos aux jeunes noirs et à la présence des deux jeunes femmes blanches. Comme un crime absolu, une humiliation ultime, il amplifie la frustration irrationnelle des policiers.  Il y aura trois morts, trois jeunes, trois noirs.

Bigelow fait ce choix à la fois audacieux et dérangeant d’un thriller social et Choral qui oscille entre reportage et fiction. Le spectateur cherche, pour son confort, les clés habituelles de la narration dramatique.  Qui est le héros, le personnage principal ? La réalisatrice ne construit son récit autour d’aucun enjeu dramatique spécifique permettant de caractériser les personnages qui accompagnent le propos. Car rien ne les prédispose au drame qu’ils vivront, si ce n’est la couleur de leur peau. Dans ce film choral, tous les personnages sont secondaires, aucun d’eux n’a de passé, ni de quête pouvant le conduire à dépasser les limites de l’expérience humaine. Seule la réalité effective, objective de la violence raciale constituent l’axe dramatique du récit. Chacun est posé la, devant sa caméra, à la place précise que cette Amérique lui a déjà  imposé depuis longtemps déjà.

Seul le vigile et l’un des chanteurs du groupe s’inscrivent dans un récit plus caractérisé, qui nous rappellent qu’il s’agit bien d’un film de cinéma, d’une fiction. Un vigile en déséquilibre permanent entre son appartenance à cette communauté maltraitée sous ses yeux et sa fonction de représentant d’une autorité  visant un model « d’intégration », d’appartenance à une nation. Un musicien qui renoncera au succès de la Motown trop aimée des blancs pour y préférer la petite chorale de son quartier, animée par des noirs, dans une église de noirs. Un choix communautaire imposé par la violence d’une société morbide.

Malgré quelques scènes trop longuement étirées, la réalisatrice nous offre un récit sans moral sous jacente, ni politique dramaturgique particulière. Bigelow nous offre une réalité visuelle, uniquement visuelle, cruelle et sèche. Portée par des acteurs prodigieux, elle y réussit à merveille.

Une question peut toutefois nous interpeller : La portée de ce film dans la conscience collective (spectateurs) face à la concurrence des images régulièrement diffusées sur les réseaux sociaux (à la vitesse de la lumière) concernant les violences et les meurtres racistes des policiers blancs américains sur la même population ?  Car on a l’impression à la sortie du film de « déjà vu », d’une habitude. C’est peut être de cette dichotomie que réside tout l’enjeu politique de Détroit : Nous rappeler que le racisme aux Etats Unis n’est pas un monstre contemporain mais qu’il est aussi vieux que la construction de ce pays.

Détroit est donc un film pédagogique, un film engagé, un éclairage sur cette réalité sordide et centenaire. Qu’il est donc grand temps que les choses changent.

 

Olivier Baudot Montézume.

 

 

 

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