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La Poste distribue des masques périmés au personnel et veut faire taire un salarié, délégué syndical CGTM, qui a osé alerter et se mettre en droit de retrait face au risque pour sa santé, celle du personnel et des clients. Des clients qui, la Poste ne peut l’ignorer, sont en majorité des personnes âgées de 60 ans et plus, désignées les plus à risque de formes graves du Coronavirus, par les autorités sanitaires. Pour avoir eu le courage de signaler cette mise en danger d’autrui, Kevin Zobal est menacé de « licenciement pour faute grave ». La Poste déjà jugée et condamnée plusieurs fois, applique  en Martinique aussi ses méthodes qui entrainent suicides, dépressions, burn-out.

Kévin Zobal, employé informatique à la Direction du support et de la maintenance (DSEM) de la Poste, est délégué syndical CGTM. Il remplit sa mission de défense des salariés, ce qui n’est pas pour plaire à ses supérieurs hiérarchiques qui ont déjà tenté de le discréditer même si, ni son travail ni sa compétence n’ont jamais été contestés. Cette entreprise a souvent fait la Une des médias pour la gestion inhumaine de son personnel. La Poste aime détruire, comme a pu le constater « Envoyé Spécial » qui a diffusé en septembre 2019 un documentaire édifiant  « La Poste sous tension », sur les nombreux suicides provoqués par la souffrance au travail. Le journaliste qui a réalisé l’enquête, Pedro Brito Da Fonseca, a expliqué les difficultés rencontrées : « J’ai eu du mal à établir le contact, il règne un sentiment de peur. » 30 suicides par an. Est-il encore nécessaire de faire la démonstration de la férocité de cette entreprise ?

Ce jeune Martiniquais de 32 ans que la Poste veut écraser, envoyer grossir les rangs des jeunes chômeurs, est déclaré coupable de ne pas céder à la peur ambiante. Lorsqu’à la fin du premier confinement pendant lequel il assurait ses taches en télétravail, il revient dans l’entreprise et constate que malgré son alerte, des masques produits en 2009 sont toujours distribués au personnel. Comme le commandent l’instinct de vie face à cette pandémie mortelle et son rôle de représentant du personnel, il avait pris soin de lire les informations portées sur la boite de masques fournie par l’entreprise.

Sous la partie basse du carton, on peut lire : « Date de production : 26/07/2009 – Lot n° 200907-5 ». Sur les côtés de ces boites de masques importés par la société SOGEDESCA à Lyon, la perfection est annoncée tel un message publicitaire destiné à assurer les ventes :

  - Sans latex

  - Sans fibre de verre

  - Hypoallergénique

  - Excellente facilité de respiration

  - Barrette de nez adaptable

  - Haute efficacité de filtration

- Boucles élastiques douces et confortables 

A regarder le nombre de fois que les porteurs de masques touchent cet objet étrange pour le remonter sur le nez, on peut mesurer la fiabilité des « barrettes de nez adaptable » et des « boucles élastiques douces et confortables », de ceux qui sont restés 11 ans dans des placards. Ces masques « Haute filtration » au bleu délavé distribués par la Poste ne filtrent rien, ils auraient dû aller à la poubelle. 

Le délégué syndical a aussi constaté que des informations conformes aux exigences essentielles applicables aux dispositifs médicaux, pour la mise à disposition des consommateurs ou des professionnels, ne figurent pas sur ces boites de masques. On peut en effet constater l’absence de date de péremption, et du logo CE de conformité europenne.

Le 8 juin il s’adresse donc à son responsable de service, lui dit qu’en conséquence de l’absence de protection individuelle (EPI) et d’une défectuosité du système de protection fourni, il applique son droit de retrait. Le même jour il prend soin de l’écrire sur le registre du CHSCT (Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail) et promet d’envoyer un mail de confirmation dès le lendemain, ce qui est fait. Il rappelle aussi être toujours disponible pour remplir sa tache en télétravail. L'inscription sur le registre du CHSCT et sa proposition de télétravail laissent sans réaction la direction.

La Poste ne s’embarrasse pas de l’écoute et des droits à la vie de ses salariés, elle en a vu d’autres, elle sait compter les morts. Le droit de retrait de Kévin Zobal est immédiatement déclaré irrégulier. Le harcèlement est décidé, des courriers le menaçant d'absence irrégulière lui sont adressés. L'horrible projet se dessine, son droit de retrait veut être transformé en abandon de poste. A partir du 9 juin c’est décidé, si on n’arrive pas à le tenir par la tête, ce sera par le ventre, alors son salaire est supprimé. 

Mais selon qu’on soit agent de la Poste en Outre-mer ou en France métropolitaine, le mépris n'est pas au même niveau. Une publication de la page Facebook de la CGT FAPT du Calvados concernant ces masques de 2009 vient le prouver : On peut constater qu'une réponse est apportée par la Direction de la Poste aux remarques faites sur le registre du CHSCT dans le Calvados, mais pas en Martinique :

« Vers un nouveau scandale des masques à la Poste : La Poste avait-elle connaissance des lots de masques dégradés/périmés fournis aux postiers ?

L'histoire des masques de 2009 risque de devenir un vrai scandale à la Poste. Nous avons répertorié sur plusieurs sites des écrits sur les registres CHSCT où les agents dénonçaient la qualité des masques (Voir photo 1 et dans commentaire ). 

En réponse à cela, les directions répondent qu'elles ont remonté les difficultés sur "certains lots" et qu'elles vont opérer à un changement de fournisseur. Si la qualité des élastiques est moindre, il est fort probable voir certain que la capacité de filtration de ces masques de 2009 est aussi altérée !! » 

Kévin Zobal est lui frappé d’une procédure de « licenciement pour faute grave » pour avoir osé demander des informations sur la conformité des masques. Ce qui devrait inciter la Poste à s’interroger, à vérifier leur capacité à protéger les destinataires en effectuant des tests. L’entreprise a fait le choix de se débarrasser du salarié violemment et sa stratégie consistant à ne pas transmettre aux membres du CHSCT la signalisation qu'il a effectuée sur le registre, en témoigne. Un CHSCT qui a fait savoir le 4 novembre dernier à la direction, qu’elle valide le droit de retrait de ce salarié. 

De nombreux écrits prouvent que la décision de Kévin Zoba d'appliquer son droit de retrait ne correspond en rien à un abandon de poste et la direction de la poste le sait. Le 9 Juin 2020, ce salarié a adressé un mail à la DIRECCTE d'Ile-de-France, signalant son inquiétude face à ces masques fabriqués en 2009.

Extrait : 

… « Aprés avoir tenter d'obtenir des améliorations et tenter de façon amiable d'obtenir gain de cause auprés de ma direction n'ayant pu obtenir aucun retour ni amélioration des faits qui seront signalés ci dessous. Je tiens par la présente a alerter vos service pour intervention rapide.

Car en pleine crise sanitaire, grande fut mon étonnement de constater que les masques fournis par mon entreprise (v.pj) indiquent une date de production de plus de 10 ans soit en 2009, ils sont donc périmée et ne comportent aucune mention de conformité européeene. Il est incroyable que ces masques nous soient livrées périmée, de plus sans norme ni référence. Aucun contrôle n'a été fait, alors que notre vie est en jeu !

1/ En effet, si ces masques étaient tolérés sous formes dérogatoire (sous réserves de test selon la norme EN149) lors du grand pic covid, car il fallait dépanner les soignants. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, car j’ai pu entendre a mainte reprise, dans les médias que » la grande distribution a pu se procurer des de types chirurgicaux et FFP", donc il n’y a pas de problème de pénurie, la Poste (DSEM) se doit de fournir des masques correct et conforme non périmée aux agents. Toujours aussi inquiétant, je n’ai vu dans la boite aucune attestation certifiant que ces tests selon la norme EN149 avait été fait comme le préconise le gouvernement sur ces stocks de masques périmés, aucune attestation non plus de garantie que le stockage de ces masques a été fait dans des conditions optimale (lieu sec et ventilé). 

Mon entreprise a-t-elle eu recours à une entreprise externe pour tester et établir s'ils sont encore utilisables. Un diagnostic jugeant de l’efficacité malgré cette péremption a t'il été fait ? Une attestation a-t-elle été établie ?  Avant de nous livrer et nous faire porter ces masques. Malgré mes demandes aucune réponse ne m’a été apportée, afin que je sache si je suis en sécurité.

Néanmoins, j’ai procédé a quelques tests préconisé par le gouvernement avec ces masques qui m’ont été fournis : le test l’élastique sur au moins 10 masques, aucun n’a tenu, j’ai fait également le test de la flamme, qui consiste a soufflé sur une flamme à travers le masque pendant qu’il est porté et si cette flamme s’éteint cela signifie que les capacités filtrantes de ce masque ne sont pas suffisantes, je vous laisse imaginer le résultat. Suite à ces efforts faits afin de contrôler, j’ai même une des remarques de ma direction, m’indiquant que je gâchais des masques.

Plus concrètement je me suis aussi renseigné auprès de professionnel, les masques chirurgicaux ne procure pas une protection respiratoire in vivo et in vitro nécessaire afin de se protéger du covid, cela veut dire qu'ils sont à  sens unique il ne retient uniquement que les particules émises par son porteur et ne protègent pas des particules que l’on reçoit de l’extérieur, sachant que le covid se propage par gouttelettes de taille nanomicroscopique. Il est clair que ce masque ne nous protège en rien, il sert tout juste à être un élément de dernier recours. Les seuls masques a garantir cette protection respiratoire sont les masques de types FFP n°2 ou 3. 

Etant en contact du public si un client m'externue aux visages, malgrés ce masque chirurgical je me ferai contaminer. Et vous n'êtes pas sans savoir le manque de discipline, soit par impatience ou autre de certain client en bureau de poste !

Dans le cadre professionnel, il n’y a pas de place pour "l'apeuprisme". Notamment en ce qui concerne la santé du salarié, sachant de plus qu’aucune communication clair sur l’obligation du port du masque par tous les employés de la poste n’a été faite, car j’ai vu des employés sans masque tant en bureau de poste que dans l’ATM, il a donc de fortes chances, de se retrouver, même sur le lieu de travail face à un collègue sans masque, je ne parle même pas du public dans les BP, car comme je l’ai précisé plus tôt ces masques chirurgicaux ne protègent pas des particules que l’on reçoit.

A savoir aussi que les masques chirurgicaux sont des dispositifs médicaux et NON DES EPI et l’employeur doit fournir des EPI Normé et non des dispositifs médicaux de plus sans aucune mention légal de conformité européenne

2/ Chose toujours aussi grave, cette boite, en plus de la date de fabrication en 2009, ne comportait aucune mention de norme NF EN14683 relative à ce type de masque ni de logo de conformité européenne (CE)  prouvant la conformité avec les exigences essentielles de santé et de sécurité définie par les directive européenne  Donc la provenance, l'efficacité et la traçabilité de ces masques me laissent très sceptique.

Je répète si besoin que la grande distribution et beaucoup d’entreprises ont pu se procurer ces masques, donc il n’y a pas de pénurie de masques actuellement.

Nous sommes bien souvent confronté à ce laxisme et ces différences de traitement concernant des livraisons périmée ou non-conforme, non vérifiée de produits à destination des Antilles-Guyane. Je m'interroge donc à savoir si ce stock de masques  a été livrés aux ATM des Antilles-Guyane uniquement ou partout en france ? »
 

La Poste dans un courrier du 29 mai 2020, ayant pour objet « Pojet de réponse à K Zobal » (sic) la Poste s’indigne de la curiosité légitime  du salarié :

« J’attire votre attention sur votre utilisation inappropriée des masques qui sont comme vous le savez, un équipement difficile à se procurer et représente une valeur financière. Le gachis des 10 masques est inacceptable, leur usage doit rester strictement professionnet et non être utilisé pour faire des expériences. L’entreprise a pris toutes les précautions et reste responsable de la conformité des équipements fournis. »

Le gouvernement qui a réalisé un « gachis » de millions de masques périmés en les détruisant, a justifié son geste par la voix du ministre de la Santé, Olivier Véran qui devant le Parlement a expliqué :

Derrière le masque un noir dessein ?

Cette décision d’envoyer directement à la guillotine du bourreau chômage ce salarié délégué syndical peut paraître suspecte. On peut légitiment s’interroger en découvrant un mail du Directeur Térritorial Plaque Antilles-Guyane, Stéphane Buchard, adressé avec une « Importance Haute » à une de ces collaboratrices, le 10 novembre 2020 : 


« Dans les DOM, les instances représentatives sont très réticentes aux masques de 2009 (voir photos ci-jointes, il y a pas mal de stock en DSEM local que la DR nous donne), as-tu un écrit du médecin coordinateur ou instances n’indiquant de contre-indication ? »

 

On l’aura compris, ces « DOM » sont des empêcheurs de tourner en rond, ils sont tellement différents, peut-être un peu bêtes non ? Les syndicats des « DOM » apprécieront. 

C’est à Paris que la Direction de la Poste veut déclencher le mécanisme du couperet. Ses juges ne prennent pas le risque de l’avion pour venir en Martinique en plein regain des contaminations du Covid, mais exposent le salarié martiniquais au risque dans les transports bondés, qu’un élu écologiste a désigné comme « des bétaillères à virus, des clusters roulants », ne croyant pas à la blague gouvernementale assurant que « Les études nous disent que moins de 1% des contaminations se passent dans les transports en commun. »

Un déplacement qui s’inscrit dans la volonté de porter atteinte à ses droits, à sa dignité, d'altérer sa santé physique et mentale, de le discriminer. La Poste qui a déjà appliqué une sanction en supprimant son salaire depuis le mois de juin, le prive ainsi de la possibilité de bien assurer sa défense. Il devra donc payer les voyages et les autres frais qu’entraînent la présence des trois collègue témoins, de ses trois défenseurs dont deux représentants syndicaux et son avocat, Une dépense importante que n’aurait pas à subir un salarié en poste sur le territoire métropolitain.

Un des témoins, Stéphane Renar, représentant syndical de l’UTG/CGT-PTT Guyane, risque bien d’être un grain de sable dans la machine à détruire de la poste dans les DOM. Ce salarié a été malade, victime des fameux masque de 2009. Le médecin du Centre Interprofessionnel de Santé au Travail de Cayenne (CISTC) qu’il a consulté le 6 juillet 2020 a constaté que « Les masques fournis par la structure se désagrègent en fine poussière ou filaments que le salarié ressent dans sa gorge. »

Comme pour Kévin Zobal, les signalements de ce salarié ont été ignorés par la direction qui n’a donné aucune suite. 

 

Le diable se cache dans les détails

Dans cette invitation au voyage à risques pour le Conseil de discipline se cache une tentative d’organiser à distance la mise à mort de Kevin Zobal par le biais de la visio-conférence. Décidément le Covid sert à tout. C’est à croire que s’il n’existait pas, on l’aurait inventé.

Le salarié attaqué a reçu le soutien de son organisation syndicale CGTM- P&T en Martinique mais aussi du syndicat SUD PTT, de la CGT FAPT Poste Calvados 14, en France. Cette affaire de masques de 2009 qui n'appelait qu'une réponse de la direction de la Poste prouvant à ses salariés qu'elle assure leur sécurité en les protégeant de la contamination au Covid, n'a pas fini de faire des vagues.

Pourquoi face à une question de santé publique, d’un principe de précaution, la Poste n'a pour réponse que l’attaque, l’humiliation d’un salarié représentant syndical qui demandait des garanties pour sa santé, celle de ses collègues et des clients face à ce virus qui a déjà, et continue à faire des milliers de morts ?  Pourquoi l’accuser de faute grave pour tenter d’aboutir à son licenciement ? 

Il est de notoriété publique que la pénurie de masque a permis toutes les malhonnêtetés possibles, elle a attiré toutes sortes de trafiquants flairant l'aubaine. Des masques commandés par des Etats ont été volés ou vendus aux plus offrants sur les tarmacs des aéroports. Toute méfiance, toute demande de garantie de fiabilité de cet objet que la Poste semble assimiler à un bâillon, relève du bon sens. Pourquoi l'instinct de vie d'un salarié en Martinique déclenche-t-il cette pulsion de mort de la Poste ?

Dans sa volonté de nuire, la Poste se joue du respect du Droit. Alors qu’elle a l’obligation légale de convoquer le salarié au moins 8 jours avant la date de la commission paritaire prévue le 19 novembre, elle a adressé sa convocation à Kévin Zobal le vendredi 13 novembre, soit 6 jours avant.

Les motivations de la Poste restent troubles et génératrices de conflits à venir dans cette Martinique déjà agitée par des injustices qui se succèdent, contre les jeunes qui osent dénoncer des injustices, notamment contre l’empoisonnement au Chlordécone. Dans le climat de répression actuelle, la tentative de faire taire ce lanceur d’alerte ne passera pas en silence.


Lisa David

 

Pétition pour soutenir Kévin Zobal :
http://chng.it/yMQrKk6rbg

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BWÈT ZOUTI :

Notre rédaction a tenté de joindre la Direction de la Poste en France qui a refusé de s'exprimer, expliquant que cette affaire étant en instruction, elle ne souhaite pas communiquer.

A la Poste de Martinique il nous a été répondu que le service où Kévin Zobal exerce ses fonctions, dépend directement de la Direction en France. Pourtant les masques périmés qui sont stockés en Martinique ne sont pas distribué que dans ce service, mais aussi à tous les postiers de Martinique.

 
 

 

 

 

 

 

 

 

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